Le Canal Football Club, plus qu'une simple émission, est devenu une institution dans le paysage audiovisuel français. Diffusée sur Canal+, cette émission a marqué des générations de passionnés de football. Mais son histoire est aussi jalonnée de controverses et de moments clés qui ont redéfini la diffusion du football en France.

Les Débuts Révolutionnaires de Canal+ et le Football
Canal+, diffuseur du championnat de France de football depuis 1984, pourrait bien diffuser son dernier match en mai 2020, à l’issue d’un appel d’offres raté dans les grandes largeurs face au concurrent beIN Sports et au nouveau venu espagnol à capitaux chinois, MediaPro. Sauf revirement, Canal+ ne sera plus le diffuseur du championnat de France de foot à partir de 2020. La fin d’une belle histoire qui avait débuté en 1984. Jean-Michel Aulas a « un petit pincement au cœur ». Mais un portefeuille bien plus épais, alors ça compense.
Le premier match de football sur Canal+, le 9 novembre 1984, a débuté par une phrase étrange de Michel Denisot, aux commentaires. « Les derniers sceptiques seront convaincus. Football en direct avec le match Nantes-Monaco, grâce à l’accord signé entre le président de Canal+ André Rousselet et le président de la Ligue qui est à mes côtés, Jean Sadoul. »
Canal+, rapidement, a voulu tout changer. Charles Biétry, à la manœuvre de cette révolution, racontait au Monde en juillet 2017 : « Le foot à la télé était en deux dimensions : horizontale et verticale. Je voulais ajouter de la profondeur, de l’émotion, du son. » Jean-Paul Jaud, le réalisateur, obtient cinq caméras. La retransmission commence un quart d’heure avant le coup d’envoi. Les interviews se font dans le couloir avant l’entrée sur la pelouse, à la mi-temps, dans les vestiaires après le match. Et les commentateurs s’écartaient du ballon pour causer tactique.
L'Ère Platini : Consultant de Luxe et Moments Mémorables
Avant de rencontrer plus d’avocats que de joueurs de foot, avant de vouloir diriger le football mondial et de s’y brûler les ailes, Michel Platini a été consultant à la télévision. Longtemps. De 1987 à 2006. Et c’était la classe. Sur la fin, Canal ne le sortait plus que pour les grandes occasions, les soirées Ligue des champions. Il parlait peu, un peu plus qu’Arsène Wenger peut-être. Et souvent pour chambrer, pas du tout comme Wenger.
Dans ce rôle, un coup franc, un de plus, a servi sa légende. 18 mars 1993, arrêts de jeu de PSG-Real Madrid, quarts de finale retour de la Coupe de l’UEFA. David Ginola ne s’est pas encore relevé de l’obstruction d’Ivan Zamorano quand Platini, avec toute l’assurance due à son rang, annonce : « Eh ben, voilà le quatrième but. » Coup franc, tête de Kombouaré, quatrième but. Et qualification du Paris-Saint-Germain.
L'Impact Sonore et Visuel : Tududututututu et Bien Plus
Le foot sur Canal, ce sont aussi des sons et des images qui nous replongent dans une ambiance, une époque. Une madeleine de Proust accessible avec un décodeur. Tout commence par ce générique où l’hélicoptère survole la ville qui accueille le match. On part du Pont de pierre ou de Notre-Dame-de-la-Garde pour remonter jusqu’au stade de Lescure ou au Vélodrome. Une signature.
Tout comme ce jingle sonore aussi culte que kitsch, le fameux « tududututututu » qui annonce un but à Caen, Toulouse ou Saint-Etienne les soirs de multiplex, quand tous les matchs ont lieu à la même heure. Parfois recyclé en sonnerie de portable, le « tududututututu » est l’oracle des dernières journées. « Chaque supporter l’attend comme la redoute, expliquait à Ouest-France Eric Besnard, présentateur de l’émission pendant plus de dix ans. Elle est la marque d’un moment fort. On l’entend avant de savoir qui a marqué, ça ajoute à sa force, car cette attente est terrible. Vous avez la musique qui arrive, l’image du stade, et ensuite vous savez ce qu’il s’est passé… »

Évolution des génériques du Canal Football Club (2008-2021)
Lancée en 1992 à l’initiative de Charles Biétry, alors directeur des sports de la chaîne cryptée, cette petite virgule musicale avait pour but de prévenir les téléspectateurs qu’un but venait d’être inscrit, sans dévoiler immédiatement l’équipe buteuse. « L’idée, c’était que les gens comprennent tout de suite qu’il y ait but dans un stade, que ce ne soit pas agaçant s’il y avait vingt-cinq buts dans la même journée. Et qu’elle ait un côté ludique », racontait Jérôme Revon, réalisateur des émissions sportives jusqu’en 2020, à Ouest-France.
CANAL FOOTBALL CLUB - Generique 2015
Paganelli : L'Homme de Terrain Décalé
Laurent Paganelli n’a pas toujours été ce GO des bancs de touche, bronzé en toutes saisons et qui donne parfois l’impression de découvrir le nom des deux équipes commentées. Il invente alors un style et pose un regard « décalé » diront ses fans, « gênants » rétorqueront ses détracteurs. Il y a, bien sûr, les questions à rallonge et sans vraiment de question d’ailleurs, toujours ponctuées de son célèbre « en tous les cas, on te le souhaite ».
Mais Paga, c’est surtout une pratique très personnelle des langues étrangères et complètement décomplexée. En anglais, avec Zlatan Ibrahimovic et Joe Cole (« what’s a goal Joe Cole »), en portugais avec Pauleta, en espagnol avec Edinson Cavani (ce « grande jugador ») ou dans un esperanto à sa sauce avec Mario Balotelli entre l’italien, l’espagnol, l’anglais et l’avignonnais.
L'Intimité des Vestiaires et des Joueurs
Avec Canal, le téléspectateur entre dans l’intimité des joueurs. Il peut presque sentir l’odeur de renfermé du vestiaire, prendre sa douche avec Jean-Pierre Papin ou réclamer la « double prime » au président Claude Bez. La première intrusion des caméras remonte au 2 février 1985. Tours reçoit Toulon, où un certain Rolland Courbis achève sa carrière. Ce dernier raconte que Charles Biétry « l’a bassiné toute la journée pour le faire ».
Les Droits TV et les Controverses Récentes
Un rendez-vous manqué, celui de l'appel d'offres sur les droits de la Ligue 1 pour la période 2020-2024, organisé le 29 mai 2018. Didier Quillot, nommé à la LFP deux ans plus tôt, est à la manoeuvre de « l'opération milliard », l'objectif caché de la Ligue pour le montant annuel du contrat de la L1. Quelques jours avant les enchères, les acteurs intéressés ont, comme de coutume, la possibilité de questionner la LFP sur les modalités de la consultation. Canal+ profite de l'occasion pour opérer une démonstration chiffrée... sous les yeux ébahis de la Ligue et de ses avocats, le cabinet américain Clifford Chance.
Saada émet des réserves quant au modèle économique de Mediapro. Le second arrive le jour même de l'appel d'offres... Le 29 mai au matin, après avoir perdu le premier lot qu'il visait en priorité - les dix meilleures affiches de la saison et la case du dimanche soir (attribuées à Mediapro et beIN Sports) -, Maxime Saada tente de « tuer » l'appel d'offres en misant très bas sur les lots importants. Il espère voir le prix de réserve non atteint et toute la séquence annulée. Raté.
La "Guerre" Canal-Ligue et Ses Conséquences
Ainsi, au terme de la saison 2018-2019, Canal+ négocie le déplacement de 17 heures à 17 h 30 du match de L1 du samedi, pour la saison suivante. Le conseil d'administration de la LFP donne son accord le 7 juin 2019. Alors que la chaîne cryptée prépare, en même temps et secrètement, une assignation devant le tribunal de commerce de Paris, envoyée le 4 juillet. Elle réclame 46 M€ au football professionnel à la suite du mouvement des gilets jaunes durant l'hiver 2018-2019...
La crise sanitaire offre le moyen de régler les comptes. Le 10 avril dernier, lors d'une réunion du bureau de la LFP, Nasser al-Khelaïfi cible Didier Quillot comme le responsable des mauvaises relations avec Canal +. Il sort d'un rendez-vous avec Saada, qui lui a rappelé tous les vieux dossiers, et notamment l'opposition de la LFP, en 2016, à un rapprochement entre Canal+ et beIN Sports, finalement rejeté par l'Autorité de la concurrence.
L'Héritage Visuel de Canal+ : Étienne Robial et l'Identité Graphique
En 1984, le graphiste Étienne Robial inventait les jingles et les génériques de la nouvelle chaîne Canal+. Son mantra : pour créer une identité visuelle efficace, il faut qu'elle soit "facile à identifier, non qu'on doive la mémoriser”. Étienne Robial est chargé de créer, ex nihilo, une identité visuelle complète. Une première mondiale qui va transformer le petit écran en inventant le principe d’habillage télévisuel.
Robial trace une grille, élude le “plus” en toutes lettres au profit du symbole, plus court et identifiable. Étienne Robial fait de l'ellipse multicolore, du plus et de la police Futura adaptée des éléments centraux de l'ADN graphique de la marque. Comme la chaîne émet 24 heures sur 24, le graphiste reprend l’idée d’une horloge avec une ellipse arc-en-ciel qui accompagne les génériques.
En 25 ans à Canal+, Étienne Robial compte 4700 génériques à son actif. Et il a donné à tous ceux qui l'ont suivi une grande leçon : que détourner une contrainte, comme le manque d’espace ou de moyens, pouvait permettre d’ériger la simplicité en image de marque.
Le Jingle des Buts : Un Symbole Incontournable
Avec 18 matchs au même moment, ce mercredi à l’occasion de ce que Thomas Sénécal, directeur des sports de Canal +, annonce comme « le plus grand multiplex de l’histoire » à l’occasion de la dernière journée de la phase de ligue de la Ligue des champions, le célèbre jingle des buts de Canal + devrait retentir à d’innombrables reprises.
L'Identité Visuelle du Canal Football Club
Conformément à l’esprit Canal, l’identité visuelle de l’émission est réussie: le fameux “+” créé par le graphiste Etienne Robial est intelligemment employé dans un pentagone, qui n’est ni le rond ni le rectangle attendus, mais qui renvoie aux faces cousues de nos bons vieux ballons de foot. Ce logo jaune accompagne le titre de l’émission et guide toute son identité visuelle: les bandeaux reprennent sa couleur vive qui se démarque d’autant plus nettement du reste des couleurs qu’il n’y a jamais rien de jaune à l’image (quel objet, quel vêtement est jaune?
Le générique principal comme ceux des pastilles (La Grande surface etc.) qui dynamisent l’émission reprennent les ingrédients incontournables que sont les très gros plans, les ralentis, ce qu’on appelle dans le monde des effets spéciaux les “particules” (eau, fumée, etc., dont on se demande bien ce qu’elles fichent là), et le montage “clipé”. Ce que l’on visualise et ce que les gens racontent restent encore insuffisants: l’habillage musical est systématique. Une écoute distraite établirait surement que le choix consensuel de la pop mi-anglaise mi-électro est privilégié, pourtant c’est plus subtil que cela: il s’agit, lors des interviews comme des ralentis, de guider ce que doit ressentir le téléspectateur (une émouvante empathie lorsque le footballeur raconte ses difficultés, des frissons lorsque l’attaquant marque, etc.).
Des sons accompagnent aussi le montage: quand les plans défilent comme des panneaux ou lorsqu’il y a des fondus (au blanc, au noir, au brillant…), il y a fréquemment comme un bruit de vent pour souligner et accentuer la vitalité pourtant déjà très bien installée par la mobilité de la caméra, la petite profondeur de champ et les “jump cuts” (cut et ellipse dans un même plan, pour ne garder que les mots clés des interlocuteurs, dont on ne va pas non plus écouter tout le développement).
À grand renfort de motion design, les hologrammes et les typographies s’incrustent sur un plateau qu’on pourrait considérer comme déjà surchargé de lumières, de chroniqueurs et même d’écrans (s’agit-il de mettre en abyme l’image sur le plateau pour interroger sa partialité?). L’invité, puisqu’on en parle, est assis, pour ne pas dire coincé, entre deux chroniqueurs: il n’a pas son côté de la table.