Chants de Rugby Anglais Populaires: Histoire et Signification

Le rugby a une relation forte avec la musique. Que ce soit l’hymne gallois, le rap de la victoire japonaise, ou les Anglais qui chantent le poème de William Blake, un grand match de rugby ne peut tout simplement pas se jouer sans les supporters qui accompagnent en chœur les joueurs.

Si vous avez déjà regardé ou assisté à un match du "XV de la Rose", vous avez forcément entendu, au moins une fois, une chanson entonnée à l'envi par les supporters anglais, la ritournelle est devenue le véritable hymne du rugby outre-Manche depuis plus de 30 ans.

Samedi, les joueurs du XV de France l’entendront probablement descendre des mythiques tribunes aux sièges verts et s’élever dans le ciel de l’ouest londonien. Sur la pelouse de Twickenham, face à l’Angleterre, difficile d’échapper au "Swing Low, Sweet Chariot", repris en chœur par 80 000 supporters pour porter leurs joueurs. Ils le chantent pour aider leur équipe, pour chambrer l'adversaire, ou juste pour tuer l'ennui.

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Swing Low, Sweet Chariot

L'hymne de l'Angleterre est, on le sait, le fameux "God Save the King", ou "the Queen", selon le monarque britannique à la baguette. Mais pour le rugby, les Anglais aiment entonner un hymne un peu spécial : "Swing Low, Sweet Chariot". Ce chant gospel a une importance capitale pour les supporters du XV de la Rose et vous l'entendrez sûrement à tous les matchs de l'Angleterre dans son antre à Twickenham. Il n'est pas impossible non plus de l'entendre résonner dans les travées de certains stades français lors de la Coupe du Monde de rugby.

Origines et Signification

Rien ne destinait pourtant "Swing Low, Sweet Chariot" à devenir l’hymne de la sélection nationale anglaise, ni même de n’importe quelle équipe sportive. Pour les supporteurs du XV de la Rose, le surnom de l'équipe anglaise de rugby, le chant "Swing Low, Sweet Chariot" est connu comme le loup blanc.

"Swing Low, Sweet Chariot" est une chanson qui date du 19e siècle et qui a été écrite par Wallis Willis, un esclave indien qui vivait aux États-Unis. La composition de la chanson est attribuée à Wallace Willis, un ancien esclave de l’Oklahoma, d’origine Chacta (nation autochtone originaire du sud des USA), peu après la Guerre civile américaine (1861 à 1865). Les paroles sont interprétées comme une référence à l’espoir des esclaves de trouver du réconfort, de s’échapper de la brutalité de l’esclavage.

Les premières traces du chant dans la culture rugby anglaise remonteraient aux années 1960. "Certains anciens joueurs à tous les niveaux se sont exprimés ces dernières années et ont indiqué qu’ils avaient entendu le chant dans le public du rugby anglais dès les années 1960. Mais c’était visiblement utilisé comme une chanson d’un jeu à boire, avec des gestes offensants", explique James Stafford, spécialiste de l'histoire du rugby.

Popularisation du chant

En 1987, le chant résonne pour la première fois dans les travées de Twickenham lors de l’entrée en jeu de Martin Offiah lors du Middlesex Sevens, une compétition de rugby à sept. Surnommé "Chariot", dans un jeu de mots en référence au film "Chariots of Fire", très populaire en Angleterre à l’époque, l’ailier est salué par le public au son de la chanson. La chanson marque les esprits, et prend.

"À la fin des années 1980, on sortait d’une période difficile pour l’équipe nationale. Le match de 1988, avec une victoire renversante, un triplé, est devenu un grand moment", rembobine James Stafford. "Puis les années 1990 ont été une période du succès. Probablement que cette chanson entendue pendant ce grand moment a été appréciée et répétée. L'Angleterre a continué de gagner, et c’est resté." En 1991, une version officielle est enregistrée comme hymne de la sélection pour la Coupe du monde.

Ce n'est qu'en 1988, que cet hymne retentit pour la première fois dans les travées de Twickenham, le stade des Anglais. Lors de la dernière journée de la saison, le XV anglais, qui traverse alors une crise sans précédent, affronte l'Irlande. Menés 3-0 à la mi-temps, les Anglais vont opérer un magnifique revirement de situation et inscrivent six essais pendant la seconde période, dont trois de Chris Otis, pour son premier match à Twickenham. En l'honneur de l'ailier, qui est le premier noir depuis 80 ans à pénétrer dans l'antre du XV de la Rose, le stade se met à entonner le mythique chant gospel.

Paroles et Traduction

Si vous avez la chance de vous rendre un jour à Twickhenham, l'antre du XV de la Rose, pour un match de rugby du tournoi des VI nations par exemple, vous entendrez sûrement Swing Low, Sweet Chariot. Alors, si vous souhaitez l'entonner vous aussi, voici les paroles de chant gospel :

Swing low, sweet chariot,
Coming for to carry me home
Swing low, sweet chariot,
Coming for to carry me home.
I looked over Jordan, and what did I see?
Coming for to carry me home
A band of angels coming after me
Coming for to carry me home.
If you get there before I do
Coming for to carry me home
Tell all my friends I'm coming, too
Coming for to carry me home.
I'm sometimes up and sometimes down
Coming for to carry me home
But still my soul feels heavenly bound
Coming for to carry me home.
The brightest day that I can say
Coming for to carry me home
When Jesus washed my sins away
Coming for to carry me home.

Voici une proposition de traduction :

Balance-toi doucement, doux chariot,
Viens pour me ramener à la maison
Balance-toi doucement, doux chariot,
Viens pour me ramener à la maison.
J'ai regardé par-dessus le Jourdain, et qu'ai-je vu ?
Viens pour me ramener à la maison
Une bande d'anges venant après moi
Viens pour me ramener à la maison.
Si tu arrives là-bas avant moi
Viens pour me ramener à la maison
Dis à tous mes amis que j'arrive aussi
Viens pour me ramener à la maison.
Je suis parfois au sommet et parfois en bas
Viens pour me ramener à la maison
Mais mon âme se sent toujours liée au ciel
Viens pour me ramener à la maison.
Le jour le plus lumineux que je puisse dire
Viens pour me ramener à la maison
Quand Jésus a lavé mes péchés
Viens pour me ramener à la maison.

Polémiques et débats

Tous les amateurs de rugby ont le souvenir de l'avoir entendu résonner dans les stades, notamment celui de Twickenham, lorsque l'équipe d'Angleterre dominait son adversaire ou, à l'inverse, se trouvait en difficulté. En 2015, avec l'interprétation de la jeune chanteuse Ella Eyre, il est même devenu, dans une version moderne, l'hymne officiel de la Coupe du monde 2015 organisée en Angleterre.

En 2020, dans un contexte marqué par le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis et les débats autour de la discrimination raciale, la RFU (fédération anglaise de rugby) se penche sur la question de la diversité dans le rugby anglais. "Dans les années 80 et 90, les gens ne se posaient pas la question des paroles ou de l'origine, il n’y avait pas ces questionnements de sensibilité ou d’appropriation culturelle [...] Et ce n’était pas forcément un cas isolé dans le sport à cette époque", décrypte James Stafford.

Finalement, "Swing Low, Sweet Chariot" échappe à l'interdiction, difficile à mettre en œuvre dans une enceinte de 80 000 personnes. La RFU décide de ne plus la promouvoir ou l'utiliser, et d'éduquer son public sur le chant et ses racines. Les paroles ont été effacées des murs, les produits dérivés arrêtés, mais le chant reste solidement accroché aux tribunes.

Si l'air est connu de tous, il divise les joueurs, actuels et passés, à l'image du capitaine Maro Itoje. "Je ne vais pas dire aux gens ce qu'ils doivent faire ou non mais, personnellement, je ne chanterai plus cette chanson", disait-il à L'Équipe en 2022. "Je l'ai chantée auparavant quand j'étais naïf et ne connaissais pas ses origines mais, sachant désormais le contexte à la création de 'Swing Low, Sweet Chariot', ce n'est plus un hymne que je vais reprendre."

"Swing Low, Sweet Chariot" est plus qu'un simple chant de supporters. C'est un symbole complexe, chargé d'histoire et de significations multiples.

Flower of Scotland

Moment attendu et chéri par les amoureux du rugby, le « Flower of Scotland » à Murrayfield est magnifique. En 1990, lassé de devoir se contenter du « God Save the Queen » - l’hymne officiel du Royaume-Uni, dont l’Écosse fait partie -, le Quinze du Chardon, par l’intermédiaire de son pilier et capitaine, David Sole, décide d’imposer un chant populaire comme hymne : « Flower of Scotland ».

Vern Cotter a été sélectionneur de l’Écosse et s’est intéressé de très près à ses symboles : « Ce chant raconte la victoire écossaise dans la bataille de Bannockburn, en 1314. C’est un événement fondamental de l’histoire du pays. » La chanson évoque l’exploit de Robert Bruce, roi d’Écosse, de bouter l’envahisseur anglais hors de son territoire. Si l’histoire contée est ancienne, la chanson, elle, ne date que de 1967 et est signée des Corries, un groupe folklorique.

Flower of Scotland fut utilisée pour la première fois par des supporters écossais de l’équipe de rugby des “Lions britanniques et irlandais” lors de leur tournée en Afrique du Sud en 1974. La fédération écossaise de rugby à XV décida qu’elle serait jouée avant chaque match de l’Écosse en 1993.

C’est en 1990 qu’elle est utilisée pour la première fois lors d’une rencontre officielle. Jusque là l’hymne joué pour l’Écosse était le God Save the Queen. À la demande du XV écossais, Flower of Scotland fut joué comme hymne pour le dernier match du tournoi des 5 nations, dans une rencontre qui les opposa aux Anglais. Ce match était joué à Murrayfield, et celui qui le gagnait faisait le grand chelem ; l’Écosse remporta d’ailleurs ce match.

Thèmes Principaux

Flower of Scotland exalte les principaux thèmes de l’unité écossaise :

  • Les paysages vallonnés (« wee bit hill and glen ») qui évoquent directement les Highlands, berceau des mythes et des traditions de l’Écosse, et la principale zone d’influence des peuples celtes venus d’Irlande : les Pictes, qui résistèrent aux invasions romaines et dont la férocité conduisit l’Empire romain à ériger le mur d’Hadrien, aussi appelé « Mur des Pictes » ; et les Scots qui prêtent leur nom à l’Écosse actuelle (Scotland en anglais). Flower of Scotland célèbre le charme de ces paysages, mais aussi leur rudesse, et non sans provoquer une forte mélancolie patriotique : le pays est défini comme “perdu”, recouvert d’épaisses feuilles mortes pouvant rappeler à la fois la domination pesante d’une puissance étrangère (l’Angleterre), tout comme un état de déliquescence naturel cyclique : l’indépendance de l’Écosse, du XIVe au XVIIIe siècle, correspond à la belle saison tandis que la période actuelle s’apparente à la saison froide, durant laquelle la nature se régénère pour mieux s’épanouir au retour du printemps.
  • La rivalité avec l’Auld enemy anglais est également exacerbée au fil du texte, en réponse au God Save the Queen qui exhorte le maréchal Wade à “écraser les rebelles écossais”. Les héros écossais qui menèrent la première guerre d’indépendance de l’Écosse, William Wallace et Robert Bruce sont désignés comme la fine fleur du peuple écossais. Ces héros sont questionnés, et à travers eux tous les Ecossais, quant à la faculté de ce peuple à produire de nouveaux héros prêts à conduire l’Écosse vers une nouvelle ère d’indépendance (« When will we see your like again? ») et leur sacrifice est immédiatement glorifié pour souligner la noblesse de leur combat et la fierté des Ecossais, prêts à mourir pour leurs “minuscules collines et vallées”. Chaque couplet se conclut par un renvoi à la victoire des Ecossais sur l’armée anglaise à Bannockburn, débouchant sur près de quatre siècles d’indépendance pour l’Écosse. « L’armée du fier Édouard », Édouard II d’Angleterre avait alors été déjouée par la tactique écossaise. Le troisième couplet appelle le peuple écossais à se remémorer ce passé, tout en conservant un regard tourné vers l’avenir ; de ne pas renoncer à leur combativité afin de redevenir une nation indépendante. Ce passage est toujours chanté plus fort, avec une plus grande ferveur que le reste du chant.

Controverses

Jugée trop agressive pour les Anglais, la chanson a fait l’objet d’une pétition populaire présentée au Parlement écossais en 2004 pour qu’elle cesse d’être utilisée lors des rencontres sportives et soit remplacée par une autre. Néanmoins, lors d’un sondage en ligne les Écossais ont placé Flower of Scotland en tête des hymnes potentiels avec 41 %, loin devant Scotland the Brave qui a recueilli 29 % des avis.

Autres Chants et Traditions

Au-delà des hymnes officiels, l'ambiance des matchs de rugby est souvent enrichie par des chants de supporters, des traditions locales et des expressions culturelles uniques. Ces éléments contribuent à l'identité de chaque équipe et à l'atmosphère passionnée qui règne dans les stades.

Exemples de Chants et Traditions

  • Delilah (Pays de Galles): Une chanson populaire qui, malgré certaines controverses, reste un incontournable des supporters gallois.
  • Waltzing Matilda (Australie): Un chant entraînant qui évoque l'histoire d'un sans-abri australien et qui suscite l'émotion chez les supporters.
  • Hymnes Combinés (Afrique du Sud): L'hymne sud-africain combine deux chansons différentes, symbolisant l'unité et la diversité du pays.
  • Ireland's Call (Irlande): Un hymne spécifique au rugby irlandais, qui rassemble les joueurs de la République d'Irlande et d'Irlande du Nord.

Le Rôle des Hymnes et Chants

Les hymnes et chants de rugby ne sont pas seulement des mélodies entraînantes. Ils sont porteurs d'histoire, de fierté nationale et de souvenirs collectifs. Ils unissent les supporters, renforcent le sentiment d'appartenance et créent une atmosphère unique lors des matchs.

Avant l’intensité d’un match international, version ludique des champs de bataille de l’époque, l’hymne national vient décupler le sentiment d’appartenance à un ensemble. C’est l’ultime escalade, un dernier concentré d’émotion avant de sauter dans le grand bain d’un match de rugby.

Tableau Récapitulatif des Chants de Rugby

Chant Équipe/Pays Origine Signification
Swing Low, Sweet Chariot Angleterre Spiritual afro-américain Espoir, libération, hommage à des joueurs noirs
Flower of Scotland Écosse Chanson folklorique Fierté nationale, victoire historique à Bannockburn
Delilah Pays de Galles Chanson populaire Identité nationale, fierté galloise
Waltzing Matilda Australie Chanson folklorique Émotion, histoire australienne
Nkosi Sikelel' iAfrika / Die Stem van Suid Afrika Afrique du Sud Chants traditionnels africains et afrikaans Unité, diversité, réconciliation
Ireland's Call Irlande Chanson composée pour le rugby Unité des joueurs de la République d'Irlande et d'Irlande du Nord

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