Chant "Les Rats" du PSG : Paroles, Explication et Polémiques

Dans l'univers du football, les chants font partie du décor, nourrissant les rivalités et forgeant une identité collective. Parmi les nombreux chants anti-OM du PSG, celui des "rats" est un classique, présent dans les travées du Parc des Princes depuis de nombreuses années.

Chaque saison, à l’approche de la rencontre entre le Paris Saint-Germain et l’Olympique de Marseille, un chant continue de défrayer la chronique : celui des rats. Mais ces dernières saisons, l’assimilation entre « rats » et « Marseillais » a régulièrement été pointée du doigt par les instances du football français.

Origine et Popularité du Chant

C’est l’histoire d’une chanson, populaire parmi les supporters parisiens et ressortie chaque saison à l’approche des Classiques, qui suscite la polémique. D’un côté, les Marseillais crient au racisme. De l’autre, les Parisiens plaident volontiers le chambrage à propos de l’hygiène de la ville.

Les supporters de la tribune Auteuil du Parc des Princes ont entonné un chant comparant les Marseillais à des rats, lors de la victoire du Paris SG contre Lille (4-1), un mois après une banderole niçoise employant le même champ lexical. En fin de match, les ultras parisiens ont entonné durant plusieurs minutes ce chant, repris par une partie du public, à deux semaines de la réception de l’OM.

Les quatre vers sont toujours repris avec entrain et enthousiasme par le Parc, sur un air entraînant : « Dans la boue y’a les rats/Dans les égouts les rats/Ils sont partout les rats/Ce sont les Marseillais ! »

Une fois de plus, un chant entonné par les supporters a provoqué une intervention du speaker, une brève interruption du match et l’ire de Luis Enrique. Un chant qui revient, réglé comme une montre suisse, dès qu’approche un clasico face à Marseille.

Pour Mathéo Moreau, élève avocat dans le civil, c’est un chant populaire parmi les supporters parisiens car il est connu de tous et possède un rythme entraînant : « Je pense que c’est un chant entraînant, que tout le stade connaît. Il n’y en a pas beaucoup, trois ou quatre. Le terme “rats”, c’est juste un terme péjoratif. »

Contexte Historique et Connotation Raciste

Depuis quelques années, certains soulignent la connotation raciste derrière le mot « rat », aux acceptions pourtant multiples. En effet, le chant « les rats » est profondément anti-marseillais, et ses paroles sont dans le viseur de la Ligue de football professionnel.

En effet, dans l’argot français, le mot « raton », ou jeune rat, s’est mué dès le milieu du XXe siècle en une insulte raciste, dirigée contre les Arabes. C’est de là qu’est né le mot « ratonnade », ces expéditions punitives visant notamment les Arabes de France, particulièrement fréquentes durant la guerre d’Algérie (1954-1962).

La connotation raciste du terme « rat » n’est pas nouvelle et relève du racisme colonial, particulièrement prégnant au XXe siècle. On parlait alors de « ratons » (jeunes rats), un terme qui vise à animaliser sous forme d’injure les populations colonisées. C’est, aussi, la dénomination sous laquelle les nazis désignaient les populations juives pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’est donc en dérivant du terme « ratons » qu’est né celui de « ratonnades », à savoir « une expédition punitive ou brutalités exercées contre des Maghrébins » selon le Petit Robert. Au moment de la guerre d’Algérie, puis des évènements survenus sur le territoire français après l’indépendance algérienne, les ratonnades se sont multipliées au cours des années 1960 à 1980, et l’histoire de la ville de Marseille a été particulièrement marquée par ces phénomènes.

D’abord avec la rafle qui s’est déroulée au Vieux-Port les 22, 23 et 24 janvier 1943 par les nazis accompagnés de la police collaborationniste afin de nettoyer les quartiers adjacents avant leur dynamitage en février 1943.

Cette interprétation rejoint la rivalité PSG-OM en deux points :

  • L’histoire douloureuse des ratonnades dans la ville de Marseille.
  • Les liens évidents avec l’extrême droite patriote d’une partie des anciens ultras du Paris Saint-Germain, logés en tribune Boulogne, jusqu’à la dissolution progressive de ces groupes entre 2006 et 2010.

Selon Sébastien Louis, docteur en histoire contemporaine et spécialiste du supportérisme, le racisme de ce chant ne fait aucun doute : « Le terme “rats” est un des nombreux vocables xénophobes pour désigner les populations maghrébines en France, et évidemment, dans ce chant cette parole est une référence aux Marseillais. Alors il suffit de se souvenir des blagues racistes sur la ville de Marseille, qui est une ville qui connaît et qui a toujours eu de par son histoire une forte population immigrée. Bien sûr, ce terme se réfère à l’idée que les Marseillais ne seraient pas véritablement des Français, mais uniquement des Maghrébins. »

Pour Sébastien Louis, « le caractère raciste est nié par les personnes qui le chantent ». L’excuse trouvée pour désigner l’hygiène de la ville resterait même « un cliché véhiculé par l’extrême droite, il est trop facile de s’abriter derrière le fait qu’il s’agisse juste d’un chant partisan alors qu’il y a tout un contexte historique derrière celui-ci ».

Cependant, cette signification est rejetée par les supporters du Paris Saint-Germain. « Après la première polémique concernant ce chant, autour de 2017, j’avais parlé à de nombreux supporters pour essayer d’en chercher l’origine et je n’avais pas pu la retracer avec certitude, retrace un abonné historique du Parc des Princes. L’unanimité en revanche c’est qu’il n’a absolument aucune portée raciste. La boue, les égouts, tout a toujours été présentée comme référant à la crasse et la saleté de Marseille. » Un argument hygiénique déjà mis en avant, même chez les Boulogne Boys, il y a plus de vingt ans.

« Quand il y avait une volonté de chants racistes à Boulogne, c’était assumé ouvertement, poursuit notre supporter. Dans Ô ville lumière, après chasser l’ennemi, ils rajoutaient bougnoules derrière. Or, à ma connaissance, jamais Boulogne n’a revendiqué le racisme sur le chant des rats. »

Surtout, « c’est un chant que j’ai l’impression d’avoir toujours entendu dans les deux virages du Parc », expose Pierre Barthélémy, avocat de l’Association nationale des supporters (ANS) et fan du PSG. « Dans mes souvenirs, il a toujours été chanté par Auteuil, y compris dans les années 1990-2000 avec un antiracisme revendiqué. Il a été repris par le CUP, groupe parmi les plus cosmopolites dans les tribunes en France avec les virages marseillais… Jamais Auteuil ne le chanterait si c’était raciste dans leur esprit. »

Nicolas Hourcade, sociologue et spécialiste du supportérisme, partage cette vision : « De manière générale, les ultras cherchent à dénigrer leurs adversaires dans leurs chants ou sur leurs banderoles. Pour les supporters parisiens, traiter les Marseillais de “rats” est un moyen de les discréditer. Cette insulte pouvait aussi avoir une dimension raciste quand elle était utilisée par des supporters du Kop de Boulogne, dont une minorité active était ouvertement nationaliste. En revanche, pour les ultras du virage Auteuil aux origines diverses, il n’y a pas d’intention raciste derrière cette injure. »

Pour Mathéo Moreau, abonné au Parc des Princes et fidèle supporter du PSG, « est-ce que le chant a une histoire raciste ? Oui. Est-ce que le chant, aujourd’hui, est prononcé par des racistes et a une connotation raciste ? Non. Après, est-ce qu’il faut le changer ? Libre interprétation aux gens qui le lancent, c’est-à-dire au CUP, et ils ont manifestement fait le choix que non. »

ANTI OM, ANTI MARSEILLAIS | CHANT ULTRAS PARIS - PSG

Le Plan Leproux et l'Évolution des Tribunes du Parc des Princes

Jusqu’à la mise en place du plan Leproux à la suite de la mort de Yann Lorence, en marge du Classique du 28 février 2010, les groupes qui peuplaient la tribune Boulogne étaient pour la plupart adeptes d’une idéologie d’extrême droite, comme l’explique Sébastien Louis : « On le voit dès le début des années 1980, plus précisément en 1985, lors d’une interview de quelques membres du Kop de Boulogne lors de PSG-Toulouse par Charles Biétry.

Depuis, les tribunes du Parc des Princes se sont recomposées, à la faveur du plan Leproux et de l’arrivée des Qataris. C’est désormais le Collectif Ultras Paris, posté au sein du virage Auteuil, qui règne en maître sur l’animation du stade depuis le retour des ultras en 2016.

Un collectif qui réunit en son sein plusieurs groupes de supporters, rappelle Sébastien Louis. « Le CUP est une émanation plutôt récente, et n’affiche pas véritablement d’idéologie à proprement parler, selon l’auteur d’Ultras, les autres protagonistes du football. Sa population est bien plus représentative de la banlieue parisienne et c’est une identité multiculturelle qui se reflète à Auteuil, qui est l’inverse de celle qui était voulue par Boulogne, c’est-à-dire une identité blanche. » Pour autant, ce sont bien les supporters d’Auteuil qui lancent aujourd’hui ce chant.

Réactions et Sanctions

Comme à chaque fois qu’un tel événement se produit, il sera traité en commission de discipline à la suite du rapport de match rendu par le délégué. Pour rappel, ce sont les délégués, formés sur ces thématiques, qui identifient les chants problématiques et qui décident, en concertation avec l’arbitre central et au moment où ceux-ci sont entonnés, d’enclencher la procédure qui peut mener à l’interruption de la rencontre.

Chaque club a ensuite un dispositif plus ou moins étoffé pour répondre à ces événements. Au Parc des Princes, le speaker Vincent Royet a adressé deux messages aux supporters, qui ont également été affichés sur les écrans géants du club, pour leur demander de cesser les chants.

Certains observateurs réclament des sanctions. Le 12 février, la LFP avait décidé d’infliger « trois matchs de fermeture […] de la tribune Populaire Sud » du stade de Nice après, notamment, le déploiement d’une banderole « raciste », reprenant déjà cette comparaison lors du derby Nice-OM du 26 janvier.

Une bannière avec le texte « le soleil se couche sur la ville de Nice… que la chasse aux rats commence » avait provoqué l’indignation du maire DVG de Marseille, dénonçant des « propos racistes ».

Date Événement Sanction
26 janvier 2025 Banderole raciste des ultras niçois Fermeture de la tribune Populaire Sud pour 3 matchs
1er mars 2025 Chant des supporters du PSG comparant les Marseillais à des rats (Sanction potentielle en attente)

Il y a un mois, la LFP avait sanctionné de trois matches de fermeture la tribune populaire sud, à Nice, après une banderole utilisant le même vocabulaire. Au Parc des Princes ce samedi 1er mars, à deux semaines de la réception de l’OM, les ultras parisiens ont entonné un chant comparant les Marseillais à des « rats ».

Au stade, l’émotion doit se transmettre avec des engagements forts. Envers notre club, nos joueurs, et l’esprit de ce sport que nous aimons tant.

Pourtant, c’est bien la connotation raciste qui est avancée par la Ligue de Football Professionnel (LFP) pour épingler ce chant à chaque fois qu’il refait surface au Parc des Princes. La proximité entre « rat » et « ratonnade », et donc la connotation raciste de l’insulte, « en fait un chant qui incite a minima à la haine, voire à la haine raciale », avance-t-on du côté de l’instance. Une position difficile, a priori, à tenir d’un point de vue légal, selon Pierre Barthélémy : « Rat est une injure publique, ça ne fait aucun doute. Mais on ne peut pas caractériser, en droit pénal, le caractère raciste. L’élément moral fait défaut : l’intentionnalité est impossible à prouver ».

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