Privilège réservé à la Nouvelle-Zélande et aux nations du Pacifique, le haka est le premier temps fort d'un match avec les "All Blacks". Cette danse chantée, dont le "Ka Mate" est sa version la plus connue, est rythmée par les codes de la culture maorie. Destiné à impressionner l'adversaire, ce rituel guerrier va retentir durant la Coupe du monde.
Depuis plus d'un siècle maintenant, les rugbymen Néo Zélandais entament une chorégraphie avant chaque match, devant leurs adversaires. C'est le fameux Haka. Mais d'où vient cette danse rituelle?
Imposant leur style agressif et spectaculaire au monde entier, les Néo-Zélandais sont également connus pour la danse rituelle qu'ils effectuent à chacune de leur rencontre. Qualifiés pour la Coupe du Monde de rugby qui aura lieu en France, vous aurez sûrement l'occasion de le voir, au moins lors du match de l'ouverture. En effet, les All Blacks affronteront le XV de France pour lancer cet événement international. Ainsi, voici tout ce que vous devez savoir sur le Haka.
LES ORIGINES DU HAKA
L'histoire du Haka
Le haka est une danse traditionnelle maorie de la Nouvelle-Zélande, qui est devenue célèbre dans le monde entier grâce à l'équipe nationale de rugby de Nouvelle-Zélande, les All Blacks, qui effectuent une version du haka avant chaque match.
Le haka a une longue histoire dans la culture maorie, et il peut être utilisé pour célébrer des événements importants, comme la naissance d'un enfant ou une victoire lors d'une bataille. Le haka est également utilisé comme un moyen de défier les ennemis, en montrant la force et la détermination des danseurs, il n'était pas rare de trouver des insultes dans les paroles.
Les peuples de toute l'Océanie polynésienne pratiquaient cette danse, il servait également à représenter les émotions, la passion, la vigueur, et l'identité d'un peuple. Chaque tribu disposait de sa propre danse, et leur réputation reposait majoritairement sur leur aptitude à l'effectuer.
La version du haka des All Blacks s'appelle le "Ka Mate", et elle a été composée par le chef maori Te Rauparaha dans les années 1820. Elle raconte l'histoire de son évasion d'une embuscade ennemie, et elle est devenue un symbole de la force et de la résilience de la Nouvelle-Zélande.
Littéralement, Haka signifie "faire" en maori. Plus généralement, le terme désigne une danse chantée rituelle des insulaires du Pacifique Sud. C'est en fait un nom générique pour toutes les danses maori. Si beaucoup de personnes connaissent le Haka, c'est grâce au rugby. Il faudra néanmoins attendre le début du 20ème siècle et une tournée en Angleterre pour le voir exécuté.
Auparavant réservé aux tournées dans les pays étrangers, le Haka est démocratisé lors de la première Coupe du Monde, en 1987. Dès cet événement, les All Blacks, vêtus de noir, pourront l'effectuer avant chaque rencontre.
Avant chaque match, après les hymnes nationaux, ce cri, scandé, hurlé, fend l'air. Les All Blacks s'avancent, l'air conquérant, sur la ligne des 50 mètres pour provoquer leurs adversaires. Le regard noir, en transe, ils exécutent ce haka, une danse chantée, ponctuée de grands coups sur la poitrine ou sur les cuisses, avec une coordination et une rage à vous glacer le sang. Une chorégraphie millimétrée qu'ils achèvent, les langues dehors, sur une grimace d'intimidation.
Loin du folklore qu'on lui prête, cette coutume ancestrale revêt une grande importance dans la culture maorie. Son histoire remonte au XVIIIe siècle. Le haka, sous sa forme primitive, a été composé vers 1820 par un chef maori, Te Rauparaha. Retenu captif par une tribu ennemie, il parvient à s'évader. Dans sa fuite, il se cache dans une fosse pour échapper à ses ravisseurs. Craint d'être retrouvé, il répète tout bas : "Ka mate, ka mate" ("Je meurs, je meurs"). Hors de danger, l'homme se met alors à célébrer la vie, en criant : "Ka ora, ka ora" ("Je vis, je vis"). Ce jour-là naît le "Ka mate ! Ka mate !"
Avec le temps, cette danse chantée devient un outil de communication. Implanté dans toutes les couches sociales, il est utilisé pour les cérémonies de bienvenue mais aussi, si besoin, avant de partir en guerre - d'où parfois des termes et des gestes très guerriers.
Le rugby ne s'empare de ce rite pour son propre usage que bien plus tard. En 1888, plus exactement. Selon la Fédération néo-zélandaise, c'est à cette date, lors de leur première tournée à l'étranger, en Angleterre, que les ancêtres des All Blacks, déjà tout habillés de noir, s'expriment pour la première fois à travers cette danse guerrière.

Les All Blacks exécutant le haka.
L'Exécution du Haka
Réaliser un haka n'est pas donné au premier venu. Comme toute danse, il est chorégraphié et codifié dans les moindres détails. Il est tout d'abord mené par un "leader". À la manière d'un pape, il est choisi par les joueurs eux-mêmes. Le plus souvent, mais pas toujours, il s'agit d'un joueur d'origine maori. Mais ce n'est pas forcément le capitaine.
"Il faut qu'il soit laid et effrayant. Étant donné que 99% des joueurs le sont, ce n'est pas un problème", expliquait en 2013 à ESPN, mi-sérieux, mi-rigolard, Liam Messam, qui a mené de nombreux hakas. "Il faut qu'il soit aussi confiant en lui-même, qu'il puisse s'exprimer librement sans s'occuper de ce que les autres peuvent penser", soulignait l'ancien troisième ligne néo-zélandais du RC Toulon.
C'est le leader qui donne le ton, en déambulant et en hurlant des consignes à l'équipe, répartie sur plusieurs rangs. À son signal, ses partenaires s'accroupissent à moitié, les bras à l'horizontale au niveau du visage, en lançant un "Houuuuu" féroce. Le chef de meute entonne alors le premier couplet, en scandant et en détachant les syllabes, pour renforcer le caractère "guerrier" du haka. Ses coéquipiers le rejoignent vocalement à partir du second couplet, en frappant leurs mains sur leurs cuisses puis en multipliant les gestes avec leurs bras. L'ensemble dure 1 minute et 15 secondes.
"Cela fait bouillir votre sang", décrivait en 2019 à CNN le deuxième ligne Scott Barrett, futur adversaire des Bleus. "C'est quelque chose de spécial, c'est sûr."
Les Différentes Versions du Haka
Décliné sous plusieurs formes, le haka n'est pas l'apanage du "XV de la fougère". Les nations du Pacifique Sud - les Fidji, les Tonga et les Samoa -, où les Maoris sont nombreux, l'interprètent aussi. Ce qui donne lieu à un "double haka" lorsqu'elles se croisent, à l'image de l'affrontement entre la Nouvelle-Zélande et les Tonga à St James's Park lors de la Coupe du monde 2015. Les Tongiens avaient été les premiers à se mettre en action en exécutant le "Sipi Tau". Ils avaient ensuite été "imités" par les futurs triples champions du monde (1987, 2011 et 2015) et leur "Ka mate", le seul haka des All Blacks jusqu'en 2005.
Il existe également d'autres types de Haka, comme le Kapa o Pango, qui est une version revisitée et plus violente. Il a été instauré pour la première fois par Tana Umaga en 2005 lors d'un match contre l'Afrique du Sud. Le geste final simule un égorgement, ce qui a suscité plusieurs polémiques. Les joueurs ont toutefois toujours le droit de l'effectuer, comme l'illustre la finale de la Coupe du Monde 2011, où les Néo Zélandais l'avaient repris pour effrayer les Français. Le Kapa haka et le Timatanga sont les deux autres types de Haka régulièrement dansés et chantés par les All Blacks.
Le Kapa o Pango
Le 27 août 2005, alors que la Nouvelle-Zélande s'apprête à défier l'Afrique du Sud, à Dunedin, la voix du capitaine Tana Umaga transperce la froide nuit de Dunedin. Il lance, à la surprise générale, le premier "Kapa O Pango" de l'histoire. Un haka composé à la demande des joueurs néo-zélandais, suite à l'affront des supporters des Springboks, qui ont osé ne pas respecter le "Ka mate" lors d'un précédent test-match, en le couvrant de cris et de huées.
Ce haka, conseillé par l'artiste et universitaire néo-zélandais, Derek Lardelli, est plus féroce, puisque les All Blacks, les yeux exorbités, comme injectés de sang, miment ce qui s'apparente à un égorgement. Un geste final, réservé pour "les grandes occasions", que le XV de France a affronté plusieurs fois, comme lors de la finale de la Coupe du monde 2011, remportée sur le fil par les Néo-Zélandais (8-7). Décrite comme un "appel au meurtre" par ses détracteurs, cette grimace d'intimidation a été défendue par le compositeur du "Kapa o Pango", qui réfute toute incitation à la violence.

Les All Blacks exécutant le Kapa o Pango.
Paroles et Significations
Ka Mate
En Maori, voici les paroles du Ka mate :
"Ringa Pakia
Uma Tiraha
Turi whatia
Hope whai ake
Waeuwae takahia kia kino
Ka mate ! Ka mate !
Ka ora ! Ka ora !
Tenei te tangata puhuruhuru
Nana nei i tiki mai, whakawhiti te ra
A hupane ! A kaupane !
A hupane ! A kaupane !
Whiti te ra ! Hi !"
Ce qui signifie en Français :
"Frappez des mains sur les cuisses
Que vos poitrines soufflent
Pliez les genoux
Laissez vos hanches suivre le rythme
Tapez des pieds aussi fort que vous pouvez
C'est la mort ! C'est la mort !
C'est la vie ! C'est la vie !
Voici l'homme poilu
Qui est allé chercher le soleil, et l'a fait briller de nouveau
Faites face ! Faites face en rang !
Faites face ! Faites face en rang !
Soyez solides et rapides devant le soleil qui brille !"
Kapa o Pango
Le Kapa o Pango, réputé plus violent, possède paradoxalement un texte assez soft :
"Kapa o pango kia whakawhenua au i ahau !
Hi aue, hi !
Ko Aotearoa e ngunguru nei
Hi Au,au, aue ha! Hi
Ko Kapa o Pango e ngunguru nei !
Hi Au,au, aue ha! Hi
I ahaha !
Ka tu te ihiihi
Ka tu te wanawana
Ki runga ki te rangi e tu iho nei,
Tu iho nei, hi !
Ponga ra !
Kapa o Pango, aue hi !
Ponga ra !
Kapa o Pango, aue hi, ha !"
Ce qui veut dire :
"Laissez-nous nous unir avec notre terre
C'est notre terre qui gronde
Nous sommes les All Blacks
Il est temps !
C'est mon moment !
Notre règne
Notre suprématie triomphera
Et nous atteindrons le sommet !
La fougère argentée !
All Blacks !
La fougère argentée !
All Blacks !"
Le Haka au-delà des All Blacks
Décliné sous plusieurs formes, le haka n'est pas l'apanage du "XV de la fougère". Les nations du Pacifique Sud - les Fidji, les Tonga et les Samoa -, où les Maoris sont nombreux, l'interprètent aussi.
Les sélections nationales représentant d’autres îles du Pacifique au Mondial de rugby ont leur propre haka. Celui des Samoa, qui jouent samedi contre le Chili, s’appelle le Siva tau. Pour les Tonga, opposés le même jour à l’Irlande, il s’agit du Sipi tau. Quant aux Fidji, qui rencontrent dimanche l’Australie, ils déploient le Cibi ou Tei vovo. Et en cas de confrontation entre ces équipes, les spectateurs ont ainsi droit à une double dose de haka. Les paroles et les danses sont différentes, mais l’esprit reste le même : défier symboliquement les adversaires. Lesquels sont censés respecter la tradition îlienne.
L’équipe féminine néo-zélandaise de rugby, les Black Ferns, fait aussi le haka avant ses matchs. Les adeptes du rugby à XIII font de même.
Il arrive aussi que le haka soit interprété à l’occasion de funérailles, comme cela a été le cas pour la mort de Jonah Lomu, l’ailier vedette décédé en 2015. En arrivant en France pour la Coupe du monde en août, les All Blacks ont aussi exécuté le haka dans le cimetière militaire de Longueval, dans la Somme, en hommage à leurs aînés tombés durant la Première Guerre mondiale.
Les Réponses au Haka
Les Français se sont aussi illustrés dans l’art de défier les Néo-Zélandais. En 2007, habillés de t-shirts bleus, blancs et rouges pour figurer un drapeau tricolore, ils se sont avancés jusqu’à se trouver quasiment les yeux dans les yeux avec les All Blacks. En 2011, en finale, les Bleus ont formé un « V » pour victoire sur la pelouse et ont, une nouvelle fois, marché vers leurs rivaux.
Lesquels sont censés respecter la tradition îlienne. Et se tenir à distance, sous peine d’amende, comme c’est arrivé aux Anglais en demi-finale de la Coupe du monde en 2019. La Fédération anglaise avait dû verser 2 300 € parce qu’une partie de ses joueurs avaient franchi la ligne médiane du terrain pendant le haka.
Ce fut l’un des moments forts des Jeux olympiques de Paris. Le 27 juillet dernier, au lendemain de la cérémonie d’ouverture, l’équipe de France masculine de rugby à 7 décrochait la médaille d’or, la première de la délégation tricolore à domicile. Celle-ci n’était pas vraiment improvisée puisque le sélectionneur Jérôme Daret, qui n’avait pas réussi à qualifier son équipe pour Tokyo, avait intégré la danse à la préparation du groupe en vue des JO de Paris.
« Avec les anciens, on était un peu réfractaires », a confié Jean-Pascal Barraque à L’Équipe dans un sujet consacré à la question. La chorégraphe Laure Bontaz a finalement réussi à prouver les bienfaits de sa méthode aux chercheurs d’or. « Ça nous a apporté un supplément d’énergie« , a avoué Paulin Riva. « Danser ensemble générait du plaisir, de la bonne humeur et une énergie positive salvatrice. C’était une alternative à la spirale de la pression et du stress.
Outre l’aspect mental, la danse semble aussi avoir eu des conséquences sur le terrain. « Elle a optimisé notre bagage technique en améliorant la précision du placement de nos pieds, fondamental dans les appuis du rugby », a ajouté Riva. « Elle a boosté nos interconnexions, nous a apporté de l’émulation et de l’entrain. Jérôme Daret a même confié qu’il avait repéré le leadership d’Aaron Grandinier-Nkanang lorsque celui-ci a improvisé un salto arrière sur la scène du Moulin Rouge, en 2021. « Identifié comme le meilleur sauteur de l’équipe » depuis son geste, Grandinier-Nkanang avait été décisif en début de seconde période face aux Fidji, récupérant un ballon dans les airs pour servir Antoine Dupont, qui a marqué l’essai sur l’action.
« Ka mate, ka mate ! Ka ora, ka ora ! » Ce chant guerrier - « C’est la mort, c’est la mort ! C’est la vie, c’est la vie » - va résonner dans l’enceinte du Stadium de Toulouse, vendredi 15 septembre. Les spectateurs du match de la Coupe du monde de rugby entre la Nouvelle-Zélande et la Namibie (à 21 heures, en direct sur TF1) auront le privilège de voir les All Blacks effectuer le haka, comme les joueurs des antipodes le font avant le coup d’envoi de chaque rencontre internationale. Il s’agit d’un intense moment d’union collective pour défier l’adversaire.
Jambes fléchies et bras en l’air, mains qui frappent les cuisses et la poitrine, fiers regards et mâchoires serrées, la chorégraphie est traditionnellement menée par un rugbyman d’origine maorie, le peuple autochtone de l’archipel. Cette danse de guerre servait d’ailleurs originellement à préparer au combat les Maoris.
Une autre version existe depuis 2005 : le Kapa o Pango, spécialement créé pour les All Blacks. Utilisée plus rarement, cette version a suscité la polémique. Les joueurs font en effet un dernier geste qui a été perçu comme une façon de mimer un égorgement, avec le pouce qui passe sous la gorge. Pour les Néo-Zélandais, il s’agit en fait de représenter la recherche de l’énergie vitale.
Le haka n’a pas toujours systématiquement précédé les matchs des Néo-Zélandais. Il a d’abord été réservé aux matchs à l’étranger et son interprétation n’avait pas le côté parfaitement huilé et extrêmement spectaculaire que le public peut apprécier aujourd’hui. C’est véritablement à partir des années 1980 que cette danse a pris son aspect actuel dans les stades de rugby. Chaque membre de la sélection néo-zélandaise doit connaître les paroles de la chanson en langue maorie et la gestuelle virulente qui l’accompagne.