CVC Capital Partners est un fonds d'investissement international dont le siège social est basé au Luxembourg. Récemment, CVC est devenu un nouvel actionnaire minoritaire du foot français, contre 1,5 milliard d'euros. Cet investissement soulève des questions sur l'utilisation de ces fonds : Améliorer les infrastructures ou s'offrir des grands noms sur le marché des transferts ?

Les termes de l'accord
L'organisme, qui existe depuis plus de 40 ans (1981), est également présent aux Etats-Unis et en Asie. En contrepartie de cet investissement, la LFP doit accepter de céder 13% de ses revenus à l’entreprise. Attentive à l'utilisation de ces fonds, la LFP va donc faire respecter un fléchage particulier à travers une commission d'octroi.
La FFF souhaite reprendre la main en optant pour un modèle où la LFP comme entité juridique n’existe plus. Les clubs seraient en première ligne, sans intermédiaire, au sein d’une société qui dirigera le foot pro. Les clubs de Ligue 1 et Ligue 2 deviendront actionnaires d’une société dont les autres actionnaires seront CVC (qui conservera ses 13%) et la FFF qui aura une action préférentielle avec droit de véto notamment sur les sujets les plus structurants (formats des compétitions, nombre de montées et descentes).
La FFF souhaite que l’objet social de la société permette que la société reste organisatrice des championnats. La FFF devrait tout de même récupérer des compétences régaliennes comme la DNCG, voire la commission de discipline. Les détails de ces questions ne sont pas encore définis mais la FFF souhaite mutualiser au maximum les services afin de faire baisser les coûts de fonctionnement.
Répartition des fonds et utilisation prévue
Partant d’une somme globale de 1,1 milliard d’euros, la répartition suivante a été retenue et validée par toutes les parties pour les clubs de L1 (sur la base de 20 clubs, avant le passage à 18) :
- 200 millions d’euros au PSG
- 90 millions à l’OL et l’OM
- 80 millions à Lille, Monaco, Nice et Rennes
- 33 millions d’euros pour chacun des autres clubs
Il est question de montants étalés sur deux ou trois versements selon les cas, à compter de 2022. Infrastructures, formation, sécurité, numérique... L'Olympique de Marseille, lui, a trois grands axes directeurs pour le fléchage de ces fonds bienvenus: la structure du stade et la sécurité, le centre de formation et le digital.
"Le parcage visiteurs sera entièrement revisité", avec "une partie des travaux entreprise durant l'été, et l'autre achevée pendant la Coupe du monde, en novembre-décembre", affirme à l'AFP un responsable de l'OM. "Ce sont des mesures qu'on aurait pu prendre avant mais qu'on ne pouvait pas financer".
Cependant, il est important de noter que cet argent frais n'est qu'une avance de CVC qui compte bien se rémunérer sur des revenus futurs. "Ce n'est pas de l'argent pour combler les déficits, augmenter la masse salariale et faire des transferts.

Critiques et controverses
Interrogé sur l’accord entre la Ligue de football professionnel (LFP) et le fonds d’investissement CVC en 2022, le président du Havre a dénoncé une négociation d’une « grande opacité », parlant même de « casse du siècle » pour le football français, CVC bénéficiant à vie, de 13% des revenus de la Ligue.
D’entrée, Jean-Michel Roussier a donné le ton sur le fond de sa pensée concernant l’accord conclu entre la LFP et le fonds d’investissement, établi au Luxembourg, dont l’objectif affiché étant d’atteindre des droits de 1,8 milliard d’euros par an d’ici 2028. Un accord que le président du Havre ne juge « pas bon » pour le football français.
« Pour le football français, c’est le casse du siècle. L’écrasante majorité des clubs n’a pas compris comment cela s’est déroulé. Tout a été fait dans la plus grande opacité », tacle-t-il, dénonçant le contexte dans lequel le business plan a été conclu : « CVC a profité d’une extraordinaire dégradation du football français à la suite de l’éviction de Mediapro », dans un contexte également de crise Covid qui a plongé les clubs dans une grande difficulté financière.
Sur la situation de son club, qui ne bénéficie aujourd’hui que de 1.5 million d’euros, contre 33 millions pour le FC Metz, club de Ligue 1 le moins bien loti, le président du HAC a d’ailleurs lancé une procédure judiciaire à l’encontre de la LFP pour dénoncer cette situation. Situation qui s’explique par ailleurs, au regard de la récente montée du club dans le championnat de France : « Le HAC bénéficie d’un traitement d’une inéquité incroyable », déplore-t-il, tançant un accord qui a « durablement creusé les inégalités entre les clubs, les prive à vie d’une partie substantielle de leurs revenus ».
« Non, la seule solution pour sauver le foot français n’était pas la cession à vie de 13% de ses revenus à un fonds d’investissement. Non, les clubs ne disposaient pas de l’information utile pour se prononcer sur l’accord CVC. Non, l’accord conclu ne permet pas à un développement équitable du foot français, mais ne fait que creuser les inégalités ».
« Mais alors, pourquoi les clubs ont-ils accepté », se demande le rapporteur de la commission, Michel Savin. « La notion d’urgence était majeure, la notion d’unanimité était essentielle et il fallait que personne ne soit le fossoyeur du football », dénonce-t-il, résumant sa pensée en une formule : « Take the money and run ».
Droits TV et avenir du football français
Enfin, Jean-Michel Roussier est revenu sur l’attribution des droits TV alors que l’incertitude plane toujours sur le futur diffuseur des championnats nationaux la saison prochaine, en raison de l’infructuosité de l’appel d’offres lancé par la LFP en fin d’année dernière. L’occasion pour lui d’en rajouter une couche sur CVC : « Je ne suis pas convaincu qu’il y ait un apport technique acceptable », en matière de compétence sur les droits TV et des recettes commerciales, estime-t-il.
Interrogé enfin sur le sort réservé à Canal +, partenaire historique du football français, au moment de l’attribution des droits TV à Mediapro, Jean-Michel Roussier estime que le groupe « a été chassé comme Mediapro a été chassé ». « Beaucoup d’acteurs de cette décision ont chassé Canal + de façon cavalière et ont vite oublié les 20 années qui venaient de s’écouler », regrette-t-il. Jugeant aujourd’hui « difficile » d’imaginer le football français sans Canal +.
Ligue 1 - Accord LFP-CVC : Labrune, Kita, Nicollin... des révélations fracassantes
Nouvelles règles financières imposées par la FFF
Au-delà de cette grande réforme de la gouvernance, la FFF souhaite imposer de nouvelles règles afin d’assainir les finances des clubs, dont certains sont toujours au bord de dépôt de bilan. Parmi ces règles, il y a la limitation du nombre de contrats possibles au sein d’un effectif et le plafonnement de la masse salariale avec de nouveaux ratios encore plus contraignants qu’aujourd’hui. Le plafond de 70% du chiffre d’affaires consacré à la masse salariale globale pourrait être encore abaissé. La FFF souhaite s’inspirer de ce qu’a mis en place l’UEFA dans le cadre de son fair-play financier.
Elle souhaite aussi une nouvelle répartition des droits TV entre les clubs. Sans remettre totalement en cause l’élitisme prôné par Vincent Labrune avec des locomotives qui capteraient davantage de revenus que les clubs non européens, Philippe Diallo souhaiterait tout de même rééquilibrer cette répartition en faveur des plus petits budgets afin de conserver un minimum de compétitivité et donc d’intérêt du championnat.

Le Havre conteste l'accord
Dans sa première assignation, le HAC vise à remettre en cause sur le fond l’accord contracté entre la LFP et le fonds d’investissement luxembourgeois CVC Capital Partners portant sur 1,5 milliard d’euros. Ce recours sera étudié en février. Mais en attendant, le HAC demande la suspension de l’exécution de l’accord CVC-LFP, arguments à l’appui. C’est le sens de la deuxième assignation, celle-ci déposée en référé et arbitrée dès le 28 novembre.
Doté de 1,5 million d’euros, le club du Havre (HAC), promu et actuel 7e de L1, se considère spolié par la modalité de répartition de la manne CVC à destination des clubs. Le club présidé Jean-Michel Roussier estime faire les frais d’un angle mort dans l’accord passé au printemps 2022. De fait, le HAC, promu en L1 non pas en mai 2022, dans la foulée de la signature, mais en mai 2023, n’a pas été éligible aux 33 millions d’euros captés par les clubs de L1.
En l’état des textes, les clubs doivent justifier d’une présence continue en L2 sur les saisons 2021-2022, 2022-2023 et 2023-24 pour arriver à une subvention totale de 3 millions d’euros. Ce qui n’est pas le cas du Havre au motif qu’il est… monté en L1. Les dirigeants havrais en concluent qu’ils sont injustement et lourdement pénalisés. Ils se sont donc tournés vers les tribunaux pour arbitrer la situation. Le HAC demande aussi, selon les informations du Monde, un report de l’assemblée générale prévue jeudi.
Les inquiétudes persistantes
Un an et demi après la signature de l’accord entre la LFP et le fonds d’investissements CVC, des voix s’élèvent contre son opacité, un système de répartition inégal et la crainte d’une facture plus gonflée que prévue pour les clubs. Sa régularisation est à l’ordre du jour de l’assemblée générale de la Ligue ce jeudi.
Dans L’Equipe, plusieurs acteurs anonymes grincent des dents contre l’opacité de la Ligue de football professionnel (LFP) au moment de présenter les trois dossiers de fonds d’investissement en mars 2022. Le vote quasi unanime des clubs (à l’exception des abstentions de Toulouse et Nancy) pour CVC le 1er avril est intervenu seulement deux jours après la remise d’un document de 100 pages détaillant l’accord. Un document que peu d’acteurs auraient lu dans son intégralité. Seulement quelques présidents auraient été mis au courant du détail de l’accord par la LFP.
Un autre point inquiéterait certains clubs, l’augmentation de la facture due à CVC, qui s’est engagé à ne percevoir aucune dividende avant la saison 2024-2025. Mais ce principe est rétroactif et le fonds d’investissement a négocié de percevoir intégralement ce qui lui sera dû sur les trois saisons en 2025. Ce dont certains clubs disent ne pas avoir été informés. Selon des chiffres de L’Equipe, ce rattrapage serait évalué à 106,8 millions d’euros, sans compter les premiers prélèvement de 13%.
Une autre menace plane au-dessus de la Ligue: la possibilité pour CVC d’augmenter sa participation dans le capital de la filiale commerciale de la LFP si le budget de cette dernière est sujet à évolution.