Le Plus/Minus en NBA : Histoire, Importance et Controverses

Le monde de la NBA est riche en statistiques, mais l'une d'elles, le plus/minus (+/-), suscite souvent des débats passionnés. Cette statistique, qui mesure le différentiel de points d'une équipe lorsqu'un joueur est sur le terrain, est-elle un indicateur fiable de la performance individuelle ? Cet article explore l'histoire du plus/minus, son importance croissante et les controverses qu'elle engendre.

L'Émergence et l'Importance Croissante du Plus/Minus

Initialement empruntée à la NHL (Ligue Nationale de Hockey), la statistique du plus/minus a fait son chemin dans le monde du basketball. Selon Basketball Reference, il est possible de calculer le plus / minus des joueurs NBA à partir de 1974, date de la prise en charge des contres et des interceptions. Depuis la saison 2000-2001, Basketball Reference recense cette donnée à chaque match, révélant ainsi son importance croissante chez les franchises NBA.

Saison après saison, cette statistique a pris un peu plus d'importance chez les franchises NBA. Au point que des outils encore plus complets ont été mis en place. ESPN a recours au « real plus-minus » (RPM). Le RPM veut ainsi isoler la performance de chaque joueur, indépendamment des autres, et calcule plus précisément combien le joueur apporte et « coûte » à son équipe (il y a ainsi un RPM offensif et défensif).

Un exemple frappant de l'impact du plus/minus est celui de Luc Mbah a Moute lors d'une victoire des Rockets contre les Nuggets. Il n'a pas manqué d'être surpris en regardant la feuille de stats de cette nuit. Dans la victoire contre les Nuggets, l'ailier des Rockets a signé un match parfait à plus d'un titre : 13 points à 100% aux tirs (5/5), 4 rebonds, autant d'interceptions et un joli 20 d'évaluation. Mais le nombre le plus impressionnant de la ligne est… le +57 ! Ce différentiel, appelé plus/minus (+/-) signifie que lorsqu'il était sur le terrain, les Rockets ont scoré 57 points de plus que Denver. Durant la première période, il s'est plus ou moins calqué sur la cadence et l'écart de son équipe : +18 de différentiel personnel lors du premier quart-temps, puis +15 lors du second. Puis +11 dans le Q3, et enfin +13 dans l'ultime période. Son +57 est tout simplement historique dans une statistique empruntée au départ à la NHL. Depuis la saison 2000-2001 et le début du recensement fait à chaque match par Basketball Reference, jamais un joueur n'avait réalisé une telle performance.

Le Top 10 des saisons de joueurs les plus prolifiques au niveau du + / - :

LeBron James, un des joueurs dominant le Top 10 actuel.

Les Controverses et Limites du Plus/Minus

Malgré son utilité apparente, le plus/minus est loin de faire l'unanimité. Gregg Popovich, l'entraîneur des Spurs, a exprimé son scepticisme quant à la valeur de cette statistique :

« Je ne regarde jamais le plus/minus. Je pense que c’est une arnaque. (…) C’est compliqué de prendre en compte qui est sur le terrain selon la configuration du groupe. Parfois, vous allez en tirer bénéfice avec le +/- et d’autres, non. J’ai toujours eu l’impression que cette stat s’était faufilée chez nous sans prévenir. Nous sommes revenus une année et soudainement, il y avait le +/- sur la feuille de stats. Personne n’avait rien dit, personne n’avait rien demandé à ce que je sache. C’est une chose horrible pour les joueurs car ils le regardent et ils se demandent : ‘Pourquoi je ne joue pas ? Mon ratio est bien meilleur que l’autre gars.’ C’est un cauchemar pour un coach. »

Pour le coach des Spurs, le ratio +/- est donc trompeur, et ne peut pas permettre de jauger la qualité d'un joueur.

En effet, le plus/minus peut être influencé par de nombreux facteurs, tels que la qualité des coéquipiers, l'adversité rencontrée et même la chance. Ainsi un joueur moyen, comme Mbah a Moute par exemple, peut se retrouver avec un fort ratio, non pas forcément parce qu'il joue bien et apporte à l'équipe.

Pour pallier ces limitations, des statistiques plus avancées ont été développées. ESPN a recours au « real plus-minus » (RPM). Comme cette stat est effectivement biaisée, ESPN a décidé de prendre en compte le “real plus-minus“, un indice créé par deux anciens statisticiens des Suns, et il propose d'ajouter le différentiel sur 100 possessions en attaque et celui sur 100 en défense. On obtient alors deux chiffres : un +/- en attaque, et un +/- en défense. L'objectif est d'isoler la performance d'un joueur de celles de ses coéquipiers, mais aussi de moins avantager une équipe qui joue vite, et qui forcément marque plus de points si elle est efficace. Cette fois, il s'agit d'évaluer le différentiel à partir de celui d'un joueur moyen, estimé à 0. Cela permet ainsi d'homogénéiser l'impact d'un joueur, et d'éviter que certains éléments profitent des cartons de leur équipe pour faire exploser leurs chiffres. Là encore, il s'agit de distinguer la performance d'un élément, par rapport à ses coéquipiers, et notamment les remplaçants, mais aussi de ceux des autres équipes.

Le Plus/Minus et l'Attribution des Trophées Individuels

Le plus/minus peut également influencer la perception des joueurs dans la course aux trophées individuels. Antetokounmpo mérite-t-il ce trophée ? Oui, sans aucun doute. Sur la période considérée à la demande de la NBA, du début de la saison régulière jusqu'au 11 mars, Giannis Antetokounmpo a réalisé les statistiques les plus complètes de tous les prétendants, notamment les deux autres finalistes LeBron James (Los Angeles Lakers) et James Harden (Houston Rockets). Le tout dans une équipe qui, avant de s'effondrer cet été (élimination en demi-finales de Conférence Est contre Miami), avait enregistré des statistiques quasiment historiques. Longtemps, les Milwaukee Bucks ont été dans les temps de passage des Chicago Bulls de 1995-1996 (72 victoires-10 défaites) et des Golden State Warriors (73 v.-9 d.). Et ils n'ont commencé à faiblir qu'en mars. À titre personnel, le Grec de vingt-cinq ans a terminé cinquième meilleur marqueur (29,9 points) et deuxième meilleur rebondeur de la ligue (13,6).

Le plus/minus (différence de points quand un joueur est sur le terrain) donne aussi l'avantage à Antetokounmpo avec un +10,8 par match pour lui contre +6,6 pour James et +4,2 pour Harden. Enfin, le « PER » (un ratio qui est une sorte d'équivalent statistique de l'évaluation) est sans appel en faveur du Grec. L'écart entre lui et Harden (3 points environ) est aussi important qu'entre le joueur des Rockets, 2e, et le 6e. James est lui encore plus loin au classement de cette statistique. Hormis la moyenne de points (favorable à Harden), quel que soit le point de vue chiffré adopté, Antetokounmpo a quasiment toujours l'avantage.

Cependant, l'attribution des trophées peut être source de controverse, comme l'a souligné LeBron James : « Ça me fait chier, a même déclaré James après la victoire sur Denver au match 1 de la finale de Conférence Ouest (126-114). Ce qui me fait le plus chier c'est, sur 101 voix, d'avoir été désigné seulement 16 fois à la première place. » D'autres affirmant qu'il existe un préjugé sur James Harden à cause de son style de jeu particulier. Enfin beaucoup remettent une nouvelle fois en cause le fait que seuls des journalistes et consultants votent, 100 au total, dont fait partie l'auteur de ces lignes (qui a d'ailleurs émis le vote suivant : Antetokounmpo, James, Harden, Doncic, Davis).

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Exemple concret: Jalen Williams et son Plus-Minus effroyable

Jalen Williams a vécu une soirée cauchemardesque. Et pas seulement parce que les Indiana Pacers ont dominé l’Oklahoma City Thunder. Il sortait pourtant d’une incroyable performance puisqu’il avait collé 40 points aux Pacers dans la rencontre précédente. Surtout il a enregistré un plus-minus effroyable : -40. Le pire de toute l’histoire des Finales NBA, puisqu’il a battu les -38 de Jrue Holiday l’an passé. Outre Jrue Holiday, Jayson Tatum (deux fois), Kobe Bryant, LeBron James ou encore Dwyane Wade sont dans le Top 10. Logique, puisqu’ils sont des joueurs avec pas mal de minutes et qu’ils ont tous connu une ou plusieurs grosses défaites.

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