Les Bottes de Sept Lieues du Racing Club de Strasbourg: Une Histoire de Football et de Résilience en Temps de Guerre

Tout Strasbourg, toute l'Alsace, comme toujours depuis 1934, espèrent la grande saison, quand se prépare le championnat. En 1939, l'entraînement reprend le 18 juillet sous la direction d'un ancien international autrichien : Rumbold. Le bruit des crampons, chez les jeunes professionnels, couvre le bruit des bottes ; à 20 ans, peut-on avoir peur de l'avenir ?

L'avenir immédiat, c'est le premier match contre le Racing Club de Paris et sa nouvelle réserve : Oscar Heisserer. A Paris. Une victoire contre Nancy (7-3) laisse tout espérer. Mais le 2 septembre, dans la campagne alsacienne, les cloches sonnent. La guerre. Pour l'instant, la drôle de guerre, mais pas drôle pour les Alsaciens.

Du jour au lendemain, tout s'arrête. Les compétitions sont suspendues. C'est l'évacuation (1/3 des Alsaciens transplantés dans le Sud-Ouest), la mobilisation. Face à cette situation, un jeune étudiant strasbourgeois, Paul Wolf, prend l'initiative de regrouper les footballeurs évacués et de poursuivre en Dordogne l'activité du Racing.

Avec le président du CA Périgueux, on crée l'Entente Périgueux-Strasbourg avec siège social au café de Paris. Emile Stahl, celui qui sera dans l'ombre du Racing pendant 30 ans, viendra retrouver ses amis Wolf, Lergenmuller, Messaoud, Engel, Schaaf, Paganini. Il y a même, c'est le comble, un certain Fuhrer ! On inaugure en grande pompe, avec M. Naegelen, élu de la ville de Strasbourg, et le préfet, une plaque au stade.

Paul Wolf plaide, à Paris, aux instances de la Fédération française de football, la participation du Racing au championnat dans le groupe Sud. Et ce qui devait arriver arriva : voilà les Alsaciens, les Yaya, comme on les appelle au pays de la truffe, champions... de Dordogne en 1940 (goalaverage : 46-8).

Localisation de l'Alsace en France.

Engel et Schaaf, qui auront un destin tragique, planent sur le match Strasbourg-Copo. Et l'aventure continue, avec l'entraîneur Rumbold et le jeune Paul Wolf, lors d'une coupe de France mémorable. Avec un 16ème de finale contre les Girondins de Bordeaux et Paco Mateo, qui ne sait pas encore qu'il illuminera, durant 20 ans, le football Alsacien.

Les Yaya vont dire Yo Yo devant les exploits de leurs jeunes footballeurs qui font la une des journaux sportifs en allant jouer et perdre en 8ème de finale la Coupe à Sète, l'une des meilleurs équipes françaises, devant, nous disent les chroniqueurs, "une assistance suffisante".

Émue, elle l'est, la belle plume du journaliste vedette du sport français, Jean Eskenazi, que nous avons connu, à la grande époque de France Soir, en chemise de soie, nœud papillon et œillet à la boutonnière. Il écrit dans la colonne de Football 39, une "Lettre à un ami alsacien", titrée "Bravo Strasbourg et Périgueux. Pour les bonnes choses, le courage d'abord."

Il y a un club dont le titre est aussi ronflant que celui d'un condottiere du XVIème siècle : Strasbourg de Périgueux ! Pour l'accueil, la méfiance d'abord, la générosité ensuite. Enfin le public. Déjà râleur, siffleur et impatient.

Eskenazi, dans cette lettre d'amour-sincérité, évoquant la mémoire du premier mort officiel de la guerre, pour le Racing, son secrétaire général Auguste Zinmeister, dit "Gus", tué comme lieutenant en service près de Stutzheim, raconte son vécu au stade de la Meinau.

"Brave Gus ! Où j'ai le plus prisé son caractère, c'est un jour que Strasbourg avait été battu sur son terrain par un score sévère. Un public qui comme tous les publics, va au stade pour voir gagner son équipe plus que pour assister au football, manifestait son mécontentement de façon intempestive. Quelques braillards, ceux qui se défilent quand on a besoin d'eux, s'en prenaient plus directement au facile bouc émissaire qu'est le secrétaire général. Je revois Zinsmeister. Des moineaux en cage, après la débâcle de juin 1940.

80 ans de la Libération : l'histoire méconnue d'Oscar Heisserer, footballeur et résistant

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