Le tir à trois points est devenu une arme essentielle des attaques NBA, représentant entre un tiers et la moitié des tirs tentés la saison dernière. De nombreux analystes se sont efforcés de disséquer la boîte noire du tir, mais les raisons du succès ou de l'échec d'un tir en particulier restent floues.
Il est fréquent de voir des joueurs en surchauffe ou en manque de réussite à l'échelle d'une saison sur les tirs à trois points ou les longs tirs à mi-distance. Et pour cause, lancer une sphère de cuir dans un cercle de 45 centimètres de diamètre situé à 7 mètres de distance, en plein milieu d’un effort physique intense et face à des athlètes d’élite décidés à vous compliquer la tâche n’est pas une science exacte. Cette variance n'empêche pas une analyse statistique, mais plus elle est forte, plus l'échantillon observé doit être grand. Surtout, les tirs subis par chaque équipe sont pris par quasiment les mêmes joueurs, la totalité de la ligue déduction faite du roster.
Au global, la réussite des tirs à trois points sur la saison 2024-2025 a été de 36,2%. Mais quel est vraiment l’impact de ces écarts sur le nombre de points encaissés ?
La "Jedi Defense": Mythe ou Réalité ?
Expression bien connue des auditeurs du Basket Lab en cette période de bilans, et inventée par Seth Partnow, analyste NBA notamment passé par les Bucks à la fin des années 2010, la Jedi Defense renvoie à l’idée qu’à l’échelle d’une saison, une équipe n’a que très peu d’influence sur la réussite des tirs à trois points pris par l’adversaire. Une équipe dont les adversaires affichent une faible réussite sur la saison bénéficierait donc plus d’une « jedi defense » que de schémas ou de joueurs permettant d’affecter cette réussite. Plus un tir est pris loin du panier, plus il sera soumis à de la variance, quelle que soit la qualité du joueur.

Assez rapidement, plusieurs questions se posent en découvrant cette théorie : les schémas, les stratégies défensives employées par les équipes et la qualité des joueurs alignés n’auraient pas d’impact sur cet aspect du jeu ? Prendre un close-out par Herbert Jones ou TJ McConnell ne serait pas différent pour la probabilité de réussite du tir ?
Prenons l'exemple d'OKC. En résumé, OKC aurait encaissé 180 points de plus si ses adversaires avaient eu une réussite à trois points moyenne la saison dernière. Le chiffre peut paraitre faible, mais les échelles de valeur sont étroites en NBA. Concernant le defensive rating, avec une moyenne NBA de 113,7 la saison dernière, la défense d’OKC, numéro 1 avec 106,6 n’est inférieure que de 6,2% à cette moyenne.
Première conclusion : pour la plupart des équipes, l’impact de la Jedi Defense sur les performances défensives semble marginal. Elles restent en effet dans la même zone du classement au defensive rating. Pour OKC, qui présente le taux de midi-chloriens le plus élevé (+2% de points encaissés avec une réussite normalisée), la défense reste d’élite même après normalisation.

L'impact des tirs grands ouverts
Les statistiques de nba.com nous communiquent également des informations sur le volume, la fréquence et la réussite des tirs à trois points grands ouverts. Il est choisi ici de privilégier l’analyse au prisme du volume plutôt que de la fréquence, dans la continuité de l’approche quantitative utilisée jusqu’ici pour le nombre de points encaissés.
Et de façon tout à fait fortuite, les équipes ont eu le pire pourcentage sur les 3 points grands ouverts contre OKC. On peut y voir une conséquence indirecte de la qualité des schémas défensifs déployés, avec une équipe qui n’hésite absolument pas à abandonner les moins bons tireurs adverses pour aider sur les drives. Attention toutefois au risque de rationalisation a posteriori : avec une réussite concédée de 37%, à qui n’est que légèrement supérieure à la moyenne de la ligue sur l’ensemble des tirs extérieurs (intégrant les tirs défendus, les pullups, …), une importante part de chance est tout de même à attribuer à ce résultat.
À première vue, si l’impact de la variance de la réussite adverse à trois points sur le niveau de defensive rating semble donc assez faible pour la plupart des équipes, certaines d’entre elles semblent donc particulièrement affectées par une surchauffe ou un manque de réussite adverse.
Cas Spécifiques : Chicago, Boston et Indiana
Changement d'ambiance quand on se dirige à Chicago. Si l’équipe a pu proposer des choses intéressantes la saison dernière avec un jeu rapide qui a grandement facilité la vie de ses jeunes porteurs de balle, la défense n’a pas dû faire très plaisir aux nostalgiques des années 90 ou du début des années 2010. Rien de très surprenant avec un roster dont le pivot titulaire est Nikola Vucevic en 2025, que vos arrières titulaires sont Coby White et Josh Giddey, et que vos ailiers sont un rookie et Patrick Williams qui nous rappellent tous les jours que les prospects athlétiques ne deviennent pas systématiquement Kawhi Leonard. L’équipe affiche cependant le 18ème defensive rating de la ligue, devant des équipes comme Dallas ou Denver.
Nous avons probablement ici un très bon exemple de la jedi defense : alors que l’équipe concède un très important volume de tirs grands ouverts, les adversaires ne les ont convertis avec une réussite de seulement à 37,6%. En normalisant la réussite à la moyenne de la ligue sur ces tirs ouverts, les Bulls auraient encaissé 62 points de plus. Ces points représentent plus de 40% des 150 points supplémentaires qu’aurait encaissé Chicago sur la saison 2025 en normalisant la réussite adverse sur l’intégralité des tirs à trois points.
Le cas de Boston est intéressant. Si au global, l’équipe semble bénéficier d’une Jedi Defense plutôt chanceuse, elle concède un volume assez important de tirs grands ouverts que ses adversaires convertissent pourtant avec une réussite supérieure à la moyenne. De ce point de vue, la chance ne semble donc pas particulièrement de leur côté. L’équipe se démarque donc par une très faible réussite adverse sur les tirs à trois points contestés. Là où les choses deviennent intéressantes, c’est que les Celtics sont coutumiers du fait. Déjà sous Brad Stevens, les équipes adverses affichaient une faible réussite à trois points, tendance confirmée sous Ime Udoka puis Joe Mazzula.
On remarque que sur l’intégralité de la période, toutes les équipes ne disposaient pas nécessairement de défenseurs d’élite comme cela a pu être le cas ces dernières années. Alors, public particulièrement bruyant perturbant les tireurs, impact visuel du parquet mosaïque unique en son genre, leprechaun enterré sous le TD Garden, les interprétations d’une telle anomalie statistique sur une période aussi longue restent ouvertes.
Le cas des Pacers semble assez similaire à celui des Bulls, malgré une équipe plus compétente. L’équipe concède assez peu de tirs ouverts (8ème plus faible total de la ligue), mais bénéficie d’une très faible réussite adverse. Si Indiana a affiché une plutôt bonne défense sur la deuxième partie de saison, avec des schémas dynamiques, cette impression reste amplifiée par une réussite de seulement 37,3% adverse à trois points, sans pouvoir s’appuyer sur une escouade défensive du niveau de Boston ou d’OKC.

Analyse des Défenses Moyennes et Mauvaises
Ces équipes présentent un dénominateur commun évident : leurs adversaires ont été particulièrement en réussite sur leurs tirs grands ouverts, avec les 3 plus hautes efficacités concédées de la ligue, et aucune équipe ne dépassant le 25ème centile. Parmi elles, on retrouve des organisations défensives assez variées, avec des volumes de tirs à trois points ouverts concédés assez différents. Toutefois, il existe également d’autres défenses moyennes ou mauvaises qui ne subissent pas une telle réussite adverse. On peut alors considérer qu’une importante part de malchance reste à attribuer au résultat final.
Que retenir de tout cela ? Ainsi, la lecture d’un defensive rating peut être nuancée par la « jedi defense » uniquement dans certains cas : les équipes ayant subi des scores anormalement élevés sur les tirs ouverts sont probablement un peu meilleures défensivement que leur rating pourrait le laisser penser. Les Kings ont un defensive rating de mauvaise défense, alors qu’elle semble plus se rapprocher de la moyenne. Pour confirmer ces tendances et approfondir l’analyse, il faudrait étendre la base de données à plus d’une saison dans un premier temps pour l’aspect quantitatif.
Les Défenseurs de l'Année
Quatrième titre de défenseur de l'année pour Rudy Gobert. Leader incontournable de la meilleure défense de la Ligue, Rudy Gobert a été désigné ce mardi défenseur de l'année en NBA. C'est la 4e fois que le pivot des Timberwolves reçoit cette distinction, égalant le record de Dikembe Mutombo et Ben Wallace.

Arrivée à Minnesota à l'été 2022, en échange de plusieurs joueurs et tours de draft, le Français avait une mission : faire des Wolves l'une des meilleures défenses de la NBA. Après une première saison de tâtonnements, à chercher ses marques avec l'autre intérieur Karl-Anthony Towns (longtemps blessé), la mission est plus que réussie. Treizième défense NBA avant l'arrivée de Gobert, la franchise de Minneapolis est désormais la meilleure dans ce domaine, avec 108,4 points encaissés/100 possessions, et a réalisé une magnifique saison régulière (3e à l'Ouest).
Avec 14 points, 12,9 rebonds (n°2 en NBA cette saison) et 2,1 contres de moyenne, l'ancien pivot du Jazz n'a certes pas signé sa meilleure saison statistique, mais les chiffres sont très solides et surtout, son impact n'avait sans doute jamais été aussi grand. Il est deuxième (derrière Draymond Green) au classement des joueurs qui font le plus baisser le % de réussite de leur adversaire direct (-6,1). Lorsqu'il est sur le terrain, les Wolves sont aussi l'équipe qui concède le moins de tirs près du cercle, le tout avec le plus faible % de réussite adverse, tant le Français est intimidant.
Depuis le début de sa carrière, Evan Mobley est considéré comme un défenseur extrêmement intelligent. Il avait été élu dans la NBA All-Defensive First Team dès sa seconde saison en NBA. Evan Mobley est le Défenseur de l’Année 2025. Les détails des votes ont également été révélés et le joueur des Cleveland Cavaliers compte près de 100 points d’avance sur Dyson Daniels, deuxième et plus de 130 sur Draymond Green. La franchise de l’Ohio a terminé la saison régulière avec la huitième meilleure défense de la Ligue ; Evan Mobley en était le pilier en compagnie de Jarrett Allen, son partenaire dans la raquette.
Mais là ou le joueur de 23 ans impressionne de ce côté du terrain, c’est dans sa polyvalence. En culminant à 2m11, il parvient à être intelligent et dur près du cercle, mobile et intense plus au large. Avec 9,3 rebonds et 1,6 contre de moyenne, ce ne sont pas les statistiques brutes qui ont fait la différence, c’est l’impression visuelle laissée chaque soir. Evan Mobley mérite sa récompense et grâce à elle, il active un bonus sur son contrat : 45 millions de dollars. Le joueur des Cavaliers succède à Rudy Gobert au palmarès et pourrait bien précéder un autre français, Victor Wembanyama, qui était le grand favori avant sa thrombose veineuse.
Tableau des statistiques défensives à mi-saison
Voici un aperçu des statistiques défensives des équipes NBA à mi-saison :
| Équipe | Defensive Rating |
|---|---|
| Minnesota Timberwolves | 108,4 |
| Cleveland Cavaliers | N/A |
| Oklahoma City Thunder | N/A |
Comment les équipes s'adaptent en défense
Que ce soit en saison régulière ou durant ces playoffs, le Thunder affiche la meilleure défense de NBA. Cela s’explique notamment par l’effectif parfaitement construit par Sam Presti qui possède d'excellents défenseurs sur tous les postes. On peut citer Alex Caruso capable de défendre sur les cinq postes puisqu’on l’a vu mettre Nikola Jokic en difficulté lors du Game 7 face aux Nuggets, mais il n’est pas seul. Il est accompagné de Luguentz Dort et de Jalen Williams élus dans les NBA All-Defensive Teams et du duo à l’intérieur Chet Holmgren - Isaiah Hartenstein.
Comment fonctionne la défense dans la NBA moderne
Cette profondeur permet à OKC d'affronter n'importe quelle situation puisqu'après avoir vaincu les Nuggets et Nikola Jokic, ils sont parvenus, sans trop de difficultés, à renverser les Wolves portés par le duo Anthony Edwards - Julius Randle. L'intérieur des Wolves avait justement constaté que la défense du Thunder était différente des autres. Comme l'expliquait l'ancien joueur des Knicks, les hommes de Mark Daigneault mettent une forte pression sur les attaquants pour forcer des pertes de balle.
“Normalement, chaque équipe peut viser un joueur et attaquer dessus. Pour étayer les propos de l’ancien joueur des Clippers, il est vrai que la plupart des équipes en NBA possèdent un fort scoreur qui s’avère être bien moins fiable en défense. C’est le cas, par exemple, des Knicks qui ont vu Jalen Brunson ou Karl-Anthony Towns être ciblés à de nombreuses reprises par l’attaque d’Indiana durant les finales de conférence à l'Est. À l’inverse, Shai Gilgeous-Alexander n’est pas qu’un simple attaquant d’élite. Le MVP en titre s’est révélé, au fil des années, être un bon défenseur.
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