Âgé de 36 ans, Thomas Charabas est un visage familier dans le monde de l'arbitrage en France. Son parcours est remarquable, marqué par une ascension rapide et une double vie dédiée au rugby et à la médecine.

Débuts Précoces dans l'Arbitrage
C’est à l’âge de 15 ans que Thomas Charabas découvre le rugby au sein de son lycée. Lors d’un match entre deux autres écoles, il arbitre pour la première fois une rencontre et va alors être repéré. Il découvre l'arbitrage dès l'âge de 15 ans lors d'un match scolaire en UNSS, avant de gravir rapidement tous les échelons.
Charabas va gravir les échelons au fur et à mesure en arbitrant en Fédérale 3 à 21 ans, en Fédérale 1 à 23 ans, puis trois ans plus tard, en Top 14. À seulement 21 ans, il officie en Fédérale 3, puis en Fédérale 1 deux ans plus tard.
Dès 24 ans, il officiait au deuxième échelon, et à 26, il atteignait le plus haut niveau du championnat français. Thomas Charabas, qui est l'un des visages les plus familiers des observateurs de Top 14 et de Pro D2, a très vite découvert le niveau professionnel. Il a aujourd'hui 36 ans, et cumule donc plus de vingt ans dans le rugby. En effet, il avait commencé à l'âge de 15 ans au sein de son lycée.
Depuis, l'arbitre cumule une solide expérience au plus haut niveau, avec plus d'une centaine de rencontres dirigées en Top 14 et en Pro D2. Thomas Charabas connaît également bien l'USAP.
Une Double Vie: Arbitre et Médecin Urgentiste
En parallèle de sa carrière d'arbitre, Thomas Charabas mène un parcours professionnel exigeant en dehors des terrains. Ce parcours fulgurant dans le monde du rugby, Thomas Charabas l'a effectué en parallèle d'études poussées très loin. En effet, il a suivi médecine avant d'être diplômé et de devenir médecin libéral. Mais le rugby l'a invité à devenir médecin urgentiste par commodité.
Thomas Charabas est un arbitre de TOP14 sans avoir le statut de professionnel. Dans la vie de tous les jours, il est médecin urgentiste à l’hôpital de Bayonne. Thomas est actuellement sur tous les fronts: celui du TOP14 puisque les championnats professionnels continuent, mais aussi celui du COVID puisqu'il est médecin urgentiste à l'hôpital de Bayonne.
De formation médecin généraliste, il a décidé de se réorienter en tant que médecin urgentiste à l’hôpital de Bayonne. Pendant la première crise de la COVID, il se déclarait lui même comme un « soldat, pas là pour faire de la polémique ». Pas question non plus de se défiler : « Si nous (le personnel soignant), on commence à avoir peur... ça ne va pas le faire. On n'a pas le droit de rester chez nous, ça fait partie de notre travail ».
Rentré tant bien que mal des Etats-Unis où il profitait de quelques congés, Thomas Charabas n'imaginait sans doute pas les prochains mois qui l'attendaient. En pleine crise du covid-19, mi-mars 2020, il reprenait son travail d'urgentiste en première ligne.
La mobilisation à l'hôpital de Bayonne a débuté en février, on a modifié nos pratiques de prise en charge avec la réorganisation de notre service d'urgences pour avoir une partie liée au dépistage, en coopération avec les infectiologues et le Samu, pour orienter les patients qui pouvaient avoir eu des contacts en Italie et en Chine, afin d'isoler d'éventuels clusters. Ça a plutôt bien marché dans notre région puisqu'on a eu très peu de cas. Ensuite, quand on est passés au seuil épidémique, on a fait une montée en charge, on a redimensionné nos systèmes sur la régulation médicale avec davantage de personnel pour répondre aux appels du Samu.
On a poursuivi notre activité de dépistage et adapté notre service d'accueil pour faire du tri de patients qui arrivent avec des difficultés respiratoires et de la fièvre, pour dépister très précisément et éviter de mélanger des infectés avec des non infectés. En parallèle, la régulation du Samu continue à orienter les patients et contribue à faire ce qu'on appelle du délestage. Par exemple, un trauma du poignet peut aller à la clinique Belharra plutôt qu'à l'hôpital.

La situation aux urgences de Bayonne pendant la crise sanitaire:
On n'est pas dans une situation de saturation, l'organisation est en place, elle est suffisamment dimensionnée et tient la route pour accueillir correctement les patients, contrairement à ce qui peut se voir à Paris ou dans le grand Est.
Pour les urgentistes, c'est selon le poste occupé : le médecin régulateur régule les urgences médicales et les questions Covid, l'urgentiste reste en place car il y a le tout venant comme les AVC, les infarctus, et il y a les urgentistes dédiés à la prise en charge des possible Covid. Eux aussi sont en première ligne. On travaille de concert avec les infectiologues et les réanimateurs si le cas est suffisamment grave pour nécessiter réanimation. Tous les jours, on change de poste.
On fait attention à l'utilisation du matériel. On ne dépiste pas à la sauvette, on suit scrupuleusement les recommandations nationales. Sur le plan des masques, on respecte là aussi les recommandations, dans quelles situations on en utilise ou non. C'est une denrée assez précieuse, mais on n'a pas non plus de pénurie à déplorer.
Il ne faut pas avoir peur. Il faut être prudent, systématique, méthodique dans sa façon de se préparer, de s'habiller, de se déshabiller, en condition d'asepsie pour éviter la transmission d'un potentiel virus hors de la chambre du patient. Mais sans avoir peur car la peur est un obstacle à une prise en charge efficace. Si les soignants commencent à avoir peur, on ne va pas être efficaces dans notre travail de soin et de pédagogie.
S'il a plus l'habitude d'être arbitre, souhaitons à Thomas et à tout le personnel soignant de remporter ce match contre l'épidémie.
| Domaine | Description |
|---|---|
| Arbitrage | Plus de cent rencontres dirigées en Top 14 et Pro D2 |
| Médecine | Médecin urgentiste à l'hôpital de Bayonne, impliqué dans la gestion de la crise COVID-19 |
| Formation | Études de médecine, spécialisation en médecine d'urgence |
L'Expérience et la Philosophie de Thomas Charabas
Dans vos deux métiers, vous devez prendre des décisions parfois très importantes en quelques secondes maximum. Est-ce que l'arbitre aide le médecin ou l'inverse ? Mon métier et mon loisir sont complémentaires : si vous êtes capable d'arbitrer sous pression, avec une exposition constante, dans une ambiance potentiellement hostile avec des décisions qui doivent être prises dans la seconde, ça nécessite de l'analyse technique, de la sérénité qui sera utile pour prendre des décisions importantes, et potentiellement vitales dans le cadre de la médecine d'urgence. Dans l'autre sens, côtoyer des situations graves ou critiques permet de relativiser et d'appréhender plus sereinement un match de rugby, quand bien même il serait à haut niveau. Car en arrière pensée, je n'oublie pas que ça ne reste que du sport.
Franchement, ça ne me perturbe pas tant que ça parce que j'ai l'habitude de switcher d'une fonction à l'autre rapidement, d'un jour de match à une garde. Je fais la part des choses sans trop de difficultés. On voit quand même des choses un peu similaires même si je ne passe pas mon temps sur les réseaux sociaux pour lire tout ce qu'on peut y trouver. En rugby, de nombreuses personnes, sans avoir une réelle expertise ou une maîtrise des situations, donnent leur avis en disant de grosses bêtises, et on voit la même chose sur la médecine ou beaucoup de gens, en particulier des politiques puisqu'on ne parle pas assez d'eux en ce moment, veulent faire de l'ingérence dans la science, donnent leur avis sur comment gérer la crise, quels médicaments utiliser... Alors qu'ils n'ont aucune légitimité.
Un œil lointain, un peu distrait, mais de temps en temps c'est bien de lire autre chose que des articles de médecine aussi (sourire). Je vois passer des choses ou on me pose des questions sur l'organisation du championnat, je ne m'y suis pas vraiment penché. J'entends parler de Top 16, de phase finale améliorée, je n'ai pas d'avis là-dessus. Si on repart arbitrer, on le fera avec plaisir, et ça voudra dire qu'on aura réussi ce qu'on mène actuellement.
Je suis médecin urgentiste, je reçois, trie et stabilise des patients, je n'ai pas le recul nécessaire avec une étude chiffrée sur la circulation du virus pour me permettre de répondre à cette question. C'est plutôt le travail des épidémiologistes, des virologues et la direction générale de la santé qui seront capables de nous dire à quel moment le virus ne sera plus circulant et si le confinement peut être levé. J'ai le nez dans le guidon. Comme au rugby, l'entraîneur des avants au bord du terrain n'a pas forcément le recul pour l'analyse tactique, contrairement à son manager en haut de la tribune avec une vision très large et plus posée du match.
J'avoue que je ne me pose pas réellement cette question, on a des journées assez bien remplies pour ne pas trop gamberger ou réfléchir à l'avenir. On pense surtout à comment organiser notre système de santé dans les jours à venir, si on devait faire face à un afflux plus important de patients. "Les journées sont longues à l’hôpital. Il faut trouver du temps pour la préparation physique, mais aussi pour la préparation technique, regarder les matchs pour tirer les leçons de ses erreurs. Cela sous-entend beaucoup d’organisation. Heureusement, j’ai obtenu de l’ARS un aménagement de mon temps de travail pour éviter que mes collègues internes soient surchargés", sourit le sportif, attiré tout jeune par ce sport.
Si son père Philippe s’est distingué sur les terrains sous la casaque de l’USO rugby et de Hagetmau, Thomas fera lui ses gammes du côté de l’AS Bayonne. L’arbitrage ne fera irruption dans le paysage que sur le tard, un jour de tournoi de sport scolaire. Entre deux matchs, des volontaires sont requis pour arbitrer d’autres rencontres. On lui tend le sifflet. Il ne le lâchera plus.
Un jour, un responsable de l’arbitrage, Henri Rousselle, était là. Il m’a proposé de devenir arbitre officiel. J’ai essayé, ça m’a plu alors j’ai continué ça en parallèle de ma carrière de joueur", raconte celui qui a officié pour la première fois à 18 ans pour un match de cadets entre Orthez et Bardos. Ses études à la faculté de médecine de Bordeaux l’obligeront cependant à trancher. "Je n’avais plus le temps entre les études, l’arbitrage et le jeu. J’ai fini par laisser le protège-dents pour le sifflet."
Ce qui le séduit chez les hommes en noir ? Les responsabilités, la gestion des hommes. "Être arbitre, c’est avoir à gérer des situations, à décider de ce qu’il faut sanctionner. On est là pour accompagner le scénario écrit par d’autres, de la façon la plus harmonieuse possible. Un arbitre, c’est avant tout quelqu’un qui adore le rugby ! Il faut vraiment l’aimer pour partir loin de chez soi tous les week-ends. Un joueur qui ne fait pas un bon match, ça arrive. Il boit une bière avec ses potes, rentre avec eux, ça va mieux. L’arbitre qui a fait une erreur, il rentre seul. Il est triste. Et en voiture, c’est long !"
En 2012, il fait ses premiers pas en Pro D2. "En terme de jeu et d’arbitrage, il y avait une certaine cohérence avec la Fédérale 1, ou l’on trouve déjà beaucoup de bons joueurs. Ce qui change surtout, c’est l’exposition médiatique."
Dans les tribunes, le public se fait plus nombreux. Chaque fait de jeu est disséqué et âprement commenté. "On ne reprochera jamais à un joueur d’être malhonnête parce qu’il a loupé un plaquage. Mais on ne trouvera jamais d’excuse à l’arbitre", sourit Thomas Charabas, sans se laisser démonter par cette pression accrue. "Ils peuvent gueuler comme des veaux tant qu’ils veulent en tribune, on est imperméable !" , note celui qui s’appuie sur son expérience médicale pour conserver la tête froide. "La façon d’arbitrer dépend de la personnalité et du vécu de l’homme. Être arbitre et médecin, cela marche dans les deux sens. Cette expérience donne un certain relâchement, permet de relativiser dans certaines situations stressantes et vice-versa."
Première saison en Top 14 : "C’était lors de la première journée, un Toulouse-Brive. Un match avec un gros combat en mêlée, pas forcément un beau match de rugby." Le plaisir est néanmoins présent. "J’avais plein d’amis en tribune. À ce moment-là, on repense à son parcours." Avec la ferme ambition de le prolonger en gagnant "le respect des acteurs de la division" pour s’inscrire sur le long terme au plus haut niveau.
Pas simple, d’autant que la pression a fait un nouveau bond en avant.
Thomas Charabas, officiera lors du barrage entre Bordeaux-Bègles et le Racing 92. C'est Thomas Charabas qui a été choisi pour officier lors de ce match entre Grenoble et Perpignan, riche en enjeu puisqu'une seule équipe sera en Top 14 la saison prochaine.
Une véritable double vie pour celui qui est licencié dans l'autre club de Bayonne : l'ASB. D'abord joueur dans ce club, il s'est très vite tourné vers l'arbitrage avec le succès que l'on connait.
Thomas est célèbre pour ses « punchlines » pendant les matchs. Il n'échappe pas aux critiques notamment lorsqu'il arbitre l'UBB puisque pour certains supporters le raccourci est vite pris : il a fait ses études de médecine à Bordeaux donc il est supporter de l'UBB !
Malgré sa jeune (bien que brillante) carrière, Thomas Charabas suscite semble-t-il déjà les vocations. Cette anecdote ne date pas d'un autre temps et d'un autre rugby, plus amateur. C'était à Agen, le 23 mars 2019, pour une rencontre opposant Agen à Clermont.
Les arbitres sont souvent critiqués sur les réseaux sociaux voire dans les médias après les matchs. Pour le coup, le personnel soignant est unanimement salué. Ça fait bizarre de passer de l'un à l'autre ?
Dans ce contexte, gardez-vous un œil sur ce qui se décide à propos de la fin de saison de Top 14 et Pro D2 ?
Une reprise de la compétition fin mai/début juin est évoquée. Selon ce que vous observez, cela vous semble-t-il crédible ?
Arrivez-vous à vous projeter de nouveau sur un terrain de rugby, une fois que tout cela sera fini ?