Les Causes de l'Augmentation des Cartons Rouges en Ligue 1

La Ligue 1 est confrontée à une recrudescence des cartons rouges, suscitant des interrogations sur les causes et les conséquences de cette tendance. Cet article examine les différents facteurs qui contribuent à cette augmentation, les statistiques marquantes et les réactions des acteurs du football français.

Une Augmentation Significative des Expulsions

La Ligue 1 voit rouge. Lors des matchs de 15 heures un dimanche, pas moins de sept cartons rouges ont été distribués, ce qui porte à neuf le nombre d'exclusions en huit matchs lors de la troisième journée. Au total, 46 cartons rouges avaient déjà été distribués après 16 journées. C'est d'ores-et-déjà plus que sur les vingt premiers matchs de la saison (5). Le nombre de cartons rouges s'est envolé cette saison, passant de 0,22 expulsion par match il y a un an à 0,33 par match en 2025/2026. 98 cartons rouges ont déjà été distribués cette saison en Ligue 1… C’est presque quarante de plus que l’an passé à la même époque, et c’est surtout le pire total depuis près de quinze ans dans le championnat de France !

Il faut remarquer qu'une seule équipe n'a jamais eu le moindre joueur expulsé en championnat et il s'agit du Paris Saint-Germain.

La palme d'or revient au match Montpellier-Auxerre, où quatre joueurs ont été exclus (Fayad et Savanier côté MHSC, Niang et Da Costa pour l'AJA).

Avec cinq nouveaux cartons rouges décernés ce week-end, la Ligue 1 a conclu la première moitié de la saison avec 52 exclusions. Un carton rouge pour Toulouse vendredi, deux autres pour Monaco et Lille samedi, et deux derniers, dimanche, uniquement pour Marseille. Un total considérable, puisqu'il ne pointe déjà qu'à 14 unités du... décompte final de l'année dernière (66) et à 17 de celle d'avant (69), alors qu'il reste 17 journées à disputer.

Si la tendance se maintient d'ici la fin de saison, 104 cartons rouges (dont 76 exclusions directes) pourraient être distribués. De plus, avec 38 expulsions directes, soit six de moins que la totalité de la saison dernière, les chiffres confirment que les arbitres ont tendance à mettre bien plus vite la main à la poche arrière, sans passer par un avertissement préalable.

Les Réactions des Acteurs du Football

Une sévérité de la part des arbitres qui exaspère Jean-Marc Furlan. "Je trouve que les rouges sont très lourd. On devrait jouer au volley ou au hand. A notre époque, on s’entre-tuait. C’était très correct de la part des équipes. Il ne faut pas toucher les joueurs. Ça me choque beaucoup par rapport à mon équipe où j’étais un serial killer. On leur a demandé cela", a pesté l'entraîneur auxerrois en conférence de presse.

Si les arbitres ont eu la gâchette facile lors de cette 3e journée, sont-ils vraiment tous justifiés ? A Montpellier, Nicolas Cozza a souligné les fautes "bêtes et évitables" de son équipe, tandis que son coéquipier Jordan Ferri trouve les sanctions "sévères". Même son de cloche à Angers, où Halid Sabanovic a été directement exclu pour un tacle non maîtrisé sur Pierre Lees-Melou. "C'est un carton rouge très sévère. Je veux une équité sur la sévérité de l’arbitre comme pour la VAR", a souligné Gérald Baticle après la défaite du SCO contre Brest.

D'autres ont un constat plus lucide, comme Andy Delort, qui a vu Mario Lemina et Jean-Clair Todibo rentrer aux vestiaires plus tôt que prévu. "Au meilleur des moments, on prend un rouge. On en prend un autre derrière. On se tire une balle dans le pied. Je pense qu'il y a deux fois rouge. Le geste n'est pas maîtrisé, ce n'est pas scandaleux. Sur le deuxième, c'est un geste d'humeur. On ne peut s'en prendre qu'à nous-même", a-t-il confié au micro de Prime Video.

De son côté, Lucien Favre préfère pester contre les pénalties sifflés "pour rien" par les hommes en noir. "Quand je vois certains matchs, tu touches du doigt le ballon de façon involontaire, on siffle. Entre nous, ça m'énerve depuis le début. Je m'énerve rarement mais je ne supporte pas ça.

"Ça fait quatre matchs sur cinq où on prend un carton rouge en première mi-temps", a déploré Thomas Meunier au micro de Ligue 1+ samedi, après que Lille a vu son défenseur Alexsandro exclu dès la 13e minute lors de la défaite face à Rennes (2-0). "On ne peut pas continuer comme ça, ça devient franchement compliqué.

Samedi, Habib Beye a, lui, appelé à l'apaisement entre les différents acteurs après la victoire houleuse contre Lille.

Analyse des Causes Possibles

Y a-t-il eu des consignes précises cette année ?« Je le croyais, car je trouvais les arbitres peut-être un peu plus sévères cette année », répond spontanément Sylvain Ripoll, entraîneur de Lorient, l’un des clubs les plus sanctionnés de France (7 cartons rouges). C’était avant qu’il apprenne la réponse de Pascal Garibian, le directeur technique national de l’arbitrage à la Fédération française de football, qui l’affirme : « Non, il n’y a pas eu d’instructions données en début de saison. Bien sûr, nous avons fait le constat qu’il y avait plus d’exclusions cette année, mais je trouve que dans l’ensemble, les arbitres sont cohérents dans leurs prises de décisions. Même si l’on peut convenir qu’il y a eu deux ou trois cartons rouges en trop, on a aussi fait le constat qu’il en manquait ! »

Et Pascal Garibian de rappeler la mission des arbitres : « Appliquer les lois en respectant l’esprit du jeu. Un arbitre doit être au service du jeu, un facilitateur de spectacle avec peu de coups de sifflet, peu ou pas de cartons. En revanche, quand le déchet technique fait que certaines fautes mettent en danger l’intégrité physique d’un joueur, l’arbitre doit être là. »

L'ex-arbitre international Saïd Ennjimi, consultant pour la chaîne L'Équipe, explique : « Les arbitres reçoivent des consignes rigoureuses pour protéger l'intégrité physique des joueurs. Alors, on commence toujours en se montrant plus sévère. Surtout que les joueurs mettent davantage le pied. En fait, chacun veut marquer son territoire. Puis, au fil de la saison, ça se régule, avant de se tendre à nouveau à la fin en raison des enjeux ».

Une analyse partagée par l'ancien gardien Rémy Vercoutre, consultant pour Ligue 1+ : « C'est comme une rentrée scolaire ! Il y a toujours beaucoup d'énergie et de fraîcheur, d'exaltation et d'excitation. En tant que joueur, on est sensibilisé. On sait que les arbitres veulent marquer le coup et qu'on doit s'adapter. Il y a un laps de temps pour que ça rentre dans l'ordre. »

Il y a beaucoup plus de cartons rouges sur des excès d’engagement. Deuxième carton jaune et carton rouge pour le Rennais Giovanni Sio. C’était le week-end dernier en L1. Il n’empêche : cela dénote moins de maîtrise de la part des joueurs. « Cette augmentation confirme que techniquement, les joueurs oublient que tout n’est pas permis pour la conquête du ballon », argue Pascal Garibian.

Évoquant ces fautes dites « majeures », Sylvain Ripoll avance également une autre explication : « Les gabarits des joueurs sont peut-être plus impressionnants désormais, notamment sur le plan défensif. Dès lors, ça a tendance à faire plus de dégâts. » Le technicien des Merlus note aussi qu’auparavant, « on défendait peut-être plus dans l’anticipation, la lecture du jeu. Aujourd’hui, les comportements défensifs ont évolué. Les joueurs sont davantage au contact… » Et forcément, prenez des physiques plus costauds conjugués à une défense plus au corps à corps et vous aurez davantage de risques de fautes sérieuses, donc de cartons.

Pascal Garibian a son idée : « Cette saison, il y a eu, pour l’heure, 34 exclusions suite à un deuxième carton jaune, alors qu’il n’y en avait eu que 20 l’an passé à pareille époque. Nous pensons donc que les joueurs ont tendance à oublier qu’un avertissement, c’est une alerte sur un comportement qui, s’il se répète, peut entraîner une expulsion. Et en plus, sur ces 34 cartons, on a fait le constat que quelque fois, les joueurs commettaient exactement la même faute dix minutes après avoir été avertis. Dans les lois du jeu, l’avertissement est là pour prévenir.

De son banc de touche, Sylvain Ripoll s’est, lui, aperçu d’un autre fait : « Les arbitres n’attendent plus qu’un joueur fasse trois ou quatre fautes pour qu’il reçoive un carton. Là, souvent, c’est immédiat, et je m’en félicite ! »

A ceux qui pensaient qu’il y aurait aujourd’hui davantage de comportements violents ou d’insultes de la part des joueurs, les chiffres les contredisent : 12, soit presque autant que l’an dernier (11). Idem pour les cartons rouges suite à l’anéantissement d’une occasion de but, avec un nombre comparable aux saisons précédentes (11).

L'Impact des Cartons Rouges sur les Équipes

Pour commencer, il faut savoir que l'équipe qui déplore le plus grand nombre d'expulsions est l'AJ Auxerre (6 cartons rouges). L'Olympique Lyonnais suit avec 5 expulsions.

Deuxième équipe la plus pénalisée par les cartons rouges, l'OL est l'équipe qui a perdu le plus de points en infériorité numérique cette saison. Les Lyonnais en ont laissé filé 4 de cette façon. Le trio Stade Brestois 29 - Havre AC - Toulouse FC a aussi perdu gros à cause des cartons rouges avec 3 points perdus.

Points Perdus en Infériorité Numérique

  • 4 : OL
  • 3 : Brest, Toulouse, HAC
  • 2 : Nice
  • 1 : Auxerre, OM, Monaco, Nantes, Rennes, Strasbourg

A l'inverse, quatre équipes ont réussi la prouesse de prendre des points malgré une infériorité numérique. L'OGC Nice en a pris 1 quand le RC Lens, le LOSC et le Stade Rennais FC ont réussi à en prendre 2 malgré une infériorité numérique. On se souvient ainsi de la victoire rennaise sur l'OM lors de la 1ère journée (1-0), de la victoire du LOSC au Havre en J14 (0-1) ou de la victoire de Lens à Auxerre en J7 (1-2).

Points Pris en Infériorité Numérique

  • 2 : Lens, LOSC, Rennes
  • 1 : Nice

La solidité du RC Lens se démontre dans ce domaine également puisque les Sang et Or n'ont pas encaissé le moindre but en infériorité numérique. A l'autre extrême, on trouve l'AS Monaco qui a craqué 8 fois (pour 2 buts marqués). Le HAC, Rennes et l'OL sont les trois autres équipes les plus pénalisées (différence de buts de -5).

En tête des équipes qui ont pris le plus de points en supériorité numérique, on trouve l'OL (6 points), à savoir l'équipe qui en a le plus perdu en infériorité numérique, ce qui souligne l'importance des cartons rouges dans le déroulé des matchs des joueurs de Paulo Fonseca.

Points Pris en Supériorité Numérique

  • 6 : OL
  • 5 : OM
  • 4 : Lorient
  • 3 : Lens, LOSC, Rennes
  • 2 : PSG
  • 1 : Monaco

Si l'on regarde le détail et les buts marqués, on voit que l'Olympique de Marseille est l'équipe qui a le plus performé en supériorité numérique (différence de buts de +8).

En examinant les stats, Ennjimi relève une nouveauté : « Il y a déjà eu six cartons rouges pour annihilation d'une occasion nette, donc, je me dis que les joueurs considèrent peut-être qu'il vaut mieux parfois se sacrifier et terminer à dix plutôt que d'encaisser un but ! »

Rennes est l'équipe ayant généré le plus de cartons rouges cette saison (3 subis, 1 provoqué).

Les Statistiques Clés

Le nombre moyen de fautes sifflées par match cette saison après quatre journées est le deuxième plus faible comparativement aux dix saisons précédentes. Seule 2023-2024 (23,3) en compte moins.

La moyenne par match de cartons jaunes cette saison après quatre journées est l'une des plus faibles, comparativement aux dix saisons précédentes. Seules 2016-2017 (3,42) et 2022-2023 (3,30) en totalisent moins.

L'ex-arbitre y décèle au contraire une implacable « logique » : « Sous l'impulsion du PSG, qui commet peu de fautes et grâce à la volonté de l'arbitrage de moins hacher le jeu, celui-ci s'avère plus fluide et les joueurs sont mieux disciplinés pour éviter les avertissements inutiles ».

Pour l'ancien gardien de l'OL, « le paradoxe, c'est qu'alors qu'il faut maintenant écoper de cinq cartons jaunes sur l'ensemble de la saison pour être suspendu (au lieu de trois en dix rencontres), j'imaginais qu'ils allaient un peu plus se lâcher... »

Avec une moyenne de 0,16 carton rouge par match, le championnat de France est le plus sévère, devant la Liga espagnole (0,14) et la Bundesliga allemande (0,10), alors que la Serie A italienne (0,07) et la Premier League anglaise (0,05) sont les meilleurs élèves du fair-play sur la première moitié de saison.

Sur les dix dernières années, la Ligue 1 est à la lutte avec les championnats espagnols et italiens en termes de cartons rouges adressés, assez nettement au-dessus des championnats anglais et allemands.

L'arbitre adresse un carton rouge lors de la 17e journée de Ligue 1

Le Rôle de la Vidéo

L’arbitrage français est heureux que l’expérimentation puisse clore le débat sur les avantages et les inconvénients de l’arbitrage vidéo, confie Pascal Garibian. Il n’y a qu’en configuration réelle que l’on pourra avoir une opinion.

Sur ces quinze expulsions, deux ont d'ailleurs été attribuées après intervention de l'assistance vidéo, amplificateur désormais classique.

Car comme l'a reconnu dans son traditionnel débrief la Direction de l'arbitrage (DA), Stéphanie Frappart, chargée du VAR pour Rennes-Lyon (3-1, dimanche), aurait dû inciter Ruddy Buquet à expulser Anthony Rouault pour sa semelle sur Khalis Merah (18e).

Ligue 1 : L'arbitrage a-t-il totalement changé le cours de la saison ?

tags: #carton #rouge #ligue #1