Steeve Blanc-Mappaz : Portrait du Capitaine Emblématique du Grenoble Rugby

Tout au long d’une carrière à maturité tardive, le capitaine du FCG, Steeve Blanc-Mappaz, s’est distingué par des choix osés. Steeve Blanc-Mappaz jouera en Top 14 la saison prochaine. Il aura passé six saisons à Grenoble. Steeve Blanc-Mappaz jouera en Top 14 la saison prochaine. Le troisième ligne, capitaine du FCG depuis plusieurs saisons, a signé à Lyon pour la saison prochaine.

Vous connaissez forcément la chanson : "Dans un coin perdu de montagne, un tout petit Savoyard… " Eh bien, notre histoire aurait tout à fait pu commencer ainsi. Parce qu’elle est bien celle d’un môme d’Aiton, petit village de la combe de Maurienne. Sauf qu’au confluent de l’Arc et de l’Isère, le jeune Steeve Blanc-Mappaz ne chantait pas son amour à une bergère au doux regard, mais bel et bien à un sport dont il ne manquait jamais un match à la télévision, sans pour autant avoir la chance de le pratiquer.

Un Parcours Initiatique Tardif

C’est ainsi à 14 ans que Steeve Blanc-Mappaz prit enfin sa première licence du côté de Montmélian, avant de bifurquer deux ans du côté d’Ugine-Albertville, puis de se diriger à 17 ans à Chambéry, une fois validé un CAP de mécanicien poids lourd. Un premier pied dans l’antichambre du haut niveau qui lui permit de rencontrer son mentor Michel Ringeval, ancien cornac des légendaires Mammouths grenoblois, qui conserve encore aujourd’hui un souvenir ému des premiers pas de son protégé.

"J’ai une relation d’autant plus particulière avec Steeve que je l’ai lancé très jeune en équipe première à Chambéry, sourit "Migraine". Mon premier souvenir, c’est celui d’un joueur naturellement doué physiquement. À 17 ans, il avait une VMA de 20 km/h doublées de qualités de vitesse énormes. Et il en fallait, puisqu’au-delà d’un second CAP de conducteur d’engin qu’il passait en alternance, Steeve Blanc-Mappaz galérait alors à joindre les deux bouts, le défraiement de 500 euros par mois consenti par le SOC étant bien loin de suffire à ses besoins…

À la fin de mon CAP, l’entreprise Bianco m’a proposé un CDI mais comme je venais juste d’intégrer l’équipe première de Chambéry, je ne voulais pas lâcher, se souvient Blanc-Mappaz. On terminait parfois tard sur des chantiers en station et pour être à l’heure à l’entraînement, je prenais beaucoup trop de risques sur la route… Alors, j’ai fait le choix de ne pas donner suite. Ça a fait grincer des dents auprès de l’entreprise qui avait financé mon alternance, mon père n’a pas compris non plus, qui est plutôt de la vieille école… Mais je suis allé au bout de mon truc. J’ai passé quatre mois au chômage puis, lorsque la saison d’hiver est arrivée, j’ai été embauché comme perchiste aux Saisies. C’était parfait pour moi : j’attaquais à 10 h 45 pour terminer à 16 h 30, et j’avais négocié mon jour de repos le dimanche.

Reste que ce choix aussi bravache que courageux, le premier de sa carrière, eut le mérite de le lancer dans sa course au haut niveau. Avec, en filigrane, une volonté de prouver au-dessus de la moyenne.

Avec Chambéry, nous avons été champions de France de Fédérale 2, puis remporté le Jean-Prat avant d’échouer à deux reprises pour la montée en Pro D2, rembobine Ringeval. La première fois, c’était contre Aix-en-Provence en 2015, à la toute dernière minute. Sauf qu’entre-temps, pas moins de huit saisons s’étaient écoulées. Lesquelles ont vu Steeve Blanc-Mappaz, estimable joueur de Fédérale, se muer en capitaine emblématique d’une équipe en course pour le Top 14. Par quel miracle ? Aucun autre que du travail, beaucoup de travail, qui lui permit de passer de 88 à 102 kg.

Steeve Blanc-Mappaz : « Essayer d’être plus pragmatique »

L'Ascension Vers le Haut Niveau

En fait, Jean-Noël Spitzer était déjà entré en contact avec moi deux ans plus tôt, par l’intermédiaire de notre deuxième ligne Jorge Gonzalez, précise Blanc-Mappaz. À ce moment-là, Chambéry m’avait quand même récupéré, en me disant que si je faisais une dernière saison au Soc ils me brancheraient avec le FCG, où j’aurais la possibilité de m’entraîner. Bon… Malheureusement, il s’est avéré que cette saison, ça sentait la fin pour Fabrice Landreau, qui ne m’avait pas adressé la parole lorsque je l’avais croisé au détour d’un match de présaison contre Turin. J’ai donc pris mon courage à deux mains et appelé Bernard Jackman, qui m’a dit : "je suis désolé, j’hérite d’un effectif que je n’ai pas construit et j’ai déjà trop de troisième ligne". Il a été honnête mais j’étais vexé, écœuré.

Son départ à Vannes, à titre personnel, je l’ai regretté, prolonge Ringeval. C’était normal qu’il aille se tester à l’échelon supérieur, c’est la vocation qu’a toujours eue Chambéry de former des talents pour le Top 14 ou la Pro D2. C’était juste dommage qu’il ait à passer par cette étape de l’exil à Vannes pendant un an, alors que Grenoble était juste à côté… Je n’ai jamais compris pourquoi le FCG l’a laissé partir, surtout pour le récupérer dès la saison suivante en Top 14. Importante mais insuffisante, toutefois, pour le délester du syndrome de l’imposteur dont on le ressentait confusément habillé lors de ses premières saisons au FCG, cantonné à un rôle de joueur de complément. Jusqu’à ce qu’une rencontre, sur ses terres savoyardes, vienne tout chambouler… Celle d’Eric Pession, ancien coach mental de Jean-Baptiste Grange ou Tessa Worley, qui lui ouvrit de nouveaux horizons.

C’était il y a quatre ans, nous effectuions tous les deux une intervention bénévole auprès des jeunes du club d’Ugine-Albertville et ce jour-là, un feeling est passé entre nous, raconte cet ancien skieur de haut niveau originaire de La Plagne. Avec Steeve, nous avons commencé à travailler sur trois axes. D’abord, canaliser son énergie qui est débordante, mais qu’il destinait parfois à des choses non constructives. Ensuite, ne plus perdre sur des choses non maîtrisables, à l’image du retrait de points cette saison. Un déclic pour Blanc-Mappaz qui, alors jeune trentenaire, se redécouvrit une âme de leader.

Ce travail lui a permis de prendre confiance en lui. J’ai le souvenir d’un match à Oyonnax, au mois de janvier 2021. C’était une des premières fois où il était capitaine, et Grenoble l’avait emporté à Oyo (27-35) en remontant un retard de 21 points. Ce match a été un véritable élément déclencheur. Le début d’une nouvelle ère qui a conduit Steeve Blanc-Mappaz à emmener pour la deuxième fois en autant de saisons son club en finale à Toulouse, en réussissant le tour de force de fédérer son groupe autour de lui face aux difficultés extra-sportives connues par le club alpin, quitte à entrer en conflit ouvert avec sa hiérarchie.

Honnêtement, Steeve est le sportif le plus facile à manager avec qui j’ai travaillé, assure Pession. C’est juste quelqu’un qui a une soif d’exigence énorme mais s’il n’est pas servi, effectivement, ça ne se passe pas bien… Lorsqu’il est monté au créneau dans le bureau de son président pour demander le retrait du terrain d’Aubin Hueber, il ne l’a pas fait pour lui, mais pour l’équipe, et on ne peut pas dire que les faits lui ont donné tort. On lui a donné l’image d’un meneur, alors qu’il n’était en réalité que le porte-parole du groupe, et qu’il sentait que c’était son devoir de le faire." Reste que cette prise de position a forcément laissé des traces dans son rapport à l’actuelle direction, occasionnant un non-renouvellement de son contrat vécu comme un traumatisme par les supporters du club alpin.

Ce sont les aléas du monde pro, déplore Michel Ringeval, d’autant plus partagé qu’il exerce aujourd’hui une fonction de conseiller du président Patrick Goffi. Clairement, les intérêts de Steeve n’ont pas convergé au bon moment avec ceux du club. Il est comme ça, Steeve Blanc-Mappaz. Entêté et intransigeant, parce que droit dans ses bottes, et la conscience tranquille.

Contrairement à ce qui était le cas au début de sa carrière, aujourd’hui, il est son propre moteur, acquiesce Pession. S’il a réussi à effectuer à son âge une saison à plus de 2 500 minutes de temps de jeu, ce n’est pas un hasard, abonde Pession. C’est d’abord parce qu’il reste un garçon "frais" dans le haut niveau puisqu’il ne compte que sept saisons de professionnelles, qu’il a une hygiène de vie exemplaire et ne concentre plus son énergie que dans des choses productives. À aucun moment il n’avait envisagé de quitter Grenoble à l’issue de la saison. Cela a été dur à accepter mais après cela, il a bien fallu qu’il rebondisse, et pour cela il s’est décidé à transformer cette situation subie en nouveau challenge. Cela peut paraître dingue mais, en tant qu’homme de cœur, il ne fonctionne qu’aux coups de cœur.

Avec l’ambition, pour cela, de terminer son aventure en Isère en faisant battre ceux des milliers de supporters du FCG qui n’auront d’yeux que pour lui à Toulouse. Quitte à empêcher le club de son ami Jean-Noël Spitzer, peut-être le seul susceptible de l’accueillir à l’échelon supérieur, d’accéder au Top 14…

C’est un drôle de clin d’œil du destin que de rencontrer en finale l’équipe et le manager qui m’ont fait en premier confiance, conclut le capitaine du FCG. Je suis heureux pour ce club, qui bataille de puis de longues années pour en arriver là. Mais je suis surtout focus sur l‘instant présent et sur la fin de notre histoire avec Grenoble, qui ne sera merveilleuse qu’en se terminant bien.

Statistiques de Steeve Blanc-Mappaz au FCG

Saison Matchs Disputés
2018-2019 11 (Top 14)
Total au FCG 135

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