Le rugby, sport de contact par excellence, est parfois le théâtre d'incidents qui dépassent les limites du terrain. Des bagarres éclatent, ternissant l'image de ce sport et laissant des souvenirs amers. Cet article explore quelques-unes de ces histoires, des événements récents impliquant des joueurs du XV de France aux rixes mémorables qui ont marqué l'histoire du rugby.

Les Dérapages Extra-Sportifs : Une Ombre sur le XV de France
Déjà accablés par les défaites, les joueurs du XV de France se sont retrouvés au cœur d'une sombre histoire extra-sportive. Alors qu'ils s'apprêtaient à quitter Édimbourg, sept d'entre eux ont été retenus par la police locale pour témoigner sur une accusation de bagarre et d'agression sexuelle présumée avec des supporters. Anthony Belleau, Jonathan Danty, Yacouba Camara, Félix Lambey, Louis Picamoles et Rémi Lamerat ont ainsi été entendus pendant plusieurs heures.
Si la police écossaise a indiqué par la suite qu' « aucun crime n'a été commis », le mystère reste entier sur cette soirée visiblement très arrosée. À leur arrivée à l'aéroport d'Orly, le reste du groupe tricolore semblait particulièrement tendu. « L'odeur du sang vous attire », a lancé un joueur aux journalistes présents, selon Eurosport. Bernard Laporte a tenté de désamorcer l'affaire en déclarant « ce n'est pas méchant », mais deux joueurs portaient visiblement les stigmates d'un accrochage. Arthur Iturria avait une compresse au niveau du nez, laissant suspecter une fracture, tandis que Geoffrey Palis arborait un pansement au niveau de l'arcade.
La Troisième Mi-Temps : Entre Festivités et Dérapages
C'est un moment qu'affectionne tout rugbyman qui se respecte. Après s'être échangé coups, ruades et autres bourre-pifs, comme lors des matchs de la Coupe du monde, les taquineurs de ballon ovale aiment prolonger les festivités autour d'une bonne table ou d'un comptoir. Un après-match présenté comme une institution du rugby, mais qui finit parfois très mal. Des joueurs de rugby entamant une troisième mi-temps, une institution du rugby qui tourne parfois au cauchemar.
Pourtant, au milieu des innombrables récits de joyeuses paillardises, certaines histoires révèlent le côté moins reluisant de ces fêtes qui tournent parfois au vinaigre. Il est parfois difficile d'attendre retenue et politesse de la part de quinze rugbymen décidé à "s'amuser".
Comme le raconte Alain Gex dans Secrets de troisième mi-temps, l'équipe de France de rugby a choisi, en 1992, de prendre "quelques" verres au bar du Royal Monceau, un palace parisien. Le kiné des Bleus, un ancien joueur mélomane, reconnaît une silhouette familière accoudée au comptoir : Michel Polnareff. Il accoste le chanteur, alors en pleine déprime, et lui demande de jouer pour les Bleus, sur le piano du bar. Refus poli de l'artiste. Michel Polnareff rit jaune et finit par accepter de se mettre au piano. Il ne parviendra à se sortir de ce piège qu'au bout de vingt chansons, dont certaines massacrées par les joueurs.

Alcool et Comportement : Un Mélange Explosif
La consommation d'alcool est impliquée dans la plupart des incidents graves survenus lors d'une troisième mi-temps. C'est ainsi que, quelques heures après un après-match particulièrement arrosé dans l'hôtel des joueurs à Cardiff, Andy Powell, troisième ligne du pays de Galles, a la bonne idée d'emprunter une voiturette de golf pour prendre l'autoroute et aller chercher un petit déjeuner. Rattrapé par la police, il souffle dans un éthylotest qui s'avère évidemment positif.

C'est aussi à la sortie d'une soirée où l'alcool a coulé à flots que Mike Tindall, ex-capitaine de l'équipe d'Angleterre, voit sa vie basculer. En pleine Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, en 2011, le joueur flirte avec une jeune femme dans un bar d'Auckland. Sauf que Mike Tindall est alors marié avec Zara Phillips, petite-fille de la reine d'Angleterre, et qu'une vidéo de son incartade surgit rapidement sur le web.
Quand le Rugby Déborde : Exemples de Bagarres Mémorables
Le rugby n'est pas le seul sport concerné par les après-matchs qui finissent en pugilat, mais le monde ovale regorge d'histoires de dérapages violents. En 2011, à Biarritz, après une nuit consacrée à célébrer une victoire, trois rugbymen qui n'ont pas encore 20 ans en viennent aux mains avec trois autres jeunes à une station de taxi. Parfois, derrière les bagarres, se cachent des célébrités.
En 2002, à Pau, le pilier d'un club gallois agresse sexuellement une cliente d'un restaurant, provoquant une bagarre générale, comme le raconte La Dépêche du Midi. Gareth Thomas, alors capitaine du XV du Poireau, est convoqué devant le juge et condamné à 1 500 euros d'amende.
Certains coups de poing sont entrés dans la légende. En 1972, à Cardiff, la troisième mi-temps endiablée des All Blacks, qui viennent de battre les Gallois, tourne court : le pilier Keith Murdoch assomme un vigile dans le bar où se déroule la fête. Face au scandale rendu public, le joueur est banni de l'équipe à vie.
Marc Lièvremont aussi a brusquement cessé de rire un soir de défaite, en 1994, à Rennes. Parti en goguette avec cinq de ces coéquipiers bleus, celui qui est alors troisième ligne du XV de France n'en peut plus du "quidam éméché et lourdingue" qui les suit partout, comme il le raconte dans son livre Cadrages et débordements. Mais, rapidement, le "quidam" est expulsé de la benne et sa tête heurte un trottoir. Fracture du crâne. La victime en réchappe et, quelques jours plus tard, les joueurs sont convoqués par la police.

Toulon - Bègles 1991 : Un Match de Légende, une Bagarre Mythique
Ce jour-là, Toulon recevait Bègles en huitième de finale aller du championnat. « Mayol à feu et à sang… » titra Midi Olympique. Ce huitième Toulon - Bègles, c’était la chronique d’une rixe annoncée. Dans la semaine, Pierre Salviac avait averti ses pairs en conférence de rédaction : « On ne diffusera pas ce match, ils vont se foutre sur la gueule. » À la fac de Bordeaux, un étudiant, camarade de François Trillo (dans le groupe, mais blessé) à Sciences-Po nous avait prévenus : « À Toulon, ils vont se faire provoquer, ils se préparent pour ça. »
« Le matin du match, Var Matin avait titré un édito : « C’est la guerre. » Jamais je n’avais senti autant d’électricité dans l’air avant un match. Alimentée par les médias, c’est vrai », se souvient Francis Larribe, envoyé spécial de Midi Olympique. « Je crois aussi me souvenir que Serge Simon avait déclaré dans la presse : « À Mayol, nous nous préparons à faire faire un bond de 2 000 ans en arrière à l’humanité. » Vincent Moscato précise : « Je vous dis pas la mise au vert… On sentait bien qu’on n’allait pas passer le concours d’entrée à Polytechnique, les professeurs Champ et Louvet, c’était un autre genre de culture… »
Yves Appriou, le coach avait laissé la motivation à Serge Simon, originaire de Nice, qui avait ferraillé contre les Varois dans son adolescence. En fait, les deux clubs n’avaient pas de contentieux particulier, mais ils se croisaient dans l’ascenseur. « À Toulon, une génération laissait la place à une autre. Les Diaz, Bernard Herrero, Orso, Melville partaient. On sentait que les Béglais voulaient les imiter. Mais les jeunes chez nous voulaient aussi reprendre le flambeau », poursuit Éric Champ.
M. Doulcet était un arbitre expérimenté de 49 ans, avec une finale dans les jambes. Mais il n’était pas là par hasard : « Disons qu’à l’époque, les dirigeants avaient le pouvoir de demander certains arbitres pour certains matchs, manière de ne pas se retrouver…faisandés. Je veux dire, avec un gars qui panique et qui expulse quatre ou cinq types. » On peut supposer qu’André Moga, président légendaire du CABBG, avait su jouer de sa proximité avec Charles Durand, patron de la CCA. Cette analyse dit tout des arbitrages d’antan.
Ce match a ressemblé à une campagne militaire, rythmée par plusieurs batailles qui mériteraient chacune un petit chapitre. Dans le couloir, Éric Champ se baisse soudain pour lacer sa chaussure. Son but : laisser les Béglais entrer seuls pour se faire huer et prendre la pression négative. Simon et Laporte comprennent la manœuvre et refrènent leurs troupes. L’instant dure une éternité, Champ soigne au maximum ses gestes de fée, mais rien n’y fait les deux équipes pénètrent ensemble, au pas. Comble du culot : Gimbert rompt la ligne pour provoquer un adversaire. Moscato le retient.
M. Doulcet ordonne une minute de silence : « Spontanément les joueurs se font face à face à un mètre de distance. Et là, ils commencent à s’insulter. » Les images montrent une série de regards incendiaires, Louvet avec un rictus sardonique ; Braendlin qui mâche un chewing-gum. Les micros ne captent que les horions du public et le : « Moscato enc… ; Moscato n… t… m… »
Comme prévu, Christophe Deylaud balance le ballon en touche sur le coup d’envoi. Le public exulte. Bernard Laporte accepte le défi de Champ, il demande mêlée au centre, comme pour crever l’abcès tout de suite. Les deux premières lignes se toisent en tanguant, tout le monde veut en découdre. M. Doulcet est au milieu, son sens du devoir lui commande d’essayer d’éviter l’inéluctable. Au comble de l’énervement, Simon le saisit par le short, sans doute pour l’écarter. L’arbitre se sent déculotté et siffle la première pénalité, sans aucune action, sans aucun contact entre Bordelais et Toulonnais. 3-0 pour Toulon.
La paix a gagné quelques minutes, mais la première échauffourée sera dantesque : coups de poing, coups de pied, un bon vieux combat de rue. Deylaud, Gimbert, Loppy, Moscato… les plus jeunes diraient : « Octogone. » La foule rugit : « Toulon ; Toulon. » « C’était une ambiance de corrida, poursuit Larribe. J’ai cru qu’il y aurait un mort. Sur chaque regroupement, c’est une horde sauvage qui déboule et les faits d’armes se succèdent.
Le match se termine, sans essai mais avec une pluie de pénalités : 18-9 pour Toulon. Les Varois avaient tout donné, mais on avait paradoxalement senti les Béglais sûrs de leur jeu, de leurs fameuses tortues bien huilées, de leur force en mêlée. En tribune de presse, on vit un homme se lever, Jean-Michel Martinetti, journaliste à Var Matin, auteur de l’édito belliqueux du matin. Ce héraut du RCT déclare haut et fort : « Franchement, ces types (les Béglais, N.D.L.R.), ils ne se sont pas échappés ; ils méritent notre respect. »
Vincent Moscato quitte le terrain comme un gladiateur qui aurait sauvé sa peau : « J’ai vécu ce match comme un retour momentané des jeux du cirque de Rome. J’ai senti la plèbe heureuse, les gens en ont eu pour leur argent. Dans cet après-midi, il n’a manqué que les lions qu’on aurait lâchés dans l’arène.
Autres Bagarres Mémorables du Championnat de France
- Béziers - Perpignan 2004: Un derby du sud particulièrement savoureux avec une baston comme rarement vue dans le championnat de France.
- Bourgoin - Agen 2005: Une "générale" offerte au public du stade Pierre-Rajon, avec même quelques spectateurs distribuant des marrons le long des balustrades.
- Biarritz - Bayonne 2011: Un derby basque sous haute tension, avec l'intervention du père d'Imanol Harinordoquy.
- Agen - Biarritz 2012: Une touche, un accrochage, une droite et tout s'enchaîne.

Le Rugby à XIII : Une Histoire Tourmentée
Le rugby à XIII est associé à l’image positive des Dragons Catalans depuis bientôt 20 ans, mais il a connu l’enfer en France. Un coup fatal est porté par le régime de Vichy, conseillé par le militaire Port-Vendrais Jep Pascot. En 1940, cet ancien demi d’ouverture international de rugby à XV devient commissaire général aux Sports du gouvernement. Il pousse carrément le pouvoir à dissoudre la Ligue française de rugby à XIII. C’est chose faite, par décret, le 19 décembre 1941. Le maréchal Pétain, qui signe le texte, trouve intérêt dans cette mise au ban car il défend le sport amateur, qui éviterait la compétition à outrance.
Suite à la dissolution vichyste, la pratique du rugby à XIII ne disparaît pas, une « Fédération française de jeu à XIII » est même autorisée le 17 septembre 1944 : ce rugby-là devient juste un « jeu », cruelle combinaison d’insulte et d’officialisation. Au demeurant, il reprend des couleurs dès l’après-guerre et finit par retrouver sa dignité lorsque la Fédération française de rugby à XIII est reconnue le 4 juin 1993 par la Cour de cassation. Mais avant ce retour en grâce, la malédiction semble coller à ce sport : le 17 mai 1981, dans les premiers jours de l’ère Mitterrand, survient un nouveau drame, celui-là occasionné par les joueurs. Le match est interrompu au bout de trois minutes par une bagarre générale alors que Villeneuve mène 2-0.
La rixe globale entraîne la démission du président René Mauries, il n’y a pas de champion de France 1981 et le XIII Catalan est sévèrement sanctionné. Le rugby à XIII avait retrouvé sa dignité depuis 1941, mais, bis repetita, il replonge, par autosabotage de 1981. Le voilà « grillé » pour un bout de temps en matière de médiatisation de masse.
Coupe du Monde 1991 : France-Angleterre, un Quart de Finale d'une Violence Inouïe
Le 19 octobre 1991, dans un Parc des Princes bondé, Français et Anglais nous ont offert l'un (si ce n'est le) des matchs les plus violents de l'histoire du rugby. Plongeons dans les rucks, plaquages hauts, stamping... Tout y était lors de ce match qui vit finalement les coéquipiers de Will Carling s'imposer 19 à 10. L'on a tous en tête les dizaines de marques de crampons sur le corps de Serge Blanco, ou encore les nombreuses charges subies par l'ouvreur tricolore Lacroix.
Une rencontre mémorable pour les mauvaises raisons, le XV de la Rose ayant tenté (avec succès) de faire craquer les Français avec des mauvais gestes. Pour vous dire, le centre de l'époque, Philippe Sella avouera après sa carrière que ce match fut ''le pire que j'ai pu jouer de mes 111 matchs en équipe de France''. Rien que ça. Une bien triste fin pour les Blanco, Champ et Marocco, qui prendront tous leur retraite internationale après ce quart de finale.
Même si l’ambiance a dans l’ensemble été festive au stade Vélodrome, ce dimanche lors du quart de finale entre l’Angleterre et les Fidji (30-24), elle s’est quelque peu tendue dans un coin de tribunes lorsqu’une bagarre a éclaté entre supporters anglais. Les supporters anglais se sont fait remarquer en tribunes du Vélodrome de Marseille pendant ce quart de finale de la Coupe du Monde de rugby entre l’Angleterre et les Fidji.
C’était sportivement chaud sur le terrain mais ça l’a aussi été dans un coin du stade, lorsqu’une bagarre a éclaté entre des supporters anglais.