Comment promouvoir le football féminin: Histoire, défis et stratégies

Le football féminin a parcouru un long chemin depuis ses débuts modestes. Cet article retrace son histoire, aborde les défis persistants et explore les stratégies clés pour promouvoir sa croissance et son développement.

L'histoire du football féminin

Tout commence en Angleterre en 1881, avec le premier match officiel de football féminin entre l’Écosse et l’Angleterre. Le coup d’envoi est alors donné et la pratique va se développer petit à petit. Et si on retraçait les 5 dates les plus importantes de l’histoire du foot féminin ?

  • 1881: Le 9 mai, onze jeunes Écossaises rencontrent onze jeunes Anglaises à Édimbourg pour disputer le premier match officiel. On ne connait rien des prouesses sportives des joueuses malheureusement, la presse de l’époque parle uniquement des tenues portées.
  • 1895: Le premier club de foot féminin, le British Ladies Football Club, est fondé par une aristocrate écossaise, Florence Dixie.
  • 1912: En France, ce ne sera qu’en 1912 que sera fondé le premier club français de football féminin, le Femina Sport.
  • 1919: La Fédération française de football est créée en France, mais elle refuse de reconnaître la pratique féminine. Pourquoi cette décision ? Le football était considéré comme trop violent, on disait qu’il pouvait déformer le corps des femmes, entraîner même la stérilité. La pratique se développe alors en parallèle : la Fédération des sociétés féminines sportives de France, fondée en 1918, se charge de gérer le football féminin et crée le Championnat de France de football féminin.
  • 1921: En Angleterre, la pratique est interdite en 1921 par la Football association pour les mêmes raisons. Le gouvernement de Vichy interdit aussi la pratique du foot féminin en 1941. Gros coup d’arrêt jusqu’en 1971.

Sachez que le premier match international a opposé une équipe anglaise, les Dick-Kerr Ladies, à une sélection de joueuses françaises à Manchester, le 29 avril 1920. Le score ? L’Angleterre l’a remporté 2-0.

Égalité de genre dans le sport : les défis des athlètes femmes

Les défis actuels

À l’heure de la crise de la Covid-19, le sport féminin est fortement touché. Par exemple, la FFF a débloqué 6 millions dédiés uniquement aux clubs féminins de la D1 Arkema issue d’une convention FFF-LFP. En 2019, la France organisera la Coupe du Monde de football féminin. A l’heure actuelle sur les 20 clubs de Ligue 1, 5 clubs n’ont pas de sections féminines intégrées : Stade Rennais, AS Monaco FC, Angers SCO, SM Caen, SC Bastia.

Il y a 2 solutions pour intégrer une équipe :

  1. Partir de zéro en créant une école de foot et une équipe de district : le club devra alors monter 4 divisions pour jouer à haut niveau.
  2. L’autre possibilité est de récupérer un club local déjà existant et évoluant à haut niveau, une stratégie qui s’est avérée payante pour le FC Girondins de Bordeaux qui a récupéré Blanquefort en D2 féminine et a rejoint la D1 l’année suivante.

Pour développer le football féminin il faut le faire connaître donc communiquer à ce sujet. Sur les 12 équipes composant la D1 féminine, 8 appartiennent à des clubs de Ligue 1 : OL,PSG, MHSC, EA Guingamp, AS Saint Etienne.

L’équipe féminine de l’OL réunit en moyenne au minimum 5000 spectateurs à domicile pour chaque match du championnat. Les clubs de Ligue 1 pourraient par exemple proposer des abonnements groupés Ligue 1 / D1 ou des billets promotionnels regroupant un match de L1 et un de D1. Face à la difficulté à remplir les stades, le foot féminin est capable de fidéliser ses propres supporters. D’autre part, des supporters du club de Ligue 1 ne connaissent pas le football féminin et pourraient s’y intéresser en allant voir un match et pourraient être ensuite attirés par la D1 et prendre un abonnement à la saison.

Stratégies de promotion du football féminin

Le sport, un droit pour toutes. On le sait, le sport est un facteur d'épanouissement personnel pour tous et un moyen de gagner en confiance. Pourtant dans certains territoires en France, les femmes ont 2 fois moins accès à la pratique sportive.

Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour promouvoir le football féminin :

1. Partenariats et engagements

Aux côtés de la fondation Alice Milliat, depuis 2022, INTERSPORT s’engage aux côtés de la fondation Alice Milliat, qui œuvre activement pour la promotion du sport au féminin. En 2023, ce partenariat a pris une nouvelle dimension : INTERSPORT en est devenu membre fondateur.

Cet engagement se traduit par deux actions concrètes : Un challenge de running connecté, organisé chaque année, pour collecter des fonds destinés à un appel à projets.

Dans le cadre de la promotion du football amateur féminin, Intermarché s’est associé à la Fédération française de football (FFF). L’entreprise a lancé son programme SensationELLES, qui s’adresse aux équipes féminines de U14 à U18, soit 212 équipes.

L’objectif est de "développer la pratique du football féminin et son épanouissement", ainsi que "le football féminin sur l’ensemble du territoire" tout en "donnant envie aux jeunes filles d’aller dans les clubs", détaille Jacques Benloulou, directeur sponsoring et partenariat d’Intermarché. Partenaire de la FFF depuis de nombreuses années, Intermarché a souhaité s’investir dans la pratique féminine à quelques semaines de l’Euro "pour pousser le football féminin".

Plusieurs centaines de dossiers ont ainsi été reçus. Il faut dire que la récompense est belle."10.000 euros par an pendant trois ans pour aider les clubs à accomplir leur projet, ainsi qu’un stage en immersion en Angleterre au club du FC Lewis qui est le club le plus paritaire au monde, exemplaire pour le foot féminin, explique Jacques Benloulou. Pendant 15 jours les jeunes filles qui vont gagner vont pouvoir aller vivre avec ses joueuses et son staff pour prendre les meilleurs conseils et les appliquer dans leur club".

2. Initiatives locales et projets innovants

Ce lundi soir, neuf clubs de football amateur féminin se présentent au bureau de la Fédération Française de Football. Tous vont défendre leur projet qui a pour but de promouvoir le football féminin. Le gagnant se verra offrir un stage en Angleterre ainsi qu’une aide financière.

Parmi les finalistes, le club de Mitry Mory, qui développe le foot féminin depuis de nombreuses années désormais.

A tour de rôle, les clubs représentés par un encadrant et deux joueuses présenteront leurs idées pour développer le foot féminin. Une présentation de cinq minutes accompagnée d’une vidéo faite en amont.

Jacques Benloulou, entouré des membres de la FFF, aura la lourde tâche d’élire le projet le plus intéressant, viable, le plus créatif: "On va suivre pendant 3 ans ces équipes avec la FFF pour les aider à atteindre leurs objectifs", décrit-il.

Mitry Mory: Un exemple d'engagement local

Parmi les finalistes, le club de Mitry Mory espère rafler la mise. Pendant plusieurs semaines, ses adhérentes, accompagnées de Nora Mesbah, responsable de la maison des femmes à Mitry Mory, ont travaillé sur leur projet.

"On a décidé de proposer un nouveau concept: la mallette des ambassadrices du foot féminin. Des joueuses des U15, U18 et sénior vont aller promouvoir le foot féminin dans les centres de loisir et dans les établissements scolaires. La mallette contiendra plein d’outils ludiques et pédagogiques comme des expositions, des films d’animation, des livrets de jeu, des jeux…"

Un projet qui s’inscrit dans la continuité du club qui a toujours œuvré pour le foot féminin. Dès l’été 2014, Salah Hadj, directeur sportif et entraîneur des séniors féminines, proposait des stages pour les filles. "A la rentrée il y a eu une forte demande. Aujourd’hui il y a 94 licenciées dès les U9 jusqu’aux seniors", se félicite Salah Hadj.

Véritable projet personnel, il a vu les mentalités évoluer notamment chez les parents. Un peu réticents au départ, ces derniers ont vite été séduits par l’approche du club. "On met le même investissement chez les garçons que sur les filles", explique Nicolas Kayi, entraineur des U18. "On essaie de faire pas mal de projets entre les garçons et les filles pour éviter qu’il y ait des inégalités, et faire comprendre aux enfants que c’est pareil pour tout le monde."

Des valeurs prônées en premier lieu par les filles du club elles-mêmes. "On veut que les femmes et les hommes soient au même niveau dans le foot", explique Charlotte Croizé. Et aller vers plus d’égalité au niveau des salaires, de la diffusion médiatique.

3. Visibilité et médiatisation

Ce temps fort de médiatisation du sport au féminin est organisé par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et le ministère chargé des Sports, avec le soutien du secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, du CNOSF et du Comité Paralympique et Sportif français.

L’enjeu de la visibilité des sportives de haut niveau est également essentiel pour créer des exemples inspirants et promouvoir ainsi le sport féminin.

4. Engagement gouvernemental et initiatives ministérielles

Le ministère des sports veut développer la pratique féminine. La ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu a décidé d’engager plusieurs chantiers afin de relancer la pratique féminine.

Tout d’abord, la ministre a la volonté de féminiser les instances dirigeantes du monde fédéral jusqu’aux organismes déconcentrés des fédérations. Une proposition de loi portée par les parlementaires de la majorité doit être présentée à l’Assemblée nationale en 2021 avec une disposition phare portant sur la parité dans les instances dirigeantes fédérales.

En parallèle, le ministère finance des formations destinées à des femmes qui se destinent à prendre des fonctions de premier plan dans le monde sportif.

Ensuite, le fonds audiovisuel, maintenu et renforcé (doté de 1,5 million d’euros) accompagne chaque année des projets de retransmissions de sport féminin, des documentaires mettant en valeur des athlètes, arbitres ou des personnalités inspirantes.

Par ailleurs, encourager la pratique sportive des filles et des femmes reste un axe essentiel. Ainsi, le ministère renforce la place du sport à l’école dès le plus jeune grâce à divers dispositifs : Savoir rouler à vélo, Aisance aquatique…

De plus, il souhaite vise aussi lever des freins à la pratique, comme par exemple l’arrêt dû à la maternité. Un ouvrage spécifique pour les femmes enceintes et jeunes mamans a donc été édité pour les guider dans leur pratique d’activité physique et sportive.

Enfin, le dernier enjeu concerne le respect et l’intégrité des pratiquantes dans les clubs.

5. Sponsoring et valeurs RSE

Gilles Galinier, directeur de la communication chez Arkema, revient sur l’engagement stratégique de son entreprise dans le sponsoring du football féminin. Avec plus de 21 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros, Arkema s’affirme comme un acteur industriel global qui intègre le sport dans sa stratégie de visibilité et de responsabilité sociétale.

Arkema a choisi le sport, et plus particulièrement le football féminin, comme un vecteur d’expression de ses valeurs et de sa stratégie RH. À travers le sponsoring, l’entreprise B2B se rend plus visible, tout en promouvant l’inclusion dans un univers historiquement masculin : la chimie comme le football. Ce choix stratégique repose sur la volonté de promouvoir la diversité et de rappeler que tous les profils, notamment féminins, ont leur place dans l’industrie. En s’impliquant également auprès des clubs amateurs et en accompagnant la professionnalisation du football féminin en France, Arkema affirme un engagement durable.

Arkema articule son action autour de trois piliers complémentaires : les clubs amateurs proches de ses sites industriels, l’élite professionnelle via l’Arkema Première Ligue, et l’équipe de France féminine. Ce triptyque permet de créer une dynamique cohérente, connectée aux territoires et aux enjeux de recrutement.

La dynamique du football féminin en France est aujourd’hui très positive, avec des hausses significatives de fréquentation dans les stades, de visibilité médiatique, et d’audience TV, notamment grâce à la diffusion sur Canal+.

La stratégie pour les prochaines années mettra davantage l’accent sur le football amateur, avec des initiatives concrètes pour soutenir les clubs féminins locaux : rénovation de terrains, dotations en équipements, invitations aux matchs professionnels.

L’engagement d’Arkema dans le football féminin dépasse la simple visibilité de marque. Il reflète une stratégie d’entreprise ancrée dans des valeurs fortes : inclusion, performance, solidarité et développement territorial. En s’associant durablement à un sport en pleine croissance, Arkema renforce à la fois son rôle social, son attractivité en tant qu’employeur, et sa contribution à une dynamique collective.

De nombreux clubs féminins français de premier plan ont décidé de placer les leviers RSE au cœur de leurs argumentaires pour convaincre les marques d’investir en sponsoring. Est-ce pour autant la bonne option pour développer dans la durée ses revenus issus des partenariats ?

« Notre section féminine incarne des valeurs fortes comme l’inclusion, l’égalité et l’excellence sportive. Ces valeurs résonnent auprès du public et permettent aux marques de renforcer leur image de manière positive. En soutenant le football féminin, les annonceurs participent concrètement au développement du sport féminin et à la promotion de l’égalité dans le sport. C’est de cette manière que l’Olympique de Marseille nous décrivait dernièrement les principaux arguments exposés aux annonceurs pour les convaincre de s’engager auprès de sa section féminine, en marge de l’annonce du renforcement de son partenariat avec FDJ.

L’OM appuie fortement sur les leviers RSE, dont notamment la défense de l’égalité femmes-hommes et des valeurs de parité, pour diriger les investissements de ses partenaires vers son équipe féminine. Mais « vendre » un engagement RSE derrière la commercialisation d’un package de sponsoring, est-ce la bonne démarche à suivre pour développer ses activités issues des partenariats dans le sport au féminin de haut niveau ?

« Pour le moment, la réponse est clairement positive. Il faut raconter quelque chose pour vendre du sponsoring. La performance pure ne se commercialise pas. « A l’OL, on cherche à embrasser des valeurs d’empowerment et de leadership au féminin. Michele Kang, la nouvelle propriétaire du club, est très engagée sur ces thématiques. Le financement privé du sport au féminin en France passe par la mise en avant des véhicules RSE.

Alors que les valeurs associées au développement du sport au féminin jouent un rôle central dans l’engagement des marques en France ; certaines études portant sur d’autres marchés montrent qu’un investissement auprès d’un club féminin ou d’une athlète peut s’avérer être un choix très intéressant d’un point de vue économique et marketing.

6. Augmenter la participation des filles dans le football amateur

Le football amateur est une pratique sportive adorée et respectée à travers le monde. Pourtant, un déséquilibre évident persiste entre le nombre de garçons et de filles participant à ce sport.

L’une des principales stratégies pour augmenter la participation des filles dans le football amateur est de véhiculer une image positive du sport. En effet, l’image de marque du football féminin a un impact direct sur le nombre de filles qui choisissent de s’engager dans ce sport. Il est essentiel de faire la promotion de modèles féminins dans le football et de célébrer leurs succès.

Les clubs de football ont un rôle crucial à jouer dans l’accroissement de la participation féminine. En créant des programmes d’engagement communautaire, ils encouragent plus de filles à se lancer dans le football. Ces initiatives peuvent inclure des formations spécialisées, des ateliers interactifs, des compétitions locales et diverses activités axées sur le football.

Une autre stratégie consiste à augmenter les opportunités pour les filles de jouer au football. Cela peut passer par la mise en place de plus d’équipes de filles, l’organisation de plus de tournois dédiés au football féminin et le développement de programmes d’entraînement spécialement conçus pour les filles.

L’éducation et la sensibilisation sont également des éléments clés pour augmenter la participation des filles dans le football. Il est essentiel d’informer les parents, les enseignants et les entraîneurs des avantages du football pour les filles. Cela englobe le renforcement de la santé physique, le développement des compétences sociales, l’amélioration de la confiance en soi et bien plus encore.

Les aides financières, telles que les bourses et les subventions, peuvent également contribuer à augmenter la participation des filles au football. Ces ressources peuvent aider à couvrir les coûts associés à la pratique du football, comme l’achat d’équipements, le paiement des frais d’inscription et la prise en charge des déplacements. Fournir des installations et des équipements de qualité est une autre stratégie qui peut aider à augmenter la participation des filles.

Augmenter la participation des filles dans le football amateur n’est pas une tâche facile, mais avec les bonnes stratégies et une approche proactive, il est tout à fait possible de faire une différence.

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