Cette saison encore, l'écart de budget est énorme entre les plus gros clubs de Ligue 1, le PSG en tête, et les autres, dans un contexte global d'austérité pour le foot français en raison de l'incertitude des revenus liés aux droits TV.
Après le feuilleton des droits télé, qui a déstabilisé l'économie du foot français et abouti au lancement de la plateforme Ligue 1 + pour la saison 2025-2026, plusieurs clubs du Championnat ont dû entamer une cure d'austérité forcée. Passé tout proche de la rétrogradation et finalement maintenu de justesse en Ligue 1, l'OL en est l'illustration la plus marquante avec un budget amputé de moitié par rapport à l'an dernier.
S'il y a une chose qui ne change pas, en revanche, c'est la forte disparité de moyens entre les formations de l'élite. Le PSG a ainsi un budget 34 fois supérieur à celui d'Angers ou du Havre, qui referment le classement. À lui seul, le club de la capitale a un budget plus élevé que les cinq autres clubs les plus riches du Championnat réunis... ou que les 13 clubs les moins riches.
Pour cette rentrée 2024-2025, la Ligue de football professionnel (LFP) entendait bien capitaliser sur les nouveaux acteurs entrant sur le marché et l’attraction rendue toujours très forte pour l’élite du football français. Avec un certain Kylian Mbappé en locomotive. Las. Au forceps, après de long mois de négociations avec les groupes de l’audiovisuels intéressés et un gros camouflet sur le dossier Canal +, la LFP s’est finalement engagée avec DAZN et BeIn Sports, pour un montant annuel estimé proche de 660 millions d’euros.
Cela contraint même des clubs à revoir à la baisse leurs ambitions et les budgets de la saison. Nous les avons sondé à Sportune pour connaître leur prévisionnel (celui-ci étant donné sans prise en compte des opérations sur le mercato). Cumulé sur les dix-huit formations qui composent la Ligue 1 cette saison 2024-2025, le total dépasse les 2,5 milliards d’euros. Dont le tiers environ tient au seul Paris Saint-Germain, qui génère à la fois saison après saison, des recettes mais aussi des dépenses records à l’échelle du football national.
Le Stade Brestois : Une situation financière délicate
Éric Roy s’est étonné, dimanche 24 août, en conférence de presse, que le club finistérien, ait un budget inférieur à un club qui monte de Ligue 2 quand Brest sort d’une belle campagne rémunératrice de Ligue des champions. C’est pourtant la réalité du moment. Le budget du Stade Brestois est passé de 52 M€ à 35 M€. Le budget du Stade Brestois est passé de 52 M€ à 35 M€.
C’est une phrase qui n’a rien d’anodin, quand on sait à quel point Eric Roy maîtrise l’art de la communication. En fin de conférence de presse, alors qu’on lui demandait s’il souhaitait des renforts, le coach du Stade Brestois a glissé ceci : « On m’a dit qu’on n’avait pas de moyen. J’ai vu qu’on avait le 16e budget de Ligue 1. Je suis étonné qu’on ait un budget inférieur à Metz qui arrive de Ligue 2 alors qu’on sort de la Ligue des champions.
Parfois mauvais perdant, souvent bon client, Éric Roy est toujours attendu en conférence de presse pour ses analyses sans concession et le fond de sa pensée. L'entraîneur du Stade Brestois est un bon communicant, en règle générale, et sa production à Toulouse (0-2), quelques minutes après le premier échec de la saison, a été, à la différence de celle de ses joueurs, au niveau.
Alors qu'il n'a débuté qu'avec une seule recrue (le gardien) - les deux autres sur le banc - pour 12 départs, il a été interrogé sur d'éventuelles nouvelles arrivées, une dans chaque ligne, à une grosse semaine de la fin du mercato. « Je ne sais pas du tout, a-t-il coupé. Le président (Denis Le Saint) était au match, je crois, Greg Lorenzi (le directeur sportif) aussi. Ce sont des questions qu'il faut leur poser. » Encore faudrait-il qu'ils daignent répondre.
Puis le technicien, qui aura 58 ans dans un mois, a clairement fait passer un message aux médias, donc à ses dirigeants. « J'ai vu qu'on avait l'avant-avant-dernier budget. A priori, c'est vrai qu'on n'a pas de moyens. Je suis étonné quand même qu'on ait un budget inférieur à Metz, qui arrive de Ligue 2, alors qu'on sort de la Ligue des champions. Mais bon (rire forcé)... C'est malheureusement l'état dans lequel le club se trouve. »
Le budget est estimé à 35 M€, et la situation serait préoccupante, justement, sans les sous récoltés en C1, grâce à un parcours inespéré jusqu'aux play-offs.
« Ça nous permet d'avoir l'argent pour nous garantir de passer la DNCG, mais on ne roule pas sur l'or, nous affirmait Lorenzi le 22 mai. Il ne faut pas vendre du rêve aux gens sous prétexte que Brest a été en Ligue des champions. » Et ce, malgré les 50 M€ amassés. Car il ne s'agit évidemment pas d'un bénéfice net. Il faut retrancher la location du stade de Roudourou à Guingamp, les travaux pour qu'il soit aux normes, les quatre déplacements à l'étranger, l'augmentation de la masse salariale, les primes aux joueurs et au staff...
Surtout, Brest souffre comme l'ensemble du football français de la baisse drastique des droits télé et du manque à gagner de CVC, soit près de 30 M€.
Dans ces conditions, « la Ligue des champions, en termes de moyens, nous permet de couvrir cette saison et la prochaine », nous assurait Le Saint, le 28 janvier. Donc, le mode de fonctionnement du SB29 n'a pas changé depuis sa remontée en L1 (2019). Il faut vendre avant d'acheter, et vendre bien au moins un élément, souvent clé. Après Lilian Brassier la saison passée (13,5 M€ récupérés entre l'OM et Rennes), c'est Mahdi Camara qui est parti ce mois d'août (8 M€ à Rennes), avant peut-être Pierre Lees-Melou.
Arrivé en janvier 2023, Roy ne découvre pas ces problématiques économiques, qui déteignent naturellement sur le sportif. Pour preuve, il le remarquait déjà à la mi-mai, alors qu'il allait prolonger de deux ans un contrat qui arrivait à son terme.
L'ancien directeur sportif déclarait : « On m'a fait part de l'état financier du club. Je ne pense pas qu'il y aura beaucoup d'investissements l'année prochaine. Et heureusement qu'il y a eu cette aventure en Ligue des champions, parce que je pense que, sinon, on aurait mis la clé sous la porte. » Ce qui est factuellement inexact. Mais ce qui montre que l'entraîneur des Pirates savait très bien que la traversée de l'été serait un peu agitée.
Le parcours en Ligue des champions soulage les finances du Stade Brestois. Le parcours en Ligue des champions soulage les finances du Stade Brestois.
Sans la Ligue des champions, on aurait mis la clé sous la porte , avait lâché Eric Roy lors de sa dernière conférence de presse de la saison à Kerlaurent. Pas tout à fait.
N’empêche, le Stade Brestois va devoir se serrer la ceinture. La faute à des droits télé en berne. Le club comptait dans son budget prévisionnel 2024-2025 sur 15 millions d’euros via CVC, 15 autres millions de droits télé via DAZN.
La fête est finie. Le Stade Brestois doit désormais revenir aux affaires courantes et l’ordinaire du championnat de Ligue 1. Il n’a plus la parenthèse enchantée de la Ligue des champions. Ni les conséquentes primes qui en découlent. C’est-à-dire plus que tout le budget prévisionnel de la saison qui débute, pour un club plus enclin à jouer le maintien dans l’élite qu’avec les gros bras du football continental.
Le budget justement est estimé cette saison 2025-2026 à 35 millions d’euros. C’est celui d’un club de fond de classe, qui va jouer son maintien avant de viser autre chose. La suite, on la connait. Elle a surtout permis de basculer les comptes du déficit à l’excédent.
Dans sa croissance régulière, Brest a son cahier des charges qu’il suit avec prudence et humilité. Sportivement, il conserve les bases de sa réussite, de Grégory Lorenzi à la direction sportive à Eric Roy sur le banc de l’entraîneur.
Structurellement, le club mène le projet de son futur et moderne Arkea Park, dont l’achèvement est prévu pour 2027. Un nouvel écrin pour de nouvelles ambitions.
Tableau des budgets des clubs de Ligue 1
Voici un aperçu des budgets des clubs de Ligue 1 pour donner une perspective comparative :
| Club | Budget (en millions d'euros) |
|---|---|
| PSG | 850 |
| OM | 260 (*) |
| Monaco | 140 (**) |
| Paris FC | 130 (*) |
| Nice | 120 |
| Lille | 110 |
| Lyon | 110 |
| Rennes | 110 (*) |
| Strasbourg | 100 |
| Lens | 60 |
| Lorient | 60 |
| Nantes | 50 |
| Toulouse | 50 (**) |
| Auxerre | 40 |
| Metz | 40 |
| Brest | 35 |
| Angers | 25 |
| Le Havre | 25 (*) |
(*) Budget non communiqué par le club, estimation L'Équipe
(**) Budget non communiqué par le club, estimation Sportune

Les disparités budgétaires en Ligue 1 sont significatives, avec le PSG dominant largement les autres clubs. Le Stade Brestois, avec un budget de 35 millions d'euros, doit naviguer avec prudence pour maintenir sa compétitivité.