L'histoire des cartes NBA des années 90 : Une collection de passion en France

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Bien plus qu’un petit bout de carton, les cartes de basket racontent leur propre histoire, vécue en parallèle de l’action et des titres remportés sur les parquets de la Ligue. On a évidemment papoté de la sortie de cet ouvrage passionnant qui retrace les différentes évolutions du marché de la carte basket en France, avec son arrivée en fanfare au début des années 90 et l’effet Dream Team en 92 qui sera relayé par de nombreuses marques dans la grande distribution, de McDonald’s à Golden Grahams.

Mais aussi des tractations en coulisses, de la concurrence entre plusieurs marques dont Upper Deck, Fleer ou encore Topps, qui a aujourd’hui abouti au monopole de Panini.

Car, bien plus qu’un petit bout de carton, les cartes de basket racontent leur propre histoire, vécue en parallèle de l’action et des titres remportés sur les parquets de la Ligue.

La naissance d'une passion : L'impact de la Dream Team

Gamin des années 90, Julien Chiron était aux première loges pour assister à cette arrivée massive des cartes de basket en France. L’aventure olympique de la Dream Team en 92 a joué un rôle de déclic.

“J’ai commencé avec les autocollants de foot et de dessin animé, comme beaucoup de gamins de ma génération. Le basket est arrivé peu à peu mais surtout après les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Parce que la presse basket a envahi la scène et nos mains de collégiens à l’époque.

En septembre 1992, à la rentrée au collège, c’était une vraie révolution parce qu’on passait des autocollants à la carte en carton. On basculait vers plus de qualité. Ça devenait un objet qui prenait plus de valeur. C’est un petit peu plus compliqué à conserver, il fallait en prendre soin.

Conjointement, il y avait le package plus global de la pop culture. Il y avait tout en même temps. On avait la culture US, la musique : le rap et le hip-hop. Les fringues : le streetwear et le sportswear. Tout ça arrivait en Europe.

“C’était la grande époque des Hornets et des Bulls, plus que des Lakers et des Celtics. En 1992, tu avais des nouvelles couleurs, des nouvelles équipes. Et plus vraiment des Lakers, des Celtics ou des Pistons. On voyait aussi que le basket prenait le pas sur le foot.

“Dans la cour de récré, le panier de basket avait pris la place du foot. Ceux qui voulaient jouer au foot n’avaient plus le droit de jouer au foot. Les cartes sont arrivées naturellement dans ce package. C’était une manière de s’intéresser au sport dans la continuité naturelle. C’était quand même un budget, il ne faut pas l’oublier. Tout le monde n’avait pas accès à ça, c’était une chance de pouvoir le faire. J’ai eu énormément de chance de pouvoir collectionner les cartes, que mes parents acceptent que je mette de l’argent dans ça.

“Aujourd’hui, on ne se pose plus trop la question de l’accessibilité mais c’est hyper important dans la démarche. Rien que de voir du basket, des matchs, c’était déjà des contraintes et une difficulté. On se posait beaucoup de questions pour savoir comment on allait pouvoir voir des matchs. Après, comment on allait faire pour s’approvisionner en cartes, c’était encore un délire total. La vente par correspondance, c’étaient vraiment les débuts. Ça a vraiment commencé à se développer autour de 1994, et avant, c’était très compliqué. Les commerces spécialisées ont commencé à se développer, mais au final assez tardivement puisque c’était en 1994.

Carte NBA Dream Team 1992

“En gros, tu as eu plusieurs phénomènes, mais l’un des plus importants, c’est que la NBA a vraiment fait un énorme effort de développement à l’international. David Stern en a été le maître. Il a eu la chance d’avoir Jordan, la Dream Team pour répondre à ce besoin, mais c’était un maître du marketing, de la communication et du business. Il savait qu’il avait des joyaux entre les mains et qu’il fallait les utiliser à toutes les sauces. Bien avant l’avènement du Web, la Grande Ligue a bien senti l’intérêt de vendre son image sur une multitude d’avenues différentes, pour être vu le plus souvent possible.

“Comment pouvait-on y avoir accès ? En allant au McDo par exemple. Tu allais manger et tu avais tes cartes. Tu avais ton ballon de basket. D’une manière ou d’une autre, tu ne pouvais pas y échapper. Même à la campagne, il y avait toujours des potes pour te prêter un 5 Majeur ou un Mondial Basket. Même si tu ne pouvais pas aller t’acheter un paquet de cartes à la papeterie, tu en avais dans les paquets de Golden Grahams.

“En gros, tu avais quelques marques éditrices qui ont gagné des licences, dans chaque sport. Mais ce qui a fait la folie de la NBA, c’est que toutes ces marques ont eu la licence dans les années 90. Donc tout le monde pouvait faire des cartes de basket, avec des images de Jordan. Avec Shaq, Magic Johnson etc… Mais, forcément, à un moment, il y en avait trop. Vers 1997, très certainement la plus grande année pour les cartes de basket, il y avait trop d’éditeurs. Donc la qualité ne faisait qu’augmenter, il y avait toujours plus de choses.

L'explosion du marché et la diversité des collections

“Globalement, tu as une marque qui va éditer un certain nombre de collections par an, en général. C’était une vingtaine à peu près. Leur créneau, c’était de faire une collection qui va être accessible à tous, hyper basique avec une carte du joueur avec photo et stats. Et après, tu vas monter en gamme, avec les premium, et puis du extra premium.

“C’était assez illisible parce que chaque marque, chaque éditeur, créait des gammes qui étaient beaucoup trop importantes en fait. En tant que collectionneur, on en était content parce que ça n’arrêtait pas et la qualité était incroyable. La PAO [La Publication Assistée par Ordinateur] est arrivée. L’informatique a beaucoup révolutionné tout ça. J’en parle beaucoup dans le bouquin, tu as Fleer qui rachète aussi Skybox. Et qui récupère aussi les droits de Marvel, sur toutes les images de super héros.

Les graphistes partent alors dans des délires incroyables et c’est pour ça que cette époque, entre 1996 et 1998 on va dire, ça reste ce qui est le plus demandé en vintage. Et les prix ont énormément grimpé aussi, mais parce que les designs étaient incroyables. Les gammes étaient beaucoup trop larges. Fleer sortait ses entrées de gamme et les premium Flair.

Carte NBA Fleer

Les différents types de collectionneurs

Dans ce tourbillon de bouts de cartons de plus en plus complexe à déchiffrer avec l’arrivée de technologies plus avancées, il faut distinguer plusieurs types de collectionneurs. Il y a d’abord les collectionneurs de joueurs, les “hardcore”. Puis, les collectionneurs d’équipe, comme Alain, “Mister Rockets”, ou Jean-Paul, fondu des Lakers. Mais les comportements de collectionneurs vont eux aussi changer avec l’évolution du marché.

“Tu as des collectionneurs de joueurs, ce qu’on peut appeler les collectionneurs hardcore parce qu’ils veulent tout simplement avoir toutes les cartes sur leur joueur. J’en parle beaucoup dans le bouquin parce qu’en France, il y en a beaucoup qui collectionnent un ou plusieurs joueurs et qui veulent absolument les avoir toutes.

Dans leurs collections, ils font ce qu’on appelle des parallèles. Tu as une carte d’un joueur, Kyrie Irving (pour ne pas être polémique). Tu as sa carte basique, sur un fonds noir disons, qui va être numérotée sur 299 exemplaires. Et puis, tu vas avoir la même carte, mais avec un fonds vert qui sera numérotée sur 50. Et encore une autre sur un fonds bleu qui sera numérotée sur 25. Etc. Tu vas te retrouver avec une vingtaine de parallèles à collectionner, de la même carte pour le même joueur, de la même série et qui va devenir une hantise, et un casse-tête pour les collectionneurs.

“Les éditeurs ne sont pas bêtes, ils veulent attirer avec tout un tas de nouveautés. Comment on va faire pour continuer à vendre nos paquets de cartes ? Ils ont inséré des cartes numérotées à un exemplaire. Il y a des cartes uniques de ton joueur, dans toutes les collections.

“Il y a aussi les collectionneurs d’équipe. Et là, ça monte rapidement en volume. Et puis, il y a aussi les collectionneurs de set, ce qui n’existe plus trop aujourd’hui. Les collectionneurs aguerris ne s’y intéressent plus trop parce que c’est un processus très long, et aussi parce qu’acheter des boîtes, c’est quasiment devenu inaccessible. C’est extrêmement cher. Un peu comme sur le marché des chaussures en fait.

Panini a beaucoup joué négativement là-dessus car ils ont senti le vent tourner et ils jouent sur l’immense hype de “The Last Dance”, à essayer de faire le plus d’argent possible. Toutes les collections ont pris un bond énorme en termes de tarif. Il y a énormément d’investisseurs qui ont envahi le marché pour essayer de trouver la carte qui fera la meilleure vente.

Ce qui avait démarré comme un hobby somme toute très innocent, à échanger des cartes contre ses camarades de classe dans la cour de récréation, a petit à petit évolué pour devenir un marché où la valeur d’échange n’a plus tellement d’importance. De ses jeunes années de collectionneur débutant à son apprentissage, parfois à la dure, des réalités économiques du marché, Julien Chiron raconte l’histoire de cette communauté tricolore qui a grandi avec ce hobby, passant des marques de la grande distribution aux magazines spécialisés, puis aux boutiques spécialisées, avant l’explosion grâce à l’arrivée d’Internet et une accessibilité sans précédent.

“J’ai collectionné Rodman assez rapidement, dès 1995. Quand il arrive aux Bulls. Je me souviens encore de la photo qui était dans Mondial Basket, on était comme des dingues. Tu sentais qu’il allait se passer un truc dans le jeu et aussi que ça allait être aussi un tournant. Juste avant, il y avait le retour de Michael Jordan aussi.

“Au fil des années, et dans les années 2010, j’ai collectionné Ron Artest, parce que je trouvais que c’était un peu le Rodman moderne. J’aimais bien les shooteurs donc je collectionnais des joueurs comme ça. Je collectionnais aussi quelque sets, ou des cartes spécifiques. Dans la vie d’un collectionneur, c’est très très rare de tomber sur quelqu’un qui va rester à fond sur un seul joueur pendant toute sa vie de collectionneur. À un moment, tu vas te faire chier, il faut dire les choses franchement, tu vas avoir du mal à trouver des cartes sur ton joueur et pour rester un peu actif, tu vas forcément te diversifier.

“Il y a eu une communauté qui s’est créée très rapidement. Tous les samedis, on retrouvait les mêmes personnes qui faisaient le tour des boutiques spécialisées à Paris, et c’était le même phénomène en province, à Lille, à Lyon, dans le Sud beaucoup aussi. À Paris, il y avait Planète Basket, une grande boutique qui avait un énorme sous-sol, à côté de Châtelet, c’était le repère et tu pouvais poser tes classeurs et passer ta journée avec d’autres, jeunes et moins jeunes, à échanger ou discuter.

“Globalement, jusqu’au milieu des années 2000, tu avais une valeur d’échange, le fameux Beckett. En gros, tu prenais ta carte de Shaq, un insert à 20 dollars et le collectionneur des cartes de Shaq venait te voir pour te proposer quelque chose en retour. Donc tu regardais ses classeurs et tu trouvais une carte de la même valeur ou plusieurs cartes pour arriver à la même valeur. C’était assez sain. Il y a toujours des magouilles et des arnaqueurs. Certains gamins se retrouvaient avec des cartes assez chères dans un de leurs paquets et là, tu avais dix gars qui lui tombaient dessus pour la récupérer, ça a toujours existé. J’ai eu beaucoup de retours de gamins de mon âge à l’époque, entre 13 et 17 ans, qui avaient aussi cette appréhension parfois.

“Ça a beaucoup évolué avec l’arrivée d’internet et l’accessibilité accrue des produits. On pouvait directement commander les boites aux grossistes américains, tu n’avais plus besoin de passer par les boutiques spécialisées. Tu pouvais te créer ton compte et directement acheter chez eux. Ça a tué les petits commerçants français, et européens, parce que tu n’étais plus obligé d’acheter ta boîte 200 euros quand tu l’as trouvée à 175 sur internet. Et tu la re...

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Toutes mes Cartes NBA de ma jeunesse (1994, 1995...)

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