Bernard Lemaître : Biographie d'un Homme d'Affaires et Figure du Rugby Toulonnais

Bernard Lemaître est une figure emblématique du monde du rugby et un homme d'affaires prospère. Son parcours est marqué par un engagement profond envers le Rugby Club Toulonnais (RCT) et une carrière réussie dans l'industrie bio-pharmaceutique. Cet article explore sa biographie, de ses débuts à son rôle actuel à la tête du RCT.

Un Parcours Militaire Marquant

Avant de se lancer dans le monde des affaires et du rugby, Bernard Lemaître a eu une expérience militaire intense. Il explique avoir été lieutenant dans un commando de chasse et avoir dirigé une section de 25 hommes lors d’opérations dans certaines zones. « J’étais lieutenant dans un commando de chasse rattaché au 512e régiment du train. Je gérais une section composée de 25 à 28 hommes. En opérations, je ne portais pas mes galons, nous étions camouflés avec des gandouras (tenue traditionnelle du Maghreb) sur nos uniformes.

Il avoue avoir vécu des drames durant cette expérience, des histoires qu’il n’oubliera jamais. « C’est une expérience, intense, avec beaucoup de traumatismes… Vous arrivez dans une mechta (un hameau) où il n’y a personne. À l’odeur, vous avez compris… Vous ôtez les planches, découvrez les cadavres… Il y a certaines odeurs qu’on n’oublie jamais… (il marque une pause) J’ai vécu d’autres drames : ce fermier du coin qui arrive affolé et en larmes. On fonce vers sa ferme. On y découvre son fils égorgé. Et toujours cette odeur… Les bruits.

Refus d'un Ordre Controversé

Bernard Lemaître ne le cache pas : il a fait 45 jours de prison pour avoir refusé de livrer 17 harkis au FLN, lesquels ont tous été égorgés ensuite. « En août 1962, j’ai reçu l’ordre de livrer 17 harkis de ma section au FLN. Voilà : vous avez compris… J’ai refusé. J’avais une décoration sur mon uniforme poitrine, je l’ai enlevée et laissé tomber à terre devant les yeux de la personne qui m’a donné cet ordre. Pour ça, j’ai fait de la taule. Quarante-cinq jours. J’ai refusé cet ordre. Je savais ce qui arriverait à ces hommes.

Il précise n’avoir jamais parlé de ces histoires depuis au moins 60 ans. « Vous savez, j’ai toujours refusé de parler de tout ça.

Ascension dans l'Industrie Bio-Pharmaceutique

En 1978, Bernard Lemaître a créé Stedim, une entreprise de biotechnologie spécialisée dans la fabrication de poches plastiques pour le domaine bio-pharmaceutique. En 2007, Stedim a fusionné avec le groupe allemand Sartorius pour donner naissance à un leader mondial, Sartorius Stedim Biotech. À l’issue de ce rapprochement, il a créé la SAS Financière de la Seigneurie, une société de placement à but patrimonial, avec un associé.

Il avait un bac en poche à 16 ans, et recalé à l’école militaire de Saint-Cyr pour son trop jeune âge, il est envoyé à Toulouse, où il obtient un diplôme d’ingénieur en vue de reprendre l’exploitation agricole familiale. Grace aux petites annonces, il déniche un boulot de délégué médical pour un laboratoire pharmaceutique dans le Sud-Ouest.

Le succès n’est pas venu tout seul. Bernard Lemaître évoque même «une orgie de travail pendant 40 ans». Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de figurer encore dans de nombreux conseils d’administration, et de s’investir physiquement au RCT deux ou trois jours par semaine: «Je ne crois pas être capable d’arrêter de travailler.

Sa vraie surface financière? Il préfère la garder pour lui, par pudeur. Mais elle est très importante. Pour repère, en 2013, le magazine Challenges le plaçait en 386e position au classement des gens les plus riches de France. Aujourd’hui, sa fortune est estimée très largement au-dessus des 100 millions d’euros: «À une époque, j’étais très pauvre.

En plein accord avec sa femme qui partage ses valeurs, il veut aussi essayer de «compenser autant que faire se peut, les misères humaines». Vaste programme. «Nous avons créé une fondation pour ça. On travaille aujourd’hui avec dix institutions spécialisées. Cela nous tient vraiment à cœur et nous en sommes fiers. Voilà qui est dit et situe un peu mieux Bernard Lemaître, ses succès, ses aspirations et sa générosité.

Engagement dans le Rugby et le RCT

La passion de Bernard Lemaître pour le rugby remonte à ses jeunes années. Il a joué au rugby « au niveau national durant une dizaine d'années » et a été président du club de Mérignac entre 1970 et 1977. Cette passion l'a naturellement conduit à s'investir dans le Rugby Club Toulonnais.

En 2018, il a proposé au Rugby Club Toulonnais de les aider à investir dans les infrastructures dont le club manquait. Investir dans la formidable histoire du RCT et renforcer ses moyens sont au cœur de sa démarche. En février 2020, le Racing Club de Toulon officialisait la venue de Bernard Lemaître à la place de Mourad Boudjellal.

Lemaître était déjà actionnaire majoritaire du club depuis le 3 décembre. « La holding de Bernard Lemaître, Financière de la Seigneurie, devient majoritaire au capital du RCT », a indiqué le club dans son communiqué présentant l’opération comme un renforcement des « capacités financières pour accélérer la mise en œuvre de son plan 2019-2023 ».

Il veut juste vibrer encore un peu pour un projet qui lui tient à cœur et partager les fruits de sa réussite mais aussi sa grande expérience et sa rigueur d’ancien grand patron.

Objectifs et Stratégies pour le RCT

"Mon ambition est de ramener le RCT au plus haut niveau après deux années en demi-teinte", a-t-il expliqué ce jeudi dans le Super Moscato Show sur RMC, avant d'en dire plus sur son projet."On a au moins une méga-star, qui est Eben Etzebeth, champion du monde avec l'Afrique du Sud. C'était mon rêve comme deuxième ligne depuis 2015. La tendance aujourd'hui pour plusieurs raisons, notamment économiques, est d'essayer de créer les vedettes de demain, nationales ou internationales. On a un gros programme de formation qui réussit bien. On a incorporé beaucoup de jeunes ces dernières saisons.

Il a déjà fallu restaurer la santé financière du club. Elle était très en danger. Puis il a fallu refonder une politique basée pas exclusivement, mais principalement sur la formation. Il y a même certains de nos jeunes qui sont sélectionnés en équipe de France. C’est flatteur. Cette politique colle à la feuille de route désirée par Patrice Collazo. Elle se met progressivement en place. Dans ce contexte, il fallait aussi créer des infrastructures avec un centre de très haute performance qui vient d’ouvrir. Il est considéré comme étant le plus abouti dans le domaine du rugby. On a créé un outil exceptionnel. Il va payer dans les années qui viennent.

Son modèle dépensait plus qu’il ne gagnait avec des pertes constantes. En l’occurrence au premier trou dans la route la voiture part en tonneaux. C’est exactement ce qui se passe avec la pandémie. Quand les clubs n’ont plus de recettes, c’est la catastrophe. Les clubs n’ayant pas de réserves sans avoir eu une gestion prudente se retrouvent en grosse difficulté.

Il donne la réponse lui-même. Un modèle qu’il avait lui-même créé. Ce modèle sportivement était risqué. Quand vous ne gagnez plus, il en prend un coup. C’est ce qui est arrivé contre Lyon en barrages à la fin de la saison 2017/2018. Il y avait eu une équipe de stars incroyable battue par le LOU. Cette équipe de stars avait un coût. Entre 2017/2018, 2018/2019 et 2020, il y a eu quand même une perte de recettes de 10 millions.

Les joueurs du RCT disputent leurs matchs à huis clos depuis l’automne. Seuls quelques matchs ont eu droit à une jauge partielle, de 4 000 à 5 000 spectateurs, alors que le Stade Mayol peut en accueillir 18 000. Le manque à gagner est énorme. Quand on ajoute à cela les difficultés économiques de la région et du pays, il est difficile de conserver ses partenaires et abonnés.

Néanmoins, cette crise et les restrictions sanitaires qui en découlent posent un problème éthique. Jusqu’où, jusqu’à quand tenir ? Dans une entreprise en difficulté, pour tenir le cap, il faut de la visibilité, or nous en manquons cruellement. De plus, même lorsque la vie reprendra dans les stades, il nous faudra réhabituer les gens à venir et nous ne pouvons pas savoir comment réagira le public.

En 2020, Bernard Lemaître a investi 12 millions d’euros dans le RCT Center, un centre de formation de haute performance pour les jeunes joueurs. Ces installations sont uniques dans le monde du rugby de par leur ampleur et leur qualité.

Voici un tableau récapitulatif des investissements et objectifs de Bernard Lemaître pour le RCT :

Investissement/Objectif Description
RCT Center Centre de formation de haute performance pour les jeunes joueurs.
Moyens financiers Assurer la pérennité du club et maintenir sa compétitivité.
Plan de formation Former les jeunes joueurs qui seront les vedettes de demain.
Infrastructures Création d'un centre de très haute performance.

Transition et Relations avec Mourad Boudjellal

Après douze ans à la tête du club, Mourad Boudjellal laisse sa place de propriétaire du RC Toulon. Plus actionnaire, Mourad Boudjellal reste quand même président du RC Toulon. « Le Top 14 nécessite des capitaux financiers importants, notamment pour doter notre club d’infrastructures sportives de haut niveau », a expliqué Boudjellal. Bernard Lemaître avait déjà financé la construction du nouveau centre d’entraînement du RCT. Ce projet devrait voir le jour en juin prochain. « Je suis heureux que la collaboration de Bernard Lemaître nous permette de nous comparer sur ce plan aux meilleurs clubs d’Europe », a poursuivi le président des Rouges et Noirs.

Interrogé sur les nombreuses sorties médiatiques de Boudjellal depuis son départ, Lemaître a balayé tout début de polémique. "Il ne m'a rien vendu. Je n'ai pas arrêté de mettre de l'argent dans le club pour l'aider à ne pas déposer le bilan et c'est par dilution de ses propres actions que je suis devenu majoritaire. Qu'il le vive mal est tout à fait compréhensible. Le RCT a été sa vie pendant 15 ans. Il a fait une carrière exceptionnelle. Ça ne m'agace pas du tout", a-t-il confié."J'ai mon style, je suis sans doute plus calme, plus posé. J'ai une stratégie qui commence à comprise au sein des amateurs de rugby de Toulon et des clubs de Toulon. Je suis très supporté au sens anglais du terme.

A force d’insister, Lemaître a fini par obtenir l’accord de Boudjellal. « Mourad m’objectais : oui mais on n’a pas besoin de cela pour être trois fois champions d’Europe et champions de France. Alors je lui ai dit que l’avenir n’allait pas dans cette direction et qu’il fallait se bouger. Il s’est laissé convaincre d’autant plus qu’il y avait de l’argent. J’ai apporté de l’argent pour créer le centre d’entraînement. Petit à petit, je suis devenu majoritaire du club et j’ai pris sa place.

[INTERVIEW] - BERNARD LEMAITRE FIN DE SAISON RCT

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