Le 31 octobre 1999, le quinze de France a signé l'un des plus grands exploits de son histoire en battant la Nouvelle-Zélande (43-31) en demi-finale de la Coupe du monde. C'est l'histoire du plus grand exploit du rugby français. C'est aussi le plus beau match de l'histoire de la Coupe du monde, certains diront même de l'histoire du rugby tout court.
Vingt ans plus tard, une bonne partie des joueurs qui composaient l'équipe de France durant ce tournoi sont restés proches du rugby pro. Retour sur un miracle. Mythique. Hors du temps. Invraisemblable.
Le match de rugby Nouvelle Zélande-France en 1999 : l'exploit français
Un Parcours Semé d'Embûches
C'est peu dire que la qualification de la France en demi-finale du Mondial 1999 est inespérée. Le Tournoi des cinq nations s'est révélé catastrophique, la tournée estivale en Nouvelle-Zélande calamiteuse et le premier tour terriblement laborieux. Les Bleus n'ont obtenu leur qualification en quarts de finale que grâce à un essai litigieux face aux Fidji. Le capitaine Raphaël Ibanez pose le débat en ces termes : "Je ne voudrais vraiment pas que la France devienne la Roumanie du rugby international."
Une Équipe en Doute
Pour la force collective, on repassera. "Les joueurs ne s'entendaient pas spécialement bien", acquiesce l'adjoint du sélectionneur Pierre Villepreux, dans L'Equipe.
En face, les All Blacks, meilleure nation du monde, comme d'habitude. Favorite du tournoi, comme d'habitude. Les bookmakers cotent la France à 20/1, et proposent plutôt de miser sur l'ampleur de la fessée que prendront les Tricolores. Quarante points d'écart ou plus ? Même l'arbitre de la rencontre, l'Ecossais Jim Fleming, n'est pas spécialement heureux. "J'étais déçu d'avoir été désigné pour ce match, peste-t-il dans le Herald of Scotland. Ma dernière chance d'arbitrer une finale de Coupe du monde s'était évaporée."
L'ambiance est détendue dans le camp français. Dans le vestiaire, Emile Ntamack et Fabien Galthié sont pris d'un fou rire inextinguible. "Nous étions tranquilles", se souvient "Milou" Ntamack sur Rugbyrama. "Si tu n'as pas le sourire au moment de rencontrer les All Blacks en demi-finale de la Coupe du monde, quand trouveras-tu ton plaisir dans ce jeu ?" s'enthousiasme Jean-Claude Skrela, le sélectionneur, cité par Libération. Au moment de pénétrer sur la pelouse, Fabien Galthié hurle : "On est des champions !" Les joueurs ont passé la semaine à s'en convaincre.
Le sélectionneur, John Hart, ne croit pas trop à la puissance du rituel maori, de toute façon. "Je me crispais quand les joueurs ne chantaient pas tous l'hymne national, regrette-t-il dans le livre Legends in Black. J'ai essayé d'y remédier, mais je ne pouvais pas les forcer.
Le Match de la Légende
Dès l'entame du match, les Français choisissent d'attaquer les Blacks sur le physique. Ils se mettent à plusieurs pour stopper Jonah Lomu, l'ailier néo-zélandais, 1,95 m pour 100 kg, quitte à se faire traîner accroché à son short. Le surpuissant ailier des Blacks n'est pas le seul à bénéficier d'un traitement de faveur des Bleus. Les Bleus font surtout parler le côté équarisseur en première période.
Les Français concèdent une kyrielle de pénalités (treize !), une sale habitude. Les Bleus sont menés 17-10 à la pause, et c'est bien payé. Fabien Pelous se souvient de n'avoir jamais douté de la victoire.
Le début de la seconde période donne raison aux Kiwis. Jonah Lomu inscrit un nouvel essai, portant le score à 24-10. C'est à cet instant précis que la machine se dérègle. "Ce qui s'est passé en seconde période - en y repensant des années plus tard - semble inexplicable, écrit Jonah Lomu dans son autobiographie. C'était irréel. Les Français ont tout simplement pris feu.
La panique se lit sur le visage des Néo-Zélandais, à mesure que Christophe Dominici, l'ailier aux cheveux péroxydés, Richard Dourthe, le scalpeur d'Umaga, et Philippe Bernat-Salles, le poids plume de 75 kg chargé de contenir Lomu, inscrivent trois essais splendides.
Trente-trois points encaissés en une demi-heure, soit autant que… pendant toute la durée de la Coupe du monde, un essai des All Blacks pour sauver l'honneur, et les Français s'invitent en finale sur le score de 43-31. On a même entendu une Marseillaise reprise en chœur par le public anglais en seconde période.
Pour le spectateur le mieux placé au monde, c'est loin d'être évident. "Après la rencontre, j'ai réalisé que j'avais vu un bon match de rugby, mais il a fallu un moment pour que je me rende compte à quel point la partie avait été excitante. Et quel suspense !" reconnaît l'arbitre Jim Fleming.
Au mépris des sacro-saintes valeurs du rugby, la plupart des Néo-Zélandais, humiliés, ne raccompagnent pas les Bleus au vestiaire par une haie d'honneur. Jonah Lomu ne s'en est toujours pas remis.
Dans les vestiaires, l'équipe de télévision qui devait tourner un documentaire narrant la victoire des All Blacks lors de cette Coupe du monde remballe son matériel, raconte le Guardian. "Une ambiance de mort régnait dans le vestiaire, se souvient Andrew Mehrtens, le demi d'ouverture des Kiwis, dans le Herald Scotland. Nous étions tous dévastés.
Au pays, le choc est terrible aussi. Les Français, eux, ont gagné leur Coupe du monde, même si la finale est dans une semaine. Les festivités s'étendront tellement que les Bleus ne feront illusion qu'une mi-temps contre l'Australie. Un match que tout le monde a oublié.
Oui, rappelez-vous, le doublé de Jonah Lomu, la France menée 24-10, puis, le miracle. La grâce touche Titou Lamaison qui claque 12 points (dont deux drops) en huit minutes (28 sur l’ensemble du match). Christophe Dominici qui profite d’un rebond favorable pour faire passer la France devant. Richard Dourthe qui assomme les coéquipiers de Tana Umaga avant que Philippe Bernat-Salles, d’un sprint incroyable, ne crucifie les Blacks sur place. La France qui signe un 31-0 en l’espace de 30 minutes, voilà, ça y est, vous y êtes.
Un match qui a eu un retentissement extraordinaire en France et sur la planète rugby. Cet exploit, on lui en reparle encore presque tous les jours dans son restaurant à l'entrée de Narbonne où il a fait de l'entrecôte, chère au boxeur Jo Gonzales, l'ancien propriétaire médaillé d'argent aux Jeux de 1964, sa marque de fabrique : "Ce jour-là, on a renversé le monde entier, on n'était pas favoris.
Quand on tombe sur les Blacks en demi-finale, toute la semaine, personne ne nous voyait gagnant, raconte Tournaire. C'était rigolo, on n’était rien, on était les laveurs de toilettes (rires). Mais voilà, on n’avait rien à perdre. Les Blacks, oui. On était content d'être là, en demi-finale de la Coupe du monde. L'objectif c'était de sortir des poules, de bien figurer". Ce jour-là, on n'a pas su ce qu'il se passait, les fourchettes, les oreilles... L'agressivité, la marque de fabrique de cette sélection "de potes".

Il le raconte lui-même avec les yeux qui brillent : "Quand je pars à Leicester, je tombe dans la même chambre que Josh Kronfeld lors du premier déplacement et il me dit : "Ce jour-là, on n'a pas su ce qu'il se passait, les fourchettes, les oreilles... Vous nous avez fait peur, on est sorti abîmé"".
Ce qui a marqué Tournaire, c'est "le regard des Blacks à la mi-temps. Fabien (Galthié) nous a demandé de les regarder. Et c'est vrai, ils étaient mâchés. Sur ce match, Franck Tournaire avait été soupçonné d'avoir mordu un joueur néo-zélandais.
Encore et sans doute pour longtemps dans les annales, ce match de 99, le Narbonnais l'admet sans ambages : "J'ai dû le revoir une ou deux fois, mais il est surtout dans ma tête. Je n'avais jamais joué les Blacks en compétition mondiale donc, franchement, je n'avais pas besoin de revoir le match, je savais minute par minute ce qu'il s'était passé".
Exemple avec l'essai incroyable de Dominici que Tournaire revit comme s'il y était revenu, 24 ans après : "Fabien Galthié tape par-dessus, Dominici prend le ballon entre deux mecs, à la barbe de Jeff Wilson. Même nous, sur le terrain, on n'y croyait pas... Il dépose Wilson, il a même été surpris lui aussi. Il court, court, regarde s'il est derrière et en fait non".
Comment a-t-il découvert la Une ? "Je crois que c'est le correspondant de presse de Sallèles-d'Aude qui appelle ma mère en lui disant "Franck est à la Une de Paris Match". Ma mère est allée le chercher et, en effet, c'est un bon souvenir qui trône maintenant en grand à l'entrée du restaurant.
Que sont-ils devenus ?
Voici ce qu'ils sont devenus :
- Fabien Galthié: Sélectionneur 2019-2023
- Raphaël Ibanez: Manager
- Pieter De Villiers: Entraîneur adjoint au Stade Français
- Marc Dal Maso: Entraîneur des avants de Brive
- Pierre Mignoni: Manager du LOU
- Ugo Mola: Manager du Stade Toulousain
- Stéphane Glas: Entraîneur de Grenoble
- Xavier Garbajosa: Manager de Montpellier
- David Auradou: Manager du Stade Montois
- Philippe Carbonneau: Entraîneur des Espoirs de Brive
D'autres ont été entraîneurs ou managers, tels que Marc Lièvremont, Thomas Lièvremont, Olivier Magne et Richard Dourthe.
Certains sont devenus consultants médias, comme Christian Califano, Arnaud Costes et Christophe Dominici.
D'autres se sont éloignés du rugby pro, tels que Christophe Lamaison, Cédric Soulette et Lionel Mallier.