La Chapelle Notre-Dame-du-Rugby : Un Sanctuaire Unique dans les Landes

Au détour d’une route à lacets, perchée sur une butte très ancienne à Larrivière-Saint-Savin (40), apparaît la chapelle Notre-Dame-du-Rugby. C’est un endroit unique au monde qui rend hommage aux rugbymen du monde entier. Située dans les Landes, cette chapelle est devenue un haut lieu pour les sportifs du Sud-Ouest et d’ailleurs. Chaque année, plusieurs milliers de passionnés du ballon ovale passent par Larrivière-Saint-Savin pour prier ou faire brûler des cierges en l'honneur de la Vierge Marie, sainte patronne des lieux. Ils sont accueillis par un prêtre lui-même ancien joueur.

Nichée dans une clairière en lisière d'une colline boisée, au-dessus du village de Larrivière, dans la vallée de l'Adour, cette église constitue un coin peu exploré du Sud-ouest. La légende de Notre-Dame du Rugby a grandi au fil des ans, évoluant en une attraction touristique originale. L'édifice tout entier est un hommage au sport chéri de la région.

Un Temple en Hommage aux Joueurs Disparus

La chapelle est un véritable temple en hommage aux joueurs de rugby décédés, un lieu pour le moins insolite que tout joueur et joueuse de rugby devrait visiter au moins une fois dans sa vie, qu’il soit athée ou pratiquant. Çà et là, nous retrouvons le souvenir de ces joueurs morts subitement, certains sur des terrains de rugby, et dont les familles ou les coéquipiers sont venus déposer le précieux bout de tissu.

En franchissant les portes de cette enceinte médiévale, il est clair qu'il ne s'agit pas d'une église ordinaire. La lumière du soleil traverse des vitraux magnifiques, tous axés sur une activité non conventionnelle : le rugby. Une œuvre en verre représente Jésus au cœur d'une mêlée, lançant un ballon.

Histoire et Création de Notre-Dame-du-Rugby

En 1956, Michel Devert, adepte de rugby, est nommé curé de la région, où ce sport est vénéré. Il y découvre les ruines cachées d’une église ensevelie sous des ronces. Construite au XIe siècle, Notre-Dame du Rugby est restaurée en 1963. Elle devient dédiée au sport après la mort de trois jeunes joueurs de rugby dans un accident de voiture. En effet, le 10 septembre 1964, le rugby landais perd trois de ses enfants : Jean Othats, Raymond Albaladejo et Émile Carrère décèdent dans un accident de la route alors qu’ils revenaient d’un match joué à Bègles. L’abbé Michel Devert, curé du village de Larrivière, est fortement touché par leur disparition. Il se met alors en tête de leur rendre hommage et de dédier un sanctuaire à leur mémoire.

Le projet reçoit l’accord des autorités civiles, religieuses et sportives, et la création de cette chapelle unique a été une entreprise communautaire. Le 16 juillet 1967, Notre-Dame-du- Rugby est inaugurée. Ornée de 4 vitraux à thématique sportive, elle est aujourd’hui encore un lieu de recueillement. Une messe y est dite le dimanche de Pentecôte.

Un Sport Pas Très Catholique ?

Pourtant, le rugby n’a pas toujours été en odeur de sainteté côté Église catholique. Lors de la séparation des Églises et de l’État, en 1905, les patronages catholiques ont en effet manifesté leur préférence pour le foot en y investissant massivement. Le rugby était regardé de travers : il venait d’Angleterre et le premier joueur connu qui, en 1823, prit le ballon dans la main pour le mettre dans le but adverse était un futur pasteur anglican : William Webb Ellis. Le refus du rugby était tel qu’en 1906, il était même officiellement interdit dans les milieux catholiques. Violent et protestant, le rugby avait tout faux là où le football était préconisé comme un sport « porteur des valeurs évangéliques du partage et de l’amitié ».

Le rugby s’est alors particulièrement installé dans le Sud-Ouest, longtemps marqué par le radical-socialisme. Il faudra une vingtaine d’années et la passion de l’abbé Pistre pour faire changer les préjugés catholiques. Joueur de l’équipe d’Albi, curé de Castres, celui-ci dira : « Le rugby s’accommode merveilleusement des textes des Saints Évangiles car, au cœur d’une mêlée, il vaut toujours mieux donner que recevoir…. des gnons ».

Architecture et Ornements

La chapelle perchée sur une butte est de style néogothique. Prenant place sur une butte du Vème siècle, l’édifice fut construit au XIIIème siècle et connut plusieurs remaniements. Toutefois, c’est en 1963 que l’histoire de Notre-Dame-du-Rugby débute. Cette année, trois joueurs de rugby anglais décèdent dans un accident de voiture et l’abbé Michel Devert décide de restaurer la chapelle faisant d’elle un sanctuaire vivant du rugby. Inaugurée en 1967, la chapelle connut diverses restaurations ainsi que l’ajout de la statue Notre-Dame-du-Rugby en 1969 et un clocher en 1971.

Entre les murs blancs immaculés de la Chapelle règne une ambiance solennelle. L’espace est plutôt petit. Trois bancs de prière en bois font face à un autel sobrement ornementé. Ici, tout est pensé pour rendre hommage au rugby et à ses croyants. Des fidèles qui pensent que la Terre est ovale et que l’enfant Jésus tendit jadis un ballon de rugby à sa mère, comme le représente la statue de la vierge placée derrière l’autel, aux pieds d’une croix en métal noir.

D’ailleurs, les chaussures présentes dans l’édifice appartenaient aux joueurs disparus en 1963. En parallèle de ces ornements uniques, quatre vitraux mêlant la Vierge à des scènes de rugby furent réalisés par Patrick Géminel. Les vitraux de Notre-Dame-du-Rugby à Larrivière-Saint-Savin (40) représentent des phases de jeu du rugby.

Fréquentation et Influence

Avec sa thématique unique au monde, 15 000 personnes viennent visiter la chapelle chaque année. Parmi les visiteurs, des rugbymen de France mais également d’autres pays. Comme toute chapelle, ça reste toujours un endroit de recueillement et de paix. Chaque année, près de 10 000 visiteurs se rendent à la chapelle Notre-Dame-du-Rugby et à son musée attenant.

En Argentine, dans la banlieue de Buenos Aires, les fidèles de l’ovalie ont même entrepris de réaliser une copie de Notre-Dame du Rugby. « Les Argentins ont fait une réplique en terre cuite de notre vierge, qu’ils ont amenée au pape François au Vatican », raconte Morgan.

En plus de cinquante ans d’existence, la chapelle s’est taillé une solide popularité médiatique. « Chaque Tournoi des VI Nations, chaque Coupe du monde, les caméras viennent ici », détaille le président de l’association.

Le Musée et ses Curiosités

En 2011, un musée a ouvert ses portes de l’autre côté de la route. Petite curiosité du musée : l’impressionnante collection de cravates qui est venue agrémenter les murs de l’endroit en 2013. C’est Max Godenet, ancien cadre au sein de la Fédération française du rugby, qui a fait don de cette panoplie au musée. Des cravates « uniques en leur genre », décorées des écussons des équipes internationales et qui ne manquent pas d’interpeller les visiteurs.

Messes et Pèlerinages

Chaque année pour la Pentecôte, une messe solennelle est célébrée à la chapelle. Chaque année, une messe solennelle est donnée à Notre-Dame du Rugby au moment de la Pentecôte. « Un moment d’union où les amoureux du ballon ovale se retrouvent », raconte Morgan. En lisant le livre d’or posé sur l’autel, on s’aperçoit qu’elle est aussi visitée par de nombreux étrangers de passage dans la région. Allemands, Portugais, Roumains, Australiens… Ils viennent du monde entier pour découvrir ce sanctuaire unique au monde et admirer l’impressionnante collection de Morgan.

Autres Chapelles Dédiées au Sport dans les Landes

Dans les Landes, nous sommes très fiers d’avoir 3 chapelles dédiées au sport, ce qui est vraiment unique. Dans les Landes, deux autres chapelles sont dédiées au sport : Notre-Dame des cyclistes à Labastide d’Armagnac (1959), et Notre-Dame de la course landaise à Bascons (1970), unique au monde. Mais c’est à Rocamadour que se trouve la « filleule » la plus célèbre : la chapelle Notre-Dame de l’Ovalie. Inaugurée en 2011, elle fait partie des 8 chapelles de la cité mariale. Creusée à même le roc, elle a été construite sur le site d’une chapelle du XIe siècle dédiée à Saint Louis et tombée en ruine. Ici aussi des joueurs et amateurs du rugby viennent se recueillir, et une messe a lieu le lundi de Pentecôte.

L'Abbé Gilbert Lavigne et la Question du Miracle

Gilbert Lavigne, l'abbé de Notre-Dame-du-Rugby, s'interroge : "Est-ce qu'il est demi de mêlée Jésus ou pas ? Je ne sais pas (...) Est-ce que la Sainte-Vierge va détourner le ballon pour que le rebond soit favorable à l'équipe de France et que ce ballon soit saisi et file dans l'en but ? Alors comment gagner contre les All Blacks ? Et si on parlait de miracle ? "Peut-être, oui, concède l'abbé, parce que vu ce qu'ils ont montré face à l'Irlande, ils ne méritent pas d'être champions du monde".

Chapelle Notre-Dame du rugby

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