Le Championnat de France de Rugby de 1993 reste gravé dans les mémoires comme une saison de rencontres serrées, de décisions arbitrales controversées et de surprises inattendues. Des quarts de finale haletants à une finale mémorable entre Castres et Grenoble, cette édition a offert son lot de moments dramatiques et de polémiques.

Quarts de Finale: Des Rencontres Très Serrées
Les quarts de finale du championnat de France de rugby ont donné lieu, le dimanche 16 mai, à des rencontres très serrées.
- A Nîmes, le RC Toulon, champion en titre, ne s'est imposé que d'un point face à Perpignan, 10-9.
- A Clermont-Ferrand, les Grenoblois ont eu besoin de la prolongation pour battre les Toulousains, 19-17.
- Prolongations également à Toulouse où Castres a dominé Narbonne de justesse, 38-33.
- Samedi, à Dax, Agen avait connu moins de difficultés pour éliminer Brive, 33-19.
La victoire des Castrais, qui ont utilisé cinq remplaçants au lieu des quatre autorisés, devait être examinée, lundi 17 mai, par une commission fédérale, à la suite d'une réclamation des Narbonnais.
Demi-Finales: Agen contre Grenoble et Castres (ou Narbonne) contre Toulon
Les demi-finales opposeront, dimanche 23 mai, Agen à Grenoble et Castres (ou Narbonne) à Toulon.
La Finale: Castres contre Grenoble, une Polémique Indélébile
Le 5 juin 1993, Castres joue contre Grenoble sa quatrième finale de Championnat.
Les Castrais n'arrivent pas en favoris face aux surpuissants "mammouths" de Grenoble (Merle, Brouzet, Chaffardon, Taofifenua) entraînés par Jacques Fouroux qui ont battu Agen en demi-finale (21-15).
Bien que dominateurs, les Grenoblois ne comptent que deux points d'avance quand à la 62e minute l'ouvreur castrais Francis Rui tape une chandelle.
L'Isérois Franck Hueber rattrape le ballon de volée, aplatit dans l'en-but sous la pression d'un adversaire, puis relâche le ballon et le deuxième ligne néo-zélandais de Castres Gary Whetton aplatit à son tour.
L'arbitre Daniel Salles accorde l'essai, convaincu que le Grenoblois n'a pas réussi à contrôler le ballon. Les images montreront clairement que Hueber avait aplati et que l'essai n'était pas valable. Castres s'impose finalement 14-11.
Après la rencontre, à la question "comment avez-vous trouvé cette finale ?", Jacques Fouroux répondra: "Salles. Très Salles".
"Mais c'est difficile pour M. Salles, qui est d'Agen ne l'oublions pas et choisi par Ferrasse (ex-président de la FFR) et Lapasset qui sont d'Agen et ne sont pas mes amis comme on le sait", ajoute-t-il.
Les Castrais, eux, sont tout à leur joie. "Cette victoire est inoubliable, raconte le centre Adrian Lungu. J'étais en France depuis deux ans et moi, le Roumain, je me suis senti Français ce jour-là".
Treize ans plus tard, Daniel Salles dans ses mémoires admet son erreur mais dément avoir subi des pressions.
Résumé FC Grenoble Castres 1993 (Finale championnat de France de Rugby)
Toulon 1992: L'Heureuse Surprise
"En 1987, le titre était programmé. En 1992, c'est totalement différent, c'est une véritable surprise", résume l'ailier toulonnais de l'époque Pascal Jehl.
Atteindre la finale était même inimaginable quelques semaines auparavant, alors que le RCT disputait un barrage pour éviter la relégation !
"On avait tellement galéré tout au long de la saison qu'on n'avait rien à perdre. Ce dernier titre s'est joué sur l'appétit, sur l'insouciance et la confiance.
"Ce qui est fou, c'est le pari de Jean-Claude (Ballatore, l'entraîneur) qui avait décidé de préparer une nouvelle génération. Il était persuadé que les Orsoni, De Rougemont, Teisseire, Delaigue, Périé avaient un réel talent. Il les a imposés et soutenus. Cette année-là, il y avait un peu de folie mais surtout beaucoup de talent", confie le capitaine Eric Champ, qui a manqué la finale après avoir reçu un carton rouge en demi-finale du Challenge Yves-du-Manoir, disparu depuis.

Eric Champ, capitaine de Toulon en 1992
Face au Biarritz de Serge Blanco, qui dispute à cette occasion son dernier match, les Toulonnais jouent crânement leur chance et mènent à la pause (9-7).
Ils creusent l'écart au retour des vestiaires avec un essai de Jean-Christophe Repon (46e).
"Je me rappelle la mêlée enfoncée, la libération de Louvet, la sautée de Delaigue interceptée par Trémouille qui perce et me la file", raconte le centre.
Bizanos en Finale de 3e Division
En 1993, Bizanos crée l’exploit de se hisser en finale de 3e division. Les jaunes et noirs échoueront malheureusement...
Les équipes et leurs particularités
Sur la pelouse du stade Marcel-Michelin, s'avançaient deux écoles du paysage rugbystique français, opposées jusqu'au cliché. Deux équipes en négatif. Au FC Grenoble, encore pétri de l'enseignement de l'ancien entraîneur Jean Liénard, les kilos et les centimètres des avants servent de déclarations d'intention. Au sein d'un pack de monstres, des forts des halles qui parviendraient à courir un sprint, seul le talonneur s'autorise à descendre sous les cent kilos. Au Stade toulousain, toujours imprégné des théories de Pierre Villepreux, le mouvement demeure le seul credo.
Tableau récapitulatif des résultats
| Tour | Match | Score |
|---|---|---|
| Quart de finale | Toulon - Perpignan | 10-9 |
| Quart de finale | Grenoble - Toulouse | 19-17 (après prolongation) |
| Quart de finale | Castres - Narbonne | 38-33 (match rejoué : 33-21 pour Castres) |
| Quart de finale | Agen - Brive | 33-19 |
| Demi-finale | Agen - Grenoble | À déterminer |
| Demi-finale | Castres/Narbonne - Toulon | À déterminer |
| Finale | Castres - Grenoble | 14-11 |