Le championnat de France de rugby a connu plusieurs modifications dans sa formule au cours de la décennie 1970. Cet article explore le paysage rugbystique français de cette époque, en mettant en lumière l'évolution des règles, les particularités de la saison 1970, et le parcours du club de Peyrehorade à travers les divisions.
Évolution des règles et règlements
Les années 1970 ont été une période de changements significatifs dans les règles du rugby. En 1971, l'essai a vu sa valeur augmenter, passant de 3 à 4 points. Plus tard, en 1992, il sera valorisé à 5 points. Une autre modification importante est intervenue en 1977, avec l'interdiction de l'arrêt de volée sur tout le terrain, le limitant à l'intérieur des 22 mètres.
La règle exigeait également que le joueur effectuant l'arrêt de volée ait les deux pieds au sol, une condition qui sera supprimée en 2004. Au-delà des changements de règles, la décennie a été marquée par une augmentation de la rudesse du jeu, un problème fréquemment dénoncé.

Championnat 1970 : La Voulte couronnée
1969-1970 Résumé Finale La Voulte - AS Montferrand, championnat de France de rugby à XV
L'année 1970 a vu le club de La Voulte être sacré champion de France. En l'absence de finale du Top 14 en raison du coronavirus, il a été proposé de revisiter à chaque date anniversaire une finale marquante de l'histoire du Championnat de France.
Troisième épisode avec la finale 1970 entre La Voulte et Montferrand (3-0), marquée par le sacre des frères Camberabero, incapables d'inscrire le moindre point au pied. La finale, disputée à Toulouse, a vu La Voulte triompher sur un score étriqué de 3 à 0 face à Montferrand. Les frères Camberabero, figures emblématiques de La Voulte, ont été portés en triomphe après la victoire. La petite commune de 5 000 habitants était en liesse.
Pour les besoins d'un reportage en amont de cette finale, le photographe associe les avants voultains (Noble, Faillon, De Gregorio et Savitsky) aux desperados de western. La tension monte à El Paso... Séance de musculation très décontractée pour le pilier international Voultain Jean-Claude Noble, une semaine avant la finale contre Montferrand.
Sortie de vestiaires au Stadium municipal de Toulouse pour la soixante-neuvième finale du Championnat de France, l'ouvreur et capitaine de La Voulte, Guy Camberabero, passe en tête. Devant un public discipliné et attentif, drop-goal de Guy Camberabero, sa spécialité. Mais il est manqué... Le demi de mêlée Jacques Pineau balle en main. Dégagement de l'arrière Mihai Wusek, international roumain, face à la montée défensive auvergnate.
Le deuxième-ligne de l'AS Montferrand, Henri Bourdillon, dans ses œuvres à la touche, domaine dans lequel les Auvergnats dominent. Guy Camberabero s'apprête à tenter la transformation de l'essai du centre Renaud Vialar. Là encore, ce sera un échec pour l'un des meilleurs buteurs du rugby français. Le pack montferrandais, surnommé « le monstre à seize pattes », en position de maul afin de protéger le ballon gagné en touche.
Une des rares attaques de La Voulte. Ici le deuxième-ligne Nicolas de Grégorio sert son centre André Roux, solide attaquant au profil de flanker (1,80 m, 96 kg). Entraîné par Jean Liénard, le pack voultain tient tête aux Montferrandais dans cette lutte âpre pour la conquête du ballon, clé de cette finale fermée. La Voulte est champion de France sur un score étriqué (3-0). Mais pour les Ardéchois, l'essentiel réside dans la victoire et Guy Camberabero est porté en triomphe par ses coéquipiers.
Surnommés « les lutins », les frères Camberabero, qui forment la charnière de La Voulte, symbolisent la complicité. Bouteille de Fanta à la main, ils posent ici devant leur réussite. La Voulte, commune de 5 000 habitants, est en liesse. Dans la voiture de tête, l'entraîneur Jean Liénard, encadré par les frères Camberabero, porte à bout de bras ce trophée tant convoité. La relève est assurée. Après ce titre, les frères Cambé passent le témoin à un demi de mêlée gersois qui n'a pas fini de faire parler de lui : Jacques Fouroux !

Parcours de Peyrehorade dans les années 1970
Positionnement et progressions
Pendant cette décennie, la formule du championnat est modifiée à plusieurs reprises. La première division comprend 64 équipes au départ et passe à 80 équipes en 1974-1975. Peyrehorade évolue en deuxième division jusqu'en 1972-1973. La saison suivante, il accède à la première division. La deuxième partie de la décennie sera marquée par des passages entre la première et la deuxième division.
Saison 1970-1971 : Peyrehorade évolue en deuxième division.
Saison 1971-1972 : Peyrehorade évolue en deuxième division, qui compte 80 équipes.
Saison 1972-1973 : Peyrehorade évolue toujours en deuxième division et se classe 4ème de sa poule. Il se qualifie pour les 1/16ème de finale, où il élimine Argelès-sur-mer. En 8ème de finale, il obtient face à Oyonnax son billet d'accession à la première division. Tout Peyrehorade s'était déplacé pour ce match qui avait lieu à Aurillac, seul le curé Doyen était resté au village, et à contre-cœur, à ce qu'en disait le Midi Olympique de l'époque.
M. Lamolère, vice-Président d'Oyonnax et peyrehoradais d'origine, remet un chèque important à l'intention des joueurs… Beau geste s'il en est… Peyrehorade passe ensuite les quarts de finale face à Sorgues (match nul 6-6 après prolongations mais Sorgues est éliminé pour avoir eu un joueur expulsé). En demie, il échoue face au Creusot (qui sera battu en finale par Bourgoin-Jallieu). Mais l'essentiel était acquis et plus de 250 personnes assistent à la réception organisée par la Mairie pour honorer leur équipe.
Il est à remarquer que 14 des joueurs qui ont permis au club d'accéder à la division supérieure ont été formés à l'école de rugby locale, que plusieurs d'entre eux sont encore juniors, et que la moyenne d'âge est de 21 ans à peine. Mais pour Gaston Dubois, Président de la section Rugby du Club, ce succès arrive un peu trop tôt : « Mes garçons éprouvaient jusqu'ici les joies saines dans la pratique du rugby et jouaient pour le plaisir. (…) C'est un autre rugby qu'ils vont découvrir, dans lequel il n'y a plus de place pour le plaisir et le luxe ».
Saison 1973-1974 : Peyrehorade évolue en première division, constituée alors du groupe A (l'élite, avec les 32 meilleurs clubs de la saison précédente) et le Groupe B (32 clubs également). Peyrehorade est dans le groupe B et pour se qualifier pour les 1/16ème de finale, il lui faut terminer à une des deux premières places de la poule. Il termine 6ème, ce qui lui impose de disputer la coupe Jauréguy pour assurer son maintien.
Saison 1974-1975 : Rien de changé pour la première division, toujours à 64 clubs. Peyrehorade évolue en deuxième division (qui est passée de 81 à 96 équipes la saison précédente). Il termine deuxième de sa poule (derrière Coarraze-Nay) et se qualifie pour les 32ème de finale où il bat Lembeye. Il bat Lannemezan au tour suivant et est éliminé par Montélimar en 8ème de finale. Il remonte en première division. L'équipe Réserve 1 fait un bon parcours, même si des démêlés avec le corps arbitral lui coûtent 2 points au classement.
Cette saison, le PS Rugby aligne 68 seniors (avec une équipe première et deux équipes réserve), 39 juniors et 47 cadets (deux équipes cadets).
Saison 1975-1976 : Peyrehorade évolue en première division, composée alors d'un Groupe A à 40 équipes et d'un Groupe B à également 40 équipes. Peyrehorade évolue dans le Groupe B dans lequel les 7 meilleurs équipes accèdent aux 1/16ème de finale. Il termine 6ème au classement. La saison ne se passe pas mal mais une fois de plus, le club retourne en deuxième division en fin de saison. Tout cela, parce qu'il a perdu deux points au classement à cause d'un joueur exclu lors d'un match (sans cela, il aurait terminé 5ème au classement)…
La décision est un peu dure car le club dans son ensemble fait une saison exemplaire : à part cette exclusion, toutes les autres équipes du club alignées dans les diverses compétitions n'ont même pas un avertissement à déplorer. Les Cadets atteignent la demi-finale du championnat de Côte Basque (élimination par Dax) et, pour la première fois de l'histoire du club, ils se qualifient pour le championnat de France, où ils atteignent les quarts de finale. En cette saison, 36 joueurs évoluent en équipe Fanion, 50 en équipe Réserve, 30 en juniors . Bamba reçoit la médaille de Jean Labat, inspecteur de la Jeunesse et des Sports, sous les applaudissements de Jean Dupaya, maire de Peyrehorade.
Saison 1976-1977 : Toujours 80 clubs en première division. Peyrehorade évolue en deuxième division. L'équipe Réserve, qui n'a perdu que deux matchs dans la saison, donne au Club son premier titre de champion de France en dominant (19-0) Orléans en finale, après avoir sorti Soustons en demi-finale et Lannemezan au tour précédent.
Bon comportement également des juniors A, engagés en Reichel, qui terminent premiers de leur poule et participent pour la première fois de l'histoire du club aux phases finales de la compétition Reichel. Ils passent les 32ème de finale (Saverdun) et les 16ème de finale (Lannemezan) et chutent en 8ème de finale contre Toulon : « Nos joueurs, agressés par une équipe de sauvages, n'ont peut-être pas fourni leur partie habituelle », note Gaston Dubois lors de l'Assemblée Générale.
Lors de l'Assemblé Générale, Gaston Dubois attire aussi l'attention sur le pillage des équipes de jeunes par d'autres clubs : « Un point noir, certains de nos joueurs quittent leur club pour des raisons que je me garderais de développer ici… ». L'école de rugby, qui fête ses 10 ans d'existence (elle a été lancée en février 1967), enregistre son 1020ème élève.
Lors de l'Assemblée Générale du Club, Gaston Dubois attire l'attention sur le problème du financement du ramassage des petits de l'école de rugby : « Les communes du canton, qui voici dix ans, finançaient nos déplacements grâce à leurs subventions, n'ont pas augmenté leurs dons depuis alors que le coût des voyages a triplé.
Saison 1977-1978 : Rien de changé en première division (80 clubs). Cette saison 1977-1978 est un grand cru, avec 3 équipes Seniors, 2 équipes juniors et 2 équipes Cadets engagées en compétition. L'équipe Fanion termine deuxième de sa poule, à 6 points de Hendaye. Elle fait ensuite un très bon parcours dans la course au titre, éliminant successivement Objat (en 1/32ème de finale), Cavaillon (en 1/16ème), Terrasson (en 1/8ème, pour le match de la montée en première division), La Teste (en quarts) et échoue en demi-finale contre La Seyne (qui lui-même perdra en finale contre Condom).
La Réserve récidive et décroche un deuxième titre de champion de France (en Fédérale B) consécutif, cette fois-ci en battant Brioude en finale, après avoir éliminé Hagetmau en demi-finale et Soustons en quarts. L'équipe A des Juniors atteint le quart de finale du challenge Crabos et l'équipe B les 32ème de finale de la Coupe Reichel. Quant aux cadets, l'équipe A atteint la demi-finale du championnat de la Côte Basque et les 8ème de finale de la coupe Coulon.
Saison 1978-1979 : Peyrehorade évolue en première division, constituée alors de 80 clubs répartis en deux groupes. Peyrehorade est dans le Groupe B, où il faut terminer premier de sa poule pour décrocher un billet pour les 1/16ème de finale. Peyrehorade termine 4ème de sa poule, derrière Montchanin, Angoulême et Lombez.
Saison 1979-1980 : Peyrehorade évolue en première division dans le Groupe B mais une évolution du championnat est intervenue à l'intersaison. La première division comporte toujours un groupe A et un Groupe B à 40 clubs chacun mais seuls les clubs du Groupe A peuvent désormais participer à la course au titre. Les 40 clubs du Groupe B disputent un championnat à part qui correspond de fait à un championnat de deuxième division, même s'il n'en porte pas le nom (parce qu'il existe une deuxième division officielle).
Peyrehorade termine 6ème de sa poule et assure sans trop de mal son maintien. Cette année-là, le 10 février 1980, lors du match contre Orthez, Jean-Louis Bareigts (22 ans) est gravement blessé aux cervicales lors d'un regroupement, laissant craindre une paralysie. Il en conservera quelques séquelles qui l'obligeront à changer de vie mais gardera intact son enthousiasme pour le rugby et deviendra par la suite un Président très entreprenant, charismatique et consensuel.
L'école de rugby de Peyrehorade
L'Ecole de Rugby de Peyrehorade est particulièrement renommée et elle a servi d'exemples a beaucoup d'autres. En février 1967, l'école de rugby a été lancée et enregistre son 1020ème élève.

Aspects financiers et événements
Divers événements étaient organisés pour soutenir financièrement le club. Pour le mercredi des Cendres, premier jour de Carême, Peyrehorade avait l'habitude d'organiser une grande fête, avec un match de rugby auquel participaient des joueurs prestigieux des clubs environnants, et un bal. Le 17 mars, le PS organise un bal à papa avec repas, qui lui connaît un grand succès.
Dans la foulée, organisation d'un loto, d'un estanquet pendant les fêtes locales et lancement de l'opération "membre bienfaiteur" pour améliorer les finances du club. Concernant les lotos, le Peyrehorade Sports en avait organisé un dans les années 60 mais sans suite. Il faut dire que le premier lot était une chambre à coucher et qu'il était difficile de continuer sur cette base, le but du loto étant d'améliorer les finances du club, et pas l'inverse.
Pour ce loto de reprise, les lots étaient gracieusement offerts par les commerçants et entrepreneurs. Et quels lots ! Des rouleaux de grillage, du gravier, etc.
Autres finales marquantes
Outre la finale de 1970, d'autres matchs ont marqué l'histoire du Championnat de France dans les années 1970 :
- En 1974, le RC Narbonne affronte en finale un voisin : l'AS Béziers. Béziers s'impose par 15 à 9.
- Le 12 mai 1974, au Parc des Princes, l'AS Béziers et le RC Toulon disputent leur 4ème finale. L'AS Béziers s'impose de justesse : 13 à 12.
- Le 18 mai 1965, Béziers retrouve en finale le CA Brive. Le match est serré, mais l'AS Béziers s'impose de justesse : 13 à 12.
- Le 23 mai, Béziers est encore en finale. L'adversaire est le SU Agen. L'AS Béziers s'impose avec seulement deux points d'écart : 16 à 14.
D'autres clubs ont également marqué cette décennie, tels que Dax et le Stadoceste Tarbais. En 1974, le RC Narbonne dispute sa 11ème finale, mais n'en a gagné qu'une seule. Le Stade Bagnères dispute sa 12ème finale, pour la 2ème fois de son histoire. Le Stadoceste Tarbais s'impose par 18 à 12.
Quelques équipes ont connu des moments difficiles en finale, comme l'US Dax, qui semble aussi maudite que l'US Dacquoise, avec trois premières finales et une défaite. Le RC Toulon chutait face à Lourdes. Le RC Narbonne et le Stade Bagnères n'ont pas gagné un seul titre de Champion de France en 15 ans !
Toutes les finales suivantes se disputeront à Paris, à l'exception d'une finale du Championnat de France à se dérouler en province.
| Année | Champion | Finaliste | Score |
|---|---|---|---|
| 1970 | La Voulte | Montferrand | 3-0 |
| 1974 | AS Béziers | RC Narbonne | 15-9 |
| 1965 | AS Béziers | CA Brive | 13-12 |