Cet ustensile aujourd'hui utilisé par tous les buteurs pour frapper les pénalités et les transformations a vu le jour en 1987 sur une idée de génie de Cyril Savy, l'arrière du club ruthénois. Le tee est ce petit objet en plastique amené aux buteurs pour leur permettre de stabiliser leur ballon avant de tenter de l’expédier du pied entre les perches, pour une pénalité ou une transformation.
Une scène classique du rugby, mais pas si datée que ça. Pendant longtemps, les joueurs préposés à cette fonction mettaient leur balle sur un monticule de sable tassé par leur soin ou encore dans un trou creusé à la va-vite à coups de crampons. Demandant même parfois à un partenaire de tenir le ballon du bout des doigts jusqu’au moment du tir.
En 1987, Cyril Savy alors joueur de rugby à Rodez (Aveyron), est le premier joueur à utiliser un tee. Aujourd'hui, l'objet est indispensable pour tirer les pénalités. Cyril Savy, son nom ne vous dit sûrement rien, mais c’est grâce à lui que la pratique du rugby a évolué à la fin des années 80. Et ce n’est pas Thomas Ramos qui dira le contraire, lui qui est actuellement le meilleur marqueur de pénalité de la Coupe du Monde de rugby qui se déroule actuellement en France.
En 1987, celui qui est aujourd’hui âgé de 55 ans a inventé le tee, cette petite pièce de caoutchouc ou de plastique en forme de « T ». Il est utilisé pour tenir le ballon de rugby en place lors d’une pénalité ou d’une transformation. Le buteur, le joueur qui va tirer, utilise le tee pour maintenir le ballon en position et ainsi faciliter la frappe au pied.
Avant cette année charnière dans l’histoire du rugby, les tireurs plaçaient leur ballon ovale sur un tas de sable tassé par leur soin ou encore dans un trou creusé à la va-vite à coups de crampons. Mais en 1987, Cyril Savy est l’arrière du Stade ruthénois, le club de Rodez.
Direction l’Aveyron. Lancé dans ses études de pharmacie, Cyril Savy est aussi l’arrière du Stade ruthénois, le club de Rodez. Mais le buteur rencontre un sérieux problème ce jour-là à l’entraînement : le terrain est complètement gelé, ce qui l’empêche de préparer son trou pour poser son ballon.
« Je n’ai rien pour le poser, se souvient l’ex-rugbyman. Je cherche désespérément un moyen de faire tenir mon ballon, quand mon regard tombe sur des cônes en plastique installés par mon entraîneur pour délimiter le terrain. J’en prends un, je pose la balle dessus et je tire. Et là, le résultat est incroyable. »
Le succès de son expérimentation l’incite à tenter d’importer son dispositif. Le dimanche suivant, lors d’un week-end d’un froid mordant, Cyril Savy se campe devant l’arbitre avec son cône en plastique.
« Je lui ai vendu qu’on pouvait utiliser non pas du sable, mais cet ustensile, détaille l’ancien arrière. Mes arguments ? Ça n’abîme pas la pelouse, on le sort après et même si on l’oublie, personne ne peut se blesser avec ça. Il a dit qu’on acceptait bien un élément extérieur au terrain avec le sable, et que rien n’interdisait dans le règlement de l’utiliser. »
Le cône sert un match, puis deux, trois… avant une réclamation qui l’amène devant la Fédération française de rugby.
« On a défendu mon cas, ils m’ont dit qu’ils trancheraient en fin de saison, se souvient Cyril Savy. Sauf qu’entretemps, d’autres ont commencé à s’en servir aussi. Ça s’est démocratisé, puis c’est parti dans le monde entier. »
Cyril Savy n’est, semble-t-il, pas le seul à avoir eu cette idée à la fin des années 1980. Plusieurs médias anglo-saxons rapportent ainsi qu’un ancien joueur canadien, Don Burgess, a l’idée en regardant des matchs de la première Coupe du monde, en 1987, d’élaborer un tee en caoutchouc, trouvant cela plus pratique que le sable.
Le tee n'a véritablement supplanté le sable qu'au début des années 2000, ce dernier aillant conservé quelques temps des adeptes. « Les gens à qui je raconte cette histoire me demandent à chaque fois si j’ai gagné de l’argent avec ça, sourit-il. La réponse est simple : non. Pour une bonne raison : je n’ai pas créé quelque chose. J’ai utilisé quelque chose d’existant, un cône, pour en faire un usage différent. Et je ne pense pas que ça, on puisse le breveter. »
Cyril Savy a disputé deux finales de Championnat de France de première division avec Grenoble (1993) puis Castres (1995), avant de se consacrer à sa carrière dans l’industrie pharmaceutique.
Indispensable aujourd'hui, le tee a longtemps été absent des terrains de rugby, ne faisant son apparition qu'au début des années 1990. De nos jours, la multiplication des coups de pied a conduit à la diversification des tees, imaginés, dessinés, conçus de toutes les formes.
Le buteur doit trouver, durant ses jeunes années, le modèle adapté à sa course, sa frappe, son style, ses goûts. Ancien joueur du Stade Français et de Northampton, aujourd'hui entraîneur du jeu au pied à Clermont, l'Anglais Ian Vass détaille : « En général, les buteurs commencent par le plot tout simple pour taper puis on leur propose de choisir entre 4-5 tees différents et ils doivent trancher.
Melvyn Jaminet, l'un des meilleurs dans l'exercice du but aujourd'hui en France, explique ce qui l'a amené à choisir son modèle actuel qu'il utilise depuis près de cinq ans. « Plus jeune, j'ai essayé plusieurs modèles. Ce que j'aime bien avec le mien, c'est qu'il est assez haut sur la pelouse (90 millimètres). Je peux poser le ballon sans qu'il soit au ras de la pelouse et avoir une belle frappe. » « Il y a des tees qui permettent de taper plus ou moins droit, avec le ballon plus ou moins bas, haut, penché.
Cette recherche de son matériel personnel passe par des expérimentations en tout genre sur les tees, que les joueurs vont modifier, retoucher, découper, coller, renforcer, pour le rendre plus adapté à leur pratique du but. « Je bricolais pas mal les tees en plastique, je collais par ci, je coupais par-là, je les rendais plus grands pour que ce soit plus agréable de tirer.
Les joueurs ne sont pas les seuls à travailler sur ces retouches et les joueurs stars nouent des partenariats avec des marques pour créer leur propre modèle. Comme pour personnaliser encore plus la frappe du ballon et l'adapter à chaque joueur, la marque Gilbert, l'une des plus populaires auprès des buteurs, développe également plusieurs modèles télescopiques, dont il est possible de modifier la taille ou le support.
Pourvu de trois longues tiges sur lesquelles le joueur vient positionner le ballon, ce modèle mise avant tout sur une grande stabilité du ballon, un des critères les plus recherchés chez les buteurs.
Aujourd'hui, l'objet est indispensable pour tirer les pénalités. Son CV de docteur en pharmacie détaille en anglais une vie professionnelle chargée. À 55 ans, Cyril Savy occupe aujourd’hui le poste de responsable diabète chez Sanofi.
Mais, plus bas dans la liste de ses différents postes, une petite ligne résume l’empreinte indélébile qu’il a laissée depuis trente ans dans le rugby, perceptible à chacun des matchs de cette Coupe du monde : « a inventé le tee ».
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Avant cette invention, les joueurs utilisaient des méthodes plus rudimentaires pour maintenir le ballon en place. Ces méthodes étaient souvent imprécises et dépendaient des conditions du terrain.
Voici un aperçu des méthodes utilisées avant l'invention du tee :
| Méthode | Description | Inconvénients |
|---|---|---|
| Sable | Un tas de sable était tassé pour créer une base pour le ballon. | Le sable pouvait être emporté par le vent ou dispersé, rendant le placement du ballon imprécis. |
| Trou dans la pelouse | Un trou était creusé dans la pelouse avec le talon pour maintenir le ballon. | Cette méthode endommageait le terrain et était difficile à réaliser sur des surfaces dures ou gelées. |
| Assistance d'un coéquipier | Un coéquipier tenait le ballon en place jusqu'au moment du tir. | Cette méthode dépendait de la précision et de la coordination du coéquipier, et pouvait être perturbée par les conditions météorologiques. |
« Comme on pouvait ! » se souvient Didier Camberabero, international français (36 sélections) et buteur entre 1982 et 1993. « La technique ? Un grand coup de talon dans l'herbe pour faire une motte. Des trous dans le sol pour faire un petit tas, puis on posait le ballon dessus. Enfin, quand c'était possible ! Lorsque le terrain avait été arrosé, ça allait mais sinon, quand il était dur comme du béton, on devait se débrouiller pour faire tenir le ballon droit sur l'herbe.
Il y eut ensuite l'arrivée du sable. Mode d'emploi : on s'en réserve un seau sur le bord du terrain, que l'on se fait apporter au moment du but. Mais le système ne dure pas longtemps, jugé trop défectueux. « L'idée était de se faire une motte avec du sable sur le terrain mais pour ne pas en mettre partout, on mouillait le sable. Bon, on finissait quand même par en étaler partout sur la pelouse, surtout quand le terrain était humide. » Malgré sa simplicité, le tee séduit vite et son efficacité est certaine.
« L'avantage des tees, même très basiques, c'est que le ballon est toujours positionné de la même manière, analyse Bérot. Ça permet d'avoir une bien meilleure précision pour taper le ballon. On peut placer le ballon comme on veut, vers l'avant, vers l'arrière, plus ou moins incliné. Avant, avec le mélange de sable que l'on faisait, le ballon n'était jamais placé à la même hauteur.
