Corée Unifiée Handball : Histoire et Composition d'une Équipe Symbolique

Dans un contexte mondial où les tensions politiques sont souvent exacerbées, le sport émerge parfois comme un vecteur de rapprochement et de dialogue. C'est le cas de la Corée, où les deux nations, toujours techniquement en guerre, tentent de construire des ponts grâce au sport, et plus précisément grâce au handball.

L'idée de créer une équipe de handball « Corée unifiée » a germé dans l'esprit de la Fédération internationale (IHF) et du Comité olympique (CIO), s'inspirant du succès géopolitique des Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang en 2018, où les deux Corées avaient concouru ensemble.

L'IHF a donc soumis la proposition aux deux Corées, obtenant le soutien du Comité international olympique. L'idée était de donner à son Mondial une portée géopolitique, bien que les invitations au match d'ouverture adressées aux dirigeants des deux Corées et à la chancelière allemande aient été déclinées.

Le président de la fédération internationale de handball (IHF), Hassan Moustafa, a été l'initiateur principal de ce projet, présenté lors d'une séance de la commission sportive, un organe chargé notamment de préparer les grandes compétitions, puis adopté par le comité exécutif (en anglais). La Corée du Sud étant déjà qualifiée, il a simplement fallu ajouter quelques joueurs.

Bien que la plus grande discrétion entoure cette sélection, la cohabitation semble en bonne voie. Interrogé par Le Figaro, Cho Young-Shi, l'entraîneur, veut croire au miracle : «Avec la chute du mur, c'est le chemin de la paix qui avait été choisi.

La France a défié l'équipe unifiée de Corée lors du championnat du monde. Quatre joueurs nord-coréens ont grossi l'effectif du Sud, portant le nombre total de joueurs à 20 au lieu de 16 pour les autres formations en lice - après dérogation obtenue auprès de la fédération internationale. Une solution plutôt habile.

Le processus de sélection est obscur, mais Pyongyang retient les noms de Pak Jong-gon, Ri Kyong-song, Ri Yong-myong et Ri Song-jin. Trois membres viennent également prêter main-forte au staff, dont l'entraîneur-adjoint Sin Myong-chol.

Finalement, l'unification a lieu tardivement, le 22 décembre, à Berlin. Aussitôt, une dizaine de journalistes scrutent leurs premiers pas au centre sportif Horst-Korber, sur le terrain d'entraînement situé en sous-sol. Certains observateurs font notamment remarquer que les quatre joueurs nord-coréens évoluent avec des lacets rouges, signale le Berliner Zeitung.

L'équipe de Corée a peu de temps pour que la mayonnaise prenne, mais les deux pays ont mis les petits plats dans les grands. L'ambassadeur de Séoul en Allemagne, Jong Bum-goo, a reçu un ballon dédicacé par les 20 joueurs, après avoir partagé des gâteaux de riz. Sans négliger quelques extras.

Alors que les joueuses de hockey étaient logées dans des hôtels différents lors des JO, les joueurs vivent cette fois dans le même établissement, précise El Pais. "Nous nous sommes sentis un peu éloignés les uns des autres lorsque nous avons rencontré les Nord-Coréens pour la première fois, concède le capitaine de l'équipe Jung Su-young, selon des propos rapportés par la Deutsche Welle. Mais nous nous sommes rapprochés au cours des jours passés ensemble et nous sommes devenus amis."

Le coach sud-coréen, toutefois, a dû faire quelques compromis, car les quatre joueurs nord-coréens ont un statut militaire (ce n'est pas toujours le cas pour les sportifs du pays). Cho Young-shin a donc été contraint de ne pas choisir de joueur sud-coréen au sein du club militaire qu'il entraîne à l'année, raconte le Süddeutsche Zeitung.

Le handball n'est "clairement pas" un sport de premier plan au Nord, explique Antoine Bondaz, où l'on préfère l'haltérophilie, le football, le tennis de table, le taekwondo, le tir et le ssireum (la lutte nationale). De l'aveu même de Cho Young-shin, ses joueurs venus du Nord semblent pêcher sur le plan technique, malgré une "excellente condition physique".

L'équipe unifiée a un lourd programme dans le groupe A, puisqu'elle affronte la France, l'Allemagne, la Russie, la Serbie et le Brésil. Avant même le tournoi, les premiers signaux étaient déjà négatifs - l'équipe s'est piteusement inclinée contre le VfL Potsdam (3e division allemande) en match de préparation (30-26) avant de se reprendre contre Oranienburg (victoire 34-29).

"On risque d'assister à la simple intégration de quelques joueurs dans l'équipe de Corée du Sud traditionnelle", explique à franceinfo Philippe Bana, directeur technique des Bleus, futurs adversaires des Coréens. Il n'y aura pas de changement majeur dans leur jeu et donc, il n'y a pas la nécessité pour nous d'un travail vidéo [spécifique] sur l'équipe unifiée."

Le championnat du monde a beaucoup d'importance pour nous, surtout que nous jouons à Berlin. Cette ville, qui a été coupée en deux, a trouvé le chemin de la paix après la fin de la guerre.

Le sport n'est pas le moteur de la réconciliation mais un des leviers utilisés par les pouvoirs politiques pour la mettre en scène. Au Sud, par exemple, cela permet d'habituer la population à des interactions plus fréquentes.

Les unifications se banalisent depuis les Jeux olympiques 2018. La valeur de chaque événement est en train de décroître, les gens commencent à s'y habituer. Pour relancer la dynamique, il faudrait comme je l'ai dit des affrontements avec le Japon et si possible une victoire. Mais habituer l'opinion publique, notamment en Corée du Sud, peut être vu comme quelque chose de positif étant donné que c'était un des grands objectifs de Séoul de banaliser ce rapprochement sportif.

Aux JO-2020, il est possible que l'équipe féminine de football soit unifiée car les deux nations sont très bonnes au football. C'est le sport où effectivement il y a le moins d'asymétrie Nord-Sud.

La limite de la diplomatie sportive se verra dès lors qu'il y aura des provocations d'un côté où une volonté politique de rapprochement qui disparaît. Dès lors que ça arrivera, ça s'arrêtera.

L'Équipe de Corée Unifiée au Championnat du Monde Lors du championnat du monde, une initiative particulière a été mise en place : la création d'une équipe unifiée de Corée, regroupant des joueurs de Corée du Sud et de Corée du Nord. Cette démarche symbolique visait à promouvoir la paix et la réconciliation entre les deux pays, toujours divisés politiquement.

La Fédération internationale de handball (IHF) a autorisé cette équipe à aligner 20 joueurs, au lieu de 16 pour les autres nations participantes. L'équipe unifiée a été placée dans un groupe difficile, aux côtés de la France, de l'Allemagne, de la Russie, de la Serbie et du Brésil.

Au lieu des hymnes nationaux, le chant folklorique traditionnel coréen, Arirang, a été joué lors des matchs. Cette initiative s'inscrit dans une volonté plus large de mondialisation du handball, en particulier en Asie.

Le Comité international olympique (CIO) a salué cette démarche, soulignant le rôle du sport dans la construction de ponts et l'ouverture de portes entre les nations.

Après l'équipe de hockey sur glace féminine commune aux deux Corées alignée l'an dernier aux Jeux olympiques d'hiver, c'est une équipe "unifiée" de handball Corée du sud/Corée du nord qui va tenter de s'illustrer aux championnats du monde de la spécialité qui commencent jeudi en Allemagne et au Danemark, les deux pays co-organisateurs.

Quatre joueurs nord-coréens vont se joindre aux seize sud-coréens retenus dans la sélection qui va affronter l'Allemagne jeudi à Berlin avec pour espoir de faire mieux que les joueuses coréennes de hockey qui avaient terminé à la dernière place après avoir perdu tous leurs matches aux Jeux de Pyeongchang.

Disputer le premier match dans la capitale allemande n'est pas sans symbole avant le 30e anniversaire en novembre de la chute du mur qui coupait la ville en deux.

"Avec la chute du Mur, c'est le chemin de la paix qui avait été choisi. Nous voulons montrer avec une équipe unie que, nous, les Coréens, pouvons suivre la même voie", affirme l'entraineur de l'équipe Cho Young-shin, un sud-coréen.

Les 14.500 places pour ce premier match ont été vendues et des millions de téléspectateurs devraient suivre le match à la télévision, l'Allemagne, à la recherche d'un 4e titre mondial, figurant parmi les équipes favorites.

Les Coréens ont reçu une autorisation spéciale de la Fédération internationale de handball (IHF) pour aligner 20 joueurs, quatre de plus que leurs rivaux. Il est vrai que l'idée émane du président de l'IHF Hassan Moustafa, qui a invité une équipe coréenne unifiée après que la Corée du sud se soit qualifiée pour les Championnats du monde en terminant troisième de la coupe d'Asie.

Les joueurs de l'équipe se sont rencontrés pour la première fois juste avant Noël, à Berlin le 22 décembre.

"Lors de notre première rencontre, nous étions un peu distants", a reconnu le capitaine de l'équipe Jung Su-young, mais son équipier nord-coréen Ri Song Jin a indiqué que les choses se sont dégelées lors d'une fête et "depuis c'est l'amitié qui nous unit".

Au moins un joueur nord-coréen sera aligné lors de chacun des cinq matches de groupe. L'équipe est dans le groupe A avec, outre l'Allemagne, d'autres équipes de premier rang comme la France, championne en titre, la Russie et la Serbie.

Elle jouera avec un drapeau "unifié" bleu et blanc et son potentiel reste un mystère. Les Allemands ont ainsi eu de grandes difficultés à obtenir des enregistrements vidéo pour analyser leur jeu.

Après avoir pris le meilleur sur le Brésil et la Serbie, l’équipe de France masculine de handball est confrontée, lundi 14 janvier, à un adversaire inédit pour son troisième match du Mondial. A Berlin, une équipe composée de joueurs de Corée du Sud et de Corée du Nord se présente sur sa route.

Cette équipe symbole pancoréenne n’est pas contrainte aux mêmes règles que les 23 autres participants au Mondial : là où chaque nation doit composer avec un groupe de seize joueurs (et trois changements possibles en cours de compétition), la Corée unie a le droit d’aligner vingt joueurs sur la feuille de match.

« Nous n’avions aucune information sur les joueurs de la Corée du Nord avant qu’ils nous rejoignent », a admis John Yoon, membre de la Fédération sud-coréenne de handball. Ce sont des « joueurs soldats », détaille l’entraîneur Cho Young-shin, qui a qualifié la Corée (du Sud) pour son premier Mondial depuis 2013.

« Ça a suffi pour qu’on identifie les forces et les faiblesses de chaque joueur, a assuré l’entraîneur Cho Young-shin, qui s’est engagé à ce qu’au moins un Nord-Coréen dispute chaque rencontre. Nous nous sommes rapprochés à chaque soirée passée ensemble, chaque entraînement, chaque repas, et désormais nous avons une connexion amicale. »

« Il n’y a que quatre Nord-Coréens ? C’est symbolique, quoi, constate le Français Nedim Remili, admettant avoir été surpris par l’annonce de cette équipe unifiée. Mais si c’est très important pour la Corée - les Corées ? je ne sais pas comment on dit -, ça ne changera rien pour nous, parce qu’on va jouer notre handball. »

« Cette initiative d’unir les deux Corées s’inscrit dans la volonté de mondialiser notre sport, assumait le président de la Fédération française de handball (FFHB), Joël Delplanque, avant l’entame du Mondial. L’Asie est un enjeu très important, et dans cette optique, la Corée aussi. »

Le président du CIO, Thomas Bach, déjà à la manœuvre dans le rapprochement des deux Corées aux JO d’hiver en 2018, s’est félicité de l’initiative de l’IHF.

Dans sa communication, la Fédération internationale ne fait guère de mystère sur l’ambition d’une telle équipe. « Plus que du sport, l’histoire en marche », claironne son site Internet.

Tombée dans le groupe - outre des ogres français - de l’hôte allemand, de la Russie, de la Serbie et du Brésil, tout autre résultat qu’une élimination au tour préliminaire serait un exploit pour la Corée unie.

« Notre objectif ultime n’est pas le résultat, mais de montrer notre esprit d’équipe unifiée au monde entier, énonce John Yoon dans un communiqué. Notre victoire sera d’émouvoir tous les fans de handball et de permettre à ce sport de véhiculer le message de paix venu de notre péninsule. »

Au lieu de l’hymne national de l’un ou l’autre pays, le chant folklorique traditionnel coréen Arirang va retentir après La Marseillaise.

Pour des Bleus visant une troisième couronne mondiale d’affilée (après celles de 2015 et 2017), la Corée n’est certes qu’une étape, mais elle n’est pas à prendre à la légère.

« La meilleure manière de respecter cette équipe et ce symbole est de jouer à fond, conclut Nedim Remili. En espérant que cette unification trouve écho dans d’autres sports. »

A l'issue des Jeux olympiques de Paris, pour lesquels quelque 160 athlètes coréens étaient en lice, les résultats sont appréciables. La République de Corée (Corée du Sud) termine 8e au tableau des médailles (13 médailles d'or, 9 médailles d'argent, 10 médailles de bronze), soit un résultat dans la moyenne de ses dernières participations aux Jeux olympiques malgré une participation moins importante, et nettement au-delà de ses résultats aux Jeux de Tokyo (6 médailles d'or, 16e au classement des médailles). Pour sa part, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), handicapée par son retour tardif aux Jeux olympiques, est loin d'être repartie les mains vides, malgré une absence de médaille d'or qui la fait pointer à la 68e place au classement des médailles : 2 médailles d'argent et 4 médailles de bronze, ou en d'autres termes la moitié des athlètes nord-coréens présents à Paris ont été médaillés.

Pour la République populaire démocratique de Corée, nous avions déjà souligné dans un précédent article les deux médailles d'argent, obtenues assez tôt dans la compétition, par les pongistes Ri Jong-sik et Kim Kum-yong qui avaient réussi à faire douter l'invincible (et invaincue) paire chinoise, et par les nageuses Jo Jin-mi et Kim Mi-rae, en haut vol à 10 mètres synchronisé féminin. Double vice-championne du monde, Kim Mi-rae, à seulement 23 ans, reste promise à un bel avenir (ce que signifie son prénom coréen, mirae), ce dont rend compte une deuxième médaille qu'elle a remportée aux Jeux de Paris, en bronze cette fois, en haut vol à 10 mètres, en individuel.

Tableau des médailles des deux corées aux jeux оlympiques

Pays Or Argent Bronze Total
Corée du Sud 13 9 10 32
Corée du Nord 0 2 4 6
Drapeau utilisé pour représenter l'équipe unifiée de Corée

L'unification des deux Corées fait son chemin, dans le sport et porte ses fruits puisque que la Corée unifiée vient de remporter la première médaille d'or de son histoire. C'est aux Jeux Asiatiques, qui ont lieu en ce moment. Médaille d'or en canoë. Une équipe composée de Coréennes du Nord et du Sud a remporté l'épreuve féminine de bateau-dragon sur 500 mètres. Quèsaco le bateau-dragon ? une sorte de grande pirogue, avec 20 pagayeurs.

Plusieurs médailles de la Corée unifiée aux Jeux Asiatiques Il y a quelques jours, l'équipe coréenne unifiée avait même déjà remporté le bronze sur 200 mètres dans la même discipline. Les Corées du Nord et du Sud ont aligné deux autres équipes communes pour ces Jeux Asiatiques : en basket et en aviron.

Lors de la cérémonie d'ouverture, les athlètes des deux pays avait d'ailleurs défilé ensemble derrière un drapeau représentant une péninsule unie, porté par un sportif de chaque camp, comme lors des Jeux Olympiques d'hiver à Pyeongchang, en février dernier, où les deux Corées avaient aligné une équipe féminine commune pour la compétition de hockey sur glace.

Ce n'est pas terminé puisque le Nord et le Sud pourraient une nouvelle fois s'unir lors du mondial de handball masculin qui aura lieu en Allemagne, en janvier prochain. Les discussions sont en cours. En tout cas, l'invitation est lancée au président nord-coréen Kim Jong-un et à son homologue du Sud puisque l'Allemagne affrontera la Corée en ouverture à Berlin...

Quel est l’impact du sport dans la société ? avec Emmanuel Bayle – UNIL

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