Le Paris Saint-Germain (PSG) se retrouve une nouvelle fois au cœur d'une polémique. Un documentaire diffusé sur France 2 met en lumière un système visant à influencer l’opinion en ligne, avec des méthodes controversées. Retour sur ces révélations troublantes.
Diffusé ce jeudi soir, le nouveau Complément d'enquête reviendra notamment sur l'affaire de «l'armée numérique» du Paris Saint-Germain. Ce jeudi soir, à 23h, France 2 diffusera le nouveau Complément d'enquête, intitulé «Pouvoir, Scandale et Gros sous : les hors-jeu du PSG». Un documentaire qui met en lumière l'écosystème du président parisien Nasser Al-Khelaïfi.
L'armée recrute sur les réseaux sociaux
Révélations d'une Enquête Explosive
Ce documentaire d’un peu plus d’une heure explore les coulisses du club parisien et les méthodes de communication controversées mises en place sous la présidence de Nasser Al-Khelaïfi. Invité de l’After Foot sur RMC, mercredi, Fabien Touati, réalisateur du reportage, est revenu sur l’un des volets les plus troublants de son enquête : l’existence d’une « armée numérique » ayant servi à influencer l’opinion sur les réseaux sociaux entre 2018 et 2020.
Selon des révélations de Complément d'enquête, l'émission de France 2, le club parisien aurait mis en place, pendant plusieurs années, une opération de manipulation numérique visant à défendre son image en ligne, quitte à harceler ses détracteurs. Au centre de ce dispositif, une équipe d'environ soixante personnes basée en Tunisie, employée par l'agence UReputation. Cette "armée numérique", selon les termes utilisés en interne, aurait agi sur commande du club pour mener des campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux. Objectif : museler toute voix critique.

Les Cibles de l'Armée Numérique
Les cibles ? Elles vont des journalistes aux supporters opposés à certaines décisions du club, en passant par des figures médiatiques... et même des joueurs, ou leurs proches. Kylian Mbappé et Adrien Rabiot figureraient parmi les victimes de ces attaques numériques, menées via de faux comptes, notamment à travers le pseudonyme collectif Paname Squad, utilisé comme vitrine de ces opérations.
Dans son enquête, Mediapart avait cité l'exemple de Paname Squad, un compte «de référence» autour duquel auraient gravité des comptes «partenaires» , chargés d'amplifier ces posts. Ce compte aurait ainsi fait du lobbying sur des sujets stratégiques, comme le Fair-Play Financier. Il aurait aussi manoeuvré pour protéger la réputation de Neymar après sa gifle à un supporter rennais, en dévoilant l'identité complète de la victime et en tentant de la faire passer pour un délinquant.
Les faux comptes ont ainsi mené des raids violents et souvent grossiers contre le supporter du Stade rennais giflé par l’attaquant Neymar, son ex-petite amie qui l’a accusé de viol, des médias jugés hostiles au PSG comme Mediapart et L’Équipe, ainsi que des personnalités du club comme le joueur Adrien Rabiot et l’ancien directeur sportif Antero Henrique, ou encore, plus timidement, Kylian Mbappé lorsqu’il y avait des rumeurs sur son éventuel départ au Real Madrid en 2019.
Une Campagne Orchestrée en Secret
Dès 2022, Mediapart avait révélé qu’une agence numérique aurait été mandatée par le PSG pour mener des campagnes de dénigrement en ligne. L’objectif ? Alimenté en informations exclusives sur le mercato, il aurait servi à asseoir sa crédibilité auprès des supporters, tout en relayant certains discours favorables au club.

Des Ordres Directement Venus du Club ?
Fabien Touati affirme avoir retrouvé l’administrateur du compte, qu’il surnomme Omar : « J’ai remonté le compte Paname Squad et j’ai rencontré une personne qu’on appellera Omar. Lui était la petite main derrière le compte ». Selon l’enquête, cet individu aurait reçu des instructions directes de Jean-Martial Ribes, ancien directeur de la communication du PSG.
« On révèle qu’il recevait en direct les ordres de Jean-Martial Ribes. On a eu confirmation qu’il y a eu plusieurs rendez-vous à la Factory. Ils étaient même accrédités de temps en temps sur la pelouse du Parc. Est-ce qu’ils ont reçu des ordres du PSG pour nuire en ligne ? Oui, pour mettre des coups de pression aux joueurs et aux supposés ennemis du club ».
Les Acteurs Clés et Leurs Rôles
Plusieurs hauts responsables sont mis en cause. Le président Nasser Al-Khelaïfi aurait été informé de l'existence de cette campagne et aurait validé son financement. Autre figure centrale du système : Jean-Martial Ribes, ancien directeur de la communication du club. Il est accusé d'avoir orchestré personnellement une opération de harcèlement contre un supporter rennais, à la suite d'un incident impliquant Neymar.
Dans un témoignage accordé à France 2, un responsable au sein de l'agence UReputation dira : « Il y avait une volonté qu'on parle toujours bien du PSG. Si un compte influent parlait mal du PSG, ils voulaient le dégommer. »
Implication de Jean-Martial Ribes
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large. En décembre 2023, Jean-Martial Ribes a été mis en examen pour plusieurs chefs d’accusation, notamment pour corruption et trafic d'influence, harcèlement moral en ligne et usurpation d’identité. L’ancien responsable de la communication nie toute implication illégale.
« Jean-Martial Ribes conteste les faits qui lui sont reprochés et précise que toutes les actions qu'il a réalisées pendant ses nombreuses années de présence au sein du PSG ont toujours été faites dans la légalité, que ce soit dans le cadre de la promotion, du développement ou de la défense des intérêts du club en France et à l'étranger », avait déclaré son avocat, Me Romain Vanni.
La Société Impliquée
Un rapport de la société Digital Big Brother (DBB), rendu public, démontre que cette agence a déployé "une armée de trolls" au service du club détenu par le Qatar pour discréditer des personnalités, des journalistes et même des joueurs de l'équipe. Cette société, immatriculée à Barcelone, est contrôlée par l'homme d'affaires franco-tunisien Lotfi Bel Had.
Le document de DBB, qui fait le bilan de son activité pour le compte du PSG pour la saison 2018/2019, indique que "l'armée numérique" était "supervisée par le service communication du PSG, dirigé à l'époque par Jean-Martial Ribes".
Méthodes et Techniques Utilisées
Les méthodes déployées, création de faux profils, diffusion de messages violents, pressions psychologiques, dessinent les contours d'une stratégie délibérément offensive, aux antipodes des pratiques de communication classiques.
Un rapport interne de 50 pages, transmis à la direction du PSG, dévoile les rouages de cette stratégie de communication agressive. Loin d'un simple écart, le document révèle une logique d'infiltration et de neutralisation de la critique, avec la participation active de la cellule communication du club.
Nature Juridique des Actions
Bien que la création de faux comptes soit une pratique courante et licite, leur utilisation pour injurier des cibles pose la question de la légalité de l'opération.
"Le fait de créer des faux comptes sur les réseaux sociaux n'est pas illicite", rappelle Alexandre Archambault, avocat en droit numérique. "C'est même une liberté fondamentale sur le principe du pseudonymat qui n'a rien de nouveau."
Toutefois, la méthode déployée via les comptes pilotés par l'agence se distingue par des campagnes ciblées, parfois violentes et insultantes."S'il s'agit d'opérations de harcèlement, de dénigrement ou de diffamation alors cela peut faire l'objet de poursuites", assure l'avocat. En effet, le cyberharcèlement est sanctionné par l'article 222-33-2-2 du Code pénal, le dénigrement par l'article 1240 du Code civil et la diffamation par l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Tableau Récapitulatif des Actions et Sanctions Potentielles
| Action | Article de Loi Applicable | Sanction Potentielle |
|---|---|---|
| Cyberharcèlement | Article 222-33-2-2 du Code pénal | Variable selon la gravité et la récurrence des faits |
| Dénigrement | Article 1240 du Code civil | Dommages et intérêts |
| Diffamation | Article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse | Amende et/ou peine de prison |
| Atteinte à la vie privée | Article 9 du Code civil | Dommages et intérêts |

Réaction du PSG
Contacté par l'AFP, le PSG a démenti "fermement les allégations de Mediapart".
"Le PSG est une marque internationale qui travaille en permanence avec des agences de 'social media' partout dans le monde pour promouvoir et célébrer les réalisations du club, de ses collaborateurs et de ses partenaires, comme toutes les entreprises, a affirmé le club de Nasser al-Khelaïfi dans un communiqué. "Le club n'a jamais contracté avec une agence pour nuire à qui que ce soit", ajoute-t-il.
En parallèle, une source ayant connaissance de cette collaboration a confirmé à l'AFP que le PSG avait bien fait appel à la société DBB.
Conséquences et Suites Possibles
Ces révélations jettent une nouvelle ombre sur la gestion du PSG et posent des questions sur l’utilisation des réseaux sociaux par les grandes institutions sportives. Le Paris Saint-Germain se retrouve au cœur d'un scandale de grande envergure.
Reste à savoir qui pourrait être visé par des poursuites judiciaires. Le PSG qui a mandaté la société ? L'agence qui a mené l'opération ? Les personnes qui rédigeaient les tweets des faux comptes ? "Cela implique déjà que le parquet décide d'ouvrir une procédure estimant que l'infraction est suffisamment caractérisée", résume Alexandre Archambault. "L'enquête établira ensuite les différents niveaux de responsabilités des intervenants impliqués dans ce dossier".