Le rugby, sport de contact par excellence, a longtemps été perçu comme une discipline exclusivement masculine. Pourtant, les premières traces de rugby féminin remontent à la fin du XIXe siècle. En Angleterre, certaines écoles de filles pratiquaient déjà une forme de rugby dès les années 1880. Toutefois, la première rencontre officielle connue s’est tenue en 1917 à Cardiff, opposant des équipes de femmes mobilisées dans l’effort de guerre. C'était le début d’une grande histoire.

Rugby à 7 féminin aux Jeux olympiques de la jeunesse de 2018.
Les Débuts Difficiles du Rugby Féminin
Après la Première Guerre mondiale, les initiatives en faveur du rugby féminin se multiplient, mais elles rencontrent de fortes résistances. La Fédération anglaise de rugby (RFU) interdit notamment la pratique du rugby féminin sur ses terrains en 1921, freinant ainsi son développement. Il faudra attendre la fin des années 1960 et 1970 pour que des clubs féminins réapparaissent à nouveau en Angleterre, puis en Nouvelle-Zélande.
L’Essor du Rugby Féminin à l’International
Les années 1980 et 1990 marquent un tournant décisif pour le rugby féminin. En 1982, la première équipe nationale féminine de France voit le jour. En 1991, la première Coupe du Monde de rugby féminin se tient au pays de Galles. Bien que non reconnue officiellement par World Rugby à l’époque, l’Angleterre remporte cette édition inaugurale, posant les bases d’une compétition qui prendra une importance croissante au fil des années.
L’intégration progressive du rugby féminin dans les fédérations nationales et internationales contribue naturellement à son expansion. Un premier Tournoi féminin, 100% britannique, est lancé en 1996, remporté par l’Angleterre à deux reprises puis par l’Ecosse. Ce n’est qu’en 1999 que le premier Tournoi des 5 Nations est créé avec l’intégration de la France. La version 6 Nations est quant à elle, lancée en 2002, qui correspond à la première victoire des Bleues. A noter que la 6ème nation n’est pas l’Italie, mais l’Espagne. Il faudra attendre 2007 pour que les Transalpines remplacent les Espagnoles.
En 1998, la Coupe du Monde de rugby féminin est (enfin) officiellement reconnue par World Rugby, offrant une plus grande visibilité à la discipline. Depuis, des nations comme la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, la France et le Canada se sont imposées comme des puissances majeures du rugby féminin.
Le Développement du Rugby Féminin en France
En France, le rugby féminin débute officiellement en 1965 avec la création d’un premier club à Toulouse, ainsi qu’à Paris, le Racing Club de France féminin, créé en 1965 par Évelyne Contesse. La pratique féminine se développe progressivement dans des villes secondaires, notamment dans le sud ouest.
Cependant, la première compétition officielle féminine n’a vu le jour qu’en 1971, avec la création du championnat de France de rugby à XV féminin. Ce dernier s’est progressivement structuré. En 1982, la Fédération Française de Rugby (FFR) reconnaît officiellement la pratique du rugby féminin et organise un championnat national. L’Angleterre a remporté le trophée 15 fois, et reste sur 6 titres consécutifs depuis 2018.
L’engouement pour le rugby féminin en France ne cesse de croître, porté par des performances de haut niveau et une médiatisation accrue. Certaines joueuses internationales ont acquis une notoriété quasi équivalente à celles des hommes.
L’intégration du rugby féminin aux Jeux Olympiques, avec le rugby à 7 en 2016, a également contribué à populariser la pratique. La France s’est illustrée aux JO de Tokyo en 2021 en remportant la médaille d’argent. De plus en plus de clubs amateurs encouragent la pratique chez les jeunes filles, les fédérations investissent davantage pour son développement. La Coupe du Monde féminine attire un public grandissant, témoignant de l’intérêt croissant pour la discipline.
Avec la création d’un TOP 16, puis d’un Top 8, et enfin d’une Elite 1, des joueuses françaises sont devenues semi-professionnelles. Les niveaux inférieurs, Elite 2, Fédérale 1 et Fédérale 2 sont également bien structurés désormais.
Palmarès Mondial : Coupe du Monde Féminine de Rugby à XV
La Coupe du monde féminine de rugby à XV, organisée tous les quatre ans depuis 1991, a vu la domination de certaines nations:
- Nouvelle-Zélande: 6 titres (1998, 2002, 2006, 2010, 2017, 2021)
- Angleterre: 2 titres (1994, 2014)
- États-Unis: 1 titre (1991)
La France s’est illustrée en décrochant la troisième place à plusieurs reprises : 1991 (place partagée), 1994, 2002, 2006, 2014, 2017, 2021.
Le Rugby à 7 Féminin : Une Discipline Spectaculaire
Au rugby à 7, un match se joue en deux mi-temps de 7 minutes avec 2 minutes de pause, contre 80 minutes pour le rugby à 15. Le rugby à 7 se joue à sept joueurs, dont trois avants qui forment les mêlées et quatre arrières, dont un libero. L’équipe dispose de cinq remplaçants par match comme pour le rugby à 15, avec seulement trois changements par match.
En cas de match nul à la fin du temps réglementaire, des prolongations d’une durée de 5 minutes chacune sont prévues après une pause d’une minute. Le championnat de rugby à 7 est international. Il est organisé pour les compétitions mondiales par l’IRB (International Rugby Board), et pour les compétitions européennes par la FIRA (Fédération internationale de Rugby amateur).
Ces particularités en termes de durée, de nombre de joueurs et d’enchaînement des matchs expliquent les différences physiques et énergétiques entre les deux types de rugby. À 7, les matchs sont plus courts, mais la vitesse et l’intensité du jeu sont décuplées. On sait qu’à 15 le temps de jeu effectif, c’est-à-dire le temps de jeu pendant lequel le ballon circule est de 40 à 50 % (40 minutes de jeu effectif), celui-ci atteint 80 à 90 % dans le jeu à 7.
Les joueurs de rugby à 7 reçoivent donc un entraînement visant à développer spécifiquement la vitesse et les capacités à reproduire de nombreux sprints courts, mais à vitesse élevée. Les séances de préparation physique des joueurs à 7 sont basées sur le travail des filières anaérobies lactiques et alactiques. L’entraînement comprend enfin beaucoup de phases de combats (boxe au sac, plaquages, rucks…), ainsi qu’un travail de la vitesse gestuelle. On cherche non pas à obtenir de la puissance brute, mais à mettre en oeuvre cette puissance rapidement et de manière répétée.
Focus sur la France : Vice-Championne du Monde
Les Françaises sont devenues, vice-championnes du monde de rugby à 7, à San Francisco. Les Bleues ont échoué en finale face aux Néo-zélandaises (29-0), mais ont réalisé un parcours remarquable en sortant notamment l'Australie et le Canada.
Montserrat Amédée a déclaré : "Au bout de la saison qu'on a fait, pour nous, ce n'est pas une surprise. On a réalisé une très belle performance. On est une équipe qui progresse énormément depuis quelque temps. Chaque match, on sait qu'on peut le gagner, on l’a prouvé sur ce weekend de compétition, même si en finale, on ne pouvait rien faire. Mais on a su répondre présentes sur l'ensemble du tournoi.
Il ne fallait pas qu’on se laisse avoir par leur jeu qui est difficile a arrêter. On a bien défendu mais elles ont très bien joué. Et au final, c'est la meilleure équipe qui l'a emporté. On a quelques regrets en première mi-temps, de ne pas avoir mis plus la main sur le ballon et de ne pas avoir créer assez de situations. Quand l'adversaire nous empêche de nous mettre en place, c’est compliqué.
Sur toute la Coupe du monde, on s'était dit qu’on n'avait pas besoin de la pression, on était "focus" sur la prestation individuelle et collective. Sur ce format de compétition avec que des matches à élimination directe, on n’avait pas le droit à l’erreur. On ne pensait pas aux adversaires. On a battu deux grosses nations : le Canada et l’Australie pour la première fois de notre histoire. On a montré beaucoup d’envie, d’émotions sur la Marseillaise. Mais la finale lancée, il fallait tout lâcher pour espérer mettre à mal les Blacks, s'envoyer pour l’équipe et profiter du match.
C’est une équipe qui se connait par cœur, elles sont professionnelles depuis plus longtemps que nous. Ce sont comme des sœurs. Leur état d’esprit leur donne quelque chose en plus peut-être, leur culture aussi. Sur cette saison, elles étaient comme imbattables. Mais je pense elle se feront battre. Pour ça, il faut jouer avec de la vitesse et de la précision sur les attaques, prendre les espaces. Il faut casser leur ligne défensive car elles mettent une grosse pression en montant en sprint. En défense, avoir une bonne défense évidement et récupérer le ballon vite.
Exactement, on finit troisièmes des World Series, la première fois qu'on fait un podium ! On est semi-pros depuis 4 ans, c’est ce qui est différent des Blacks. On s'entraîne tous les jours ensemble. Mais le meilleur reste à venir ! On n’a pas gagné encore une manche sur le circuit, c’est peut-être notre prochain objectif, dès octobre au Colorado.
Ça nous est très utile. Avec les stages et les rassemblements, c’était compliqué pour les joueuses avant. On n'était jamais toutes disponibles en même temps, jamais au même endroit. Maintenant, on vit ensemble et on joue ensemble tous les jours. Il n'y a que ça qui marche. La fédé a mis en place ces contrats, on est 24 joueuses sous contrat, c’est important pour le rugby à 7. Le président Laporte était présent pour nous encourager à développer le Seven, qui est un sport olympique. On a à cœur de continuer notre progression. On est très heureuses de s'entraîner tous les jours à Marcoussis.
Dès la saison prochaine même ! Les World Series compte pour la qualification aux JO 2020. Si on finit dans les quatre premières, on est qualifiées pour 2020. Les Jeux 2020 sont déjà dans nos têtes. Pourquoi pas nous ? Notre objectif est d’aller faire un résultat à Tokyo et ça commence dès octobre avec les World series.
C’est génial ! J'ai commencé le rugby à Agen. Maintenant, je suis à Montpellier et Paris pour le 7, je remercie les gens de m'avoir aidée dans mon parcours. Cette saison, j’ai vécu beaucoup de grandes compétitions. Mais le 7 c’est un sport à part. On part partout dans le monde toute l'année, c’est une vie de sportif de haut niveau. Mais je n'ai pu faire que 8 matches avec Montpellier en XV. Je n’ai pas pu faire les phases finales mais je suis championne de France quand même (Rires). Je suis reconnaissante de tout ça, auprès du club de Montpellier. Je veux continuer et ne pas m'arrêter, je ne demande que ça. Je suis en vacances en août mais il me tarde de repartir à l'entrainement.
J’ai pris une décision. C’est une très grosse saison à 7. Je garde la licence à Montpellier mais ils ont compris mon état d’esprit. Il faut passer par la qualification pour les JO 2020. Je ne pourrai pas faire 8 matches comme cette année avec mon club. Le XV c’est pour plus tard. Avec le Seven, ce sont deux sport différents, je me concentre sur le 7 car sinon le rêve olympique peut s’envoler.
Talents à Découvrir
Dans une équipe de France très expérimentée, bâtie autour d'un noyau dur qui côtoie le circuit mondial depuis plus de quatre ans (Biscarat, Horta, Mayans, Grassineau...), il y a des jeunes talents en devenir. A commencer par Anne-Cécile Ciofani (24 ans), l'une des dernières venues du groupe France. Venue de l'athlétisme, la joueuse de Bobigny a explosé aux yeux du grand public lors de la dernière Coupe du monde, inscrivant l'essai de la victoire en demi-finale contre l'Australie.
Autre attraction: la demi d'ouverture de Rennes Caroline Drouin (22 ans), sacrée joueuse de l'année lors de la Nuit du Rugby le mois dernier.
Bien sûr, les Black Ferns (les All Blacks au féminin) dominent toujours ce sport dont elles sont championnes du monde. Les Australiennes, championnes olympiques en titre, restent aussi une valeur sûre.
Mais l'accession de la France en finale et l'émergence de nations comme le Canada, les Etats-Unis, voire l'Irlande, rendent la compétition plus indécise qu'elle ne l'a parfois été par le passé. Je vois la Nouvelle-Zélande et l'Australie encore au-dessus du lot mais derrière il y a beaucoup d'outsiders. Le Canada a pour lui son vécu, les Etats-Unis sont une équipe physique, l'Irlande est la nation montante, la Russie fait preuve de belles qualités, l'Angleterre a les qualités pour aller chercher une place, etc. La lutte pour les quatre premières places s'annonce donc palpitante.
D'autant que dans un format court, avec seulement six tournois, le moindre faux pas pourrait se payer cash au classement général.
Circuit mondial de Rugby à 7 : Les essais de France 7 féminin au France Sevens
L'Avenir du Championnat du Monde de Rugby à 7 Féminin
Selon les informations de l’Agence de presse espagnole EFE, la Coupe du Monde de rugby à 7, dont la dernière édition s’est déroulée en Cap, devrait disparaitre. Née en 1993 pour les hommes et en 2009 pour les femmes, la Coupe du Monde de rugby à 7 va disparaitre. C'est en tout cas ce que révèle l'agence espagnole EFE, qui cite des sources provenant de World Rugby, qui officialisera prochainement la nouvelle.
La dernière édition de la compétition s'est déroulée en 2022, et avait vu la victoire des Fidji contre la Nouvelle-Zélande dans le tournoi masculin, et de l'Australie contre la Nouvelle-Zélande dans le tournoi féminin. Mais les deux pays n'auront pas de successeurs.
Le rugby à 7 a déjà deux compétitions d'envergure, les Jeux Olympiques tous les quatre ans, et le Circuit mondial (World Sevens) tous les ans, et World Rugby a décidé de sacrifier la Coupe du Monde, qui se déroulait, en général, tous les quatre ans.
La Fédération internationale souhaite que le champion du monde soit désigné chaque année au terme de la finale du Circuit mondial. Cette année, elle se déroulera à Los Angeles les 3 et 4mai. Cette finale a été mise en place l'an passé et a réuni les huit meilleures équipes du classement général après les différentes étapes du Circuit, et la France, portée par Antoine Dupont, avait triomphé à Madrid face à l'Argentine, alors qu'elle n'était que cinquième du classement avant cette finale. Les Bleus auraient donc été sacrés champions du monde et olympiques 2024 si le nouveau règlement souhaité par World Rugby avait été mis en place dès l'année dernière. L'Australie avait quant à elle remporté la finale du Circuit mondial, avant de finir quatrième au Stade de France lors du tournoi olympique.
Supprimer la Coupe du Monde permettra à World Rugby de faire des économies, et donnera aux Jeux Olympiques, qui ont intégré le rugby à 7 à leur programme en 2016, une importance encore plus grande. La Nouvelle-Zélande et les Fidji resteront, avec trois victoires, les deux équipes les plus titrées lors de la Coupe du Monde masculine, alors que l'Australie, avec trois trophées également, domine chez les femmes.
Côté français, les Bleus ont obtenu leur meilleur résultat en 1997 et 2013, avec une cinquième place, et les femmes en 2018, avec une deuxième place.

L'équipe de France de rugby à VII.