L'arbitrage français a traversé des turbulences que l'on n'avait plus constatées depuis longtemps. Les tensions entre les clubs de Ligue 1 et les arbitres sont vives après la 14e journée de championnat. Après chaque journée de championnat, les tensions entre les acteurs de la Ligue 1 et les arbitres s’intensifient sans que les choses ne semblent pouvoir s’améliorer.
Certaines décisions arbitrales sont « incompréhensibles » pour les acteurs. Le problème est « structurel » estime Saïd Ennjimi, ancien arbitre international.

Photo d'un arbitre de la Ligue 1
Un climat délétère et des incidents marquants
Quand Pablo Longoria dénonçait la "corruption" après un Auxerre-Marseille, l'entraîneur lyonnais Paulo Fonseca collait son front à celui de Benoît Millot dans une image qui est tristement entrée dans les livres d'histoire de la Ligue 1 et pour laquelle le coach portugais purge encore une suspension qui court jusqu'à fin novembre.
Ces épisodes ont forcément laissé des traces avec des menaces de mort graves contre Jérémy Stinat, qui officiait à l'Abbé-Deschamps ce soir-là, sur les réseaux sociaux de la part de supporters marseillais.
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La réponse de la Direction de l'Arbitrage: Transparence et Collaboration
Face à cela, la corporation des arbitres s'est "solidifiée" puisque c'étaient "les hommes derrière les arbitres qui étaient attaqués", martèle Delerue. Pour mieux se faire comprendre, la Direction de l'arbitrage souhaite jouer l'exercice de transparence.
Un premier exercice de transparence mis en place depuis l'année dernière pour "faire tomber les barrières autour de l'arbitrage", selon les mots d'Antony Gauthier, patron des arbitres français.
Chaque lundi est publié un débriefing sur le site de la Fédération française de football pour revenir et analyser des décisions majeures du week-end en Ligue 1. On l'a vu avec des séquences dans le vestiaire de M. Pignard avant la rencontre entre le Stade Rennais et l'Olympique de Marseille, sous l'impulsion de la nouvelle chaîne Ligue 1+.
La Direction de l'arbitrage compte collaborer avec la chaîne de la Ligue, tout en "ne faisant pas des arbitres ce qu'ils ne sont pas".
Cette volonté de transparence souhaitable et louable permettra de peut-être mieux comprendre ce métier parfois méprisé et critiqué à tort et à travers. "Cette dynamique-là vient simplement montrer que ce sont des hommes et des femmes qui sont là pour performer, qui sont passionnés et qui ont envie d'avoir la meilleure prestation possible", rappelle Mickaël Landreau qui apporte, depuis l'an passé, son regard d'ancien joueur aux arbitres.
Les difficultés persistantes et les critiques
Malgré cette volonté d'ouverture et cette compréhension du rôle, certains écueils ont la peau dure. Encore vendredi soir, on a vu Abdelatif Kherradji, l'arbitre de Lens-Brest être sous le feu des critiques des Brestois pour un comportement jugé hautain. Ces incompréhensions sont le fait de la nouvelle règle du capitaine comme seul interlocuteur.
Waldemar Kita n’a pas mâché ses mots contre l’arbitrage après la défaite du FC Nantes contre le FC Lorient (3-0). Le président nantais n’est pas le seul à avoir critiqué l’arbitrage après la 14e journée.
Interrogé sur le sujet lors de l’émission Rothen s’enflamme sur RMC Sport , Saïd Ennjimi, ancien arbitre international, a estimé que le problème était « structurel ». Les arbitres sont fébriles , a-t-il poursuivi avant de pointer du doigt le système d’évaluation des arbitres français.
L'exemple de Ruddy Buquet et les mauvais souvenirs lyonnais
Dimanche soir, Strasbourg et l'OL ont clôturé la 23e journée de Ligue 1, arbitrée par Ruddy Buquet. Avec le déplacement des Lyonnais à Strasbourg, ce sera la troisième fois que Ruddy Buquet arbitrera les Gones cette saison.
Le 4 février dernier, il était arbitre central lors de la victoire de l'OL face à Laval, en huitième de finale de la Coupe de France, mais aussi et surtout pour le déplacement des Lyonnais au Roazhon Park, le 14 septembre dernier. Un match marqué par la défaite 3-1 et par la non-expulsion d'Anthony Rouault, coupable d'une grosse semelle sur Khalis Merah qui n'avait pas été sanctionnée, ni relevée par la VAR.
L'erreur avait été reconnue après la rencontre par la direction de l'arbitrage, mais le mal était déjà fait.
VAR : Moins d'erreurs, mais moins acceptées
Les stats de la direction de l'arbitrage (DA) valident l'apport global du VAR. « Sur les 17 premières journées, on a relevé 80 erreurs manifestes, dont 64 ont été corrigées après intervention du VAR, soit un taux d'efficacité de 80 %, en progression », souligne Antony Gautier, le DA.

Le VAR en Ligue 1
En raison des moyens déployés, les ratés avérés sont d'autant moins tolérés. Les réseaux sociaux amplifient toute séquence litigieuse, la crise des droits télé accentue la pression sur les résultats.
Vercoutre constate qu'« aujourd'hui, selon le match et l'arbitre, le résultat d'un match peut être différent ». Il appelle à un « travail de pédagogie » sans manichéisme : « Les joueurs ont leur responsabilité, certains n'ont pas lu les lois du jeu. Mais ils sont un peu perdus. Et quand ils posent des questions, pas de réponse. »
Qualité de l'arbitrage français : un débat nuancé
L'arbitrage français souffre-t-il d'un manque de qualité ? Ce n'est pas l'avis majoritaire. « On n'est pas en dessous des autres, on le constate à travers nos échanges avec eux ou les stats, argue Pouille. Il y a des idées préconçues. Par exemple, le temps de jeu effectif est de 57 minutes en L1, 55 en Premier League. »
À l'international, l'arbitrage tricolore est reconnu. Clément Turpin et François Letexier trustent les désignations les plus prestigieuses, le premier a été désigné meilleur arbitre par l'IFFHS.
Confusion, manque d'échanges et arrogance
Deux griefs majeurs émergent en L1 : une vive confusion dans la lecture du jeu et un déficit d'échanges. « Il y a le sentiment, pas propre à la France, d'une interprétation variable du VAR, résume Melero. Il faudrait affiner pour avoir une harmonisation. »
« Certains arbitres sont d'une arrogance incroyable », regrette un président de L1, dont l'avis est confirmé par Christophe Pelissier, coach de l'AJA : « Le fossé se creuse entre les acteurs du jeu. On n'est pas toujours blancs mais les arbitres sont trop dans le tout répressif. Ils manquent souvent de clairvoyance et c'est compliqué de leur parler. »
Un comité de liaison arbitres-clubs a vu le jour. Sa première réunion s'est tenue le 1er décembre, la prochaine aura lieu lundi prochain.
Analyse de décisions arbitrales récentes par la FFF
Après chaque journée de Ligue 1, la direction de l'arbitrage de la FFF analyse certaines situations et décisions prises lors des matches du week-end. Par exemple, lors du match RC LENS - AS MONACO, une main potentielle dans la surface de réparation monégasque a été analysée, révélant que le ballon était sorti du terrain avant le contact, justifiant ainsi la décision de coup de pied de but.
De même, lors du match PARIS SAINT-GERMAIN - FC METZ, un carton rouge initialement attribué à un défenseur messin a été annulé après visionnage des images, conduisant à un simple avertissement pour comportement antisportif.
La VAR : un outil contesté malgré les efforts de transparence
Lancée dans le championnat de France de football en 2018, l’assistance vidéo continue de soulever des polémiques. Si la direction de l’arbitrage se veut plus transparente sur les décisions prises, elle rappelle que l’outil ne garantira jamais une satisfaction totale.
Eric Roy, entraîneur du Stade brestois, critique régulièrement la VAR, outil mis en place en Ligue 1 lors de la saison 2018-2019 et qui peine encore à faire l’unanimité. Son club avait même déposé, en janvier 2024, une requête - rejetée - pour abandonner son utilisation.
L'arbitrage en Europe : un problème partagé
Que ça soit en France, en Espagne, en Angleterre, en Italie ou en Allemagne, les critiques les plus virulentes concernent la VAR.
En Angleterre, Mark Clattenburg, ancien arbitre, a critiqué les normes d'arbitrage en Premier League, appelant à un changement de direction. En Espagne, l'affaire Negreira a jeté l'opprobre sur les directeurs de jeu, alimentant les critiques et les polémiques.
Exemples de décisions arbitrales controversées en Ligue 1
La 17e journée de Ligue 1 aura donné lieu à un nouveau florilège d’erreurs arbitrales qui font grincer des dents. Au Parc des Princes, un penalty accordé au Paris FC après un contact avec Ilya Zabarnyi a été jugé très généreux. Dans le très polémique Lyon - PSG de novembre dernier, une main d’Ilya Zabarnyi non sanctionnée dans la surface lyonnaise avait déjà créé un tollé.
Dans la très belle affiche Lille - Rennes (0-2), les décisions arbitrales ont mis le feu aux poudres, avec l’expulsion sévère d’un joueur lillois, jugée excessive par de nombreux observateurs et un président de club en la personne d’Olivier Létang qui a ouvertement insulté l’arbitre à la mi‑temps tellement il estimait que la direction du match était incohérente.
D'autres exemples incluent un but refusé au FC Nantes contre l’OM pour une position de hors‑jeu très serrée, une expulsion sévère d’Emersonn du TFC face à Lens, et un but refusé à Thilo Kehrer à Monaco contre l’OL. Tous ces faits donnent l’impression d’une Ligue 1 où les décisions arbitrales influent de manière disproportionnée sur des résultats et sur le climat général du championnat.
Réactions des clubs et tentatives de dialogue
La 14e journée de Ligue 1 a été marquée par des décisions arbitrales très contestées, suscitant des réactions virulentes de la part des clubs. Waldemar Kita a sévèrement critiqué l'arbitrage après le match Nantes-OL, tandis que Luis Enrique a réagi à une faute subie par Lucas Chevalier contre Monaco.
Dans un contexte de tensions, les arbitres ont fait un geste en direction des clubs en les conviant à une initiation sur la VAR. Une nouvelle réunion a eu lieu pour tenter de renouer le dialogue, mais Waldemar Kita reste sceptique quant à son efficacité.

Waldemar Kita, président du FC Nantes
Conclusion
Les critiques envers l'arbitrage en Ligue 1 sont un problème persistant et complexe, alimenté par des décisions controversées, un manque de communication et une pression accrue sur les résultats. Si des efforts de transparence et de dialogue sont déployés, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la situation et restaurer la confiance des clubs et des supporters envers le corps arbitral.