Le Championnat de Croatie de football est une compétition annuelle et professionnelle qui accueille l'élite du football croate. Inauguré en 1992, il a rapidement gagné en popularité et en importance dans le paysage sportif croate.

Les Débuts du Football en Croatie
Comme dans la plupart des pays du monde, le football (nogomet en croate) a été introduit par les immigrés anglais qui travaillaient dans les usines locales. Le premier match de football s'est déroulé à Rijeka en 1873, à l'initiative du Britannique Robert Whitehead, ingénieur et propriétaire de l'usine Torpedo. Ce match opposa une équipe composée d'employés des chemins de fer hongrois à celle regroupant des marins et ouvriers anglais. Des habitants prirent également part à ce match.
En 1890, le football devint obligatoire à Rijeka dans toutes les écoles de la ville, donnant l'impulsion à la création des premiers clubs scolaires dédiés au football. Puis, le football se diffusa dans tout le pays grâce à l'écrivain Franja Bučar à partir de 1893. Ce dernier, considéré comme le père du sport et de l'olympisme croate, facilita la découverte et l'apprentissage de nombreux sports tels que la gymnastique, le patinage, le ski alpin, le hockey sur glace et l'escrime en écrivant des manuels. Ce fut également le cas pour le football.
Au départ, le football se jouait donc au sein des écoles qui furent rapidement relayés par l'organisation politique panslave Sokol, qui voyait dans l'éducation sportive une voie de raviver et fédérer les identités slaves et de diffuser ses idées indépendantistes. Mais, à la fin du XIXe siècle, face à l'engouement provoqué par ce nouveau sport, les premières structures extra-académiques commencèrent à se créer. Les premiers clubs de football furent ainsi fondés dans le port militaire...
La Création du Championnat de Croatie
Le championnat de Croatie de football a été créé en 1941 dans l'État indépendant de Croatie. Le championnat fut recréé en 1991 lors de l'indépendance du pays.
Depuis sa création, le championnat a connu plusieurs éditions passionnantes :
- La trentième édition du championnat élite de Croatie de football a lieu du 14 août 2020 au 22 mai 2021. Dix équipes vont s'affronter pour succéder au Dinamo de Zagreb.
- La trentième-et-unième édition du championnat élite de Croatie de football a lieu du 16 juin 2021 au 21 mai 2022. Dix équipes vont s'affronter pour succéder au Dinamo de Zagreb.
- La trentième-deuxième édition du championnat élite de Croatie de football a lieu du 15 juillet 2022 au 28 mai 2023. Dix équipes s'affrontent pour succéder au Dinamo de Zagreb.
- La trentième-troisième édition du championnat élite de Croatie de football a lieu du 21 juillet 2023 au 25 mai 2024. Dix équipes s'affrontent pour succéder au Dinamo de Zagreb.
Les Clubs Emblématiques
Le championnat compte deux clubs légendaires du football, l'Hajduk Split et le Dinamo Zagreb, club le plus titré du pays avec 17 titres de champion.
Dinamo Zagreb
Le Dinamo Zagreb a été sacré champion de Croatie à l'issue de la dernière journée de Prva Liga. Vainqueur de l’Inter Zpresic samedi (3-1), le Dinamo Zagreb a été sacré champion de Croatie pour la 19e fois de son histoire. Les coéquipiers de Soudani, meilleur buteur du championnat, récupèrent un titre abandonné à Rijeka la saison dernière, après 13 ans d'un règne sans partage. Le Dinamo peut réaliser le doublé en cas de victoire contre le Hajduk Split, mercredi, en finale de la Coupe de Croatie.

Hajduk Split
Par son fabuleux palmarès (6 fois champions de Croatie et 9 fois de Yougoslavie ainsi que vainqueur de 8 coupes de Croatie et 9 de Yougoslavie), Hadjuk peut être considéré comme un maître du football croate. Mais c’est sa localisation et son histoire maritime qui lui donne ce surnom.
Deuxième plus grande ville de Croatie, la ville de Split se trouve sur la rive de la mer Adriatique et s’étend sur une péninsule. Avec cette position, Split a pu se développer autour de son port. A l’origine, il s’agissait d’un comptoir commercial établi par des colons grecs de l’île de Vis au IVe siècle av. J.-C., puis repris par les Romains. Ensuite, la ville passa sous la domination de différents empires et royaumes (Byzance, Croatie, Venise), mais conserva sa position commerciale stratégique, en faisant le lien entre l’arrière-pays et la mer Adriatique et la Méditerranée.

Autres Clubs
En effet, depuis huit saisons, le Dinamo Zagreb, le Hajduk Split, le HNK Rijeka et le NK Osijek trustent systématiquement les strapontins croates en Ligue des champions, Ligue Europa et Ligue Conférence. Seule petite exception, la saison 2020-2021 où s'étaient ajouté à ces quatre-là le Lokomotiva Zagreb, qui bénéficiait de la place supplémentaire offerte à la Croatie.
D'autres clubs ont également marqué l'histoire du championnat, tels que :
- NK Varteks : Surnommé les Bourdons, ce club a une histoire particulière liée à ses supporters et à l'usine textile Varteks.
- HNK Rijeka : Les Blancs de Rijeka, club historique dont les couleurs remontent à sa fondation en 1946.
- HNK Gorica : Les Taureaux, représentant la ville de Velika Gorica, avec un taureau sur son blason en référence à la région de Turopolje.
- NK Cibalia : Les Bleus ciels, dont le nom fait référence à la cité antique Colonia Aurelia Cibalae.
- Hrvatski Dragovoljac : Les Noirs, club de Zagreb dont l'histoire est liée à la guerre d'indépendance croate.
Joueurs Croates Emblématiques
De nombreux joueurs croates ont marqué l'histoire du football, tant au niveau national qu'international.
Luka Modrić
Footballeur hors normes, le milieu de terrain croate sait tout faire avec un ballon: Jeu court, jeu long, roulette, sombrero, extérieur du pied droit, passe en une touche du gauche. Né le 9 septembre 1985, dans l'ancienne Yougoslavie, à environ 160 km au nord-ouest de Split, sur la côte adriatique, le petit Luka grandit pendant la guerre croate, opposant la Croatie à la Serbie. Sa famille fuit les bombes et les combats pour finalement trouver refuge dans un hôtel et dans une zone sécurisée et contrôlée par les forces croates. Il débute le football en club, à Zadar, à l'âge de 15 ans. Une saison plus tard, il rejoint le grand club du pays, le Dinamo Zagreb, où il achève sa formation.
C'est toutefois en Bosnie, en prêt avec le club de Mostar, qu'il débute chez les professionnels. En trois saisons, il décrochera autant de titres de champion et deux coupes nationales. Tout son potentiel, qui couvait depuis plusieurs années, est révélé au grand jour: le joueur fait alors la démonstration de ses prouesses techniques, de sa vision du jeu et de son altruisme dans la construction. A tel point que de grands clubs commencent à s’intéresser à ce petit joueur, au combien talentueux. Marseille, Arsenal, les demandes de transfert s’enchaînent, mais c’est finalement Tottenham qui décrochera le gros lot en signant un transfert de 21 millions d’euros, le plus cher de l’histoire du club, à cette époque.
Celui que l'on compare souvent au Néerlandais Johan Cruyff pour son style de jeu, son visage et sa chevelure passe quatre saisons pleines en Premier League et découvre la Ligue des champions en 2010. A partir de là, tout s’enchaîne à une allure fulgurante. Courtisé par Chelsea, c’est le Real Madrid qu'il rejoindra fin août 2012, contre une somme estimée à 42 millions d'euros. Avec les Merengues, le natif de Zadar oriente le jeu, le plus souvent vers l'avant. Récupère, tacle, passe. Multiplie les caviars. Ne lésine jamais sur les efforts durant plus de 90 minutes.
La Coupe du Monde 2014 s'arrête dès la phase de poules, l'Euro 2016 en huitième contre le Portugal futur vainqueur. En 2018, il ne manque que la dernière marche, face à des Bleus encore plus réalistes. Cela n'empêche pas le jury d'élire Modric joueur du tournoi.

Robert Jarni
Ailier ou latéral gauche, Robert Jarni en avait sous la semelle. Jamais le meilleur, toujours bien placé, le croate a connu la Série A et la Liga après des débuts à l'Hadjuk Split. Il y a eu neuf clubs dans la carrière de Robert Jarni dont deux prestigieux: la Juve et le Real Madrid.
La Vieille Dame est la troisième expérience italienne du Croate, après Bari où il s'est révélé et... le Torino. Il reste d'ailleurs l'un des rares joueurs à avoir effectué cette périlleuse traversée. Mais personne ne lui en tiendra vraiment rigueur puisqu'il ne laissera pas un souvenir impérissable dans le Piémont. Cela dit, aux côtés de Fabrizio Ravanelli, Gianluca Vialli et Didier Deschamps, il remporte le doublé coupe-championnat.
Jarni a l’art de faire partie d’équipes magnifiques: après cette Juve de dingues, il devient l'élément clé d'une génération dorée de la Croatie (Šuker, Boban, Asanović, Bilić, Simić...) qui brille de mille feux lors du Mondial 98. C'est lui qui ouvre le score en quarts de finale de cette Coupe du Monde. Contre une Allemagne vieillissante composé de Köpke, Bierhoff et Klinsmann, la Croatie s'imposera finalement 3 buts à 0.
Jarni crèvera l'écran grâce à son volume de jeu et sa force de pénétration. Lui, l'arrière gauche besogneux, devient le temps d'un tournoi le mec en vogue. À près de 30 ans, c'est donc le grand Real qui flashe sur le "Croazia Express". En quelques heures, Jarni annule son transfert acté avec Coventry pour convoler vers le Bernabéu. Le choix de la raison pour Robert, un transfert dévalué pour le Real.
Il rejoint Raúl, Seedorf, Mijatović, Redondo, Hierro, Roberto Carlos (qui lui barre une place de titulaire), Panucci et consorts du côté de Madrid pour une unique saison ponctuée d’un nouveau trophée: la Coupe intercontinentale. Robert ne s'imposera jamais et repart un an plus tard vers Las Palmas, pensionnaire de Segunda División, avec qui il connaîtra la montée en Liga, puis à nouveau le banc.
Autres Joueurs
D'autres joueurs ont également marqué l'histoire du football croate, tels que :
- Igor Tudor : Un combattant sur lequel on pouvait compter en toute circonstance.
- Slavko Rutzner Radmilović : A qui l'on attribue la création du terme nogomet.
Le résumé complet de France-Croatie
Le "Nogomet" Croate : Une Identité Linguistique et Sportive
Les coéquipiers de Luka Modric, un des favoris pour le Ballon d’or 2018, ont la particularité d’être l’un des rares pays d’Europe à ne pas utiliser le mot football (France, Angleterre), ou ses variantes et dérivés futbal (Espagne), fotbal (République tchèque), futebol (Portugal), fußball (Allemagne), fodbold (Danemark), voetbal (Pays-Bas), ou encore futbol (Russie, Bulgarie, Biélorussie…).
A la place, le croate parle de nogomet, un mot formé à partir de noga (« jambe ») et metati (« mettre, placer »). Le terme, qui s’emploie également en bosnien et en slovène, est attribué à Slavko Rutzner Radmilović, qui aurait créé le terme de toutes pièces au début du XXe siècle.
A l’origine de ce choix, l’histoire un peu particulière du football en Croatie : celui-ci a été importé en 1883 par Franjo Bučar, un étudiant croate revenu d’études en éducation physique en Suède, où le sport s’était déjà répandu. Quand il l’introduit à Zagreb, le concept fait fureur, mais les habitants ne connaissent ni son nom ni son vocabulaire. La Croatie appartient alors à l’empire d’Autriche-Hongrie, et les seuls documents et termes de référence sont en allemand.
Dès 1903, relate Zagreb. info, le Hrvatski akademski sportski klub (club sportif académique croate, ou HASK) se lance de zéro dans la première traduction locale des règles du football, avec des documents germaniques et non anglais comme sources, et une volonté manifeste d’employer le serbo-croate, langue reconnue depuis les accords de Vienne de 1950. Là où les Français parlent déjà de penalty, de shoot, de goal ou encore de corner, autant de stigmates de l’influence britannique sur le sport, les futurs adversaires des Bleus créent leur propre vocabulaire, fait de vratar pour le gardien, d’udarac iz kuta pour le coup de pied de coin, ou encore de kazna pour le coup de pied de la mort, le petit nom du penalty à l’époque.
En 1918, quand l’Etat des Slovènes, Croates et Serbes, rapidement rebaptisé Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, récupère son indépendance à la suite du démantèlement de l’Empire austro-hongrois, pas question pour Zagreb de faire marche arrière : l’affirmation de la langue locale fait partie de la construction identitaire de la nation, qui devient en 1928, et jusqu’en 1991, la Yougoslavie.
Seulement, souci : même si l’intercompréhension est totale entre les différentes communautés qui constituent ce pays des Balkans, il n’existe pas une langue, mais un agrégat de parlers proches mais aux usages différents, à l’image du recours au cyrillique côté Belgrade et à l’alphabet latin côté Zagreb. Ou à des différences de vocabulaire, comme le terme nogomet, utilisé par les Croates, les Bosniens et les Slovènes, mais pas par les Serbes, indépendants de l’Autriche-Hongrie au début du siècle, et guère intéressé à traduire football par autre chose que… le calque fudbal.
Résultat : le championnat yougoslave de football porte deux noms différents, le prvenstvo Jugoslavije u fudbalu côté serbe et le prvenstvo Jugoslavije u nogometu côté croate.
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