Avaler sa langue : Mythes et réalités des premiers secours dans le football et au-delà

On entend souvent l’expression « avaler sa langue », surtout dans les films ou lors de récits de malaise. Mais en réalité, il est anatomiquement impossible d’avaler sa langue au sens strict. La langue est un muscle ancré au plancher de la bouche, notamment par le frein lingual. Elle ne peut donc pas se détacher et descendre dans la gorge comme un aliment.

Anatomie de la langue

D'où vient cette idée reçue ?

En fait, ce qui peut arriver, surtout lors d’une perte de conscience, c’est que la langue se relâche. Normalement, en position éveillée, nos muscles maintiennent la langue vers l’avant. Mais en cas de malaise, de traumatisme crânien ou de crise d’épilepsie, la langue se détend et tombe en arrière, vers le pharynx. Elle peut alors obstruer partiellement ou totalement les voies respiratoires. C’est cette obstruction qui donne l’impression que la personne est en train « d’avaler sa langue ».

Ce phénomène est particulièrement redouté chez les sportifs. Dans le football, par exemple, plusieurs joueurs ont vu leur langue obstruer leur respiration après un choc violent et une perte de connaissance. Dans ces cas, chaque seconde compte : l’air ne passe plus, et un arrêt respiratoire peut survenir.

Le geste salvateur de Francis Koné

Un footballeur a joué les anges gardiens ce week-end, en championnat tchèque, et a sauvé la vie du défenseur de l'équipe adverse. Samedi, lors d'une rencontre en République tchèque, l'attaquant Francis Koné a héroïquement porté secours au gardien adverse, inconscient suite à un choc. Francis Koné, l'attaquant togolais de Slovacko, a sauvé la vie du gardien des Bohemians, Martin Berkovec, samedi, lors du match de la 18e journée du championnat de République tchèque.

A la 29e minute du match entre les Bohemians de Prague et le Slovacko, Martin Berkovec, le gardien de l’équipe hôte a heurté l’un de ses défenseurs. Juste après un choc frontal avec son défenseur à l'entrée de la surface , le portier est tombé au sol avant de perdre connaissance. Le choc a été tel qu’il s’est s’effondré, inconscient, sur la pelouse. Témoin de la violente collision entre Berkovec et de l'un de ses défenseurs sur un ballon aérien, Koné prend note tout de suite de la gravité de la situation et se précipite sur le gardien, K.-O., pour lui porter assistance.

L'attaquant adverse, Francis Koné, s’est alors précipité sur l’homme à terre. Après avoir constaté qu'il avait avalé sa langue, il lui a apporté les premiers soins en plongeant ses doigts dans sa bouche pour ressortir l'organe. Evaluant d’un coup d’oeil la gravité de la situation, le secouriste improvisé a gardé son sang froid et plongé la main dans la bouche de Martin Berkovec, l’empêchant ainsi d’avaler sa langue. Il lutte pour éviter que le joueur blessé n'avale sa langue.

Assisté par deux autres joueurs, puis d'un médecin du club, il parvient à le positionner en position de sécurité. Aidé par des coéquipiers, il l’a ensuite mis en position latérale de sécurité, avant que les médecins n’interviennent. Le réflexe salvateur de Francis Koné n’est pas dû au hasard.

Francis Koné a révélé de son côté qu'il commençait à s'habituer à ces type d'interventions déjà rencontrées au cours de sa carrière. Loin d’être novice en la matière, c’était en effet la quatrième fois de sa carrière qu’il portait secours à un joueur sur le terrain. «C'est arrivé quatre fois. Une fois en Thaïlande et deux fois en Afrique. Je vérifie toujours que les joueurs ne sont pas en train d'avaler leur langue". Kone a révélé de son côté qu'il commençait à s'habituer à ces type d'interventions déjà rencontrées au cours de sa carrière.

Quoiqu'il en soit, ce geste rapide et remarquable de courage a probablement sauvé la vie de Martin Berkovec qui, depuis son lit d'hôpital, a remercié son sauveur. Je suis soulagé, merci encore!»

Que faire et ne pas faire ?

Position Latérale de Sécurité (PLS)

Contrairement à une idée reçue, il ne faut jamais essayer d’attraper la langue avec les doigts d’une personne inconsciente : on risque de provoquer des blessures ou d’être mordu en cas de convulsions. Le geste recommandé est beaucoup plus simple:

  • Placer la personne en position latérale de sécurité (PLS), ce qui permet à la langue de retomber sur le côté et libère le passage de l’air.
  • Vérifier la respiration et, si nécessaire, pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire.

Les secouristes savent que la clé, c’est de maintenir les voies respiratoires dégagées. D’ailleurs, les canules utilisées en médecine d’urgence servent précisément à empêcher la langue de basculer vers l’arrière.

Comment réagir face à une personne qui perd connaissance, chute brutalement, est prise de mouvements convulsifs, de secousses parfois violentes ? C’est à cette question que l’association Epilepsie France souhaite répondre à l’occasion de la Journée mondiale des premiers secours ce 11 septembre. Le plus urgent est de sécuriser la victime.

Pour cela :

  • Dégagez l’espace et éloignez d’elle tout ce qui pourrait la blesser : meubles, objets, outils, sources de chaleur…
  • Placez un oreiller, des coussins ou des vêtements sous sa tête pour la protéger.
  • Ôtez les lunettes si la personne en porte.
  • Desserrez ses vêtements, col, ceinture.
  • Mettez-la dès que possible en position latérale de sécurité.
  • Ne cherchez pas à transporter la personne, sauf si elle se trouve dans un lieu dangereux : route, escalier, bord de l’eau, proximité immédiate d’un feu ou d’un sinistre.
  • Si possible, notez l’heure de début et fin de la crise, la durée de celle-ci est une information importante pour le médecin.

Une fois mise en sécurité, évitez de :

  • Gêner ses mouvements.
  • D’essayer de l’asseoir.
  • De lui donner à boire.
  • De lui donner des médicaments.

« Il ne faut RIEN mettre dans la bouche d’une personne en train de faire une crise d’épilepsie », martèle l’association. Ne tentez pas non plus de retenir sa langue pour éviter qu’elle ne l’avale ou s’étouffe avec. « L’idée selon laquelle la personne peut avaler sa langue et s’étouffer est fausse », assure-t-elle.

Après la crise

Rassurez la victime et expliquez-lui ce qui vient de lui arriver, rappelez-lui où elle est et indiquez-lui qui vous êtes. Laissez-la récupérer car la crise l’a fatiguée. Demeurez auprès d’elle jusqu’à ce que la période pendant laquelle elle est confuse soit passée. En revanche, il est absolument déconseillé de lui donner tout de suite à boire.

Il n’est pas nécessaire d’appeler un médecin ou les secours si la personne sait qu’elle est épileptique.

Autres mythes sur les premiers secours

Pascal Cassan, médecin conseiller national pour la Croix-Rouge, nous a répondu pour savoir quels gestes de premiers secours sont des fausses croyances, parfois relayées par des films peu réalistes.

  1. Non, on ne risque pas de s’étouffer avec sa langue pendant une crise d’épilepsie
    Comme on l’a vu, il n’est pas utile de sortir la langue de la bouche d’une personne en train de faire une crise d’épilepsie. Au contraire, c’est dangereux, comme l’explique Pascal Cassan : « Au moment des convulsions, la personne va avoir des contractions de la mâchoire, donc si on met ses mains au niveau de la bouche de la victime, on peut se faire mordre de façon violente. La personne peut même se couper la langue ». Tout ce qu’il faut faire quand on est témoin d’une crise d’épilepsie, c’est protéger la personne des endroits où elle pourrait se cogner. « Au moment où les convulsions s’arrêtent, il faut s’en occuper et la mettre sur le côté, elle va reprendre conscience. » Selon Pascal Cassan, cette idée reçue pourrait venir du fait que lorsqu’une personne est inconsciente et allongée sur le dos, il est possible que sa langue glisse en arrière dans la gorge et gêne sa respiration. C’est entre autres à cela que sert la position latérale de sécurité (PLS).
  2. Sur une brûlure, il n’y a rien d’autre à mettre que de l’eau
    Pascal Cassan raconte que beaucoup de personnes tentent d’étaler différents produits en cas de brûlure, comme des crèmes ou même de l’huile. « C’est une mauvaise idée dans le sens où l’huile maintient la chaleur. Il ne faut rien mettre et arroser simplement avec de l’eau pendant 10 ou 20 minutes, de façon à réduire la chaleur et la douleur. »
  3. Pour les plaies, nettoyer à l’eau et au savon suffit souvent
    De la même façon, beaucoup ont le réflexe d’utiliser plusieurs antiseptiques sur une plaie, par exemple quand un enfant est tombé. « Il suffit de laver la plaie à l’eau et éventuellement au savon, et il y aura très peu de risques d’infection. Si l’on mélange plusieurs antiseptiques, ça peut mal se passer, ils peuvent provoquer une brûlure. » Une fois que la blessure a été lavée, il faut la surveiller dans les jours qui suivent.
  4. Non, il ne faut pas faire vomir une personne qui a avalé un produit toxique
    C’est le réflexe qu’ont souvent les parents lorsque leur enfant a ingéré par accident un produit toxique, comme un produit ménager par exemple : essayer de le faire vomir. « Il ne faut pas faire ça. Comme le produit a brûlé dans un sens, il va peut-être brûler dans l’autre sens. » Le bon réflexe est d'appeler le Samu, qui est en relation avec le centre antipoison.
  5. Il ne faut pas forcément se jeter à l’eau pour sauver une personne en train de se noyer
    « Sortir de l’eau une personne qui est en train de se noyer, c’est extrêmement dur, on se retrouve parfois avec deux victimes au lieu d'une. N’y allez que si vous avez appris les manœuvres de sauvetage. Sinon, envoyez un objet qui flotte, que ce soit une bouée ou tout autre objet flottant. » Quant au bouche-à-bouche, il est nécessaire si la personne, une fois sortie de l’eau, ne respire pas. Dans ce cas, un massage cardiaque est également nécessaire.

Concernant d’autres points qui pourraient faire hésiter une personne mal formée aux gestes de premiers secours, Pascal Cassan évoque notamment le cas des garrots : dans la majorité des hémorragies, appuyer avec la main et éventuellement un tissu suffit pour stopper la perte de sang. Là où le garrot est en revanche utile, c’est par exemple si l’on est seul face à plusieurs personnes blessées, ou dans le cas de très graves hémorragies.

« Et une fois qu’on a posé un garrot, on ne le desserre plus avant l’arrivée des secours. En plus de la perte de sang, desserrer un garrot risque de provoquer la libération de toxines qui seraient dans le membre garroté, ce qui n’est pas bon pour le cœur et l’organisme en général. »

Un autre mauvais réflexe est de placer une personne en PLS sans avoir vérifié si elle respirait. « C’est très ennuyeux, parce que si elle ne respire pas, il faut lui faire un massage cardiaque. » Pascal Cassan constate aussi que beaucoup de gens restent passifs parce qu’ils ont peur de mal faire.

En résumé : on ne peut pas « avaler sa langue » comme on avale un morceau de pain. Mais il est vrai que, lors d’une perte de conscience, la langue peut obstruer la gorge et bloquer la respiration. C’est un risque sérieux, mais il est bien connu et les gestes de premiers secours permettent d’y remédier efficacement.

Comment réagir face à quelqu’un qui s’étouffe ?

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