Football / Fautrel reconnait des erreurs d'arbitrage - 16/03
Dès le mois d’août, plusieurs faits de jeu ont suscité de vives discussions, tant sur le terrain qu’en dehors. Certains de ces incidents ont aussi mis en lumière les limites de l’assistance vidéo (VAR), qui est censée offrir une aide supplémentaire pour corriger les erreurs humaines. Malgré sa présence, plusieurs décisions ont été perçues comme incohérentes.
Au cœur du football français, l’arbitrage fait face à des critiques de plus en plus vives. Les décisions des arbitres ont un impact direct sur les performances des équipes, influençant le classement et par conséquent, leurs chances d’accéder à des compétitions européennes.
La saison de Ligue 1 a été marquée par des décisions arbitrales contestées et des débats passionnés. Les chiffres publics montrent l’ampleur du phénomène et nourrissent les controverses autour de la VAR contestée.

Incidents marquants de la saison
Olympico : Lyon vs Marseille
Le 22 septembre dernier, l’Olympique Lyonnais recevait l’Olympique de Marseille dans un Olympico qui s’annonçait électrique. Si la rencontre s’est conclue de façon spectaculaire (2-3), elle avait pourtant débuté dans la confusion. Après cinq minutes de jeu, Benoît Bastien attribuait deux cartons jaunes à Leonardo Balerdi, réduisant ainsi l’OM à dix pour les 85 minutes suivantes. Son expulsion avait par ailleurs provoqué la colère de Medhi Benatia. L’ancien conseiller de l’OM (devenu directeur sportif) était descendu des tribunes pour aller confronter M. Bastien à la mi-temps.
« Il y a faute de Lacazette au départ ! Deux fautes de Balerdi et tu mets le carton rouge, tu lâches un penalty ! Commencez à nous respecter ! La semaine dernière, Cornelius et là encore. Ne prenez pas les gens pour des cons, avait-il lâché dans les couloirs du Groupama Stadium, avant de prendre la parole sur DAZN. Quand j’ai vu que c’était M. Bastien pour ce match, je n’étais pas bien. Il y a faute. Vous ne pouvez pas me dire qu’il joue bien le coup. L’arbitre doit être sûr de ce qu’il fait dans un match aussi important. S’il est là, c’est qu’il est bon. Pourquoi on est préoccupé quand on voit que c’est M. Bastien qui va nous arbitrer ? Quand on voit ça, on comprend pourquoi on est préoccupé. C’était le match le plus attendu de ce début de saison.
Marseille vs PSG
Fin octobre, Marseille, deuxième, accueillait le PSG, leader. Le tout, arbitré par François Letexier, devenu la référence de l’arbitrage mondial et qui avait notamment dirigé la finale de l’Euro 2024. Si Paris avait montré sa supériorité dès les premières minutes, l’OM a vu ses espoirs de revenir s’amoindrir à la 20e minute. Suite à un pied haut au niveau de l’abdomen de Marquinhos, dans le rond central, Amine Harit recevait un carton rouge.
M. Letexier s’était présenté par la suite au micro du diffuseur pour expliquer son choix. « Je vois Harit arriver avec la jambe tendue en direction du torse de son adversaire. C’est le premier élément que je distingue à vitesse réelle. Dès le départ, j’ai le sentiment que ce geste met en danger l’intégrité physique de son adversaire. Je prends malgré tout le temps de la réflexion. Très rapidement, Marquinhos enlève son t-shirt et je vois la trace des crampons au niveau du sternum. Ces deux éléments, à la fois ce que j’ai perçu à vitesse réelle et les conséquences du geste, m’ont poussé à exclure Monsieur Harit. […] Le caractère délibéré du geste ne change en rien la sanction disciplinaire qui doit être donnée. L’assistance ne considère pas que ma décision est une erreur manifeste et me confirme que ma perception est réelle et qu’il y a un contact de la semelle au niveau du torse. Notre travail est de prendre des décisions en fonction de considérations techniques et si elles doivent m’amener à prendre une décision forte et courageuse à la 20e minute, je me dois de le faire », avait assumé Letexier, après le troisième OM-PSG de sa carrière.
Reims vs Lyon
Le déplacement de Lyon à Reims, le 23 novembre, s’est soldé sur un score de parité (1-1). Mais les Lyonnais auraient souhaité mieux. Lancé à pleine vitesse sur le côté gauche, Malick Fofana était percuté par un Rémois dans la surface. Rien pour Stéphanie Frappart, ce qui n’était pas du goût de John Textor. « Il y a un contact du côté postérieur sur la jambe gauche du joueur de Lyon. Il pousse et casse la course de sa trajectoire. C’est penalty », s’insurgeait le président de l’OL. Quelques instants plus tard, Lacazette tombait dans la surface après avoir été tenu par Valentin Atangana. « On veut simplement comprendre. Il y a eu deux situations litigieuses qui ont été en notre défaveur ce soir. J’aimerais juste comprendre pourquoi Madame Frappart n’est pas allée voir la VAR. Il y avait vraiment matière à réflexion. Je ne sais pas si vous avez vu les images, mais il y a clairement son pied d’appui qui est percuté », lâchait Daniel Congré après la rencontre. Le coordinateur sportif de l’OL réclamait aussi «une uniformité dans les décisions arbitrales.
Nice vs Lyon
Le week-end suivant, c’est l’adversaire de Lyon, l’OGC Nice, qui s’était indigné après les choix de Bastien Dechepy (4-1). En début de seconde période, Evann Guessand est accroché par Duje Ćaleta-Car dans la surface de réparation. Appelé par la VAR, l’arbitre de 39 ans n’avait finalement pas accordé de penalty, au grand dam des Aiglons. Furieux, Florian Maurice n’avait pas mâché sur M. Dechepy après le match. Comment vous pouvez m’expliquer qu’on ne peut pas siffler un penalty sur Guessand alors qu’on a sifflé une faute au préalable ? On nous a refusé un premier but sur un soi-disant contact entre Rosario et un Lyonnais. C’est un scandale ce qu’il a fait. Il a pris des décisions à l’inverse de ce que c’était. Comment on ne peut pas siffler penalty ? Il attend quoi ? Qu’on l’égorge, qu’on le prenne par le cou ?
Monaco vs PSG
La polémique la plus récente, et sans doute, la plus discutable. Le choc entre l’AS Monaco et Paris (2-4), le 18 décembre, avait été marqué par la semelle de Wilfried Singo sur la face de Gianluigi Donnarumma. Malgré le visage complètement défiguré de l’Italien, qui a dû subir plusieurs points de suture, François Letexier n’avait pas souhaité attribuer de second carton jaune à l’international ivoirien. Un choix qui avait fait jaser. Que ce soit les acteurs présents sur le terrain, comme Gonçalo Ramos. « Tout le monde a vu son visage. Je ne sais pas comment c’est possible que ça ne soit pas un carton rouge. L’arbitre a un seul travail, c’est de protéger les joueurs. Et ce n’est pas moi ou les joueurs qui le disent, ils (les arbitres) nous l’ont dit au début de la saison. Qu’ils devaient protéger les joueurs. Et aujourd’hui, ils n’ont pas protégé Donnarumma. » Ou les autres joueurs du championnat, comme Lucas Chevalier sur les réseaux sociaux, stupéfait de voir Singo s’en tirer sans carton.

Le VAR : un outil controversé
Présenté comme un outil censé aider les arbitres, il a en réalité renforcé les critiques. « Il faut reconsidérer l’appréciation du VAR. Pour les clubs, c’est la solution magique qui va mécaniser les décisions et qui va définitivement clore le sujet de la sensibilité des décisions de l’arbitrage, ce qui n’est pas vrai. Le vrai problème porte sur son utilisation entre arbitres ».
C’est au responsable VAR que revient la charge d’informer son collègue sur le terrain d’une potentielle erreur. Mais encore une fois, le rapport de force entre arbitres entre en jeu. « Le VAR a beaucoup plus de difficulté à intervenir quand il y a un cador sur le terrain par peur de déjuger un arbitre plus expérimenté ».
Depuis son introduction, le système vidéo (VAR) a suscité tant d’espoirs que de controverses. Conçu pour aider les arbitres à prendre des décisions plus justes, il s’est cependant retrouvé au cœur de débats houleux. Les incohérences dans son utilisation ont souvent mené à des frustrations.
Les critiques pointent un manque de transparence dans les décisions prises via le VAR.
La mécanique de la VAR implique des choix d’interprétation qui varient selon l’équipe vidéo et l’arbitre de champ. Une partie du problème vient du timing et de la qualité des angles caméra disponibles, facteur critique pour trancher un hors-jeu serré. La répétition d’interventions longues pèse sur la concentration des arbitres et sur le rythme des rencontres, selon plusieurs acteurs du championnat.
Classement et structure de l'arbitrage
Pour établir le classement des arbitres, la DTA (Direction Technique de l’Arbitrage) se base sur un barème établi par l’UEFA dans lequel est pris en compte leur condition physique, l’application des règles ou encore leur comportement sur le terrain. Mais la notation sportive n’est pas le critère principal. Les arbitres de Ligue 1 sont en réalité classés dans trois groupes (A, B et C) selon des critères qui restent flous. Ceux des groupes A (avec une certaine notoriété) et B ne peuvent pas être inquiétés par une relégation en fin de saison. C’est donc le groupe C, composé de six ou sept arbitres moins expérimentés, qui se retrouvent sous pression pour ne pas descendre. Peu importent ses performances sur le terrain, s’il est dans ce groupe C, un arbitre peut être rétrogradé sur le simple avis des observateurs du Comité Français de l’Arbitrage (CFA).
Enjeux financiers
Pourtant, une relégation représente un enjeu financier colossal. « La majeure partie des arbitres arrêtent leurs autres activités professionnelles. Et passer de 15000€ en Ligue 1 à 7000€ en Ligue 2, c’est déjà violent, mais si vous passez à 3000€ en National, le changement est encore plus radical. » explique Saïd Ennjimi. Les arbitres professionnels évoluent donc dans un climat où une seule mauvaise décision peut avoir un impact sur leur vie personnelle. Enfin seulement certains d’entre eux, car d’autres sont épargnés.
Traitement inégal
Pour Saïd Ennjimi, ce traitement différent entre arbitres confirmés et moins expérimentés influe sur les décisions prises sur le terrain : « Certains ne sont jamais inquiétés même s’ils ne sont pas à la hauteur, alors que d’autres jouent leur peau tous les week-ends. Si vous créez une polémique alors que vous êtes promu, cela risque de vous poser des problèmes et cela crée un déséquilibre entre les arbitres. »
Il déplore surtout que les décisions de rétrogradation ne soient pas seulement sportives : « Je trouve regrettable que le CFA, avec son droit de veto, puisse changer les personnes qui devaient normalement descendre, pour des raisons que l’on ignore. » Il poursuit : « J’aimerais que tous les arbitres soient jugés sur une même ligne de départ tout en conservant une protection d’une saison pour nos arbitres internationaux et ainsi éviter de bouleverser l’organisation. »
Les arbitres doivent aussi s’accommoder de la pression médiatique inhérente au monde professionnel. « Les acteurs du jeu sont légitimes à émettre des critiques dans la mesure où les enjeux sont immenses. Mais même si personne n’apprécie être attaqué par les médias, ceux qui officient en Ligue 1 et qui ne veulent pas être critiqués ont intérêt à rester chez eux » tempère Ennjimi.
Voici un tableau récapitulatif des équipes les plus et les moins favorisées par l'arbitrage vidéo, selon les données de "Check VAR Ligue 1":
| Équipes les plus désavantagées | Équipes les plus avantagées |
|---|---|
| Olympique Lyonnais (OL) | Stade Rennais |
| LOSC Lille | FC Lorient |
| Le Havre | Olympique de Marseille (OM) |
Solutions potentielles
Journée après journée, la liste des décisions arbitrales controversées ne cesse malheureusement de s’allonger. L’arrivée prochaine de la sonorisation des arbitres pourrait-elle changer la donne ? Testée lors de la dernière finale de la Coupe de France entre Paris et Lyon (2-1), fin mai, sa mise en place en L1 avait été actée pour cette saison. Elle n’a pourtant pas encore vu le jour pour des raisons financières, mais pourrait être installée dès janvier. Selon Antony Gautier, patron des arbitres français, ce dispositif doit apporter « transparence et compréhension des décisions ».
Réduire cette charge passe par une meilleure préparation vidéo et des protocoles clairs, tout en préservant la fluidité du jeu pour les spectateurs et les équipes.
Pour réduire les incidents, le débat se concentre sur des mesures opérationnelles simples et rapides à mettre en oeuvre. La sonorisation vise à expliquer la décision en direct et à réduire l’incompréhension des publics et des joueurs. Son implémentation nécessite une formation adaptée et un protocole d’utilisation précis pour éviter l’abus verbal. Renforcer la formation vidéo et multiplier les retours d’expérience pratiques constituent des leviers concrets pour réduire les erreurs. L’adoption d’indicateurs de performance et d’un audit annuel permettrait d’objectiver les progrès et de favoriser une meilleure harmonisation.
L’avenir de l’arbitrage en Ligue 1 doit passer par une amélioration notable de la performance arbitrale. Cela implique des formations continues et un système de débriefing rigoureux après chaque match. Les solutions passent par une meilleure reconnaissance de l’autonomie des arbitres et le renforcement de leur image en tant qu’acteurs fondamentaux du football.
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