Depuis quelques semaines, voire quelques mois, les articles sur la baisse des audiences télévisuelles en NBA sont légions. Problème d’attractivité ? Problème d’accessibilité ? Problème d’époque tout simplement ? Pourtant, le temps n’a pas toujours été si ensoleillé et une décennie en particulier reflète bien les difficultés pour la Ligue de basket américaine de s’imposer au sein du sport US.
Les audiences NBA aux États-Unis ont connu une baisse significative de 28% par rapport à l’année précédente à la même période. Si l’on dézoome encore, les audiences ont même amorcé une baisse lente mais significative année après année depuis 2012 (-48 %).
Mais pourquoi une telle baisse ? Cet article tente d'analyser les raisons potentielles derrière ces chiffres, un sujet complexe où il n’y a pas de réponse universelle ou d’éléments objectifs de mesure.
Évolution des audiences
Après un mois de compétition, les audiences sur ESPN ont baissé de 28% par rapport à la saison passée selon Front Office Sports, avec une moyenne de 1,772 million de téléspectateurs par match. Au global, les audiences NBA sont en baisse de 48% depuis 12 ans (toujours selon Front Office Sports).
Les dernières Finales NBA entre Celtics et Mavericks ont rassemblé, en moyenne, 11 millions de téléspectateurs selon Forbes.
L'arrivée (problématique) de la NBA en Europe
Les audiences NBA ont baissé de 48% depuis 12 ans, et ça coïncide bizarrement avec l’explosion du tir à 3-points. En tête de file ?
Pour Arnaud Simon, président d'In&Out Stories, société de conseil auprès des médias et des ligues sportives, les modes de consommation sont une des principales raisons de ce glissement. Aujourd'hui, on est bombardé d'opportunités : Netflix, HBO, Disney et même Twitch, très populaire chez les jeunes générations. L'offre est beaucoup plus fragmentée.
La naissance d'une petite sœur version streaming pour les plateformes classiques (ESPN+ pour ESPN, Peacock pour NBC, Prime pour Amazon) le confirme : les chaînes dites "classiques" ne veulent pas rater le train en marche. Un train que la NBA a déjà fait partir depuis une décennie avec son "League Pass", qui permet de suivre les matchs à la carte ou en replay.
La NBA prouve que la baisse des audiences est peut-être beaucoup plus structurelle, liée à la fragmentation de la consommation que directement liée au produit, même s'il faut tout le temps se bagarrer pour le faire bouger. Mais la NBA est en capacité de le faire. Je suis un peu plus inquiet pour des sports non américains qui sont un tout petit peu plus lents dans leur capacité à réagir.

Facteurs sportifs
Sur le plan sportif, un des griefs principaux provient de l'orientation du jeu vers une orgie de tirs à trois points, ce que déplore notamment Shaquille O'Neal. "Nous regardons sans cesse la même chose. Tout le monde joue de la même manière. Stephen Curry et les autres ont tout cassé. Ça ne me dérangeait pas que Golden State tire autant à trois points, mais tout le monde n'est pas un shooteur à trois points. Donc pourquoi tout le monde a la même stratégie ?
En 2010-2011, les trois points représentaient en moyenne 18% des tirs tentés par une équipe dans un match. En 2024-2025, ce chiffre est monté à 37,5%, et même 49% pour le champion, Boston, qui prend presque un tir sur deux derrière l'arc.
La défense, très présente en playoffs mais parfois moins en saison régulière, divise également les observateurs. "La NBA est aujourd'hui trop centrée sur l'argent et pas assez sur la dureté à l'ancienne. Le produit et les joueurs doivent être meilleurs. Aucune excuse", tranche l'ancien coach des Denver Nuggets, George Karl.
La cadence frénétique (82 matchs par équipe sur six mois, avant les playoffs) fait débat depuis longtemps. La répétition peut brouiller l'importance de chaque rencontre tout en accentuant le risque de blessures pour les joueurs. "Le gros souci avec la NBA, c'est que l'argent influence toutes les décisions, donc on a trop de matchs à forte intensité et trop de joueurs blessés. La saison est trop ramassée, et ensuite il y a les compétitions internationales.
Giannis Antetokoumnpo ou Victor Wembanyama sont désormais autant les visages de la ligue que LeBron James ou Stephen Curry. L'internationalisation de la ligue a, elle, eu un effet double : augmenter sa visibilité dans le monde, et donc amener plus de joueurs internationaux. Ceux-là mêmes qui, aujourd'hui, damnent le pion aux stars américaines vieillissantes, vectrices d'audience aux Etats-Unis pendant la dernière décennie.
Ces baisses d'audience, à relativiser puisque les matchs de Noël ont attiré un nombre record depuis cinq ans, sont-elles le signe d'une NBA qui peine à adapter sa formule ?
La NBA Cup
La NBA Cup est la grande nouveauté de ces deux dernières années. Au bout de deux saisons, on peut dire que la mayonnaise a du mal à prendre.
Le dernier match de groupe cette année entre Nuggets et Warriors a enregistré 1,1 million de téléspectateurs. À titre de comparaison, l’an passé, l’ultime match entre Kings et Warriors avait engendré 2 millions de fidèles. Plus généralement, la baisse des audiences en NBA Cup est moins importante que le cas présenté juste au-dessus, et même que la baisse globale des audiences NBA présenté en début d’article.
En effet, selon Sports Business Journal, les matchs de poules diffusés en antenne nationale ont baissé de 10% par rapport à la saison initiale. Et si on prend en compte les quarts de finale (qui ont attiré plus de monde que l’an passé), la baisse d’audience en NBA Cup s’élève à « seulement » 6%.
Tout ça pour dire que la NBA Cup a du mal à percer pour l’instant. Pourquoi ? Peut-être parce qu’on a du mal à vraiment distinguer un match de NBA Cup d’un match classique de saison régulière, excepté à travers ces horribles parquets colorés.
Autre raison potentielle, le complexité des scénarios. Pour la NBA Cup, il y avait… 29 scénarios différents pour déterminer les cinq dernières équipes qualifiées.
Autres facteurs
Absence de défense, matchs à rallonge, publicités à outrance, niveau de l’arbitrage, load management, trop de blessures… Certains de ces éléments caractérisent tout particulièrement la NBA de la dernière décennie, comme le déséquilibre entre l’attaque et la défense et le load management (on y reviendra plus tard). Néanmoins, d’autres éléments existent depuis longtemps, comme par exemple le fait que les arbitres se prennent pour les acteurs principaux de certaines rencontres.
Comme dit juste au-dessus, un match NBA c’est long et même parfois trop long. Grâce à son League Pass, la plateforme de streaming qui permet de regarder les matchs en live ou à la demande, la NBA propose une fonction (parmi tant d’autres) permettant de voir une version condensée de la rencontre avec toutes les possessions de la partie, et donc sans les temps-morts et les publicités. On passe d’une rencontre de 2h30 à une vidéo d’environ 40 minutes. Outre le LP, les highlights sur YouTube sont légion. Tous ces éléments et alternatives ont un impact sur les téléspectateurs présents en direct. L’audience est divisée entre plusieurs supports. La NBA n’est peut-être pas moins populaire, mais elle dispose de plus d’options que jamais.
Comme d’autres sports US (NFL, WWE), la NBA a choisi de prendre le virage du streaming en l’incluant carrément dans son nouveau deal de droits TV, signé tout récemment et d’une valeur de… 76 milliards de dollars pour la diffusion de ses matchs sur les 11 prochaines années.
Le problème ici réside dans le fait que la NBA dirige ses fans et les néophytes vers des équipes moyennes au lieu de les orienter vers celles qui cartonnent. Qui a envie de rester devant des équipes moyennes ?
Comme toute Ligue qui se respecte, la NBA adopte un modèle où d’anciens joueurs deviennent des consultants et c’est un format qui fonctionne partout dans le monde, peu importe la Ligue ou le pays. Ces deux « grandes gueules » sont censées apporter leur analyse sur le jeu d’aujourd’hui (avec ses bons et ses mauvais côtés) mais elles préfèrent souvent taper vulgairement sur la NBA actuelle.
Quand vous avez autant de matchs dans une saison, l’importance d’un match en tant que tel est moindre que dans d’autres sports et cela attire forcément moins les téléspectateurs. Vous nous direz que les saisons à 82 matchs, ça ne date pas d’hier et que ça ne peut donc pas expliquer la baisse des audiences NBA. C’est un bon point.
Dans la NBA moderne, où ça joue très vite, où ça dégaine dans les tous les sens et où les joueurs sont plus athlétiques que jamais, le load management a pris une place importante ces dix dernières années. Les stars prennent des matchs « off » pour essayer d’être le plus frais possible en Playoffs et surtout éviter les blessures, qui sont particulièrement nombreuses cette saison. Le message que ça renvoie aux fans, c’est le suivant : les matchs de saison régulière ne valent pas grand-chose (et on ne parlera pas du All-Star Game qui est devenu une vaste farce). Pire encore, les fans peuvent prendre le load management comme un manque de respect. Certains d’entre eux économisent leurs sous pour pouvoir assister à un match NBA, pour ensuite découvrir que la grande star du match - dont le salaire atteint des dizaines de millions de dollars - ne joue pas car elle préfère se reposer.
Alors que l’ère LeBron James - Stephen Curry - Kevin Durant se rapproche de la fin, Adam Silver est à la recherche de LA superstar qui va porter sa Ligue pour exploser de nouvelles barrières. On a eu Magic et Bird, puis on a eu Jordan, puis Shaq et Kobe, puis LeBron et Curry.
Sauf qu’aujourd’hui, les meilleurs joueurs NBA ne viennent plus du Pays de l’Oncle Sam, mais d’ailleurs : Nikola Jokic (Serbie), Giannis Antetokounmpo (Grèce), Luka Doncic (Slovénie), Shai Gilgeous-Alexander (Canada). Difficile pour les fans américains de s’identifier à ces joueurs malgré tout leur talent. De plus, leur personnalité n’est pas transcendante. Et parmi les jeunes stars américaines du moment (genre Jayson Tatum), aucune n’arrive vraiment à prendre le relais pour être le grand visage de la NBA.
Pendant les derniers Playoffs, la NBA a beaucoup insisté sur Ant-Man. C’est justement parce qu’il a tout pour être LE visage américain : hyper athlétique, grande gueule, souriant, trop fort au basket, le tout avec un peu de trashtalk, bref le potentiel est là. Mais il y a encore du chemin à parcourir sur le plan individuel et collectif pour arriver au sommet.
Si les audiences TV constituent un bon indicateur pour savoir ce que les gens regardent tout en possédant un réel intérêt financier pour les annonceurs, cet aspect-là n’est plus central en 2024.
La Grande Ligue vient de signer un deal monumental de 76 milliards de dollars sur 11 ans pour ses nouveaux droits TV, tout ça alors que les audiences baissent depuis plusieurs saisons. La NBA est une ligue suivie partout dans le monde, avec une très grande présence sur les réseaux sociaux. Les possibilités sont nombreuses et les communautés dispatchées à travers les différents médias.
Lors de son arrivée en NBA, c’était un phénomène planétaire que personne ne voulait rater et personne ne l’a raté. Pour son premier match, Wemby a drainé 2,99 millions de téléspectateurs sur ESPN, un record pour l’affiche d’ouverture de saison plus atteint depuis 2011. Mieux encore, avec un pic à 3,9 millions, c’est tout simplement du jamais-vu pour un match Spurs - Mavericks hors affiches de Noël.
Il existe une entreprise qui bat tous ses records de bénéfices avec perte d’audience exceptionnelle : la WWE. Depuis 25 ans, les audiences de la fédération numéro 1 de catch sont en chute libre et pourtant les têtes d’affiche ont été nombreuses : John Cena, Randy Orton, Jeff Hardy, Roman Reigns etc…
La NBA a ses propres règles, ses propres codes et pratique un basket différent de celui de la très large majorité des autres ligues de la planète. Les audiences sont en baisse aux Etats-Unis et l’un des facteurs (non ce n’est pas le tir à trois-points) souvent cité est la durée des rencontres, parfois interminables en raison des incessantes coupures, replays et autres temps mort publicitaires. Cela peut évidemment aussi changer la physionomie des rencontres : moins de temps pour mener des comebacks donc potentiellement plus d’intérêt à avoir moins de périodes creuses en termes d’intensité. Il est possible que les rotations se réduisent. Il y aurait aussi un impact évident sur les statistiques et les records. Certains deviendraient de facto absolument intouchables.
Solutions potentielles
Adam Silver s’est toujours voulu précurseur pour initier des changements majeurs. Je pense qu’il est temps. Temps de quoi ? De supprimer le format des deux conférences et de réduire drastiquement le nombre de matchs.
Déjà, point mineur, la nouveauté attire l’œil et intéresse les suiveurs. Le play-in et le final four de la NBA cup ont été davantage suivis que des matchs de saison régulière lambda. Ensuite, réduire le nombre de matchs, par exemple au simple format aller-retour, c’est-à-dire 58 matchs dans un schéma avec 30 franchises, rendrait chaque rencontre excitante. Il n’y aurait plus de ventre mou, ou alors il serait bien plus court. La saison régulière ne connaitrait plus de temps mort.
Puis, supprimer les conférences et les divisions annulerait l’avantage compétitif d’être à l’Est. Toutes les franchises seraient sur un même pied d’égalité. Dans cette optique, il faudrait logiquement passer dans un format 1-16 pour les play-offs, ce qui donnerait des séries inédites à tous les niveaux, et une plus grande chance de retrouver les deux meilleures équipes en finales NBA. Le play-in pourrait lui aussi être conservé.
Mais des noms comme Cooper Flagg, Paolo Banchero ou surtout Anthony Edwards sont en mesure de devenir un jour des visages de la grande ligue et d’incarner la bannière étoilée dans le cœur des Américains. Bien sûr, comme on l’a vu avec les stars américaines de la génération précédente, rien ne sera facile, mais ils représentent un espoir. Les fans américains resteront quoi qu’il arrive majoritaires à suivre la NBA.

Tableau récapitulatif des audiences NBA
| Année | Audience moyenne (ESPN) | Évolution par rapport à l'année précédente |
|---|---|---|
| 2012 | [Insérer l'audience] | - |
| 2024 | 1,772 million | -28% |