L'ascension fulgurante des clubs turcs en Ligue des Champions : Histoire et enjeux

Quand on parle du football turc, il a longtemps été question presqu'exclusivement des mastodontes stambouliotes, Galatasaray, Fenerbahçe, Besiktas, ou encore Trabzonspor, basé à Trabzon sur les bords de la mer Noire. Des formations historiques habituées à représenter les couleurs de la Turquie en Europe et soutenues par de nombreux supporters dans un pays où l'appartenance à un club de football fait partie de l'identité de chaque individu.

Ces dernières années ont vu une évolution dans le paysage footballistique turc, notamment avec l'émergence de nouveaux clubs et de nouvelles dynamiques. Cet article explore l'histoire des clubs turcs en Ligue des Champions, en mettant en lumière leur parcours, leurs succès, leurs défis et leurs liens avec le contexte politique et économique de la Turquie.

Les clubs historiques et leur impact en Europe

Le football turc a longtemps été dominé par les clubs d'Istanbul :

  • Galatasaray
  • Fenerbahçe
  • Besiktas

Ces équipes ont régulièrement participé aux compétitions européennes, en y laissant leur empreinte. Fondé en 1905 à Istanbul, Galatasaray est aujourd’hui le club le plus titré de Turquie. Le club stambouliote a également connu son heure de gloire sur la scène européenne en remportant la Coupe de l’UEFA et la Supercoupe d’Europe en 2000.

Club historique turc, souvent dans l’ombre de ses rivaux stambouliotes Fenerbahçe, Galatasaray ou Basaksehir plus récemment, Besiktas a réussi l’an passé à se qualifier pour la Ligue des Champions. Très rarement convié à la table des grands sur les dix dernières années, le Besiktas se sait attendu pour ce retour au premier plan européen.

Pour célébrer les succès du club, voici une composition d'une équipe de légende de Galatasaray :

L'équipe de légende de Galatasaray

  • Fernando Muslera
  • Ümit Davala
  • Gheorghe Popescu
  • Bülent Korkmaz
  • Hakan Ünsal
  • Tugay Kerimoğlu
  • Gheorghe Hagi
  • Okan Buruk
  • Arda Turan
  • Metin Oktay
  • Hakan Şükür

Basaksehir Istanbul : Un nouveau venu qui bouscule l'ordre établi

Le Basaksehir Istanbul est un ovni dans le football turc. Ce n'est pas un club comme les autres que le PSG va affronter ce mercredi en Ligue des champions. Pour son parcours sportif déjà. Cette formation stambouliote signe une ascension fulgurante depuis des années et a explosé la hiérarchie historique en devenant champion de Turquie la saison passée.

Fondé en 1992 ce nouveau club d'Istanbul, qui dispute sa première Ligue des champions, joue les trouble-fête en surgissant de nulle part. "Il y a quinze ans, c'est un club qui n'existait pas sur la carte du football turc", nous raconte Pierre Raffard, Géographe spécialiste de la Turquie et enseignant-chercheur à l’ILERI. "Le club a végété en deuxième puis en première division pendant des années. Il n'avait pas de supporters et ne faisait pas parler de lui car il joue dans un stade très loin. Il n'a aucune commune mesure avecses concurrents stambouliotes ".

Tout a changé en 2014. Le Basaksehir, qui était jusque-là une association gérée par la municipalité d'Istanbul, a été racheté par des proches du pouvoir. "C'est l'un des seuls clubs de la SuperLig turque à être une entreprise, et pas une association, nous explique Pierre Raffard. Il a été acheté par sept partenaires. Et dans les premiers partenaires, vous retrouvez Mesut Altan, qui est un homme d'affaires proche de l'AKP (ndlr : le parti islamo-conservateur du président Erdogan), Ahmet Ketenci qui est lui le fils du beau-frère d'Erdogan. Et Göksel Gümüşdağ, le propriétaire actuel du club, est le neveu de la femme d'Erdogan."

Les liens entre le pouvoir politique et le Basaksehir

L'ombre du président turc n'est jamais très loin quand on parle de Basaksehir. Ses liens avec Recep Tayyip Erdogan, expliquent aussi ce côté à part. Depuis que le président de la Turquie s'est penché sur son cas, la destinée de ce club longtemps anonyme sur la scène footballistique turque s'est métamorphosée en une success-story intrigante. Son principal sponsor est d'ailleurs Medipol, un groupe hospitalier dirigé par… l'actuel ministre de la Santé. L'équipe a été implantée dans un nouveau "quartier symbolique de l’urbanisme de l’AKP.". Et le club joue en orange, les couleurs du parti présidentiel. Certains fans des autres clubs turcs l'ont d'ailleurs baptisé le "FC Erdogan" pour souligner ses accointances avec le pouvoir.

"Basaksehir, c’est un club sans attache populaire. Il n'y a pas de supporters", ajoute Pierre Raffard. "Erdogan ne s'est jamais caché de ses rapports avec le club. Son fils non plus. Bilal Erdogan se disait même le plus grand supporter du club. Et les ultras des autres équipes s'en amusent en disant, 'c'est normal, il est le seul'".

Alors, pourquoi ce soudain intérêt pour le Basaksehir Istanbul de la part du pouvoir et de Recep Tayyip Erdogan ? Il faut remonter à 2013, soit un an après l'achat du club. "2013, c'est l'année des événements de Gezi. C'est un soulèvement d'une partie de la population turque suite à la destruction d'un parc. Ces vastes manifestations sont devenues au fur et à mesure une critique contre la politique menée par le gouvernement, nous éclaire encore Pierre Raffard. Lors de ces évènements, on a vu quelque chose que l'on ne voit jamais en Turquie : les trois clubs d'Istanbul se sont retrouvés derrière la même bannière alors que d'habitude ils se détestent viscéralement. Avec Basaksehir, l'idée est donc d'avoir un quatrième club à Istanbul pour concurrencer les grands clubs historiques".

Gestion financière et succès sportif

Si le club est sous contrôle, ses liens avec le pouvoir ne sont pas les seules raisons de sa réussite sportive. "Basaksehir a profité d'une situation économique déplorable des autres clubs, nous confirme Pierre Raffard, qui évoque la tendance des géants stambouliotes à parier sur des stars en fin de carrière. Certains grands clubs se sont mis dans le rouge. Et si les partisans de Basaksehir vont dire que les dirigeants du club ont très bien géré les comptes, les opposants vont estimer qu'ils ont un peu détourné les règles en passant outre le fair-play financier comme le club ne crée rien : pas de billetterie ou de produits dérivés".

Avec sa gestion plus draconienne, Basaksehir Istanbul est en tout cas en train de réussir son pari, même s'il lui reste encore du chemin à parcourir avant de gagner le cœur de nombreux supporters trucs comme ses rivaux.

Galatasaray champion de Süper Lig pour la 25e fois

Galatasaray a mis un point final à une saison magnifique en remportant le titre de champion de Super Lig pour la 25e fois, un record, devant un public en liesse. C'est une question de fierté pour Galatasaray, qui cherche à atteindre 25 titres avant que Fenerbahçe n'en remporte 20.

Voici un aperçu des clubs ayant remporté le championnat turc :

ClubNombre de titres
Galatasaray25
Fenerbahçe19
Besiktas14
Trabzonspor7
Istanbul Basaksehir1
Bursaspor1

Galatasaray a déjà assuré sa place en phase de groupes de la Ligue des champions, tandis que Fenerbahce entrera dans la phase de qualification pour le tournoi.

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