Le monde du rugby est en constante évolution, et les règles du jeu ne font pas exception. Parmi les nouveautés les plus marquantes, le carton rouge de 20 minutes suscite autant d'intérêt que de controverse. Cette mesure, expérimentée lors de différentes compétitions, pourrait bien redéfinir la manière dont les fautes graves sont sanctionnées sur le terrain.
Il y a encore peu, les sanctions individuelles se divisaient en deux catégories : le carton jaune, synonyme de passage forcé de dix minutes sur le banc de touche pour le fautif, et le carton rouge, qui comme au football, excluait définitivement le joueur concerné. Mais les instances internationales ont cogité pour complexifier un peu plus les choses.
Cet article explore en détail le carton rouge de 20 minutes, son fonctionnement, son utilisation lors des tournées d'automne, les opinions divergentes qu'il suscite, ainsi que les implications potentielles pour le jeu.
Qu'est-ce que le Carton Rouge de 20 Minutes ?
Le carton rouge de 20 minutes permet toujours d’expulser définitivement un joueur individuellement. Mais après vingt minutes à quatorze, l’équipe sanctionnée a la possibilité de faire entrer un nouvel élément et de poursuivre la partie à armes égales avec son adversaire. Le joueur sanctionné par le rouge reste, lui, exclu jusqu’au bout de la partie.

Celui-ci, dont le début de l’expérimentation a été validé par World Rugby en mai, permet toujours d’expulser définitivement un joueur individuellement.
La mesure a été testée cet été lors de différentes compétitions comme le Women XV, la Coupe du monde des moins de 20 ans ou la Pacific Nations Cup. Une nouveauté parmi une série de réformes proposée par la fédération internationale.
Utilisation du Carton Rouge de 20 Minutes lors des Tournées d'Automne
Six Nations Rugby, en charge de l’organisation de ces rencontres internationales disputées sur le sol européen en novembre, a annoncé en octobre que ce carton rouge aménagé serait également testé sur ces matchs. Mais en option. « Les arbitres garderont la possibilité de sanctionner d’un carton rouge définitif du jeu déloyal jugé délibéré et dangereux, décrit l’instance. Cependant les arbitres auront l’option de ne sortir qu’un carton rouge de 20 minutes pour les fautes techniques. » Ou celles considérées comme « non intentionnelles ».
« Sauf situation très flagrante, l’arbitre central ne sortira pas de carton rouge directement, estime l’ancien arbitre international Mathieu Raynal, membre de la cellule technique de l’arbitrage de la fédération française de rugby (FFR). Le processus mis en place ne leur permet pas de mettre ce rouge de 20 minutes par eux-mêmes, le joueur doit d’abord être dans le bunker. Donc l’arbitre mettra un jaune, et laissera l’arbitre en charge du bunker décider s’il faut le monter sur un rouge à 20 minutes. » Et contrairement à la Coupe du monde, cet officiel n’a plus le pouvoir de mettre un carton rouge définitif.
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Opinions Divergentes sur le Carton Rouge de 20 Minutes
La règle a ses opposants affirmés, la France en tête. La FFR, la Ligue nationale et le syndicat des joueurs, Provale, ont affirmé conjointement en octobre leur opposition à cette expulsion d’un nouveau genre. « Transformer cette sanction en une expulsion temporaire pourrait inciter à des comportements dangereux, compromettant ainsi la sécurité des joueurs, qui doit rester la priorité absolue », martèlent-ils dans leur communiqué. « Je pense que c’est une aberration », tacle le troisième ligne des Bleus, Grégory Alldritt. La fédération irlandaise a également fait connaître son opposition à ce principe.
À l’inverse, les nations de l’hémisphère sud sont en faveur de la réforme. « Nous sommes le seul sport au monde à créer un tel déséquilibre et à s’attendre à ce que les fans viennent et paient pour cela », pointe le directeur général de la fédération néo-zélandaise, Mark Robinson. Il y a un an, les All Blacks avaient perdu (12-11) la finale de la Coupe du monde face à l’Afrique du Sud après un carton rouge infligé à leur capitaine, Sam Cane, dès la 29e minute.
L’arbitre de ce match, Wayne Barnes, s’est aussi exprimé en faveur de cette règle, arguant qu’elle diminuera la pression sur les officiels comme sur les joueurs. D’autres partisans de la réforme pointent l’augmentation du nombre de cartons rouges liés aux chocs involontaires à la tête, entraînés par l’intensité accrue des matchs.
« C’est un sport de combat avec de l’intensité, mais elle doit être maîtrisée, estime Mathieu Raynal. En tant qu’arbitre, tu défends le carton jaune si tu as l’espace de le mettre et que le rouge n’est pas clair. Mais si le comportement observé n’est pas tolérable, il faut sortir cette sanction forte qui a une signification. Celle de dire qu’on ne veut pas de ce comportement sur un terrain. »
Implications et Avenir du Carton Rouge de 20 Minutes
Les dirigeants du rugby mondial trancheront sur la pertinence de la nouveauté le 14 novembre, avec un vote de World Rugby prévu pour entériner ou non la nouveauté. Opposés ou non, les staffs ont commencé à s’y adapter. « Nous, on doit faire avec, on doit arriver à jouer au mieux avec la règle, glisse Laurent Sempéré, co-entraîneur de la conquête des Bleus. Jérôme Garcès (ancien arbitre aujourd’hui dans le staff tricolore) nous aide beaucoup à ce niveau-là en étant très précis. Le carton rouge de 20 minutes va nous donner de nouvelles options en termes de coaching. Le plus important, c’est de s’adapter au plus vite pour l’utiliser au mieux.

Le carton rouge sera généralisé à partir de cet été. (A. Mounic/L'Équipe)La Fédération internationale World Rugby a annoncé la généralisation du carton rouge de 20 minutes dès cet été dans ses compétitions, puis dans « toutes les compétitions d'élite ». Il devrait donc être testé à son tour en Top 14, malgré l'opposition de la France, avant une éventuelle adoption définitive de la règle en 2026.
Le carton rouge de 20 minutes, déjà expérimenté dans plusieurs compétitions depuis le début de la saison (Super Rugby, Rugby Championship, Tournoi des Six Nations, etc....), va être testé de manière généralisée dès cet été, comme l'a annoncé World Rugby mercredi dans un communiqué.
En ce qui concerne les compétitions internationales, sous l'égide de World Rugby, cette mesure prendra effet dès la Coupe du monde des moins de 20 ans (29 juin-19 juillet) puis la Coupe du monde féminine (22 août - 27 septembre). Elle s'appliquera ensuite dans « toutes les compétitions d'élite », ce qui inclurait donc le Top 14, la Coupe des champions et le Challenge, qui font partie des compétitions où la règle n'est pas encore mise en vigueur.
La France, via la FFR, son président Florian Grill, son bras droit Jean-Marc Lhermet et le sélectionneur Fabien Galthié, mais aussi la Ligue (LNR) et le principal syndicat des joueurs (Provale) ont toujours affirmé leur opposition à une telle règle, qui prévoit qu'un joueur expulsé soit remplacé après vingt minutes de temps jeu passé en infériorité numérique par son équipe. Ce qui ne met pas un terme au carton rouge définitif mais en limite l'utilisation aux situations les plus graves.
« Un essai à l'échelle mondiale est la dernière étape avant de devenir une règle à part entière », assure World Rugby dans son communiqué, indiquant qu'une décision finale sur son adoption serait prise en 2026. Son nouveau président, Brett Robinson, élu en novembre, a déclaré mercredi être favorable au carton rouge de 20 minutes, « qui punit l'individu, pas toute l'équipe ou le spectacle » tout en assurant que « la santé des joueurs est non négociable ».
Au milieu du carton jaune (exclusion pendant dix minutes) et du rouge (exclusion totale), un petit nouveau fait son apparition dans la poche des arbitres : le carton rouge de vingt minutes. Le joueur devant lequel il sera brandi sera prié de sortir du terrain et de ne plus y revenir de la partie. Mais son équipe ne sera pas autant pénalisée que pour un carton rouge « normal », puisqu’elle aura la possibilité de faire entrer un remplaçant vingt minutes plus tard.