Le Brésil, pays du football, a une riche histoire aux Jeux Olympiques. Après trois finales perdues, le Brésil a gagné le seul titre majeur qui manquait à son palmarès, en venant à bout de l’Allemagne aux tirs aux buts aux Jeux olympiques de Rio 2016.
Neymar, buteur décisif, était en larmes. Son visage se déformait déjà et il s’est mis à genoux les yeux fermés, avant de plonger la tête dans la pelouse du Maracana.
Neymar pleurait et venait d’inscrire le tir au but vainqueur en finale du tournoi olympique (1-1, 5 tirs aux buts à 4), le seul trophée que le pays du football n’avait jamais remporté.
Si la pression qui pèse sur un joueur se mesure aux larmes qu’il pleure quand elle s’en va, alors celle sur les épaules de Neymar était immense.
L’attaquant du FC Barcelone, seule star du football brésilien, avait été choisi pour mener la sélection Espoirs vers ce premier titre olympique, deux ans après le « Mineiraço », du nom donné à l’humiliation infligée par l’Allemagne (1-7) en demi-finale de la Coupe du monde au Brésil.
La présence de l’Allemagne en finale lui offrait l’occasion, sinon de l’effacer, au moins de le surmonter. « Nous n’auront jamais de rédemption, mais il est temps de surmonter le déni du 7 à 1 qui paralyse notre football », écrivait samedi matin l’auteur brésilien Sergio Rodrigues.
Le début du tournoi avait rappelé à quel point le football brésilien contemporain peut être laborieux et sans génie. Deux 0-0 contre l’Afrique du Sud et l’Irak avaient provoqué une campagne de dénigrement de Neymar, incapable d’apporter son génie à la sélection et tenu pour responsable à l’avance d’une éventuelle élimination dès le premier tour.
La victoire face au Danemark (4-0), puis face à la Colombie (2-0) et au Honduras (6-0), avaient retourné l’opinion et Neymar, décisif dans ces matches couperets, avait reçu l’ovation du Maracana en demi-finale.
Devant le Maracana arrosé d’une pluie chaude, les billets les plus accessibles se négociaient samedi après-midi autour de 1500 reais, soit 415 euros environ. Bruno Silva, venu s’installer à Rio pour la quinzaine olympique, avait acheté le sien il y a plusieurs mois, dix fois moins cher.

Preuve que le « Mineiraço » était dans toutes les têtes, les deux virages du Maracana continuaient de chanter pendant l’hymne allemand, avant d’entonner le leur avec tout l’orgueil patriotique démontré pendant ces deux semaines de compétition.
Les joueurs allemands, brillants tout au long de la compétition, entamaient pourtant la rencontre de la meilleure des manières. Dès la 11è minute, Julian Brandt enroulait une frappe des 20 mètres qui heurtait la barre transversale.
Neymar, lui, faisait l’objet d’une surveillance particulière, subissant quatre fautes dans les 26 premières minutes. Lorsque Matthias Ginter accrochait sa cheville à la 26è, il se tordait de douleur autant que possible. Finissait par se relever et saisir le ballon avec l’autorité que lui conférait son bandeau bleu de capitaine.
Coup franc à vingt-huit mètres, légèrement à gauche du but du gardien allemand Timo Horn. Quelques pas d’élan, le pied droit fouettait le ballon dont la trajectoire enroulée échappait au gardien allemand, heurtait le bas de la barre transversale et rebondissait derrière la ligne, libérant un vacarme de tous les diables.
Neymar fêtait son ouverture du score en imitant le signe rendu célèbre par Usain Bolt, ravi en tribunes. Les chants à la gloire du capitaine brésilien faisaient danser le Maracana mais la pression allemande revenait sur le but de Weverton.
Dans le dernier quart d’heure de cette première période, les joueurs de Horst Hrubesch, l’homme du tir au but victorieux de Séville en 1982, touchaient deux fois la barre transversale.
Il est toujours tentant de voir dans les frappes sur les montants un signe du destin ; c’est souvent faux. A la 59è minute, le milieu droit allemand Jeremy Toljan centrait en retrait pour Maximilian Meyer, le capitaine, dont la reprise sans contrôle trompait Weverton.
Le premier but encaissé par la sélection brésilienne dans ce tournoi olympique. Le Brésil se mettait alors à jouer mieux que jamais dans la rencontre, Neymar à la baguette de chaque action.
Il ne pouvait pas être partout et il manquait à la conclusion, dans la fin de ce temps réglementaire comme dans les prolongations.
Le stade n’avait rien perdu de son souffle et, deux fois dans le temps de jeu supplémentaire, entonnait son chant qui a envahi les stades de volley-ball, de basket et de football durant les JO : « Eu sou brasileiro, com muito orgulho, com muito amor ! »
Les sifflets se faisaient de plus en plus stridents à chaque attaque allemande mais, à l’issue des prolongations, les chants faisaient place à un bruyant murmure.
Plusieurs joueurs brésiliens s’allongeaient par terre comme s’ils encaissaient une défaite. Le Brésil pouvait-il battre l’Allemagne aux tirs au but ?
Mathias Ginter s’avançait vers le point de pénalty flanqué de l’arbitre central iranien, la sono crachant « The Next Episode » de Dr Dre et les tribunes tout leur fiel. Il marquait et gardait une réserve de circonstance.
Les Brésiliens, eux, brandissaient le poing après chaque tir au but réussi, faisaient des moulinets pour faire grimper les décibels.
Weverton, 28 ans, gardien de l’Atletico Paranaense appelé de dernière minute après la blessure du titulaire Fernando Prass, plongeait du bon côté pour arrêter le tir de Nils Petersen et, dans le camp brésilien, seul Neymar n’exultait pas.
Il avançait d’un pas décidé vers Timo Horn et, au bout d’une course d’élan en deux temps, prenait le gardien allemand à contre-pied.
Une heure après le coup de sifflet final, bandeau « 100% Jesus » sur le front, Neymar ouvrait les gradins pour prendre des selfies et un dernier bain de foule.
De son siège, Usain Bolt ne pouvait faire qu’un seul constat : il lui faudrait pratiquer un autre sport pour s’inscrire véritablement dans le cœur des Brésiliens.

Autres athlètes brésiliens ayant marqué l'histoire des JO
Outre le succès de Neymar et de l'équipe de football à Rio 2016, d'autres athlètes brésiliens ont marqué l'histoire des Jeux Olympiques :
- Joao Carlos de Oliveira (athlétisme ; JO 1976 et 1980) : Médailles de bronze au triple saut à Montréal et Moscou.
- Joaquim Cruz (800 m ; JO 1984, 1988) : Médaille d'or à Los Angeles et médaille d'argent à Séoul.
- Oscar Schmidt (basket-ball; JO 1988, 1992, 1996) : Meilleur marqueur des Jeux olympiques 1988 et 1992.
- Aurelio Miguel (judo ; JO 1988, 1996) : Premier judoka brésilien sacré champion olympique en 1988.
- Torben Grael (voile ; JO de 1984 à 2004) : Cinq médailles olympiques en voile.
- Giovane Gavio (volley-ball ; JO 1992, 1996, 2000, 2004) : Deux médailles d’or en volley-ball (1992, 2004).
- Rodrigo Pessoa (équitation ; JO 1992, 1996, 2000, 2004, 2008) : Titre olympique en 2004 au saut d’obstacles.
- Maurren Maggi (athlétisme ; JO 2008) : Championne olympique du saut en longueur en 2008.
- Gustavo Kuerten (tennis ; JO 2000, 2004) : Ancien n°1 mondial en tennis.
- Cesar Cielo (natation ; 2008, 2012) : Champion olympique du 50 m nage libre en 2008.

L'Épopée de l'Équipe de France aux JO de Los Angeles 1984
Il est également intéressant de noter le parcours de l'équipe de France aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984. Des joueurs de première division expérimentés et talentueux, un vrai groupe, qui se préparait depuis plus d'un an pour jouer cette compétition, pour finir en apothéose, face au Brésil (tiens tiens...) : cette épopée des Bleus à Los Angeles restera gravée à jamais dans le marbre du football français.
Le 29 juillet, les Tricolores démarrent la compétition olympique sur la côte est des États-Unis, entre Annapolis et Boston, avec un nul face à une surprenante équipe du Qatar (2-2). Les Bleus l'emportent heureusement deux jours plus tard face à la Norvège (2-1) et terminent la première phase en tête de leur groupe A, grâce à un quatrième point obtenu face au Chili (1-1) le 2 août.
En quart de finale, le 5 août, au fameux Rose Bowl de Pasadena, Daniel Xuereb inscrit un doublé décisif qui permet aux Français de se défaire de l'Égypte (2-0). Trois jours plus tard, toujours à Pasadena, les hommes d'Henri Michel doivent attendre la prolongation pour faire la différence face à une Yougoslavie très accrocheuse, pourtant menée 2-0 à la mi-temps et en infériorité numérique. Au terme d'un scénario incroyable, les Bleus obtiennent leur ticket pour la finale, grâce à des buts de Guy Lacombe et Xuereb (4-2).
Lors de l'ultime match, le 11 août 1984, sous les yeux de près de 102 000 spectateurs, toujours dans l'enceinte du Rose Bowl, les Tricolores ne font pas de sentiment face au Brésil de Dunga, futur capitaine de la Seleção championne du monde 1994 et finaliste du mondial 98 en France, et s'imposent 2-0.
Le saviez-vous ? Daniel Xuereb, à l'époque joueur du Racing Club de Lens, est le seul joueur parmi les 18 à être né en région Sud, à Gardanne plus précisément.
Formiga : Une Légende du Football Féminin Brésilien
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Ouvrir le livre de la carrière de Formiga, Miraildes Maciel Mota de son vrai nom, c’est d’abord une invitation au voyage. Du Brésil à la Suède, de la France aux États-Unis. La milieu de terrain a eu mille vies sur le rectangle vert.
De ses débuts à Sao Paulo, en 1993, soit seulement douze ans après que la pratique du football ne devienne légale au Brésil. Formiga avait alors 3 ans. Et sans le savoir, la décision politique qui venait d’être votée allait tracer le sillon d’une incroyable carrière. À sa signature au PSG, en 2017, où elle a conquis en juin dernier le titre de championne de France.
28 ans de carrière où tout ne fut pas simple. Car dans les années 1990, la pratique du football a beau être possible pour les jeunes filles, elle est encore moquée, pointée du doigt. Pour Formiga, tout doit être acquis de haute lutte. Les valeurs « travail » et « résistance » érigée en mantra.
Pendant dix ans, elle connaît cinq clubs au Brésil, dont Sao Paulo, là où tout a commencé pour elle, mais aussi Santos, la maison du roi Pelé. Puis à 25 ans, vient l’exil vers la Suède, à Malmö. 30 matches, 7 buts inscrits, avant de traverser de nouveau l’Atlantique, direction les États-Unis cette fois.
Quand elle revient au Brésil, à Sao José, en 2012, on se dit qu’elle prépare une retraite bien méritée dans son pays natal. Raté. En 2017, Formiga (la fourmi, en Portugais), se lance un nouveau défi. À 38 ans, elle s’engage avec le Paris Saint-Germain.
Elle y découvre la Ligue des champions, y gagne une Coupe de France en 2018, avant de décrocher la couronne nationale cette saison, face aux rivales lyonnaises.
Car Formiga rime aussi records. En 2019, elle est devenue la première joueuse de l’histoire à participer à sept reprises à la Coupe du monde, lors du tournoi organisé en France. Cet été, elle fait partie du groupe brésilien embarqué aux Jeux olympiques de Tokyo. Sa septième participation à des JO, un record pour une discipline collective.
C’est bien simple, depuis Atlanta en 1996, où a été introduit le football féminin, Formiga a été de toutes les olympiades.
Alors qu’elle bouclera la boucle à Sao Paulo à la rentrée, la « Fourmi » peut-elle, à 43 ans, ramener enfin l’or olympique ? L’espoir est permis.
Tableau des médailles d'or du football aux Jeux Olympiques
Voici un aperçu des vainqueurs du tournoi de football aux Jeux Olympiques à travers l'histoire :
| Année | Pays | Ville |
|---|---|---|
| 1908 | Angleterre | Londres |
| 1912 | Angleterre | Stockholm |
| 1920 | Belgique | Anvers |
| 1924 | Uruguay | Paris |
| 1928 | Uruguay | Amsterdam |
| 1936 | Italie | Berlin |
| 1948 | Suède | Londres |
| 1952 | Hongrie | Helsinki |
| 1956 | URSS | Melbourne |
| 1960 | Yougoslavie | Rome |
| 1964 | Hongrie | Tokyo |
| 1968 | Hongrie | Mexico |
| 1972 | Pologne | Munich |
| 1976 | République démocratique allemande | Montréal |
| 1980 | Tchécoslovaquie | Moscou |
| 1984 | France | Los Angeles |
| 1988 | URSS | Séoul |
| 1992 | Espagne | Barcelone |
| 1996 | Nigeria | Atlanta |
| 2000 | Cameroun | Sydney |
| 2004 | Argentine | Athènes |
| 2008 | Argentine | Pékin |
| 2012 | Mexique | Londres |
| 2016 | Brésil | Rio de Janeiro |
| 2020 | Brésil | Yokohama |
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