Le But de Loko contre le PSG : Une Légende Nantaise Toujours Vivante

Il y a tout juste 30 ans, les Canaris ont inscrit un but d’anthologie, signé Patrice Loko, contre le PSG à la Beaujoire (1-0). Le point culminant du jeu à la nantaise, l’image d’une saison 1994-1995 record. Une rencontre marquée par un mouvement irréel, une inspiration collective magique qui fait toujours date aujourd’hui.

Le vendredi 19 août 1994, le FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau recevait le PSG, champion de France en titre, à la Beaujoire.

Parti à la 18e minute d’une touche rapidement jouée par Benoit Cauet, en deux passes le FC Nantes a offert un condensé de tout ce qu’était le jeu à la nantaise. Jeu rapide fait de mouvements, coordinations, prises de risque, spontanéité et qualité technique.

Les années défilent, les buts ne manquent pas et on a beau chercher mais ce Loko-Pedros Pedros-Loko n’a pas d’équivalent. 30 ans ont passé et pourtant c’est comme si c’était hier.

Les Réactions et Souvenirs Autour de ce But Mythique

Patrick Colleter, défenseur du PSG :

« C’est une action de rêve, un coup de génie. Cela part d’une touche, on n’est pas en place. Sur le terrain cela va tellement vite qu’on n’a même pas le temps d’être surpris. C’est vrai, quand on le revoit on se dit que nous ne sommes pas bien positionnés. C’est sûr, mais à vrai dire, on ne prend pas des buts comme celui-là tous les week-ends. Techniquement c’est parfait. On était au courant que Nantes jouait d’une très belle façon on savait que cette équipe était capable de cela.»

Jean-Michel Tiercelin, responsable de la gestion des ramasseurs de balles :

« Ce but est devenu une référence que je ressors aux ramasseurs de balles avant chaque match depuis 30 ans. J’étais sur le banc de touche avec Coco Suaudeau et les autres membres du staff. On a sursauté, on ne s’y attendait pas. Ce que j’ai retenu de ce but c’est la rapidité de la remise en jeu par Benoit Cauet. C’est l’élément déclencheur qui a déstabilisé la défense adverse. Sans cette volonté de joueur vite, ce but n’aurait pas existé. C’est pour cette raison que j’insiste auprès des ramasseurs de balles sur cette action. Certes sur le but, Benoît Cauet va directement récupérer le ballon, mais cela aurait très bien pu être un ramasseur de balle.»

Eddy Capron, défenseur central du FC Nantes :

« Je n’en garde pas un bon souvenir. La raison est simple, j’étais malade ce jour-là. Et le lendemain, je me suis fait opérer de l’appendicite. Je me souviens, la veille du match, je dormais dans la même piaule que Claude Makélélé au domaine d’Orvault. J’avais mal au ventre toute la nuit, j’ai dû l’empêcher de dormir. Le lendemain (matin du match), je vais au petit déjeuner. Il y avait les coaches, le staff médical. Je ne me sentais pas bien et ils ont pris la décision de me laisser rentrer chez moi. Je savais que je n’allais pas jouer mais j’ai tout de même tenu à assister au match dans les tribunes avec l’un de mes frères. Je me souviens de ce but, je l’ai vécu avec une douleur pas possible. Sur le moment, cela ne m’a pas paru extraordinaire car des buts comme celui-là, j’en ai vu des tas à l’entraînement. On en voyait très souvent dans la fosse où l’on travaillait les jeux aériens et où le ballon ne touchait pas le sol. C’était une prise de risque maximal, on se craquait souvent (rires) mais quand on marquait c’était beau. Je l’ai donc applaudi comme un but normal. Mais c’est après, avec le temps, qu’on s’est rendu compte que ce but était l’image de notre titre. C’était le reflet de notre jeu, de notre folie, de l’insouciance qu’on développait, de la prise de risque, de la volonté de jouer en première intention tout en respectant l’harmonie des courses.»

Vincent, supporter du FC Nantes et témoin privilégié de ce but :

« C’était un moment suspendu dans le temps. Un but comme celui-là, cela ne peut pas s’oublier. J’étais situé devant les 40 mètres à quelques pas de Cauet au moment où cela s’est déclenché. C’est allé tellement vite que j’en suis resté bouche bée comme tous les spectateurs présents dans le stade. C’était de l’ordre de l’irréel. Alors que Patrice Loko venait de placer sa reprise de volée au fond des filets, la réaction du public s’est fait attendre. Il y a eu comme un moment de latence, de décalage. C’était comme si avant de célébrer, il fallait que cette action se réimprime dans la tête de chacun.»

Analyse tactique du FC.Nantes 94/95

Patrice Loko Revient sur Son But Légendaire

Patrice Loko, vingt-huit ans après la victoire de Nantes face au PSG (1-0) à la Beaujoire, votre but reste toujours aussi populaire dans la mémoire collective. Comment l'expliquez-vous ?

Patrice Loko: "Oui, effectivement, on me parle toujours de ce but, que ce soit dans la rue ou au stade. Ce but résume le jeu à la Nantaise qu'on produisait à l'époque. Le collectif était très important et on marquait beaucoup de buts spectaculaires. En plus, ce but a été marqué contre la grande équipe du PSG. Gagner à la Beaujoire de belle manière et avec un but extraordinaire, c'était parfait."

Est-ce que vous êtes sollicité quotidiennement pour ce but ?

P.L.: "On m'en parle très régulièrement. Quand on évoque le PSG ou Nantes, ce but revient toujours dans la conversation. Récemment, le FC Nantes a conçu un t-shirt représentant l'action de ce but. Les supporters s'en rappellent encore et même la jeune génération. Pour certains, ils n'étaient pas nés mais ils l'ont beaucoup vu sur les réseaux sociaux. Quand des émissions diffusent des tops buts de ces dernières saisons, le mien arrive souvent dans les premiers. Entre guillemets, les gens se sont appropriés ce but-là et j'en suis fier car avec mes coéquipiers, on avait réalisé un très bon match ce jour-là. On parle de la finition, mais il y a aussi toute la partie rapide qui précède le but. Dans la réalisation, il était très technique."

Est-ce que vous travailliez beaucoup ce genre d'action à l'entraînement ?

P.L.: "A la Jonelière, il y a un petit terrain fermé, qu'on appelait "La fosse". On s'entraînait beaucoup là-bas en essayant de jouer sans que le ballon touche le sol. On travaillait les centres ou le jeu de tête. On marquait beaucoup et pas seulement moi. Donc oui, ce genre de but, on l'avait déjà inscrit à l'entraînement."

Comment a réagi Jean-Claude Suaudeau après votre but, car cela concrétisait sa philosophie de jeu ?

P.L.: "Je crois qu'il m'avait embrassé avec son grand sourire. Pour lui, le jeu qu'il prônait, c'était ça. C'est-à-dire un jeu rapide pour déstabiliser les défenses."

Est-ce que lui aussi vous en parle encore ?

P.L.: "Je l'ai vu il y a quelque temps quand il faisait son marché à Vannes et je suis allé le voir chez lui car il a une maison pas très loin d'ici. Mon but ? Ça lui fait plaisir d'en reparler. Il me disait aussi qu'il avait connu des groupes de joueurs meilleurs que nous avec les Maxime Bossis ou Henri Michel. Mais ils n'ont pas eu les résultats et l'aura de notre équipe."

Ce but est-il le plus beau de votre carrière ?

P.L.: "Oui car j'adorais mettre en place des actions collectives avec mes coéquipiers. Pour moi, le football c'était ça."

On parle énormément de ce but, mais la véritable démonstration nantaise a eu lieu lors du match retour au Parc des Princes avec cette victoire 3-0...

P.L.: "Je me souviens que l'équipe parisienne nous attendait de pied ferme après notre victoire à La Beaujoire. Elle voulait absolument se racheter. Encore une fois, nous avons réalisé un grand match collectif. Japhet N'Doram avait notamment été extraordinaire sur ce match-là. Quand on commençait les rencontres, on avait une confiance terrible en nous même quand on affrontait des clubs comme le PSG. Avec notre jeune équipe, on ne se posait pas de questions et on jouait notre jeu en suivant les consignes de Coco Suaudeau. A chaque fois, ça marchait car les joueurs se bougeaient et se démarquaient beaucoup. Chaque joueur était à l'écoute de son coéquipier pour appliquer le jeu de passes, très souvent sans contrôle."

Votre but du match aller et votre démonstration au retour ont-elles eu une influence directe sur votre départ au PSG l'été suivant ?

P.L.: "Oui, je pense. J'ai fini meilleur buteur de la saison 1994-95. J'avais 25 ans, j'étais dans la force de l'âge et international français. Luis Fernandez m'aimait bien aussi (rires)."

Comment se déroulaient les matches PSG-Nantes lorsque vous évoluiez sous les couleurs parisiennes ?

P.L.: "Avant le match, on se tapait dans les mains avec les joueurs nantais. Mais une fois le coup d'envoi, c'était fini. Quand un joueur retrouve son ancien club, il se donne à 200% (ndlr : Patrice Loko avait marqué contre le FCN en 1995 et 1996). Mais face à Nantes, c'était un peu plus difficile parce que les joueurs connaissaient ma façon de jouer et mes appels de balle."

Contre quel joueur nantais avez-vous eu le plus de difficultés sur le terrain ?

P.L.: "Eddy (Capron) et Laurent (Guyot) étaient souvent au marquage. Moi, j'essayais de jouer un peu différemment. A Paris, je jouais plutôt ailier droit et je n'avais pas toujours le même joueur sur moi. Mon jeu était fait d'appels de balle dans toute la profondeur et ma force était de pouvoir surgir rapidement. Mais c'est vrai que les duels avec Eddy étaient compliqués. C'était un défenseur rugueux et très athlétique. Si je jouais dos au but face à lui, je n'avais quasiment aucune chance. Je devais donc opter pour un jeu plus en profondeur."

Le Record d'Invincibilité du FC Nantes en 1994-1995

C’est un record qui fête son 30e anniversaire cette année. Au cours d’une saison 1994-1995 de rêve, le FC Nantes emmené par Loko, Pedros et Ouédec est resté 32 matchs d’affilée sans connaître la défaite. Un authentique exploit que le PSG peut toujours battre cette saison, surtout si les Parisiens ne chutent pas à Lyon ce dimanche en clôture de la 23e journée de L1.

Été 1994, Dominique Casagrande, 23 ans, découvre le haut niveau au FC Nantes où il vient d’être recruté comme doublure de David Marraud au poste de gardien de but. A la Jonelière, le centre d’entraînement des Canaris, celui qui vient du club amateur de l’AS Muret, est immédiatement subjugué par la qualité et l’atmosphère des entraînements.

"On s’amusait tous les jours tout en travaillant, poursuit le futur gardien du PSG. On arrivait deux heures avant l’entraînement pour gagner au tennis-ballon. Je n’ai jamais vu ça ailleurs! On était en nage. Il fallait que l’entraîneur Coco Suaudeau ou Georges Eo (son adjoint) interviennent pour qu’on arrête."

Cet été-là, le FC Nantes Atlantique (le nom du club entre 1992 et 2007) a un bon profil d’outsider. Flash back: deux ans plus tôt, les Nantais échappent d’un rien à la relégation administrative en Ligue 2. Faute de moyens, le club n’a pas d’autre choix que de s’appuyer sur son centre de formation, l’un des meilleurs de France à l’époque.

Du mouvement, de la vitesse, des actions à une touche de balle… Le public nantais se régale comme au bon vieux temps. Nantes termine à la 5e place en 1992-1993 et 1993-1994. Habitués à jouer ensemble depuis les équipes de jeunes, Loko, Ouédec, Pedros&co se trouvent les yeux fermés, comme l'explique Christian Karembeu.

"C’est une génération dorée depuis la Coupe Gambardella, la D3, la D4..."

"Des joueurs qui ont grandi et se sont amusés ensemble avec la science du jeu collectif matraquée quotidiennement par le coach", appuie le champion du monde 1998 au micro de RMC Sport.

Pourtant, avant le premier match de la saison face à l’Olympique lyonnais le 29 juillet 1994 à La Beaujoire, personne ne s’attend à ce que cette équipe plane sur le championnat. Et encore moins qu’elle réalise l’incroyable exploit de rester invaincue 32 matchs de rang.

Un record qu’aucune équipe n’a battu depuis 30 ans. Ni l’OL des années 2000, ni le PSG version QSI. "On était une équipe surprise même si on sortait de deux belles saisons, se souvient Japhet N’Doram, indispensable maître à jouer de l’équipe et "papa de tout le monde", selon Dominique Casagrande.

"De belles promesses" titre L’Équipe. Bien senti. Nantes terminera champion de France devant Lyon. La semaine suivante, Nantes pose les bases de son incroyable épopée en allant s’imposer à Auxerre (1-2), à l’Abbé-Deschamps. Un stade où les Canaris avaient la mauvaise habitude de repartir avec une défaite.

"Un match référence, on joue à dix (expulsion de Pignol)", se souvient Karembeu. Après avoir battu Caen et Lille sur le même score, Nantes accueille le PSG, champion de France en titre, le 19 août à La Beaujoire. Un autre match qui forgera l'épopée. Les Canaris font tomber le champion 1-0 grâce à un but d’anthologie de Patrice Loko après un une-deux aérien avec Reynald Pedros. L'ex-milieu du Real Madrid en tremble encore.

"Dès que je revois ce but, j’en ai encore des frissons"

Époustouflante pour le public, cette action ne doit rien au hasard. Elle a été mille fois répétée dans la "fosse" de la Jonelière. La "fosse" c’est le nom donné à un terrain réduit entouré de quatre murs où les Canaris affinent leurs automatismes et apprennent à enchaîner les passes sans que le ballon ne touche le sol.

Tableau des statistiques de la saison 1994-1995 du FC Nantes

StatistiqueValeur
ChampionnatChampion de France
Record d'invincibilité32 matchs
Meilleure attaque71 buts
Meilleure défense34 buts encaissés
Meilleur buteurPatrice Loko (22 buts)

L'Impact du But et de la Saison sur les Joueurs

Plus de vingt ans après la saison extraordinaire du FC Nantes en 1994-1995, vous vous rendez compte que votre génération a marqué les gens?

Patrice Loko: Stade plein, jeu intéressant et on gagnait tout le temps. Beaucoup ont voulu se reconnaître là-dedans.

Nicolas Ouédec: Je me rends compte maintenant de l’impact qu’on a pu avoir sur la génération de certains trentenaires aujourd’hui. Mais à l’époque, on était trop dans notre foot pour réaliser ce qu’on pouvait donner aux spectateurs.

PL: On ne se rendait pas compte de la manière dont on pouvait jouer, et de la manière dont les gens pouvaient prendre du plaisir à nous voir jouer. Je ne pensais pas que c’était aussi beau.

Reynald Pedros: Quand les supporters nantais parlent de nous, je leur dis: « Non, mais attendez les gars, la génération suivante a plus gagné que nous: le championnat et deux coupes. » Pas rien. Pourtant les supporters disent que notre génération était meilleure. C’est ça qui me fait dire qu’elle a marqué les Nantais. Ils s’intéressaient peut-être beaucoup plus au jeu qu’aux titres. Avant nous, Nantes avait quand même fait de très belles choses. Et je ne vois pas trop quelle influence notre génération a pu avoir sur le foot français. Bon, après, rester invaincu 32 matchs d’affilée sur toute une saison n’a pas encore été égalé. On pouvait pourtant s’attendre à ce que le PSG d’aujourd’hui le batte. Et puis non. Ce record n’est pas facile à aller chercher. Je suis hyper fier d’avoir appartenu à cette équipe. Tout le monde ne peut pas être champion de France.

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