Belgique vs Portugal: Histoire d'un Match de Rugby Mémorable

Le rugby belge connaît une véritable mue ces dernières années. À Mons, la sélection nationale a trouvé son fief : le stade Charles-Tondreau, enceinte de 6 000 places. C’est désormais là que les Diables Noirs accueillent leurs adversaires.

Le Portugal, sensation de la dernière Coupe du monde de rugby, est tombé lors de la première journée du Rugby Europe Championship. De retour à la compétition, les Portugais ont été battus par une valeureuse équipe de Belgique (10-6), portée par plusieurs milliers de supporters au Stade du Tondreau de Mons.

Un exploit monumental pour les Belges, qui travaillent depuis plusieurs années pour jouer les premiers rôles dans cette compétition que disputent notamment la Roumanie et la Géorgie. Cette victoire des Diables Noirs leur permettra de passer de la 29e à la 26e place au prochain classement de World Rugby. Grâce à cette victoire, la Belgique prend provisoirement la tête de son groupe dans ce Rugby Europe Championship.

Belgique - Portugal | REC26 | Résumé

Un Match Épique au Stade du Tondreau

Après avoir flirté avec la qualification pour la Coupe du Monde, la Belgique retrouvait ses supporters au Stade Charles Tondreau de Mons. Disons-le franchement, le Portugal a un peu gâché la fête. L’équipe belge a pourtant réussi son entame de match et s’offrait des premiers temps forts dans les 10 premières minutes. Les ’Lobos’ allaient ensuite prendre l’ascendant et refroidissaient un Tondreau pratiquement comble en inscrivant 20 points (2 essais) en l’espace de 20 minutes.

Le score est faible, mais la bataille fut rude. Après avoir concédé une première pénalité en début de match, les Diables Noirs ont inscrit le seul essai de la partie via le demi d’ouverture Hugo De Francq, qui évolue à Agronomia… au Portugal. Une pénalité chacune plus tard, les deux équipes rentraient au vestiaire sur le score de 10-6, un résultat qui ne bougera pas en deuxième période grâce à la défense héroïque des Belges et en raison des maladresses portugaises.

Dominés dans la majeure partie des secteurs, nos compatriotes tenaient par contre en mêlée et devant. Après un petit passage à vide d’un quart d’heure, le Portugal remettait ensuite la main sur le ballon. Avec le demi de mêlée Samuel Marques à la baguette, les Lusitaniens prenaient les 20 dernières minutes à leur compte. Et reprenaient le large au score grâce à une pénalité et trois nouveaux essais, le dernier de pénalité venant conclure la rencontre... La Belgique s’inclinaient au final sur le score de 17-47, enregistrant sa plus lourde défaite sur le sol belge face au Portugal.

Dans le public, la fête était également totale. Les drapeaux noir-jaune-rouge étaient de sortie pour célébrer les héros du soir. Les larmes ont coulé, les cris ont transpercé le froid.

Pourtant, le Portugal partait grand favori de la rencontre comptant pour la première journée du Rugby Europe Championship. Les Lobos ouvraient d’ailleurs le score sur pénalité dès la 4ème minute de jeu (0-3). Les Diables Noirs répliquaient cependant dans la foulée. Florian Remue manquait sa tentative au pied deux minutes plus tard avant que Hugo De Francq ne conclut dans l’en-but une attaque rondement menée à la 8ème (7-3). Ce petit avantage au score, les hommes du nouveau manager Laurent Dossat vont ensuite le défendre bec et ongles.

Peut-être surpris par l’envie et l’engagement affichés par les Belges, les Portugais se frustraient quelque peu. Et la bagarre après moins de 20 minutes de jeu ne perturbait pas les Diables, ni les deux cartes jaunes de Maximilien Hendrickx et Jens Torfs. Pourtant un temps réduite à 13, la Belgique tenait et sortait une défense imperméable, héroïque. Le scénario se répétait ensuite en seconde période. Avec un Portugal mettant la pression. Mais un Portugal butant sur l’organisation, la défense et le courage d’une Belgique emmenée par les ’anciens’ Alexis Cuffolo, Maxime Jadot, Thomas De Molder, Julien Berger et Jens Torfs.

On pensait tout de même que le verrou finirait par sauter. Mais non. Accrocheurs... en diable, les Belges défendaient leur avantage. Soutenus par un public ayant clairement assuré le rôle de 16ème homme, nos compatriotes résistaient jusqu’au bout et géraient même bien les 10 dernières minutes face à des Lusitaniens décontenancés, n’ayant jamais trouvé la solution au problème posé par des Belges vainqueurs, avec les tripes (10-6). Ce succès, il trouve déjà une belle place dans l’histoire du rugby belge.

Le Rêve d'une Première Participation à la Coupe du Monde

La Belgique rêve de sa première Coupe du monde en 2027. Par le passé, la sélection belge n’a jamais réussi à approcher le rêve de disputer une Coupe du monde, faute de niveau suffisant ou à cause d’une disqualification administrative (comme en 2019). Mais les Black Devils semblent avoir appris de leurs erreurs.

Membre fondateur de la FIRA en 1934, la Belgique compte parmi les plus anciennes fédérations rugbystiques du continent, créée dès 1931. Ces dernières années, le rugby belge a connu une véritable mue. À Mons, la sélection nationale a trouvé son fief : le stade Charles-Tondreau, enceinte de 6 000 places. C’est désormais là que les Diables Noirs accueillent leurs adversaires.

La pandémie de Covid-19 avait fragilisé une structure déjà morcelée entre les fédérations régionales de Flandre, de Bruxelles et de Wallonie. Mais de cette crise est née une révolution. Sous la bannière du projet One Belgium Rugby, toutes les forces du pays ont accepté de parler d’une seule voix. Le président de la fédération, Michiel Leysen, s’en félicitait dans les colonnes du Midi Olympique à l’été 2024 : « C’est le résultat d’un gros travail de reconstruction depuis la pandémie. C’était dur, mais les gens ont cru en ce projet. Rien n’est dû au hasard et on peut avoir des ambitions. »

Cette réunification a aussi permis d’attirer de nouveaux partenaires économiques. Le groupe TVH s’est engagé depuis deux ans comme sponsor principal. Ce soutien financier a contribué à professionnaliser la fédération et à moderniser la préparation de l’équipe nationale. « Le bureau fédéral fait un gros travail, souligne Laurent Dossat, le sélectionneur, dans les colonnes du Midol. Ici, le rugby est en pleine croissance, avec une jeunesse motivée, de plus en plus de licenciés et des bénévoles passionnés, malgré des moyens limités.

Aujourd’hui, la Belgique compte environ 13 500 licenciés. Les résultats récents confirment cette progression. Lors de la dernière tournée d’été, les Diables Noirs ont signé une performance remarquée en Amérique du Nord : un succès convaincant face au Canada (35-18), suivi d’une défaite encourageante contre les États-Unis (36-17). Arrivé à la tête des Black Devils il y a deux ans, Dossat a profondément remodelé l’effectif, misant sur la stabilité et la complémentarité. La liste n’a pas manqué de surprendre.

« C’est sûr que c’est un étage au-dessus, mais on ne se pose pas de questions : on y va avec beaucoup d’appétit. Pour les joueurs comme pour le staff, affronter les Samoa ou la Namibie, c’est déjà une forme de consécration. À l’aube de ce tournoi de Dubaï, les Diables Noirs avancent sans complexe. Ils savent d’où ils viennent, mesurent le chemin parcouru et sentent qu’un palier historique est à portée de main. Quelle que soit l’issue, la Belgique a déjà gagné en crédibilité et en respect. Le projet One Belgium Rugby a prouvé qu’une fédération modeste, mais déterminée pouvait se hisser à la table des grands.

Craig Dowsett et la Passion du Rugby Belge

Né à Bruxelles de parents anglais, Dowsett a débuté sa carrière internationale dans le Rugby Europe Championship cette année. « Après notre défaite devant l'Espagne et juste avant le barrage contre le Portugal, il était clair que nous avions besoin de tout le monde sur le terrain », a confié Craig Dowsett à World Rugby. « Rester à ce niveau aide à développer le rugby et permet de garder l'espoir d'un jour disputer une Coupe du Monde de Rugby. »

« Jouer dans la division juste en-dessous des 6 Nations, contre des équipes qui peuvent légitimement prétendre à une place dans le Tournoi, c'est déjà énorme », assure Dowsett. « Avec de la chance, nous avons eu notre période d'apprentissage et maintenant nous pouvons aller de l'avant. Selon moi d'ailleurs, l'Allemagne n'avait pas une meilleure équipe que la nôtre lorsque nous les avons joué. Nous n'avons pas eu de chance. »

« J'ai toujours eu une filiation très forte avec la Belgique pour y avoir vécu jusqu'à mes 18 ans, avoir joué avec les Brussels Barbarians et pour l'équipe nationale jeune », raconte l'ailier. « La Belgique est peut-être un petit pays où le rugby n'est pas très développé, mais ceux qui sont impliqués sont des passionnés, prenant sur leur temps libre pour jouer.

La Coupe du Monde qui a Changé le Rugby Portugais

Les exploits du Portugal à la Coupe du Monde de Rugby 2023 en France ont fait sortir le rugby des dernières pages des journaux, et l’ont même fait entrer dans les premières, ce qui a conduit le groupe à rencontrer des rois du sport comme Cristiano Ronaldo lorsqu’ils ont été invités par l’équipe nationale de football portugaise pour leur match contre la Slovaquie. Le capitaine Tomás Appleton et le reste de l’équipe ont été surpris par ce regain d’intérêt, mais pas de manière négative.

Tomás Appleton ne peut plus se promener dans la rue ou prendre un repas en famille dans un restaurant sans être arrêté et qu’on lui demande un autographe, mais, curieusement, il ne considère pas cela comme un fardeau fastidieux, bien au contraire. Même s’il est heureux de recevoir des éloges, il est le type de personnage qui prendra le résultat d’hier contre la Belgique comme un retour sur terre.

« Je pense qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles les supporters apprécient vraiment le Portugal. Bien sûr, nous sommes arrivés à la Coupe du monde en tant qu’outsiders - personne ne s’attendait à ce que nous gagnions un match, nous avons un style de jeu très attrayant, et comme nous sommes en grande partie des joueurs amateurs, cela donne une raison aux gens de nous encourager”, remarque-t-il.

« En fin de compte, nous le faisons pour la passion et l’amour que nous avons pour notre nation et pour l’amour que nous avons les uns pour les autres en tant qu’amis. Je pense que cela se voit à notre façon de jouer. La Coupe du monde est une chose dont nous sommes tous très fiers, c’est pour ça que ce serait impossible pour les joueurs de ne pas rendre l’amour aux supporters. Même aujourd’hui, trois ou quatre mois plus tard, on me reconnaît encore dans la rue et au restaurant. C’est bien que les gens reconnaissent vos efforts. »

« La Coupe du Monde de Rugby a fait une énorme différence, nous avons vu beaucoup plus d’enfants commencer à jouer au rugby. C’est très important pour nous, au sein de l’équipe nationale, d’être une source d’inspiration pour les enfants. »

En tant que figure de proue de l’équipe portugaise, Tomás Appleton a logiquement suscité beaucoup d’intérêt d’ordre commercial, tandis que quelques clubs professionnels l’ont sondé sur la possibilité de le recruter à plein temps. Cependant, le joueur de 30 ans, qui compte 66 capes et 16 essais à son actif, est heureux de continuer à jongler entre les exigences de son travail et celles du rugby.

« J’ai été en contact avec des agents, mais je n’ai reçu aucune offre qui m’aurait amené à repenser ma vie et à quitter le Portugal », révèle-t-il. « Je ne dis pas que je ne le ferais jamais, mais l’offre doit vraiment compenser le fait que je déménage avec ma femme et ma fille pour une nouvelle aventure. »

Deux semaines après la fin de la superbe campagne du Portugal à la Coupe du Monde de Rugby, Appleton a recommencé à traiter des patients dans sa clinique de Lisbonne, mais à part cela, la vie n’a jamais été la même.

Si les deux tiers environ de l’effectif de la Coupe du Monde de Rugby sont toujours en place, des figures clés comme le demi de mêlée Samuel Marques et le talonneur Mike Tadjer ont pris leur retraite du rugby international. « Nous avons beaucoup de défis à relever avec ce nouveau groupe, avec beaucoup de nouveaux joueurs qui arrivent, beaucoup de joueurs plus âgés qui ont décidé de ne plus jouer, donc c’est une relance de l’équipe avec un nouveau staff », rappelait Appleton, peu de temps avant le match contre la Belgique.

« Daniel Hourcade est arrivé en tant qu’entraîneur et il a beaucoup d’expérience, en particulier avec l’Argentine, donc nous sommes très confiants dans ce qu’il apporte à notre équipe. »

Cette victoire lance parfaitement le tournoi 2024 qui va à présent voir la Belgique jouer en Roumanie ce 10 février et recevoir la Pologne à Waterloo le 17 février.

Tableau des Résultats et Classements

Voici un aperçu des résultats et classements actuels du Rugby Europe Championship :

Équipe Points Classement World Rugby
Belgique X 26
Portugal Y Z
Roumanie A B
Pologne C D

Note: Les points et classements exacts seront mis à jour après chaque match.

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