L'Histoire du Rugby à Perpignan : Genèse et Évolution de l'USAP

Sempre endevant, toujours en avant en catalan, est la devise de l'USA Perpignan. Le sang et or, des couleurs qui battent dans le coeur des supporters de l'USAP. L’USAP (Union Sportive Arlequins perpignanais) est l’un des clubs de l’élite du rugby français, au sein du Top 14. Plus que le club de Perpignan, l’USAP est le club de rugby de tout un territoire, avec une identité catalane très marquée.

L'histoire du club de rugby à Perpignan est un récit riche et complexe, marqué par des clubs emblématiques et des rivalités locales. Notre ami Michel le basque m'a demandé de parler de l'histoire de l'USAP. Puisque le sujet intéresse au moins une personne ici, je ne me dérobe pas mais le sujet est vaste. C'est la raison pour laquelle je donnerai quelques éléments essentiels non pas d'ordre sportif mais "institutionnel" sur les trois premières décennies...

Les Débuts du Rugby à Perpignan

L'implantation du rugby à Perpignan date de 1886 à l'initiative d'Albert Lincou, ancien élève du Lycée Michelet à Paris, qui fit connaître les règles de ce nouveau sport à ses camarades internes du Collège de Perpignan et avec qui il créa l'Union Athlétique du Collège de Perpignan (UACP). Le football-rugby apparaît à Perpignan en 1889 sous la forme de l’Union Sportive du Lycée, puis du Stade Roussillonnais, premier club civil de la ville. Ces pionniers s’effacent en 1902 devant l’Association Sportive Perpignanaise (ASP).

Dix ans plus tard apparaît le Stade Roussillonnais, club omnisports, puis dans les premières années du siècle nouveau fleurissent des clubs de quartier : l'Etoile Sportive Perpignanaise, le Football Club, la Colombe Sportive, le Rugby Club Perpignanais, le Perpignan Sportif, l'Association Sportive Perpignanaise...De ce foisonnement, un seul groupement, le dernier nommé, créé en septembre 1902 par quelques anciens de l'UACP, va subsister et s'affirmer, sans doute parce que ses bases étaient plus solides.

2014: Descente en Pro D2. Entre rugby à XV et à XIII, entre Aimé Giral et Gilbert Brutus, Perpignan est partagée aujourd’hui comme elle l’était déjà il y a cent ans entre l’USP et les Arlequins ou encore avant entre l’ASP et le SOP.

En septembre 1912, l’ASP fait venir le technicien gallois Rowland Griffiths, qui vient d’emmener son club, le Racing, en finale du championnat de France de rugby. L'ASP grandit : sans changer de nom, elle fusionne avec (ou absorbe ?) le Stade Roussillonnais en 1906 puis le Perpignan Sportif en 1909, mais rivalités et rancoeurs en son sein provoquent une scission en 1912 et la création du Stade Olympien Perpignanais (SOP).

A peine deux ans après sa création, l’ASP est sacrée champion du Languedoc en 1904 et conservera son titre sept années consécutivement. En dépit de la récente scission, l’AS Perpignan remporte ses premiers succès sur la scène nationale. Après une première demi-finale de championnat en 1913, le club est sacré champion de France l’année suivante en écartant Tarbes en finale.

En 1908, l'ASP inaugure contre Lézignan le futur Stade Jean Laffon. Le stade situé sur la route de Thuir fait rapidement des jaloux parmi les clubs de la région. Un tel luxe a un coût, les places deviennent payantes. 75 centimes pour une chaise, 25 pour ceux qui peuvent s’en priver. Les premières foules apparaissent aussi. 1 000 personnes s’étaient déjà retrouvées pour le match d’ouverture, ils sont le double deux semaines plus tard pour la venue de Béziers.

Rugby catalan à Perpignan en vidéos sur le Site Officiel USAP TV !

La Première Guerre Mondiale et la Fusion des Clubs

Dès les premiers jours d’août 1914, les hommes sont mobilisés. Lors d'un rassemblement entre joueurs et dirigeants de l'ASP, les appelés cousent le blason de l'équipe sur la manche de leur capote, se promettant, à la fin du conflit, de servir de nouveau le club. Au lendemain du premier conflit mondial au cours duquel, comme tant d'autres et peut-être plus que d'autres, elles ont payé le prix du sang, vient le temps du rapprochement entre les deux sociétés : la fusion est effective en mai 1919 sous le nom d' "Union Sportive Perpignanaise" (USP) qui comprend une section d'athlétisme.

Interrompues par la Guerre, les activités de l’ASP reprennent une fois la paix revenue et suite à une fusion en 1919 avec les anciens sécessionnistes du SOP. C’est désormais l’Union Sportive Perpignanaise qui est chargée de représenter les intérêts du rugby catalan.

Au lendemain de la guerre, on travaille à créer un nouveau club à partir de ce qui reste de l’ASP et du SOP, décimés par le conflit …C’est la grande affaire de l’année 1919. Les amateurs de rugby catalans suivent les pourparlers dans la presse locale. Le principe de la fusion est acquis et les détails pratiques sont vite réglés. Reste une question : comment va s’appeler le nouveau club ? Chacun voudrait garder son nom « N’était-ce pas sous ces noms glorieux que toutes les grandes batailles sportives s’étaient livrées, écrit l’Indépendant. N’était-ce pas ces trois lettres magiques qui, d’un côté comme d’un autre, avaient galvanisé les énergies ? » Mais ASPSOP, ça fait un peu long.

Le choix se porte un moment sur « Stade Perpignanais » (on est à deux doigts) … mais ça ressemble un peu trop à Stade Olympien Perpignanais et après tout c’est l’ASP le champion en titre. Finalement on tombe d’accord pour USP, Union (pour rappeler qu’il y a deux clubs à l’origine) Sportive Perpignanaise. Nous sommes le 7 mai 1919, le même jour le texte du traité de paix de Versailles est remis aux plénipotentiaires allemands.

A Perpignan aussi on peut dire que la paix est signée après une rivalité houleuse. L’Union est célébrée, comme il se doit, dans le vestibule de la salle des mariages de l’Hôtel de Ville ! Le 22 mai, une assemblée plénière la ratifie. L’USP est né.

A quoi va ressembler ce nouveau club ? Il jouera sur le terrain de l’ASP, route de Thuir. Celui du SOP, au Vernet, servira pour l’entrainement. C’est un club omnisport avec 3 équipes de rugby et une section d’athlétisme, et son siège est fixé au Café de la Poste. Jules Chevalier est élu président du comité directeur par acclamations. Cet Héraultais s’est installé à Perpignan pour ouvrir une entreprise de travaux publics. Il exploite aussi des carrières près de Rivesaltes. C’est son entreprise qui construit notamment le tronçon Estavar-Bourg Madame du petit train jaune terminé en 1911. Lors de l’accident qui coûte la vie à l’ingénieur Albert Gisclard et 5 ouvriers, le 31 octobre 1909, Jules Chevalier envoie ses hommes porter secours aux victimes et déblayer. Associé à la culotte blanche et aux bas rouges, il reproduit de plus le drapeau français … en gardant bien sûr sur le cœur le blason catalan ! Sont donc représentés le petit et le grand drapeau pour lesquels Giral et ses camarades ont donné leur vie !

L'Ascension des Arlequins et la Naissance de l'USAP

Dans la décennie 1920 l'USP doit faire face à l'ascension d'un voisin, les Arlequins Perpignanais, désignés sous le diminutif de "Quins". Entre difficultés de recrutement de l'un et problèmes financiers de l'autre, les résultats sont décevants. Nécessité faisant loi, les deux ensembles décident de regrouper leurs forces.

ASP ou USP. Route de Thuir ou Jean Laffon. Le succès du rugby à Perpignan reste le même. Les Catalans remportent deux nouveaux titres en 1921 et 1925, et parviennent également deux fois en finale. Cette farouche rivalité cède bientôt devant l’intérêt supérieur du sport catalan.

Après de longues discussions la fusion est votée sans enthousiasme le 5 mai 1933. C'est la naissance de l'Union Sportive Arlequins Perpignanais (USAP). En mai 1933 les deux sociétés fusionnent sous le nom de L’Union Spotive des Arlequins de Perpignan (USAP). La fusion ne se réalise qu’à la condition que certaines personnalités liés à l’USP et qui étaient défavorables à l’union des deux clubs soient évincées. Quoi qu’il en soit, pour l’heure c’est à Jean Laffon que continue de s’écrire l’histoire du rugby catalan.

Certains dirigeants, évincés, se tourneront alors vers le rugby à XIII naissant. En mai 1933 les deux sociétés fusionnent sous le nom de L'Union Spotive des Arlequins de Perpignan (USAP). C’est à Jean Laffon que s'écrit l'histoire du rugby catalan. Une histoire qui reste fructueuse. L’USAP dispute bientôt trois nouvelles finales, deux perdues en 1935 et 1939, la dernière gagnée en 1938, à chaque fois contre Biarritz.

Le club souhaite ainsi récupérer le stadium municipal de la ville, mais la ville s’y oppose. Les dirigeants deviennent terrassiers. Des volontaires sont recrutés. Une maison est détruite même. Tout ce petit monde s’efforce jusqu’au bout du jour à préparer le terrain pour la réception des Anglais de Salford le 2 novembre 1934. Pour cette première sortie, les Perpignanais encaissent 52 points. Pas de quoi décourager les treizistes catalans qui peuvent déjà compter sur un public nombreux (52 000 francs de recette) malgré la modestie du Stade du Vernet (900 places en tribune). Malgré l’investissement de tous, le terrain du XIII Catalan fait encore piètre figure par rapport à Jean Laffon que le club souhaite toujours récupérer.

Les Évolutions du Nom et du Logo du Club

L'entité changera deux fois de nom par la suite. En 1940 d'abord, pour se mettre en conformité avec une directive du gouvernement de Vichy (dont le ministre des Sports sera en 1942 le colonel Pascot, ancien ouvreur international de l'USP) : Union des Sports Athlétiques Perpignanais. En 1996 enfin, à la demande des anciens joueurs est adopté le retour au nom issu de la fusion de 1933 : Union Sportive Arlequins Perpignanais.

Un losange pour les arlequins. L’Union Sportive Arlequins Perpignanais, plus connue sous le nom de l’USAP, connait trois couleurs essentielles : un bleu horizon, sang et or. Le blanc a été la première couleur du club catalan, né en 1902 sous le nom de l’Association Sportive Perpignanaise avant de virer au bleu. Un choix qui a été opéré afin de rendre hommage aux poilus de la 14-18, le club ayant connu de nombreuses pertes durant la première guerre mondiale. Sur cette tunique bleue va ensuite apparaître un premier logo : un losange, aux couleurs de la Catalogne. Pas au niveau du blason, mais au niveau du nom.

L’Association Sportive Perpignanaise devient l’Union Sportive Perpignanaise peu après la Première Guerre Mondiale (1919), avant que l’USP fusionnent avec l’autre club de la ville, l’Arlequins Club Perpignanais. Le losange représentatif des Catalans ne change pas, mais la tunique est légèrement modifiée et est représentative du club. Un emblème qui ressemble à celui d’aujourd’hui. Mais le blason lui-même va évoluer plus tard. T-shirts, chemises, ou tout autres vêtements ou accessoires vont voir passer cet emblème avant une nouvelle variation dans les années 2010. Toujours en respectant ce fameux losange sang et or, le sigle « USAP » s’inscrit entre le centre et la pointe haute du losange, comme ici avec Dan Carter lors de son arrivée en terre catalane.

Un écu moderne et unique. Fini les variations, place à un emblème unique. Peu avant 2020, l’USA Perpignan fait le choix de ne garder qu’un seul logo. Un écu avec un fond bleu et le losange catalan, avec une identité plus moderne.

Les Stades de l'USAP : Jean Laffon et Aimé Giral

En 1908, l'ASP inaugure le futur Stade Jean Laffon sur la route de Thuir, qui fait rapidement des jaloux parmi les clubs de la région. De procès en recours, de cargolade en course poursuite, l’USAP finit par quitter quitte Jean Laffon au terme de la saison 1938-1939. En réalité c’est un échange de stades auquel on assiste, l’USAP partant pour l’ancien terrain des Treize aux Vernet, et le XIII Catalan récupérant Jean Laffon dans le même temps.

C'est sur l'ancien stade des XIII, que l'on retrouve l'USAP qui inaugure le 13 octobre 1940 son nouveau terrain en jouant face à une sélection catalane. Le stade est bientôt aménagé et baptisé du nom d'Aimé Giral, héros de la finale 1914, qui avait trouvé la mort durant la Grande Guerre comme Jean Laffon. Pour la date à retenir, il y a la vieille stèle à l'entrée d'Aymé Giral (si ils ne l'ont pas cassée) qui mentionne bien 1902. Quant aux couleurs "bleu horizon", ce sont bien celles de l'USP.

En 1998, la mythique Tribune CGT - connue pour ses supporters les plus virulents d'Aimé-Giral - disparaît au profit d'une nouvelle structure moderne de 3 353 places. Seconde tribune à être démolie : la Tribune Xambo - du nom de Joseph Xambo, président de l'ASP en 1910 - s'efface en septembre 2001 pour permettre l'édification de la Tribune Fernand Vaquer (ancien joueur des années 20 puis entraîneur du club catalan et ses 2 200 places. L'ancienne Tribune Jules Chevalier (premier président de l'USP en 1919) disparaît à son tour en juin 2002. Enfin, en mai 2006, débutent les travaux d'extension des deux tribunes latérales ainsi que la construction de la dernière tribune, la Tribune Goutta. Ses 2 200 places sont ouvertes au public en mai 2008. Désormais, l'USAP dispose d'une enceinte moderne et confortable pouvant accueillir jusqu'à 14 593 supporters, dont environ 13 000 assis.

Lorsque le club tutoyait encore le plus haut niveau, son ancien président Paul Goze, souhaitait même porter la capacité d'Aimé Giral à 20 000 places (dont 18 000 assises). Autre projet enterré, celui d'un stade de 20 000 commun aux deux équipes professionnelles de la ville. Sans doute aurait-ce été la meilleure chose à faire à la fin des années 90.

A Perpignan,au stade Aimé Giral, l'USAP rencontrait Toulouse en match amical

Les Hauts et les Bas de l'USAP

L’USAP dans sa version actuelle fut créé en 1933, mais le rugby à Perpignan est arrivé en octobre 1886 sous l’appellation Union Athlétique du collège de Perpignan. En 1903, l’ASP remporte son premier titre de champion du Sud de deuxième série. En 1911, l’ASP bat Dole 20 à 5 à Colombes en finale de championnat de France de deuxième série et accède à l’élite du rugby français jusqu’en 2014 !

Le 7 mai 1919, les deux clubs perpignanais (l’ASP et le SOP) fusionnent et créent l’Union Sportive Perpignanaise. La nouvelle entité ne va pas tarder à faire parler d’elle en devenant championne de France en 1921 en battant Béziers en finale. Le club enchaîne les finales de championnat de France et obtient un nouveau succès en 1925 contre Carcassonne. Un autre club de Perpignan intègre l’élite national en 1925, les Arlequins Club Perpignanais. Les Arlequins et l’USP n’ayant pas beaucoup de moyens face aux clubs les plus riches du championnat.

Le 5 mai 1933, la fusion entre les deux clubs est officielle, en 1935 le club crée la première équipe junior qui remporte le titre national en 1937 et 1938. Chez les seniors, c’est en 1935 qu’ils remportent le challenge Yves du Manoir et sont vice-champions de France. De 1936 à 1938, l’USAP sera tous les ans finaliste du challenge. Pendant la seconde guerre mondiale et sous la pression du régime de Vichy le terme “Arlequins” doit être remplacé par “Athlétique”.

La fin des années 40 marque la progression de jeunes joueurs qui attirent de nombreux clubs, l’USAP se fait régulièrement dépouiller de ses jeunes talents. L’année 1955 sera une année prolifique mais aussi la fin d’un cycle pour le club avec pas moins de 3 titres, champion de France seniors et juniors, challenge Yves du Manoir. A partir des années 60, jusqu’au début des années 90, les résultats sportifs sont mitigés, voire décevants, mais surtout, des querelles internes vont apparaître.

Il faudra attendre 39 ans avant que l’USAP ne ramène un nouveau titre. En 1994, ils remportent un troisième challenge Yves du Manoir. En 1995, l’IRB valide le passage des clubs en statut professionnel. Sur le plan sportif, l’USAP atteint la finale du championnat en 1998 et 2004, la finale de la Coupe d’Europe en 2003 sans parvenir à concrétiser. En 2007, Jacques Brunel s‘installe à la tête de l’effectif assisté de Franck Azéma. L’USAP termine premier de la saison régulière en 2008-2009 et devient champion de France pour la septième fois en battant l’ASM en finale.

2014, coup de tonnerre ! 100 ans après son premier titre et après 103 années dans l’élite, le club est rétrogradé en Pro D2. Suite à la descente, de nombreux départs sont actés, le staff a été renouvelé mais des problèmes internes persistent. Christian Lanta arrive au club en tant que manager à partir de la saison 2016-2017. En 2018, le club devient champion de France de Pro D2 en terminant premier de la saison régulière, et en battant le FC Grenoble en finale. Malheureusement la saison suivante sera catastrophique, l’USAP ne remporte que deux matchs sur 26 et retourne à l’échelon inférieur.

Retour en Top 14 et nouveau titre de champion de Pro D2, dès 2021 après une saison complète et sérieuse. Perpignan obtient son maintien pour la saison 2021-2022 malgré une entame de championnat difficile, l’USAP réalise de belles choses et obtient de très beaux résultats. Victoire bonifiée face au Stade Toulousain, champion d’Europe et de France en titre. Confirmation et progression sont les maîtres mots de la saison à venir pour l’USAP.

Du côté administratif et financier, le président Rivière a annoncé lors de la conférence de presse dès le 1er Juillet que le recrutement était quasiment bouclé et que le budget serait revu à la hausse au-delà des 18 Millions d’euros de la saison précédente. Il veut, cette saison, structurer le club et ses infrastructures. Patrick Arlettaz laisse sa place à David Marty en tant qu’entraîneur principal, il devient de son côté manager général, poste resté vacant depuis le départ de Christian Lanta en 2021.

L’USAP est un club historique de l’élite du rugby français, il fait partie des clubs ayant un beau palmarès mais ayant connu des hauts et des bas également depuis sa création. L’équipe est en pleine restructuration depuis son titre de champion de Pro D2 et son maintien l’an passé en Top 14. L’accession en phase finale est un toujours un objectif pour une équipe alignée en Top 14, mais le maintien semble rester une priorité pour le club afin de préparer un avenir glorieux à moyen et long terme, mais surtout sereinement.

Les Racines Catalanes de l'USAP

Quelles sont les racines catalanes de l’USAP ? Avant cette guerre, le rugby, comme le football d’ailleurs, n’était pas encore vraiment des sports populaires. Pendant la grande Guerre, le sport est utilisé par les officiers, pendant les périodes de relève, pour occuper les hommes, mais aussi pour rester en forme. À l’issue du conflit, naturellement, une fois rentrés du front, les soldats continuent à pratiquer chez eux.

Les travaux d’un étudiant, Jérôme Bouchindhomme, il y a quelques années, avaient permis d’établir clairement dans les effectifs du club cette évolution. Alors que l’équipe du titre de 1914, celle menée par Aimé-Giral, qui a payé un lourd tribut pendant la Première Guerre mondiale (sept titulaires de la finale sont morts au front), est composée principalement de militaires et d’étudiants, ce n’est plus du tout la même chose pour celle de 1921. On retrouve beaucoup d’agriculteurs, des ouvriers, des commerçants… La représentation sociologique a changé, mais finalement, elle colle à la population des Pyrénées-Orientales.

S’ensuivra le premier âge d’or du rugby catalan, qui ne sera pas freiné par la Seconde Guerre mondiale. C’est à ce moment que quelques intellectuels régionalistes qui tournent autour de l’équipe, comme le poète Albert Bausil, s’intéressent aux relations avec le Sud et promeuvent dans leurs travaux, l’identité catalane, tout en étant aussi extrêmement nationaliste. Il n’y avait pas, à l’époque, dans la Catalogne du Nord, d’opposition entre le régionaliste catalan et le nationalisme français. C’est avec le titre de 1955 que le premier âge d’or se termine.

Il faut attendre les années 1990 pour connaître un nouvel âge d’or avec l’arrivée du professionnalisme. Portée par une génération exceptionnelle, qui a remporté le Du-Manoir 1994, mais aussi par des dirigeants visionnaires (Jacques Rodor et Marcel Dagrenat notamment), l’USAP, réussie très bien son entrée dans le rugby moderne. Ce sont des années au cours desquelles le club renouvelle son image à travers son aspect identitaire. Les relations avec le Sud jouent à plein. On commence à chanter "L’Estaca" chant catalan symbole de la lutte pour la liberté avant les matches et à jouer la "Santa Espina", mais aussi "Els hi fotrem" après chaque point marqué. Sportivement, cela se traduit par des résultats très bons (finales de championnat 1998, 2004, 2010, titre 2009 et finale de coupe d’Europe 2003), une identité de jeu très marquée et des supporters présents partout.

Et aujourd’hui ? Au début des années 2010, en même temps que les résultats ont chuté, avec notamment, lors de la saison 2013-2014, une cassure au sein de l’effectif entre les joueurs locaux et les étrangers. Le club n’a plus su trouver le bon équilibre. Jusqu’au point même de ne plus passer, un temps, "Els hi fotrem". Aujourd’hui, plusieurs projets de créer de nouveaux liens sont en cours. Des échanges ont recommencé avec quelques partenaires économiques de Catalogne du Sud. L’Association USAP travaille, elle, avec les clubs espagnols, au développement d’une section à VII. Le président de la Generalitat, Pere Aragonès, en déplacement à Perpignan il y a quelques semaines s’est aussi dit prêt à aider l’USAP. On n’en sait pas beaucoup plus sur ce que ça peut donner.

Sur le site internet de l’Indépendant, retrouver un podcast réalisé par Pierre Mathis, rédacteur en chef de l’Indépendant et Guilhem Richaud, responsable du service des sports. Pendant une trentaine de minutes, ils reviennent sur l’identité de l’USAP, des premières heures du club, au début du XXe siècle, à nos jours.

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