Le championnat de France de rugby 1967-1968 a été une saison riche en événements, marquée par des performances exceptionnelles et un contexte social et politique agité. Des clubs emblématiques comme Limoux, Carcassonne et Lourdes ont brillé, tandis que l'équipe de France réalisait un exploit historique en remportant le Grand Chelem au Tournoi des Cinq Nations. Cet article explore en détail les moments clés de cette saison inoubliable.

Le Stadium de Toulouse, lieu de la finale du championnat de France de rugby 1968.
La Finale Épique entre Limoux et Carcassonne
Un rapide retour sur la finale gagnée par Limoux en 1968 suffit à expliquer les enjeux. Limoux n'a connu qu'une fois, jusqu'à présent, le bonheur d'être champion de France. Mais quel bonheur!
Songez que les fameux Canaris restaient sur deux titres de champion consécutifs, et grâce à des scores importants traduisant bien leur maîtrise et leur efficacité: 45 à 20 contre Saint-Gaudens en 1966, et 39 à 15 face à ce même adversaire un an plus tard. Mieux: l'ASC, en cette année 1967, avait fait le doublé en s'octroyant la Coupe de France aux dépens du XIII Catalan, battu (10 à 4) sur son propre terrain, excusez du peu!
Cette finale du championnat s'est déroulée le dimanche 6 mai 1968, alors que la «révolution» grondait dans les esprits. Sans attendre les barricades du Quartier Latin, Limoux va réussir la sienne en faisant chuter le... Général du championnat. 15000 personnes se pressent dans l'étuve du Stadium de Toulouse.
Sur la pelouse, la vaillance défensive de Limoux empêche le Canari de prendre son envol. Un essai contesté du «Belge» Vergeynst arrache la prolongation, et Limoux finit plus fort que son prestigieux adversaire (13 à 12).
Voici le détail des équipes de cette finale, en commençant par Limoux: Nauze; Roldos, Andrieu (cap), Costesèque (puis Bonnafous), Bonnery; (o) Guiraud, (m) Belli; Vergeynst; De Nadaï, Lécina; Parpaïola, Dumas, Satgé (puis Bélinguier). Carcassonne: Toujas; Blanc, Servolles, H. Castel (cap), Y. Raynaud; (o) Colombiès, (m) R.
Pour la finale qui opposa Limoux et Carcassonne le dimanche 6 mai 1968, quinze mille supporters se pressaient dans le «chaudron» toulousain. Sur le terrain, les Limouxins avaient d'abord arraché la prolongation du match, puis la victoire et le sacre de champion de France.
«Cette finale sera l'occasion de greffer d'autres évènements sportifs comme le super XIII, fête de la jeunesse qui se déroulera sous la forme de rencontres sur le terrain du Parc des Sports et de l'Amitié afin de mettre en avant les écoles de rugby et le travail des bénévoles. On commencera par faire honneur au tenant du titre qui a déjà remporté la Coupe Lord Derby, Lézignan, qui a pour ambition d'égaler le XIII Catalan, c'est un enjeu historique pour Lézignan. Quant aux Limouxins, c'est leur troisième finale, ils courrent après ce titre depuis 1968, l'envie de ramener un titre n'en sera que d'autant plus grande.
Résumé Lourdes Toulon 1968 (Finale championnat de France de Rugby)
Le Grand Chelem de l'Équipe de France au Tournoi des Cinq Nations
Il y a cinquante ans, le capitaine Christian Carrère et ses coéquipiers remportaient le premier Grand Chelem du XV de France. Retour en images sur cet exploit historique, d'Edimbourg à Cardiff en passant par Colombes, Grenoble et la rue Princesse...
Le 13 janvier 1968, les Tricolores portent un crêpe noir, hommage à leurs copains disparus dans des accidents de voiture quelques jours plus tôt : le centre montois Guy Boniface et l'ailier béglais Jean-Michel Capendeguy, qui devait être du voyage à Murrayfield.
C'est une spécialité calédonienne que de foncer droit sur le demi d'ouverture une fois le ballon sécurisé. Ici, Lilian Camberabero (n°9) est battu, tandis que son frère Guy s'apprête à éprouver la détermination offensive écossaise.
Sur la pelouse du stade de Murrayfield, à Edimbourg, le XV de France s'arc-boute en défense pour conserver sa courte avance de deux points sur les Ecossais (8-6). Adossé au vent violent, il serre sa ligne afin d'éviter d'être transpercé en fin de rencontre.
Sous la direction de son capitaine Christian Carrère, le France n'attaque pas dès la sortie du tunnel ce deuxième match du Tournoi contre l'Irlande à Colombes, le 27 janvier. Elle va plutôt verrouiller son jeu autour d'un pack dominateur en mêlée et au sol.
Autour du deuxième-ligne montois Benoît Dauga, l'alignement français fait face à la furia irlandaise et l'emporte, 16-6. Le talonneur Jean-Michel Cabanier se rue vers le ballon pour éviter à son demi de mêlée, Jean-Henri Mir, d'être mis en difficulté.
Le 4 février, porté par le public de Lesdiguières, la sélection du Sud-Est - l'ouvreur international Guy Camberabero tente ici un drop-goal -, va vaincre (11-9) le XV de France en match de gala. Du coup, six joueurs perdront leur place pour le Tournoi.
Sous la pression populaire et après la défaite tricolore à Grenoble face à la sélection du Sud-Est, les frères Camberabero, Guy (n°10) et Lilian, ont rejoint le XV de France pour affronter l'Angleterre et bonifier au pied la domination française.
Au stade Yves-du-Manoir de Colombes, le 24 février face à l'Angleterre, le demi de mêlée Lilian Camberabero ouvre vers son frère Guy. Verrouilleur en fond de touche, le flanker Jean Salut part au soutien, tout comme son capitaine Christian Carrère.
Après avoir battu les Anglais (14-9) avec un essai, un but, une transformation et un drop à eux trois, Lilian et Guy Camberabero encadrent Jean Gachassin dans le vestiaire de Colombes. Si les supporters et les médias les opposent, eux sont amis et le prouvent.
Rassemblement festif avant le déplacement au pays de Galles. On reconnait Michel Lassere, Elie Cester, Claude Chenevay, Jacques Robert, Alain Plantefol, Jean-Claude Noble, Michel Yachvili, Christian Carrère, Claude Lacaze et Walter Spanghero.
D'une passe plongeante à Cardiff, Lilian vient d'offrir le ballon à son frère Guy qui claque le drop bien à l'abri. A ses côtés les centres Claude Dourthe et Jo Maso, tandis que l'ailier gauche André Campaes s'apprête à suivre la trajectoire du ballon.
D'abord le conquérir, ensuite le protéger et enfin l'utiliser. Telle était la chronologie du jeu au sein du pack tricolore à Cardiff pour la dernière levée. Ici, Carrere, Spanghero, Greffe, Plantefol et Lasserre protègent Yachvili, ballon en mains.
Après touche, Lilian Camberabero achemine le ballon au large, sous le regard du capitaine Carrère, de Greffe et de Spanghero. Les appuis sont difficiles sur ce terrain boueux, indigne d'un tel stade, qui contraste le cadre majestueux.
Le deuxième essai de ce match contre les Gallois est signé du demi de mêlée Lilian Camberabero à la suite d'un tour de mêlée du numéro huit Michel Greffe. Feinte de passe vers Bonal et plongeon dans l'en-but gallois. La victoire est scellée (14-9).
Après l'épisode douloureux du match de Lesdiguières, le public isérois se rachète en effectuant le déplacement à Cardiff pour encourager le XV de France et acclamer le capitaine Carrère juché sur les épaules de Greffe, Spanghero, Cester, Lacaze et Noble.
Dans le vestiaire de l'Arms Park, à Cardiff, trois des héros de ce premier Grand Chelem du XV de France savourent l'instant sans effusion particulière, une demi-pinte de bière à la main : Carrère, Guy Camberabero et Walter Spanghero.
De retour à Paris le dimanche pour fêter cet exploit, Michel Yachvili et Walter Spanghero dansent en compagnie de la chanteuse France Gall chez Castel, lieu mythique des troisièmes mi-temps ovales, rue Princesse, dans le sixième arrondissement.
Deux jours de fête non-stop pour les Tricolores, histoire de célébrer dignement ce Grand Chelem. Walter Spanghero, Christian Carrere et Elie Cester en fusion chez Tony, au Sunny Side, l'autre rendez-vous festif des rugbymen à Saint-Germain des Près.

L'équipe de France de rugby, victorieuse du Grand Chelem en 1968.
Les Matchs du Tournoi des Cinq Nations 1968
- 13 janvier 1968: Écosse - France (6-8)
- 27 janvier 1968: France - Irlande (16-6)
- 24 février 1968: France - Angleterre (14-9)
- 23 mars 1968: Pays de Galles - France (9-14)
Lourdes : 8e Titre en 20 Ans !
Dès la phase qualificative des poules de 8, le championnat de France 1967-68 avait révélé un tassement de l'élite et confirmé la grande valeur des lignes arrière lourdaises. Pourtant, le F.C. Lourdais ne devait sortir que deuxième des 32 qualifiés pour les seizièmes, derrière le toujours régulier S.C. Graulhet.
C'est que Lourdes avait un grave défaut : il manquait de sauteurs à la touche.
Mai 68 et les Perturbations du Championnat
Mai 68, c'était romantique à souhait. Mais pas que. Une nation paralysée par la pénurie d'essence ou la grève des transports, ça a des conséquences dans tous les domaines. Jusqu'à l'issue d'un Championnat de France de rugby.
La finale qui devait opposer le Football Club Lourdais au Rugby Club Toulonnais, le 26 mai, a été reportée non pas une, mais deux fois. Avions bloqués. Trains à l'arrêt. Automobiles et autobus absurdement inertes faute de carburant, il était tout simplement impossible de rassembler joueurs et supporters jusqu'au lieu choisi pour accueillir la finale : le Stadium de Toulouse.
Le coup d'envoi n'a pu être donné avant le dimanche 16 juin, soit cinq semaines après les demi-finales. Une éternité. Et du jamais vu dans l'histoire du Brennus.
Les Réactions des Joueurs Face aux Reports
Les premiers embarrassés par cette situation inédite sont les joueurs. Le premier report notifié par la FFR est reçu comme un uppercut au moral, dans chaque camp.
«Nous étions en forme montante et motivés à fond, se souvient le pilier toulonnais Aldo Gruarin, 30 ans en 1968. Quand on a appris que le match était reporté, un relâchement s'est produit. On a repris nos boulots, du moins ceux qui ne faisaient pas grève. On n'était plus ensemble. Pourtant, tout au long du mois de mai, on se parlait à l'entraînement comme de futurs champions. Nous étions sûrs de nos forces.»
Côté lourdais, ce premier report est perçu tout aussi négativement. Si Michel Crauste est le capitaine emblématique des Bleu et Rouge, le leader de vestiaire est Jean Gachassin. C'est au trois-quarts de poche que revient la charge de remotiver les troupes. Pas de la tarte...
«On s'entraînait, mais sans objectif précis. Pourtant, à Lourdes, où on n'avait pas disputé de finale depuis 1960 (victoire contre Béziers 14-11), on entendait bien aller au bout. Ce coup d'arrêt était rageant. On se consolait en se disant que les Toulonnais subissaient la même chose. Et que c'est celui qui digérerait le mieux les reports qui s'en sortirait le mieux.»
«On prenait des apéros à droite à gauche avec plein de gens, on n'y était plus» Aldo Gruarin, pilier toulonnais
Car il n'y a pas eu un report, mais deux. Au second, Gruarin sent que ça ne va pas le faire. Pas évident d'attendre cinq semaines entre deux matches sans se disperser un peu...
«On prenait des apéros à droite à gauche avec plein de gens, on n'y était plus, consent le pilier toulonnais. André Herrero, notre entraîneur-joueur, faisait ce qu'il pouvait pour nous tenir en éveil, mais maintenir un groupe en transe si longtemps, c'était malheureusement infaisable. Aux entraînements, les joueurs laissaient tomber les ballons. Ça rigolait un peu trop, en plus devant les supporters, qu'on laissait rentrer dans Mayol alors que les semaines précédentes, on s'entraînait à huis clos pour garder l'influx.»
Un joueur doit une fière chandelle aux grévistes de mai 68 : Michel Hauser, le numéro 7 de Lourdes. Les reports successifs lui ont permis de soigner une luxation à l'épaule. Si la finale s'était tenue le 26 mai comme prévu, ce jeune troisième-ligne de 22 ans, qui avait brillé tout au long de la saison, y aurait assisté en tribunes, avec le bras en écharpe. Ce retour inespéré est un petit miracle pour Lourdes.
Le 16 juin, les deux équipes se retrouvent face à face pour la 69e finale du Championnat de France. Les supporters ont enfin pu rallier le Stadium, moins difficilement pour les Lourdais, qui sont à deux heures de la capitale occitane, plus douloureusement pour les Varois. «On avait mis une journée pour rejoindre Toulouse en bus. Là encore, on avait perdu de l'influx», regrette Gruarin.
Cette finale exceptionnelle pour sa date tardive le sera aussi pour son dénouement : le FC Lourdais est déclaré champion de France au bénéfice du nombre d'essais marqués (9-9 après prolongations, 2 essais à 0).
Le règlement prévoyait qu'en cas de match nul, la finale pourrait être rejouée, mais compte tenu du retard accumulé et du départ imminent de l'équipe de France en tournée en Nouvelle-Zélande, la FFR annula cette possibilité.
Au coup de sifflet final, le terrain du Stadium est envahi par des supporters rouge et noir très énervés par l'issue du match et aussi remontés comme des coucous à la suite des tensions sociales des semaines passées.
«Nos supporters étaient pour la plupart des ouvriers du port ou de l'arsenal, sourit André Herrero, capitaine en 68. Ils étaient concernés par les manifestations. Politiquement, ils étaient beaucoup plus actifs que la population lourdaise, plutôt bourgeoise. Il y avait eu des échauffourées assez importantes.»
Avant de tenir un restaurant sur le port, Herrero avait fait le docker à l'arsenal. Son engagement politique à gauche n'était pas feint. «Un moment, avec Aldo Gruarin, on a pris parti pour Jacques Duclos (l'un des principaux dirigeants du Parti communiste, candidat à l'élection présidentielle de 1969). Ce n'était pas un engagement féroce, mais on nous avait taxés de communistes et quelque part, on l'a payé.»
Les deux Toulonnais ne rejoueront en effet plus jamais en équipe de France, qui sera tenue d'une main de fer par le tout nouveau président Albert Ferrasse, pas franchement connu pour être un gauchiste acharné.
«Moi, je n'étais même pas communiste, peste avec humour Gruarin, 80 ans. Je soutenais mon copain André, qui soutenait Duclos !»
À Lourdes, «la droitière», les convictions politiques restent à la porte des vestiaires. Gachassin, qui va bientôt passer son diplôme d'huissier de justice et qui penche comme tout libéral en faveur du général de Gaulle, demande à ses coéquipiers de rester focalisés sur le sport.
«Aucun joueur lourdais n'était vraiment politisé, à part Michel Crauste, qui travaillait chez EDF et était resté proche de son ami de l'équipe de France François Moncla, lui aussi agent d'EDF, à Pau, et compagnon de route du PCF. Mais jamais les dirigeants, ni Crauste, ni les frères Prat (Jean et Maurice), qui supervisaient l'équipe, n'ont mêlé la politique à la finale. Les problèmes de mai 68 nous passaient un peu au-dessus de la tête. La province était moins touchée que Paris par les grèves.»
Le futur président de la Fédération française de tennis (de 2009 à 2017) se souvient très bien en revanche de l'invitation des Toulonnais à jouer la revanche de la finale chez eux, une semaine plus tard.
«On avait passé trois jours de rêve, se souvient Gachassin. À l'île du Levant, dans une réserve de naturistes, qu'est-ce qu'on avait rigolé ! Ce devait être un match sans enjeu, pourtant, dès l'entame du match, les Toulonnais nous sont rentrés dedans. Ils voulaient prouver devant leurs supporters qu'ils auraient pû être champions de France s'il n'y avait pas eu les événements de mai. Crauste nous a vite remontés.»
Sur un terrain détrempé, les Toulonnais se lancent dans la bataille et passent quatre essais aux Lourdais qui leur en replantent quatre à leur tour. Une pénalité en plus côté varois fait cette fois la différence.
La Domination de Béziers dans les Années 1970-1980
Le sport a toujours occupé une grande place dans l’Hérault, à tel point que la ville de Montpellier a même été élue plusieurs fois, « ville la plus sportive de France 1 » grâce à ses 8 clubs évoluant au plus haut niveau national et à une importante dynamique universitaire. L’Hérault a obtenu de nombreux titres nationaux et internationaux dans de nombreuses disciplines.
Mais deux clubs se détachent largement des autres par leur rayonnement international : le club de handball de Montpellier avec ses deux titres européens et ses quatorze titres de champion de France et le club de rugby biterrois. Dans les années 1970-1980, le club de rugby biterrois est considéré par de nombreux de spécialistes comme la meilleure équipe de club du monde.
De 1971 à 1984, le club a été sacré dix fois champion de France 2, a glané trois challenges « Yves du Manoir » 3 et d’autres trophées dont une coupe d’Europe. Durant ces treize années, le club biterrois a « écrasé » la concurrence mais, à son apogée, il était quasiment invincible, c’était même son surnom.
Durant la période 1971-1978, le club a joué 94,08 % de matchs sans défaite, avec un score moyen de 30 à 7, a formé 17 internationaux. Il est resté invaincu durant quatre 4 saisons, et cette domination a été encore plus forte à domicile puisqu’elle s’est étalée sur 11 ans et 9 mois !
À cette époque pour de nombreux spécialistes 5, l’ASB 6 était plus forte que l’équipe de France et ce n’est pas le match amical de l’été 1971 qui va contredire cette opinion. En effet, l’équipe de Béziers a écrasé l’équipe de France 50 à 14 7… Béziers était donc invincible et a « contribué » au plus grand exploit du quinze de France.
En 1977, l’équipe de France réussit le « Grand Chelem » lors du tournoi des cinq nations, avec les 15 mêmes joueurs sans encaisser un seul essai. Ceci en adoptant la manière de jouer de Béziers sous l’égide Richard Astre à partir de la tournée de 1975 en Afrique du Sud.
Le modèle de jeu de Béziers a été adopté par l’équipe de France, mais également d’autres équipes internationales 8… La BBC est même venue « enquêter » sur « the Béziers Phénomène ». L’ancien numéro 9 de l’équipe d’Angleterre, alors commentateur, avait alors conseillé aux Anglais de s’inspirer de cette manière de jouer.
Tout commence en 1955 avec l’arrivée de Raymond Barthes en tant qu’entraineur 10. Il a apporté de la rigueur et de la discipline dans les séances d’entrainement et au cours du jeu. C’était un grand pédagogue qui avait la faculté d’allier autorité naturelle et sens de l’écoute, tout en responsabilisant ses joueurs dans le but de développer une meilleure cohésion de l’équipe.
Une fois les bases techniques acquises, les joueurs ont expérimenté un nouveau système de jeu qui a rapidement donné les résultats cités plus haut dans ce texte. Pierre Danos, illustre capitaine de l’ASB de cette époque, en explique le principe :« Raymond Barthes est partisan d’un rugby de mouvement.
Barthez a donc construit les bases du futur « Grand Béziers » qui seront parachevées par un de ses anciens joueurs, Raoul Barrière, alias « le sorcier de Sauclières ». Ce surnom pour autant ne retranscrit pas fidèlement la réalité car il indique un côté mystique, et met en avant une domination inexplicable alors que l’outrageuse domination biterroise s’explique tout à fait rationnellement.
C’est pour cela qu’il serait plus convenable de remplacer le vocable « sorcier » par celui de « professeur ». Premièrement parce que c’est son métier, Raoul Barrière était « Professeur adjoint d’EPS » et deuxièmement par la méthode qu’il a mise en place à Béziers 12.
Dans un premier temps, l’élève Barrière s’est inspiré de ce qui se faisait de mieux dans le rugby de l’époque, notamment par Lucien Mias 13. Au cours de la fameuse tournée en Afrique du Sud en 1958, il apprit beaucoup de l’équipe de France qui a été la première à avoir battu les Springboks à domicile depuis 1896.
Résultat obtenu grâce à une domination en mêlée, qui était le point fort de l’adversaire, mais aussi en adoptant des principes du jeu Sud-Africain basé sur la rudesse, la force physique et le jeu d’avant. Pragmatique, Barrière s’est inspiré de ce qui se faisait de mieux dans le monde du rugby.
C’est-à-dire le jeu des All Blacks et des Gallois, très éloigné du jeu à la française et son fameux panache ou « french flair ». À ce propos, quand la doxa rugbystique française lui reprochait ce choix, l’éducateur répondait : « Le panache… Qu’est-ce que c’est le panache ? Si c’est vaincre dans les règles alors nous avons du panache. Si ce n’est pas cela, il faut des règles de telle sorte qu’il soit obligatoire.
Raoul Barrière s’est appuyé également sur les théoriciens du rugby Julien Saby et surtout Pierre Conquet, avec lequel il discutait régulièrement. Ces échanges aboutissent à la publication en 1978 du livre « Les fondamentaux du rugby », véritable bible du rugby, pour ceux qui le définissent comme un sport de combat collectif.
C’est 1964 que Raoul Barrière met le pied à l’étrier en devenant l’entraîneur de l’équipe juniors. Il expérimente donc la fonction de « coach » et forme, en même temps, le groupe « parfait » qui deviendra champion en 1968 et dont neuf membres seront des joueurs internationaux séniors. Suite à ce succès, il est sollicité pour s’occuper de l’équipe première.
L’organisation gagnante du « Grand Béziers » est complétée par la présence d’un président de club remarquable, Jojo Mas. Cet entrepreneur biterrois aux « reins solides », humainement proche des joueurs, a eu le génie de laisser les pleins pouvoirs à Raoul Barrière.
Ainsi, un grand président et un grand entraîneur avec Raoul Barrière. Didier Baume décrit ce dernier ainsi : « L’homme possède la foudre et s’en sert. Ce Jupiter moderne du royaume de l’ovalie s’appelle Raoul Barrière. Un profil tout en bosses, l’archétype de l’ancien pilier, taillé dans un bloc de granit, mais un regard très clair, très droit, la parole aisée, franche, l’esprit toujours en éveil, sans cesse à l’affût du neuf. Un personnage modeste qui ne se met pas en avant, mais dont le rôle et l’influence sont filigrane sur le fanion du club. Un pédagogue avisé et un gendarme obéi, un technicien têtu » 15.
Il ne manquait plus qu’une personne pour compléter le triumvirat de l’A.S.B… le capitaine ! Ce dernier avait à l’époque une importance encore plus capitale. En effet, l’entraîneur était dans les tribunes et à la mi-temps les joueurs restaient sur le terrain.
Raoul Barrière devait donc trouver un capitaine qui serait son relais sur le terrain. Plusieurs joueurs de l’époque avaient cette capacité mais le choix s’est arrêté sur Richard Astre 16. Celui-ci, « qui a toujours été capitaine depuis l’enfance » 17/18 avait une autorité naturelle, non pas l’autorité d’un capitaine « fort en gueule » mais une autorité fine, intelligente, ouverte au dialogue, décuplée par le fait qu’il était un leader de jeu incontestable.
En 1968, le club n’échappa pas au refus d’une société autoritariste et une grève sera même décrétée au sein du club. Raoul Barrière retourna la situation en créant un nouveau modèle relationnel.
Raoul Barrière laissait ses troupes s’exprimer mais, il alla encore plus loin, en inventant« la démocratie biterroise » qui permettait à l’entraîneur et aux joueurs de se concerter et décider de tout ce qui concerne l’équipe, même si cette démocratie était habilement contrôlée.
Principes de jeu de Béziers
- Les avants seraient les premiers attaquants.
- Les trois quarts seraient des conservateurs qui attaqueraient dans un second temps.
- Le but étant de surprendre.