La NBA face au Tanking : Vers une suppression de la Draft ?

Le tanking est une pratique devenue courante depuis déjà des décennies en NBA, mais les franchises l’ont élevé au rang d’art cette saison. Des voix s'élèvent en NBA pour supprimer la Draft afin de lutter contre le tanking. Cette fois, le Jazz est allé trop loin. Avec des méthodes de moins en moins dissimulées et de plus en plus honteuses, car l’éthique sportive qu’est censé garantir un championnat professionnel s'en voit bafouée.

Utah s’est moqué ouvertement du jeu, des supporters et des instances de la ligue en lâchant volontairement un match contre Orlando. Le Jazz menait de 17 points à l’entame du quatrième quart-temps quand le coach Will Hardy, évidemment obligé de suivre les directives du management pour garder son poste, s’est soudainement passé de l’ensemble de ses titulaires. Lauri Markkanen, Jaren Jackson Jr et compagnie ont regardé depuis le banc le Magic revenir au score puis repasser devant sans jamais revenir sur le parquet.

Sans gêne, le Jazz a reproduit exactement la même manœuvre deux jours plus tard, contre Miami. Sauf que les porteurs d’eau sont allés chercher la victoire. Presque une contre-performance pour une équipe qui n’a plus qu’un simple objectif d’ici avril : maximiser ses chances de piocher le plus haut possible à la draft.

Les Mesures Anti-Tanking Envisagées

Ces entourloupes ont coûté la bagatelle d’un demi-million de dollars à la franchise, sanctionnée par la NBA. Le club de Salt Lake City s’est fait rattraper par la patrouille mais il n’est pas le seul à essayer de profiter du système. Quasiment un tiers des équipes ont déjà le regard tourné vers la draft, surtout parce que la promotion à venir est présentée comme spectaculaire avec des talents au fort potentiel comme Darryn Peterson, AJ Dybantsa ou encore Cameron Boozer.

Le Jazz veut tanker, tout comme les Wizards, les Pacers, les Nets, les Kings, les Grizzlies (qui ont, eux aussi, fait sortir leurs joueurs clés dans des fins de rencontre encore disputées), les Mavericks ou encore les Bulls. Autant de franchises qui vont aligner des formations complètement chamboulées sur les parquets dans les derniers mois de la saison pour finir en roue libre.

Trop, c’est trop. La NBA ne veut plus de ce cirque qui met à mal la qualité de son produit. Adam Silver vient d’annoncer récemment que le combat contre le tanking serait une priorité pour l’exercice à venir. ESPN révèle même que des propositions ont déjà été discutées entre les trente propriétaires, les dirigeants et le commissionnaire. Des mesures seront prises pour 2027.

Les joueurs oubliés de la draft NBA 2025...

Avec donc déjà quelques concepts relayés par la presse américaine :

  • Une protection limitée à la loterie ou aux quatre premières places uniquement lors du transfert d’un tour de draft.
  • Les probabilités pour la loterie gelées le soir de la deadline.
  • Interdire à une franchise la possibilité de drafter deux années de suite dans le top 4 ou après avoir terminé avec l’un des pires bilans NBA deux saisons consécutives.
  • Interdire aux franchises finalistes de Conférence la saison précédente de piocher dans le top 4.
  • Des probabilités calculées sur les résultats des deux dernières saisons.
  • La loterie accessible à toutes les équipes qualifiées pour le play-in.
  • Des probabilités à nouveau rééquilibrées entre les équipes non qualifiées en playoffs.

Certaines de ses pistes semblent bonnes, d’autres moins. Les protections jouent effectivement un rôle dans le tanking puisque des franchises sont parfois tentées de perdre en fin de saison pour conserver un choix qui se limite au top 8 par exemple.

Entre jouer un premier tour de playoffs anecdotique pour les formations les plus moyennes et avoir une chance de peut-être mettre la main sur le gros lot, la décision est souvent rapidement prise pour les dirigeants. Et c’est quasiment toujours la draft qui l’emporte, parce qu’un avenir hypothétiquement radieux fait fantasmer. L’équilibre des probabilités peut aider, tout comme le calcul sur deux saisons de suite, voire le fait, plus radical, d’empêcher le tanking sur le long terme en interdisant à une équipe de drafter haut deux saisons de suite.

Mais il y a une forme d’injustice derrière ça : si une franchise vient de perdre sa superstar parce qu’elle est partie libre à la Free Agency ou en forçant son trade, il devient logique que cette organisation repartent de zéro et prennent du temps pour se relever.

Faut-il supprimer la draft ?

Les idées ont le mérite d’être lancées. Mais elles ne vont probablement pas faire disparaître complètement le phénomène. Est-ce seulement possible ? Tant qu’il y a des règles, elles seront contournées. Surtout que tout repose sur cette utopie "d’équilibre" de la ligue en récompensant les plus faibles en leur offrant le privilège de peut-être récupérer la star de demain. Les propositions évoquées ci-dessous ne s’attaque finalement pas au vrai problème : perdre rapporte "plus" que gagner pour une partie des organisations.

Alors peut-être qu’il existe une solution plus radicale. Supprimer la draft, purement et simplement. C’est ce que préconise l’ancien coach Stan Van Gundy, désormais consultant : "J’enlèverai la draft en gardant le Salary Cap. Si tu veux donner 45 millions par an à Cooper Flagg en sortie de fac, tu le fais. Tous les jeunes joueurs qui arrivent deviendraient instantanément free agents. Il n’y aurait plus aucun intérêt à perdre, aucun."

Si une mesure aussi drastique et révolutionnaire reste pour l’instant très peu crédible, notons tout de même que plusieurs managers y seraient plutôt favorables. Tanker n’aurait effectivement plus aucun intérêt. Au contraire même : gagner, développer un environnement sain et installer une culture deviendraient des arguments de poids pour éventuellement avoir une chance de recruter les meilleurs jeunes joueurs qui débarquent en NBA. De la même manière que les universités américaines essayent chaque année de séduire les meilleurs lycéens pour les pousser à rejoindre leur programme.

On ferait cependant face à d’autres problèmes. Quid des plus petits marchés qui n’attirent traditionnellement aucun free agents ? Pourquoi donc un jeune talent new-yorkais ou californien viendrait jouer à Salt Lake City ou à Minneapolis ? Qui voudrait vraiment aller rejoindre le Jazz ou les Wizards ? Les gros marchés comme Los Angeles ou New York partiraient probablement chaque année avec des longueurs d’avance.

Les plus gros prospects n’iraient pas forcément toujours aux Lakers ou aux Clippers. Certains opteraient plutôt pour une équipe où ils seraient tout de suite mis en avant avec le ballon en main. Mais il y aurait probablement un déséquilibre.

L'argent aura le dernier mot

Car même le Salary Cap ne garantit pas la parité. Des équipementiers comme Nike ou Adidas, qui signent aujourd’hui la majorité des joueurs sortis de la fac, ne seraient-ils pas tentés de pousser leurs talents vers des villes encore plus attractives pour maximiser leur produit, en payant évidemment la différence de salaire de leur poche ?

On peut aussi se questionner sur l’étendue des conséquences pour des jeunes hommes qui, à 18 ou 19 ans, se retrouveraient potentiellement en position de parapher des deals à plus de 50 millions de dollars annuels. Une sacrée pression supplémentaire sur leurs épaules. En somme, de quoi faire dérailler des carrières.

La NBA n’ira de toute façon pas jusque-là. Le système de draft est ancré dans les traditions du sport US et c’est un moment important de la saison (comprendre ici un moment qui se vend très bien). Peut-être que la solution la plus simple reste de raccourcir la saison, pour offrir un spectacle plus divertissant avec moins de blessures et plus de temps de repos.

Ça ne résoudrait pas non plus le tanking en lui-même, mais ça éviterait de laisser traîner ces deux derniers mois où les Wizards décident de mettre au frigo leurs recrues Trae Young et Anthony Davis tout comme le fait le Jazz avec Jaren Jackson Jr (et Ja Morant), les Kings avec Domantas Sabonis et Zach LaVine ou encore les Pacers avec Ivica Zubac, qui a pourtant joué 15 des 16 matches qui ont précédé son transfert à Indiana.

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