Histoire du Castres Olympique Rugby

Le Castres Olympique, un des doyens du rugby français, a connu quelques changements avant d’adopter définitivement le bleu et blanc. L’année 2026 va marquer les 120 ans de sa création. Il y a 120 ans, le ballon ovale faisait son apparition dans la ville de Castres.

Les Débuts et l'Entre-deux-guerres

En 1906, des anciens élèves du collège de Castres décident de fonder le Castres Olympique. Son premier président, Eugène Agert, 27 ans, est alors directeur des Dames de France (actuel Monoprix).

En 1913, le Castres Olympique enregistre une première recrue internationale, le français Marcel Burgun au poste de ¾ centre. Malheureusement la première guerre mondiale sera tragique pour le Castres Olympique. 41 joueurs et dirigeants perdent la vie dont Marcel Burgun.

Les premiers succès du CO arrivent à l’entre deux guerres, avec en 1921 un titre de champion des Pyrénées de 2ème série en battant Pamiers 6 à 0 après prolongations. En 1936 et 1937, le CO devient champion des Pyrénées Honneur. 1939 sera l’année de la remontée en première division. Dans les années 1920, le CO prend ses quartiers à Bisséous : l’actuel stade Pierre Fabre.

L'Âge d'Or des Années 1940

En 1948, c’est la consécration, le 30 mai le CO remporte leur première coupe de France en battant Lourdes 6 à 0 en finale au Parc Lescure de Bordeaux. Le 30 mai 1948, avec l’international Jean Matheu, le club décroche sa première Coupe de France puis remporte le Bouclier de Brennus deux fois de suite (1949 et 1950) !

En 1949, ils battent Mont-de-Marsan en finale puis la saison suivante c’est le Racing Club de France qui s’incline face à la machine tarnaise. Fin de la période glorieuse dès la saison suivante, le CO est éliminé des phases finales en s’inclinant face au Stade Montois en quart de finale. La saison suivante c’est en huitième de finale que le CO est éliminé par le Racing.

En 1956, le club est demi-finaliste, battu par les landais de Dax, cela restera le meilleur résultat avant une longue période de disette. 1956 marque aussi l’année d’un drame dans le monde de rugby, à l’issue du match contre Montréjeau, le capitaine Jean Pierre-Antoine s’écroule sous la douche.

Période de Transition et Arrivée de Pierre Fabre

Au début des années 60 jusqu’en 1989, le club plafonne mais reste dans l’élite du rugby français. C’est en 1988 que le club connaît un tournant dans son histoire, Pierre Fabre Castrais et surtout fondateur de la multinationale pharmaceutique éponyme devient propriétaire du club. L’année 1989, grâce à l’arrivée dans le club des Laboratoires Pierre Fabre, marque le renouveau.

Grâce à ses nouveaux moyens financiers, le club peut se permettre de recruter et d’investir, c’est le retour au sommet du CO dès 1989 en remportant le titre de champion de France du groupe B. En 1989, le Castres olympique remportait le titre de champion de France de groupe B en finale en battant Pau 18 à 9 à Saint-Gaudens. Un titre qui faisait remonter le club sud tarnais en première division qu'il n'a plus quittée depuis.

Un tournant dans l'histoire du CO puisqu'il correspond aussi à l'arrivée des Laboratoires Pierre-Fabre dans le club que le président Beauville à l'époque portait à bout de bras pour le conserver à un niveau correct. Samedi à l'occasion du dernier match de la saison des Castrais face à Perpignan à Pierre-Antoine à 16h30, le CO a décidé de fêter les 20 ans de ce titre et de rendre hommage aux joueurs de l'époque, sans oublier d'avoir une pensée pour ceux qui avaient remporté le championnat de France de 1949, il y a 60 ans tout juste.

Une journée de fête à laquelle va aussi participer l'école de rugby du CO (voir le programme en encadré). L'occasion de rencontrer et revoir ensemble à Pierre-Antoine les acteurs de ce titre de champion 1989, une bande de copains, tous Castrais d'origine et qui vivent encore quasiment tous dans la région.

Les joueurs de 1989 déjeuneront ensemble au stade avant d'être présentés aux spectateurs de Pierre-Antoine avant le coup d'envoi. Ils devraient ensuite passer la soirée ensemble. Mais pour que cette journée soit vraiment la fête du club, l'association sera aussi à l'honneur. Les moins de 9 ans joueront en levée de rideau vers 15h sur la pelouse et toutes les équipes de l'école de rugby et leurs éducateurs auront aussi les honneurs de la présentation au public.

Les Titres de 1993 et 2013

Le Castres Olympique continue sa progression et son recrutement jusqu’au titre de champion de France en 1993, face à Grenoble dans un match polémique sur le score de 14 à 11. Champion de deuxième division en 1989, bouclier de Brennus en 1993 et finaliste de l’édition 1995. Le club s’installe dans l’élite et ne vas plus en partir.

Nouvelle finale du Top 14 en 1995, le Castres Olympique s’incline une nouvelle fois contre le Stade Toulousain, son grand rival 31 à 16. La saison 1995-1996 est celle de l’entrée en coupe d’Europe du CO. Pour l’occasion, le club se renforce à l’intersaison. Castres chute aux portes de la demi-finale lors d’une courte défaite face à Swansea. En championnat de France, c’est en huitième de finale que le CO est éliminé par Pau.

En 2003, le CO remporte une compétition qui n’existe plus aujourd’hui, le bouclier européen. C’était une compétition de repêchage des éliminés du premier tour du challenge européen. Malgré un recrutement fait d’internationaux français et des recrues étrangères le début des années 2000 seront des années difficiles pour le CO qui chaque saison se bat pour le maintien en Top 14.

C’est à partir de 2009 que le CO retrouve sa place dans le paysage des grandes équipes de rugby français. La raison ? Le recrutement du duo d’entraîneurs, Laurent Labit et Laurent Travers. 2013 sera l’année du quatrième sacre en Top 14. Le Castres Olympique termine quatrième de la saison régulière et se qualifie donc une fois de plus pour les phases finales.

Après un parcours sans faute, ils retrouvent les champions d’Europe en titre 2013, la grande équipe du RC Toulon de Bernard Laporte et ses champions du monde. Après un match complet, les Castrais s’imposent 19 à 14.

Rugby : Julien Dumora l'atout du Castres Olympique

L'Ère Moderne et les Défis Actuels

À la tête de l’équipe, un ancien du club prend la tête du staff. Christophe URIOS arrive avec dans ses bagages quelques joueurs et entraîneurs adjoints. Tombeurs de cadors du Top 14 comme le Stade Toulousain (3ème de la saison), le Racing 92 (2ème de la saison), c’est le leader de la saison régulière que les Castrais vont battre en finale au stade de France. Le Montpellier Rugby s’incline face au CO 29 à 13.

La saison suivante, les Castrais ratent la qualification pour les phases finales lors de la dernière journée de championnat. Depuis 2021, Pierre-Henry Brocan est le nouvel entraîneur en chef du CO, le club rajeunit son effectif en recrutant de nombreux jeunes joueurs prometteurs.

Au niveau du sportif, peu de changement à l’intersaison, l’équipe compte 7 arrivées pour 10 départs dont deux retraités (Rory KOCKOTT et Joël JACQUET). Pierre-Henry Broncan a souhaité intégrer des jeunes joueurs dans son effectif. Ce sont des joueurs qui étaient importants dans leurs clubs en Pro D2 qui pour la plupart ont connu des sélections nationales en moins de 20 ans notamment.

C’est le cas du centre Adrien Séguret et du deuxième ligne Gauthier Maravat, respectivement Champions du Monde avec les Bleuets en 2018 et 2019. Avec la recrue star Leone Nakarawa (meilleur joueur européen saison 2017/2018), le CO souhaite trouver un équilibre entre jeunesse et expérience.

Après une saison 2021/2022 réussie, le Castres olympique aura à cœur de briller une nouvelle fois cette saison en championnat et en Champions Cup. Les Castrais affronteront Exeter et Edimbourg.

Le Modèle Castrais et son Identité

Doté d’un budget annuel relativement modeste, le Castres Olympique a conquis le Bouclier de Brennus en 2013 et en 2018. La spécificité du modèle castrais est fondée sur une philosophie de club dont l’initiateur fut Pierre Fabre.

Le leitmotiv de Pierre-Yves Revol, président de la SASP Castres Olympique, et de la Fondation Pierre Fabre depuis le décès de son fondateur en 2013, est que le petit laboratoire pharmaceutique créé en 1962 est devenu un groupe transnational qui a réussi à relever le défi de la compétition face aux majors, sans renier son ancrage castrais.

Détenant 86 % du capital de la holding Pierre Fabre, dans laquelle la SASP est englobée depuis 1988, la Fondation est le principal contributeur au budget du club (23,4 millions d’€ en 2022-2023), lui allouant annuellement 4 % des dividendes perçues. Elle a développé des liens de fidélité avec d’autres partenaires d’échelle nationale, dont le groupe Bigard également implanté à Castres, et elle s’attache à fédérer autour du club l’ensemble du tissu économique régional.

La sanctuarisation de l’esprit collectif, au cœur du modèle castrais, se concrétise par l’équilibre recherché entre la qualité de l’effectif et la maîtrise de la masse salariale des joueurs, qui repose sur un écart limité entre leurs rémunérations.

Face à ses puissants concurrents, tels que le Stade Toulousain dont le budget annuel est quasi-double, la stratégie de recrutement castraise consiste à détecter des joueurs nationaux ou étrangers moins onéreux sur le marché, ceux qui ne sont pas encore arrivés à maturité ou qui ont connu un échec, mais que le staff estime être en capacité de faire progresser ou de relancer la carrière. Tel est le cas du seconde-ligne Tom Staniforth repéré par le manager Pierre-Henri Broncan au sein de la franchise australienne des Waratahs et incorporé en 2020.

Le Castres Olympique bénéficie également de connexions établies entre des joueurs étrangers : le demi-de-mêlée d’origine sud-africaine Rory Kockott avait intégré l’effectif castrais en 2011 par l’entremise de son compatriote Brent Moyle.

L’osmose entre quelques joueurs étrangers, la majorité en provenance d’autres clubs hexagonaux, particulièrement de Pro D2 (figure 1), et ceux formés au club est féconde. Toutefois, le club connaît certaines difficultés pour alimenter son centre de formation, dans la mesure où Castres ne bénéficie pas du rayonnement d’une grande métropole, et il doit faire face au tropisme de grands clubs, comme en témoigne le départ de joueurs talentueux tels qu’Antoine Dupont vers le Stade Toulousain en 2017.

Pour relever ces défis, dirigeants et acteurs sportifs sont engagés dans une stratégie de territorialisation, en faisant du modèle rugbystique castrais un médiateur territorial. Le club s’attache à valoriser et à faire partager une identité spécifique, en l’articulant aux ressources territoriales idéelles qu’il a construites (ses valeurs, la qualité de la formation sportive, l’investissement collectif qu’il promeut), pour accroître ses capacités d’attraction et de stabilisation de l’effectif.

La finalité du projet « 100 % région », lancé en avril 2017, est d’approfondir les liens noués avec les clubs amateurs régionaux, en incorporant de jeunes joueurs performants sous double licence dans l’équipe espoirs castraise, co-entraînée depuis 2021 par l’ex-capitaine d’origine uruguayenne Rodrigo Capó Ortega. Ce réseau inclut désormais des clubs de l’Aude, de l’Aveyron et de l’Ariège, départements vers lesquels le Castres Olympique cherche à étendre son influence.

Représentant ce que Pierre-Yves Revol nomme le « rugby des sous-préfectures » dans un championnat d’élite métropolisé (figure 2), le Castres Olympique présente un modèle sportif efficient.

La communication du club tarnais est centrée sur l’« exception castraise », représentant le rugby des villes moyennes face à celui des grandes métropoles. En s’appuyant sur un esprit de solidarité inégalé, l’équipe castraise entend défier les armadas de stars des puissants clubs du Top 14.

Un Surnom Collé à la Peau

En plus d’un siècle d’existence le blason du Castres Olympique n’a que très peu évolué. Il faut dire que l’entrelacement du C et du O est d’une rare efficacité pour un emblème connu de tous les amateurs de rugby.

Castres c’est également le blanc et le bleu, ce qui en revanche n’a pas toujours été le cas en ce qui concerne les couleurs tarnaises. En effet, créé en 1906 par des étudiants « La Péruvienne », son nom originel, a d’abord arboré le jaune et le noir puis au fur et à mesure des saisons a bien été obligé de se démarquer de ses proches rivaux Albigeois, Mazamétains et Gaillacois.

D’ailleurs, le club est ensuite passé au mauve pour terminer par le gris. Un choix fruit du hasard mais surtout d’une lessive un peu trop vite réalisée. Opposés à Albi, jouant en blanc, les Castrais teintent à la hâte leurs tuniques et se retrouvent à jouer en gris. Un coloris qui va littéralement leur coller à la peau, ils seront surnommés longtemps « les petits gris ». On retrouvera même cette couleur dans le logo au début des années 2000.

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