Adrien Marbot: Un Arbitre de Rugby Passionné Entre Océan et Terrain

Chaque lendemain de match, Adrien Marbot a besoin de retrouver l'océan. Il marche dans les essences de pins jusqu'à pouvoir humer, enfin, l'iode et les embruns. Dans le fracas des vagues, il oublie le tumulte du monde. « L'océan nous répare. Il ouvre l'âme vers quelque chose de plus ample que soi. Après certains matches, on ressort vidé. Assis dans le vestiaire, incapable de réfléchir. Dans la nuit qui s'ensuit, on ne dort jamais bien. »

C'est un choix ambitieux que de vouloir réguler la fureur de trente hommes dans un sport de combat. Catalyseur des colères, l'arbitre est le bouc émissaire des supporters. « C'est pourtant un porteur de lumière, indique Samy Chatti, réalisateur de Canal+ qui assure plus de six heures de direct rugbystique chaque week-end. L'arbitre est celui qui nous décrypte l'histoire. »

Une Vocation Née d'une Déception

Marbot aime ce défi d'interpréter - en temps réel - un règlement aussi complexe qu'une exégèse biblique. « Il y a 10 000 cas de touche, parfois la règle paraît absurde... », pointe ce professeur d'EPS âgé de 42 ans. Il est père de deux enfants qui, parfois, l'accompagnent en déplacement. Il a joué troisième-ligne, à l'US Tyrosse. Sa vocation pour l'arbitrage est née d'une extrême déception, une décision d'un juge de touche, « un crèvecoeur », dit-il, en juin 2011.

« On jouait l'accession en Pro D2 face à Béziers. L'arbitre a sifflé la pénalité de la gagne pour nous. Le juge de touche l'a inversée. J'étais sonné. » Plutôt que ressasser « tous pourri », Marbot a choisi l'engagement, il est devenu arbitre.

Depuis quatre saisons, il officie en Top 14. Ce samedi, il sera au coeur du derby opposant Bayonne à Pau, au stade d'Anoeta à San Sebastian (Espagne). Cet athlète d'1,91m pour 95 kg a le coup de sifflet franc. Tour à tour gendarme, diplomate, pédagogue, il a eu recours à un préparateur mental pour trouver l'alchimie. « Avant, mon côté professeur prenait le pas ». Il se dit rodé et fataliste face à des supporters enclins à le maudire ou ceux prétendant lui expliquer les règles.

Il assure que son plaisir, « c'est de passer inaperçu dans un match fantastique », et sa philosophie, de « protéger les joueurs et laisser libre cours à la fluidité du jeu. »

Ancien trois-quart centre de Bègles, devenu un surfeur de légende, Peyo Lizarazu apprécie son style : « À la manière dont il se déplace, je retrouve le surfeur que je côtoie. Une ligne d'attaque, c'est le déferlement d'une vague et, dans les deux contextes, il est toujours bien placé. Serein.

Adrien Marbot lors d'un Clermont - Bordeaux-Bègles le 2 novembre dernier (32-27).

Les Défis et les Réflexions d'un Arbitre Moderne

Marbot célèbre les vertus de l'eau et parfois devient feu : « Quand j'entends dire que j'ai voulu ''entuber'' une équipe, ça me rend fou, s'ils savaient tout le travail fourni. » Il débriefe ses matches avec ses superviseurs, consulte son « mentor », Michel Lamoulie.

« Il a 84 ans et connaît toutes les règles. Il sait pourquoi elles ont évolué et ça aide à mieux comprendre comment les interpréter. » Lamoulie a formé Jérome Garcès, Mathieu Raynal, Romain Poite. « L'erreur humaine est consubstantielle au rugby », rappelle cet ancien arbitre pour qui le recours à la vidéo est à double tranchant.

« Ce n'est plus l'homme qui juge mais la caméra avec son oeil extraterrestre. Le ralenti modifie le jugement. Je suis contre. Joueurs et arbitres sont des hommes et il est capital qu'ils soient évalués par des hommes non par la machine. »

Dans le flot d'une époque où pullulent les écrans, Lamoulie soulève de réels questionnements : les arbitres doivent assurer le « service après-vente » de leurs décisions auprès des coaches bien mieux armés. « Ils ont tous les angles d'images avec deux minutes d'avance sur nous grâce à leurs analystes vidéo, pointe Marbot. Ils savent précisément si on se trompe ou pas. »

En octobre dernier, à l'issue du match opposant Clermont à Toulon au stade Michelin (19-18, 5e journée), Marbot a connu la foudre et les éclairs. Pierre Mignoni, furieux d'une décision qui privait le RCT d'une victoire, s'était avancé vers lui en mode « retenez-moi ou je fais un malheur ! » Le coach écopera d'une sanction de six semaines.

Au lendemain de ce match, comme une ablution avant de retrouver ses élèves du collège d'Angresse (Landes), Marbot est allé surfer. « J'ai eu Amandine Buchard de la sixième à la troisième. Énorme judokate que j'ai eu la joie d'initier au rugby »

Des incivilités, ce Landais en a connu d'autres. « Au début de ma carrière de prof, j'ai été affecté à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis. En plein pendant les émeutes de 2005. Je reconnaissais mes élèves aux infos, ils se confrontaient à la police puis débarquaient en cours. Des vedettes. Je me suis demandé ce que je faisais là. Quand je rentrais le week-end, ma mère venait m'attendre à la gare. Dans la voiture je ne décrochais pas un mot jusqu'au moment de voir le rivage, l'horizon. »

Le lundi, ragaillardi, il était de retour au collège Jacques-Prévert. « Je me suis attaché à mes élèves. Une fois qu'ils ont compris que tu allais faire des choses pour eux, ils sont très reconnaissants. Ils ont une super énergie de vie ! Pour beaucoup, le seul endroit où il y avait des règles, c'était chez nous, à l'école. Ce sont mes meilleures années de prof. Quand j'ai quitté le 93, en 2010, ça a été compliqué. » Adrien a versé sa larme.

« Des élèves m'écrivent toujours. Certains avaient des qualités physiques incroyables. J'ai eu Amandine Buchard de la sixième à la troisième. Énorme judokate que j'ai eu la joie d'initier au rugby. » L'an passé, lors des Jeux de Paris, cette jeune femme fut médaillée de bronze olympique (-52 kg). À 29 ans, elle a pris une licence au Stade Français et ambitionne de disputer les prochains J.O. en rugby à 7.

Le ciel de Marbot s'est parfois assombri. Le 9 décembre 2018, c'est lui qui arbitrait le jour où Nicolas Chauvin, espoir du Stade Français âgé de 18 ans, a trouvé la mort lors d'un match face à Bordeaux-Bègles. « Il y a eu un gros plaquage en début de rencontre. En arrivant sur la zone je l'ai vu K.-O. J'ai arrêté le match. Il ne revenait pas à lui. Quand la doc a dit : ''On attaque le massage cardiaque'', je surveillais son pouls. Je l'ai senti de moins en moins... Ça a été un moment très difficile. » Dans les heures qui suivirent, seul face au ressac de ses pensées, Adrien Marbot a eu, plus que jamais, besoin de la houle et des vagues.

La commission arbitrale de la FFR et la LNR vient de communiquer la liste des arbitres désignés pour la 9ème journée de Top 14. Le Landais, Monsieur Adrien Marbot qui était déjà au Michelin lors de la réception du RCT début octobre revient un mois plus tard sur la pelouse montferrandaise pour la venue de l’Union Bordeaux-Bègles samedi à 14h30.

Aujourd’hui appelé comme arbitre de champ du match que l’Union Bordeaux-Bègles et le Stade Rochelais disputeront dans le stade Anoeta de Saint-Sébastien, l’après-midi de ce samedi 10 juin, ce Landais de 40 ans avait commencé à jouer du sifflet voilà onze saisons.

Reconversion et Engagement

« Il y a trop peu d’anciens joueurs qui se mettent à l’arbitrage. C’est bien dommage, on comprend mieux la réaction de certains joueurs quand on a pratiqué », note Adrien Marbot. Cette reconversion, « un bon moyen de continuer à courir », lui avait permis de satisfaire son « envie de rester dans le rugby » ; au-delà d’une pratique maintenue avec les équipes “folklo” des Pibalous et des Lagagnous.

Surfeur et passionné de glisse, il n’aurait jamais songé à prendre en main une équipe, confie-t-il : « Entraîner, cela m’aurait trop rappelé le travail. »

Adrien Marbot reste en effet salarié de l’Éducation nationale, rattaché au collège d’Albret de Dax suite à un début de carrière dans l’Académie de Créteil. « Grâce à mes collègues et à notre chef d’établissement, on a réussi à s’organiser pour que je sois libre le vendredi », explique le professeur d’éducation physique. « Un passage à 80 % » est envisagé pour la prochaine rentrée scolaire, l’enseignant ne souhaitant pas « faire de l’arbitrage un métier ».

Arbitre de Top 14 depuis 2021, après avoir affirmé ses compétences en Pro D2 durant les deux saisons précédentes, Adrien Marbot fait partie de la trentaine d’hommes habilités à juger les oppositions de la Ligue professionnelle de rugby.

Défrayé « 600 euros comme arbitre de champ et 200 euros comme arbitre de touche », le Tyrossais sait qu’approcher les 41 ans ne lui permet plus d’envisager être convoqué pour des rencontres internationales.

Malgré de premières feuilles de matches, cette saison, en Coupe d’Europe, le Tyrossais a déjà tiré un trait sur une participation aux prochaines Coupes du monde. « Pour moi, c’est déjà inespéré. Je m’étais dit qu’arbitrer de la Fédérale 1, la division dans laquelle j’ai joué, ça serait déjà pas mal. »

Quelques saisons à évoluer comme arbitre de rugby dans les deux divisions professionnelles lui restent ainsi promises, avec un âge limite fixé à 45 ans.

« Quand j’arbitre, je ne vois que des couleurs, pas des clubs », assure le Tyrossais. Sa personnalité lui a fait accepter la charge de sa mission et le travail qui va avec, fait de matches, de longs voyages, de séances vidéos, de préparation physique et de rapports.

« C’est certain qu’arbitrer, c’est ingrat. Tout le monde n’accepte pas d’être remis en cause, d’essuyer des critiques. » À chaque rencontre, il cherche à illustrer sur le terrain la définition qu’il donne du bon arbitre. « C’est quelqu’un qui doit être précis dans ses décisions, qui doit savoir expliquer son choix. Il n’est pas là pour se mettre en avant, faire la star.

Tableau: Rémunération d'Adrien Marbot

Fonction Rémunération
Arbitre de champ 600 euros
Arbitre de touche 200 euros

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