L'ascension fulgurante du rugby belge : Rêve de qualification pour la Coupe du Monde 2027

Ce mardi, les Diables Noirs affrontent les Samoa à Dubaï (16h30) lors de leur troisième match du tournoi de qualification à la Coupe du Monde 2027. En cas de victoire, les Diables Noirs se qualifieront pour leur premier Mondial.

Classement mondial de rugby.

Et si la Belgique signait une journée parfaite ce mardi dans le sport avec deux qualifications pour une Coupe du monde le même jour? Si les Diables Rouges de Rudi Garcia devront attendre la fin de leur match contre le Liechtenstein pour valider leur billet pour le Mondial 2026 de football, les Diables Noirs espèrent eux aussi se qualifier pour la Coupe du monde 2027 de rugby. Dès 16h30, à Dubaï (Emirats arabes unis), le XV de Belgique défiera les Samoa pour son dernier match du tournoi de qualification. À la clé: le dernier ticket pour la compétition disputée en Australie dans deux ans.

Mardi soir, la Belgique va - sauf immense cataclysme - valider sa qualification pour le Mondial de football contre le Liechtenstein. La bande de Rudi Garcia pourrait ne pas être la seule à avoir la frite : quelques heures avant, la sélection de rugby a une opportunité historique de valider, elle aussi, son billet pour la Coupe du monde mais cette fois-ci en 2027 en Australie. Pour s'incruster parmi le gratin mondial pour la première fois, les Diables Noirs doivent battre les Samoa à Dubaï (16 h 30), pour le dernier match du tournoi qualificatif.

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Un défi de taille : Les Samoa, un adversaire redoutable

Sur le papier, les Samoa partent favoris de cette rencontre. Du fait d’un meilleur classement World Rugby avec une 17e place mondiale (la Belgique pointe au 22e rang) puis d’une plus grosse expérience du top niveau. Si les Diables Noirs rêvent d’une première qualification pour la Coupe du monde, les Samoans n’ont raté que la première édition en 1987 et restent sur neuf participations consécutives. Mais les Belges ont déjà surpris pendant leurs deux premiers matchs remportés à Dubaï contre la Namibie (22-15) puis le Brésil (30-27). Alors pas question de douter avant ce qui pourrait constituer le plus gros coup de la Belgique dans le rugby.

Dire qu'ils ne partent pas favoris relève à la fois de l'évidence et de l'euphémisme. « Les Samoans ne sont pas dans ce tournoi de repêchage par hasard, estime Michiel Leysen, président de la Fédération belge de rugby. Ils ont été battus par les États-Unis et deux fois par le Chili. Si eux l'ont fait, pourquoi pas nous ? »

« Je me sens prêt pour cette finale ici à Dubaï contre les Samoa. De l’excitation? C'est sûr! C'est quelque chose de nouveau pour nous tous. Donc beaucoup d'envie et peut-être un peu de stress, comme vous dites, pour certains", glisse le demi d’ouverture belge du Stade Toulousain Matias Remue auprès de RMC Sport. "Moi, j'aborde ce match plutôt avec sérénité. J'ai totalement confiance dans ce groupe et à ce que chacun va apporter durant ce match. Donc, c’est plutôt une bonne excitation que du stress."

« Mais quand tout s'assemble et quand l'histoire devient irrationnelle... Il faut accepter de rêver », veut croire Bruno Verscheure, rédacteur pour sportkipik, site de référence du rugby belge.

Les joueurs du XV de Belgique avant le tournoi de qualification pour la Coupe du monde 2027 à Dubaï.

Un statut d'outsider assumé

Pour celui qui devrait encore endosser le rôle de buteur ce mardi, la victoire est clairement envisagée."A Toulouse, tu entames souvent les matchs avec un statut de favori. Ici, étant outsider avec la Belgique, c'est quelque chose de différent, mais ce n’est pas plus mal. On abordera ce match avec beaucoup d'humilité et on sait qu'on s'est bien préparés pour ce match", enchaîne le numéro 10 belge. "Donc, je pense qu'on l'aborde plutôt normalement et sereinement. Finalement, ça reste une équipe comme une autre, même si on est dans ce cas-ci l'outsider, ça promet un beau match."

« Pour nous c'est une vraie finale. Et c'est sûr qu'autour de nous je pense que beaucoup de médias, de personnes, peuvent se dire qu’avec les Samoa la marche est trop haute. Mais si nous on n'y croit pas, personne n'y croira pour nous", lance avec ambition le capitaine Jean-Maurice Decubber. "Donc vraiment, on croit à fond dans nos chances. (…) Je pense que dans ce groupe on est une vraie famille, on a un vrai supplément d'âme.""Et je pense que ce supplément d'âme peut faire la différence sur une compétition de trois matchs comme ça."

Une équipe soudée par l'histoire et l'ambition

Après tout, la sélection - dont la majorité des joueurs évolue en France, entre la Pro D2 et la Fédérale 2 - avance confiante, forte de ses succès contre la Namibie (22-15), nation qualifiée lors des 7 dernières Coupes du monde, puis le Brésil (30-27). Une dernière victoire acquise jeudi dernier au prix d'un duel étouffant et avec un essai la 79e minute, malgré un carton rouge.

« L'essai vient de Maxime Jadot, un ancien qui a connu des années de galère, relève Guillaume Ajac, sélectionneur de la Belgique entre 2014 et 2020. Il faisait partie de ces joueurs qui mettaient de leur poche pour venir jouer avec la sélection. L'image est tellement belle. » Ce pilier droit d'Arcangues, club basque de Fédérale 2 (6e division française), est un baroudeur des divisions inférieures françaises à Lille, Vannes, Dijon ou Anglet. À 34 ans, il est allé jusqu'à perdre 24 kg pour se mettre à niveau et est l'un des rescapés de l'époque où l'idée même de défier les Samoa pour un billet au Mondial faisait sourire.

« On n'était pas respectés, poursuit l'ex-sélectionneur. Quand tu appelais des entraîneurs pros pour leur demander de libérer un joueur pour affronter la Suède, ou la Moldavie, ils te riaient au nez. »

2023, année charnière : La professionnalisation du rugby belge

Longtemps dans l'ombre, le rugby belge fonctionnait alors en silos. « Il y avait trois niveaux : la Fédération, une ligue francophone et une ligue néerlandophone, qui ne tiraient pas toujours dans la même direction », explique Verscheure.

One Belgium Rugby.

En 2023, tout ce beau monde se rassemble derrière la bannière « One Belgium Rugby », afin de clarifier et professionnaliser la discipline, sur le modèle du hockey sur gazon, devenu sport de référence dans le pays. La même année, un nouveau sélectionneur, Laurent Dossat, arrive avec un projet pour s'appuyer sur une génération montante, incarnée par l'ouvreur Matias Remue (22 ans) - aperçu à six reprises avec le Stade Toulousain depuis l'an passé et auteur de 15 points face au Brésil - pour compléter un pack dense. Et l'ouverture du Mondial de 20 à 24 équipes, décidée cette même année 2023 pour l'édition 2027, est vue comme une fenêtre de tir idéale.

Sur le pré, l'équipe pose une première pierre en février 2024, en battant le Portugal (10-6), pourtant sensation de la Coupe du monde et tombeur des Fidji (24-23) quelques mois plus tôt. Une tournée en Amérique du Sud - une première favorisée par l'arrivée de nouveaux sponsors - plus tard, les Diables Noirs terminent 5e du Rugby Europe Championship 2025 (ex-Tournoi des 6 Nations B), avec une dernière victoire contre les Pays-Bas (31-10) synonyme de participation au tournoi qualificatif au Mondial.

Un match historique diffusé en direct

Ces performances rencontrent un certain enthousiasme outre-Quiévrain. « Sur le live stream du match contre la Namibie, il y avait 90 000 spectateurs, soit 6 % de part de marché », se réjouit le président de la Fédération belge. Mardi, la « finale » contre les Samoa sera même diffusée en direct sur la RTBF et sur Sporza, les chaînes publiques wallonnes et flamandes.

« Mais il m'arrive encore d'entendre des proches me demander : "Ah bon, il y a du rugby en Belgique ?" ou "on a une équipe nationale ?" », tempère le spécialiste Bruno Verscheure, avant de rappeler que le Plat Pays ne compte que 14 000 rugbymen, soit autant que la Bretagne.

Professionnaliser le championnat belge : Un enjeu crucial

« La prochaine étape, c'est de professionnaliser notre Championnat, explique Michiel Leysen, qui décrit un niveau équivalent aux Fédérale 1 ou Fédérale 2 françaises, les 5e et 6e divisions. Même si 95 % de nos joueurs sont en France, certains comme Basile van Parys, Seppe Verelst ou Felipe Geraghty évoluent en Belgique et sont amateurs. On aimerait devenir semi-pro et donner des contrats fédéraux comme au Portugal ou en Espagne, mais on n'a pas les finances. Si on se qualifie pour le Mondial, ça pourrait changer. »

Le Championnat des nations : Un autre enjeu de taille

Comme si la qualification au Mondial ne suffisait pas, le match contre les Samoa va revêtir un deuxième très gros enjeu pour la Belgique. Le vainqueur de la rencontre va en effet obtenir le dernier billet pour la 2e division du Championnat des nations, la nouvelle compétition réunissant les 12 équipes du Tier 2*, annoncée ce lundi. En jeu, la possibilité d'affronter six de ces nations chaque année sur les fenêtres de juillet et novembre et de bénéficier de financements de World Rugby.

« C'est très bien pour nous, mais il y a un risque pour le 25e mondial, avoue Michiel Leysen. S'il ne peut plus jouer contre le top 24, l'écart va grandir, même s'il peut exister d'autres solutions comme affronter l'Irlande A ou l'Italie A. »

*Géorgie, Roumanie, Espagne, Portugal, Canada, États-Unis, Uruguay, Chili, Zimbabwe, Hongkong, Tonga.

Tableau récapitulatif des enjeux

Enjeu Description
Qualification pour la Coupe du Monde 2027 Participation au premier Mondial de l'histoire de la Belgique.
Billet pour le Championnat des nations (Tier 2) Affronter six nations chaque année et bénéficier de financements de World Rugby.
Professionnalisation du championnat belge Devenir semi-pro et offrir des contrats fédéraux aux joueurs.

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