Les Chants de Supporters de Rugby Anglais : Paroles, Histoire et Signification

Le rugby, sport de contact par excellence, est aussi un théâtre où s’expriment des passions vibrantes au travers de chants de supporters qui résonnent dans les stades du monde entier. Ces chants, bien plus que de simples encouragements, sont de véritables odes culturelles, parfois remplies d’histoire et d’émotion. Ils accompagnent les équipes tout en insufflant aux joueurs cette énergie supplémentaire pour se dépasser.

Ambiance dans les tribunes lors d'un match de rugby.

Des hymnes rayonnant de fierté nationale aux compositions personnalisées, chaque pays possède des mélodies uniques qui dépassent souvent les frontières pour devenir des icônes universelles reconnues par tous les amateurs de ballon ovale. On ne peut parler de rugby sans évoquer des classiques tels que le puissant « Flower of Scotland » ou encore l’entraînant « Ireland Call ». Ces témoins sonores nous rappellent que le rugby ne se joue pas seulement sur le terrain, mais aussi dans les tribunes où la ferveur et la solidarité s’expriment pleinement.

Le rugby est plus qu’un simple sport; c’est une célébration qui fusionne culture et passion. La musique y joue un rôle crucial, ajoutant une dimension émotionnelle unique aux matchs. Que ce soit à travers les hymnes nationaux ou les chants des supporters, chaque rencontre de rugby devient une expérience inoubliable.

Hymnes Nationaux: Plus qu'une Simple Mélodie

Chaque pays possède son propre hymne qui est interprété avant le début d’un match de rugby international.

Flower of Scotland

Par exemple, « Flower of Scotland » pour l’Écosse évoque des batailles historiques et un sentiment de fierté nationale indéniable. Lorsque retentit ce chant, tout un peuple se rassemble pour célébrer ses héros passés et présents.

Flower of Scotland résonnant dans les tribunes.

Flower of Scotland, le magnifique hymne écossais, résonnera dimanche à Murrayfield à l’occasion du match entre l’Ecosse et le XV de France dans le Tournoi des 6 Nations. C’est l’un des grands moments du Tournoi des 6 Nations. Chaque match de l’Ecosse à Murrayfield est l’occasion d’entendre ce que beaucoup considèrent comme le plus bel hymne au monde, Flower of Scotland. Les cornemuses accompagnent d’abord le premier couplet, puis d’un coup elles s’arrêtent pour laisser le public et les joueurs du XV du Chardon entonner leur chant national a capella. Magique.

Les paroles de cette chanson, écrite dans les années 1960 par Roy Williamson et son groupe folklorique The Corries, font évidemment référence à la séculaire rivalité entre l’Ecosse et l’Angleterre. Mais ce n’est qu’en 1973 qu’elle est chantée pour la première fois, par des supporters écossais des Lions britanniques lors d’une tournée en Afrique du Sud. En 1990, dans le match décisif pour le Grand Chelem dans le Tournoi des 5 Nations contre les Anglais à Edimbourg, les joueurs écossais demandent que Flower of Scotland remplace l’hymne britannique God save the Queen. La Fédération écossaise choisit finalement en 1993 de faire de Flower of Scotland le chant officiel de l’équipe nationale de rugby, à la place de Scotland the brave.

Flower of Scotland fut utilisée pour la première fois par des supporters écossais de l’équipe de rugby des Lions britanniques et irlandais lors de leur tournée en Afrique du Sud en 1974. C’est en 1990 qu’elle est utilisée pour la première fois lors d’une rencontre officielle. Jusque-là l’hymne joué pour l’Écosse était le God Save the Queen. À la demande du XV écossais, Flower of Scotland fut joué comme hymne pour le dernier match du Tournoi des Cinq Nations, dans une rencontre qui les opposa aux Anglais.

Le politicien écossais George Reid juge cette chanson trop vindicative envers les Anglais et décide en 2003 que la chanson fasse l’objet d’une pétition populaire présentée au Parlement écossais afin qu’elle cesse d’être utilisée lors des rencontres sportives et qu’une nouvelle chanson la remplace. En 2005, l’écossais Chris Cromar formule à son tour une pétition au Parlement mais cette fois-ci pour que la chanson devienne l’hymne officiel de l’Écosse.

La rivalité avec l’Auld enemy anglais est également exacerbée au fil du texte, en réponse au God Save the Queen qui exhorte le maréchal Wade à « écraser les rebelles écossais » . Les héros écossais qui menèrent la première guerre d’indépendance de l’Écosse, William Wallace et Robert Bruce sont désignés comme la fine fleur du peuple écossais. Ces héros sont questionnés, et à travers eux tous les Écossais, quant à la faculté de ce peuple à produire de nouveaux héros prêts à conduire l’Écosse vers une nouvelle ère d’indépendance (« When will we see your like again? »). Chaque couplet se conclut par un renvoi à la victoire des Écossais sur l’armée anglaise à Bannockburn, débouchant sur près de quatre siècles d’indépendance pour l’Écosse. « L’armée du fier Édouard », Édouard II d’Angleterre avait alors été déjouée par la tactique écossaise. Le troisième couplet appelle le peuple écossais à se remémorer ce passé, tout en conservant un regard tourné vers l’avenir ; de ne pas renoncer à leur combativité afin de redevenir une nation indépendante.

Nkosi Sikelel’i Afrika

En Afrique du Sud, « Nkosi Sikelel’i Afrika » illustre la complexité culturelle de la nation. Chanté dans plusieurs langues, cet hymne représente l’union dans la diversité. Là aussi, il s’agit moins de sport que de célébrer une histoire et des valeurs communes. Cet aspect rituel permet d’ancrer encore plus le rugby dans la mémoire collective des nations, rendant chaque rencontre inoubliable.

God Defend New Zealand

Parmi les hymnes les plus appréciés figure « God Defend New Zealand ». Ce chant emblématique est un appel à la paix et à l’amour de la nation, magnifié par sa version bilingue en maori et en anglais.

Advance Australia Fair

En Australie, « Advance Australia Fair » vante les richesses naturelles et l’esprit d’unité nationale. Ce chant est non seulement un appel à célébrer le pays, mais aussi à prouver sa résilience face aux défis. Des célèbres plages aux montagnes imposantes, l’hymne capture l’essence même de ce continent aux contrastes saisissants.

Chaque hymne est le témoin sonore d’une histoire, offrant aux spectateurs une véritable plongée dans l’identité nationale. Ces mélodies sont souvent associées à des moments mémorables de l’histoire du rugby, qu’ils soient glorieux ou empreints de tensions.

Exemples d'Hymnes Nationaux et Chants de Supporters

Voici quelques exemples d'hymnes nationaux et de chants de supporters emblématiques dans le monde du rugby :

Pays Hymne National/Chant Description
Écosse Flower of Scotland Évoque les batailles historiques et un sentiment de fierté nationale.
Afrique du Sud Nkosi Sikelel’i Afrika Représente l’union dans la diversité et la complexité culturelle.
Nouvelle-Zélande God Defend New Zealand Un appel à la paix et à l’amour de la nation, en maori et en anglais.
Australie Advance Australia Fair Vante les richesses naturelles et l’esprit d’unité nationale.
Pays de Galles Land of My Fathers Évoque une richesse poétique et une fierté culturelle inégalées.
Angleterre Swing Low, Sweet Chariot Apporte une profondeur émotionnelle et historique à chaque match.
France La Marseillaise Un moment d'unité pour les supporters et les joueurs.

Chants de Supporters: Une Atmosphère Électrisante

Les chants de supporters sont une caractéristique universelle du rugby. Que vous soyez dans un stade en France ou en Nouvelle-Zélande, les supporters scandent en chœur pour encourager leurs équipes, créant une atmosphère électrisante et inoubliable.

Swing Low, Sweet Chariot

Swing Low, Sweet Chariot: A Spiritual about the Hope of Heaven | Hymns Explained

En Angleterre, « Swing Low, Sweet Chariot » est devenu l’hymne non officiel des supporters anglais de rugby. Le fait qu’un chant d’origine afro-américaine ait trouvé une place de choix parmi les supporters britanniques montre combien le sport transcende les frontières culturelles et géographiques.

Si vous avez déjà regardé ou assisté à un match du "XV de la Rose", vous avez forcément entendu, au moins une fois, cette chanson. Entonnée à l'envi par les supporters anglais, la ritournelle est devenue le véritable hymne du rugby outre-Manche depuis plus de 30 ans.

Samedi, les joueurs du XV de France l’entendront probablement descendre des mythiques tribunes aux sièges verts et s’élever dans le ciel de l’ouest londonien. Sur la pelouse de Twickenham, face à l’Angleterre, difficile d’échapper au "Swing Low, Sweet Chariot", repris en chœur par 80 000 supporters pour porter leurs joueurs. Ils le chantent pour aider leur équipe, pour chambrer l'adversaire, ou juste pour tuer l'ennui.

L'hymne de l'Angleterre est, on le sait, le fameux "God Save the King", ou "the Queen", selon le monarque britannique à la baguette. Cet hymne est d'ailleurs un dérivé d'un chant français, adressé à un de nos monarques lors d'une opération chirurgicale assez… particulière.

Mais pour le rugby, les Anglais aiment entonner un hymne un peu spécial : "Swing Low, Sweet Chariot". Ce chant gospel a une importance capitale pour les supporters du XV de la Rose et vous l'entendrez sûrement à tous les matchs de l'Angleterre dans son antre à Twickenham. Il n'est pas impossible non plus de l'entendre résonner dans les travées de certains stades français lors de la Coupe du Monde de rugby.

Des supporters anglais chantent lors du match face à la Nouvelle-Zélande.

Pour les supporteurs du XV de la Rose, le surnom de l'équipe anglaise de rugby, le chant "Swing Low, Sweet Chariot" est connu comme le loup blanc. "Swing Low, Sweet Chariot" est une chanson qui date du 19e siècle et qui a été écrite par Wallis Willis, un esclave indien qui vivait aux États-Unis.

Les premières traces du chant dans la culture rugby anglaise remonteraient aux années 1960. "Certains anciens joueurs à tous les niveaux se sont exprimés ces dernières années et ont indiqué qu’ils avaient entendu le chant dans le public du rugby anglais dès les années 1960. Mais c’était visiblement utilisé comme une chanson d’un jeu à boire, avec des gestes offensants", explique James Stafford, spécialiste de l'histoire du rugby.

En 1987, le chant résonne pour la première fois dans les travées de Twickenham lors de l’entrée en jeu de Martin Offiah lors du Middlesex Sevens, une compétition de rugby à sept. Surnommé "Chariot", dans un jeu de mots en référence au film "Chariots of Fire", très populaire en Angleterre à l’époque, l’ailier est salué par le public au son de la chanson. La chanson marque les esprits, et prend.

Ce n'est qu'en 1988, que cet hymne retentit pour la première fois dans les travées de Twickenham, le stade des Anglais. Lors de la dernière journée de la saison, le XV anglais, qui traverse alors une crise sans précédent, affronte l'Irlande. Menés 3-0 à la mi-temps, les Anglais vont opérer un magnifique revirement de situation et inscrivent six essais pendant la seconde période, dont trois de Chris Otis, pour son premier match à Twickenham. En l'honneur de l'ailier, qui est le premier noir depuis 80 ans à pénétrer dans l'antre du XV de la Rose, le stade se met à entonner le mythique chant gospel.

Si vous avez la chance de vous rendre un jour à Twickhenham, l'antre du XV de la Rose, pour un match de rugby du tournoi des VI nations par exemple, vous entendrez sûrement Swing Low, Sweet Chariot. Alors, si vous souhaitez l'entonner vous aussi, voici les paroles de chant gospel :

Swing low, sweet chariot,
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot,
Coming for to carry me home.

I looked over Jordan, and what did I see?
Coming for to carry me home
A band of angels coming after me
Coming for to carry me home.

If you get there before I do
Coming for to carry me home
Tell all my friends I'm coming, too
Coming for to carry me home.

I'm sometimes up and sometimes down
Coming for to carry me home
But still my soul feels heavenly bound
Coming for to carry me home.

The brightest day that I can say
Coming for to carry me home
When Jesus washed my sins away
Coming for to carry me home.

Voici une proposition de traduction :

Balance-toi doucement, doux chariot,
Viens pour me ramener à la maison
Balance-toi doucement, doux chariot,
Viens pour me ramener à la maison.

J'ai regardé par-dessus le Jourdain, et qu'ai-je vu ?
Viens pour me ramener à la maison
Une bande d'anges venant après moi
Viens pour me ramener à la maison.

Si tu arrives là-bas avant moi
Viens pour me ramener à la maison
Dis à tous mes amis que j'arrive aussi
Viens pour me ramener à la maison.

Je suis parfois au sommet et parfois en bas
Viens pour me ramener à la maison
Mais mon âme se sent toujours liée au ciel
Viens pour me ramener à la maison.

Le jour le plus lumineux que je puisse dire
Viens pour me ramener à la maison
Quand Jésus a lavé mes péchés
Viens pour me ramener à la maison.

En 2020, dans un contexte marqué par le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis et les débats autour de la discrimination raciale, la RFU (fédération anglaise de rugby) se penche sur la question de la diversité dans le rugby anglais. "Dans les années 80 et 90, les gens ne se posaient pas la question des paroles ou de l'origine, il n’y avait pas ces questionnements de sensibilité ou d’appropriation culturelle [...] Et ce n’était pas forcément un cas isolé dans le sport à cette époque", décrypte James Stafford. Finalement, "Swing Low, Sweet Chariot" échappe à l'interdiction, difficile à mettre en œuvre dans une enceinte de 80 000 personnes. La RFU décide de ne plus la promouvoir ou l'utiliser, et d'éduquer son public sur le chant et ses racines. Les paroles ont été effacées des murs, les produits dérivés arrêtés, mais le chant reste solidement accroché aux tribunes.

Si l'air est connu de tous, il divise les joueurs, actuels et passés, à l'image du capitaine Maro Itoje. "Je ne vais pas dire aux gens ce qu'ils doivent faire ou non mais, personnellement, je ne chanterai plus cette chanson", disait-il à L'Équipe (nouvelle fenêtre) en 2022. "Je l'ai chantée auparavant quand j'étais naïf et ne connaissais pas ses origines mais, sachant désormais le contexte à la création de 'Swing Low, Sweet Chariot', ce n'est plus un hymne que je vais reprendre."

Peña Baiona

Chez les Français, le chant « Peña Baiona », véritable ode à l’Aviron Bayonnais, fait vibrer les stades du sud-ouest de la France. C’est un chant de joie et d’encouragement, où les supporters expriment leur fierté d’appartenir à une communauté soudée et passionnée. Ces chants contribuent à rendre l’expérience du rugby si unique. Ils font partie de l’ADN du sport, ajoutant de l’énergie et de la passion à chaque match.

L'ambiance survoltée lors du chant de la Peña Baiona.

Codes et Rituels dans les Tribunes

Les tribunes de rugby racontent des histoires de loyauté, de chants et d’habitudes transmises entre générations. Ce texte examine les codes, chants et rites qui structurent la vie des supporters en France. En observant des collectifs comme Les Amis du Stade Toulousain et Les Ultras Montpelliérains, on perçoit des codes partagés. Selon World Rugby et la presse spécialisée, ces pratiques renforcent l’identité des clubs et motivent les joueurs.

Les codes sonores forment une grammaire propre, alternant slogans, refrains et montées vocales. Ces signaux courts servent aussi à coordonner les vagues d’appels et les soutiens lors des phases décisives. L’organisation sonore permet aux tribunes de réagir collectivement aux actions du terrain. En s’appuyant sur ces codes visuels et sonores, les chants prennent une place structurante dans les matches. Certaines mélodies deviennent des marqueurs sociaux, associées aux clubs ou aux nations, comme pour Les Bleus. Ce lien entre mélodie et identité se manifeste clairement autour des hymnes nationaux et des chants de groupe.

Controverses et Évolutions

Certaines chansons utilisées lors des matchs de rugby ont suscité des controverses, devenant ainsi des sujets de débats passionnés. Par exemple, au Pays de Galles, le classique « Delilah » de Tom Jones a fait l’objet de critiques en raison de ses paroles potentiellement problématiques. Longtemps aimé par les supporters pour sa mélodie entraînante, la chanson a récemment été critiquée pour glorifier la violence domestique.

De façon similaire, l’hymne officiel de la Coupe du Monde de Rugby, « The World in Union », interprété par Paloma Faith, a provoqué des réactions mitigées. Certains auditeurs ont considéré sa version comme inappropriée pour représenter l’événement, tandis que d’autres ont apprécié l’innovation artistique. Ces discussions révèlent combien le rugby est plus qu’un sport : c’est un champ où s’entrelacent questions sociales, culturelles et éthiques.

L’évolution des chants et hymnes reflète les changements dans nos sociétés, et la manière dont le sport s’adapte aux défis contemporains tout en conservant son essence historique et émotionnelle.

Le rugby, un sport chargé d’histoire et de culture, s’accompagne d’hymnes et de chants de supporters qui résonnent bien au-delà des stades. Ces chants ne sont pas seulement des expressions de soutien ; ils incarnent des récits historiques, des traditions culturelles et des moments d’unité nationale.

Chaque chant de supporter de rugby transcende le simple cadre du sport pour devenir une célébration culturelle unique en son genre. Ils apportent une dimension émotionnelle aux matchs qui va bien au-delà du résultat sur le terrain, unifiant supporters et joueurs dans un moment d’appartenance collective.

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