Le Protocole Commotion au Rugby : Comprendre et Protéger les Joueurs

C’est une image qui a fait le tour de la presse : Antoine Dupont, maître à jouer et capitaine du XV de France, le genou à terre, la main sur le visage, à la suite d'un violent choc sur le visage face à la Namibie. Si vous suivez de près ou de loin la Coupe du monde de rugby qui se déroule en France, un détail vous aura peut-être surpris : celui du protocole commotion. Dans ce cas-là, les règles sont claires au rugby : le joueur doit passer un protocole commotion.

Mais qu'est-ce que cet examen et comment se déroule-t-il ? Ce dernier intervient suite à un choc sur la tête de l’un des joueurs ou après un violent mouvement de la tête. Il peut être lié à un plaquage ou une chute, par exemple. Mais qu’est-ce que cet examen médical et quels sont les symptômes d’une commotion cérébrale ? On vous explique.

Commotion cérébrale au rugby

Qu’est-ce qu’une commotion cérébrale ?

Une commotion cérébrale est “une blessure au cerveau provoquant un déficit de la fonction cérébrale”, explique sur son site internet la World Rugby, l’instance internationale qui réglemente le rugby à XV et à VII, avant de rappeler que “toutes les commotions sont sérieuses”. Cette dernière intervient après un choc sur la tête ou si un choc entraîne “un rapide mouvement de la tête”. Par exemple, les instances du rugby citent les blessures de type “coup du lapin”.

Alors que “le rugby est le sport de contact par excellence”, comme le rappelait le Dr Victor Katz, chirurgien de l’épaule à Paris, à Femme Actuelle, le risque de commotion cérébrale est bien présent. Il est donc essentiel de savoir la reconnaître. Comme le précise la World Rugby, “il y a un grand nombre de symptômes pour la commotion”.

Les symptômes les plus récurrents sont :

  • Le mal de tête
  • Le vertige
  • Les problèmes de mémoire
  • Les troubles de l’équilibre
  • La perte de connaissance
  • Les spasmes, etc.

Cependant, tous les symptômes n’apparaissent pas au moment d’un choc. En effet, “les symptômes d’une commotion peuvent apparaître à n’importe quel moment mais deviennent évidents en général dans les premières 24-48 heures qui suivent une blessure à la tête”, soulignent les instances du rugby.

Infographie sur les symptômes de commotion cérébrale

Comment se déroule un protocole commotion ?

En cas de suspicion de commotion cérébrale, le joueur doit sortir du terrain afin de passer un examen que l’on appelle le “protocole commotion”. “Chez les professionnels, lorsqu’un joueur a un risque de commotion cérébrale, l’arbitre demande à faire sortir le joueur afin d’être examiné par un médecin. Ce dernier lui pose une série de questions et, en fonction des réponses, le joueur peut entrer en jeu”, explique le Dr Victor Katz à Femme Actuelle.

Dans le monde amateur ou dans les sections jeunes, quelques questions peuvent être posées dans le but de repérer une commotion cérébrale. Il est rappelé que “toute réponse incorrecte à l’une de ces questions est une indication claire de commotion ou doit au minimum faire suspecter une commotion”.

Chez les adolescents et les adultes, la World Rugby recommande les questions suivantes :

  • Dans quel stade jouons-nous aujourd’hui ?
  • Dans quelle période sommes-nous ?
  • Quelle équipe a marqué en dernier ?
  • Contre quelle équipe avez-vous joué la semaine dernière/la dernière fois ?
  • Votre équipe a-t-elle remporté son dernier match ?

Pour les enfants de moins de 12 ans, les questions sont :

  • Où sommes-nous ?
  • Est-ce qu'on est le matin ou l'après-midi ?
  • Quel a été le sujet de ton dernier cours à l'école ? ou Quelle équipe a marqué en dernier ?
  • Comment s'appelle ton maître/ta maîtresse d’école ? ou Comment s'appelle ton entraîneur ?

Le protocole dans les vestiaires

Lorsqu'un joueur sort momentanément sur protocole commotion, celui-ci doit se soumettre à un certain nombre de questions. Les résultats entraîneront son retour ou nom sur le terrain. Lors de son arrivée dans le vestiaire, le joueur doit remplir une grille d'évaluation de divers symptômes, de 0 à 6 (maux de têtes ; douleur dans le coup, vision trouble, sensibilité à la lumière ou au bruit, problèmes de mémoire…).

Ensuite, un examen cognitif est réalisé grâce à des questions (quel jour/semaine/mois/année sommes-nous ? quelle heure est-il ?), puis un exercice de mémoire immédiate : une liste de cinq ou dix mots est dite par le médecin puis le joueur doit la répéter, peu importe l'ordre. Le médecin procède ensuite à un examen neurologie, avant de soumettre le joueur à un test d'équilibre.

Le protocole se conclut par un exercice de mémoire différée, à savoir que le joueur doit répéter la liste des mots évoquée précédemment. Le protocole commotion dure 12 minutes fixes. C'est-à-dire que ce sont 12 minutes de temps réel et non pas de temps de jeu. Lorsque, au cours du match, le chronomètre est arrêté, le délai ne s'arrête pas pour le protocole commotion.

Le test HIA1 : Évaluation en six parties

Pour contrôler si le joueur est commotionné ou non, ce test se découpe en six parties basées sur ce qui est appelé "la mémoire immédiate" et la "mémoire différée". Au fil du test, le médecin coche des cases "normale" ou "anormale" et décidera en fonction de son barème si le joueur est apte ou non.

Pour la mémoire immédiate, l’évaluation est effectuée en cinq phases :

  1. La liste de mots : Une série de dix mots sont énumérés aux joueurs à trois reprises. À la fin de ces trois essais, le total de mots répétés avec succès est comptabilisé. Pour réussir cette étape, le joueur doit avoir cité au minimum 16 mots au total.
  2. Les questions de "Maddock" :
    • Dans quel stade sommes-nous aujourd’hui ?
    • À quelle mi-temps sommes-nous ?
    • Qui a marqué en dernier dans ce match ?
    • Contre quelle équipe avez-vous joué en dernier/la semaine dernière ?
    • Votre équipe a-t-elle remporté le dernier match ?
  3. Les "chiffres à l’envers" : Un questionnaire qui consiste à citer le plus de chiffres possible d’une série, allant de trois à six chiffres par série, à l’envers. Il faut au moins en réussir deux pour valider cette étape.
  4. Test d’équilibre : Le joueur doit effectuer plusieurs séries de mouvements les yeux fermés avec les mains sur les hanches. Sur un pied puis sur les talons pendant 20 secondes. Six pertes d’équilibre maximum sont autorisées sur un pied contre quatre sur les talons pour répondre favorablement.
  5. Liste de contrôles des symptômes plus classiques : (maux de tête, nausées, troubles de la vision, émotions…)

Pour terminer vient l’étape de la mémoire différée. Cinq minutes après le test initial, le médecin demande au joueur de citer au minimum quatre mots de la liste des dix mots.

Le protège-dents connecté : Une aide à la détection des commotions

C’est une des révélations de la saison en Top 14, même si le port du protège-dents connecté ou instrumenté, avait été expérimenté par World Rugby depuis plusieurs saisons sur de nombreuses compétitions, jusqu’à son port obligatoire lors du Tournoi des 6 Nations 2024. L’objectif est d’aider les médecins de match à détecter les chocs pouvant faire l’objet d’un protocole d’évaluation de blessure à la tête (HIA).

Olivier Petit, en charge de la mise en route du dispositif à la Ligue nationale de rugby, précisait le fonctionnement de cette nouveauté lors de la mise en place en Top 14. Pour les « ingénieurs » en voici l’explication : « Il y a deux critères importants pris en compte : l’accélération linéaire, qui se calcule en G, et l’accélération de l’axe rotatoire des chocs dite « angulaire », qui se calcule en radian par seconde carrée. Deux seuils qui, une fois atteints ou dépassés, alertent le médecin de match. Les seuils concernant les hommes sont à 75 g pour l’accélération linéaire et à 4 500 rad/s² pour l’accélération angulaire.

La plupart des clubs ont ainsi exprimé leurs doutes sur la fiabilité des données récoltées en temps réel, dans des environnements où le réseau est souvent surchargé. Si tout le monde reconnaît que le protège-dents connecté pourrait devenir intéressant comme aide lors d’une suspicion de commotion cérébrale, son verdict implacable appliqué pour le moment, avec la sortie obligatoire du joueur lors d’une alerte, apparaît comme prématuré.

L’aide promise pour la santé des joueurs se révèlerait, selon les clubs, comme une contrainte en raison des résultats aperçus jusqu’à présent, avec de nombreuses commotions cérébrales avérées sur le plan médical par un neurologue après les matchs sans pour autant avoir eu d’alerte pendant la rencontre au niveau du protège-dents.

Alors si cette technologie est une avancée pour la santé des joueurs, elle doit encore, comme une intelligence artificielle, s’affiner pour devenir incontournable dans le futur, avec un protocole d’utilisation à mieux définir pour l’instant.

Protège-dents connecté

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