Le handball, c'est une histoire de famille chez les Bonaventura. Voilà maintenant plus d'une dizaine d'années que sœurs jumelles, Julie et Charlotte, écument ensemble les salles françaises et européennes, guidées par une passion intacte de leur sport. Originaires d'Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, elles ont gravi les échelons de l'arbitrage à grande vitesse pour constituer aujourd'hui un binôme reconnu à l'international. Leur parcours dénote. Leur profil également.

À leur actif, déjà deux olympiades (2012 et 2016), trois championnats d'Europe (2010, 2012, 2014) et quatre championnats du monde féminins (2009, 2011, 2013, 2015), et en bonus, la primauté d'être devenues, début 2017, le premier duo féminin à arbitrer sur un championnat du monde masculin. Pas mal à 37 ans.
Une vocation précoce
Nous sommes toutes les deux tombées amoureuses du handball lors d’un stage d’été de sport organisé dans notre ville, il y a bientôt 20 ans. Une « consécration », qui ne doit toutefois rien au hasard puisque les deux Provençales (elles vivent à Aubagne) sont tombées très tôt dans la « marmite » du hand. « On a commencé à l’âge de 8 ans (elles en ont désormais 36) à Aubagne et à arbitrer à 14 ans, se remémore Charlotte. On s’est prise au jeu de l’arbitrage. On a continué à jouer jusqu’à 23 ans tant que l’on pouvait encore concilier matchs et arbitrage. Mais lorsque l’on a commencé à grimper les échelons, on a fait le choix du « sifflet ». Ce que l’on ne regrette pas. »
L’arbitrage est venu plus tard. Julie Bonaventura : « C'est un peu particulier, il n'y a pas d'envie précise qui s'est manifestée. On a commencé à jouer au hand à l'âge de 8 ans. Puis quand nous étions cadettes (moins de 16 ans, NDLR), trois équipes étaient regroupées le samedi après-midi pour jouer. L'équipe qui ne jouait pas devait fournir les arbitres. À cet âge-là, on n'a pas du tout envie d'arbitrer ! En plus, on ne connaissait pas forcément toutes les règles et surtout, on était là que pour jouer. Quand il a fallu en choisir deux, nos coéquipières nous ont gentiment désignées, étant donné que nous étions les jumelles… C'est comme ça que tout a commencé, un peu de manière contrainte et forcée au départ. On n'avait pas choisi cette voie, on nous a tendu la perche. La semaine suivante, ça s'est reproduit. On s'y est collé presque toutes les semaines qui ont suivi. C'était un défi au début. Le challenge, c'était de s'améliorer, car en tant que joueuses, nous étions nous-mêmes mécontentes quand les autres nous arbitraient mal… Au départ, on reconnaît des fautes, mais on ne les siffle pas forcément. Au fur et à mesure, on essayait de plus siffler. On a rapidement progressé.
Vers 14 ans, au départ c’est tout bête, sur un tournoi à trois équipes, l’équipe qui ne jouait pas devait fournir une paire d’arbitres. Même si nous n’avons pas vraiment aimé cette première expérience, nous avons continué à le faire à chaque occasion qui se présentait pendant ces tournois. Petit à petit nous nous sommes prises au jeu au point de devenir arbitres « officielles » en parallèle d’être joueuses. Les weekends devenaient de plus en plus chargés avec un match arbitré et un match joué, mais avec surtout des déplacements à plus de 4 h de Marseille.
Le choix de se consacrer totalement à l'arbitrage est venu à 23 ans. On ne pouvait plus concilier les déplacements pour arbitrer le samedi soir, et le retour dans la nuit pour jouer le dimanche. Ça n'était plus raisonnable. Vu notre talent de joueuses, on a privilégié l'arbitrage ! Il y a des étapes à suivre. Les jeunes arbitres font un travail localement au sein des clubs, ils arbitrent en départemental, en régional et puis, s'ils ont les compétences, au niveau national. On gravit les échelons depuis la Nationale 3, jusqu'au plus haut niveau. Les désignations, au départ, se font par rapport au niveau de jeu et de compétences des arbitres. Ensuite, sur chaque niveau, il y a des observateurs qui sont là pour noter, juger les arbitres et les aider à progresser. En fonction des retours des évaluateurs, les arbitres sont proposés pour le niveau supérieur.
Un duo unique
Même si nous ne sommes pas vraiment des jumelles fusionnelles, il n'y a que des avantages à arbitrer ensemble ! Quand on voit comment certains binômes évoluent sur une compétition qui peut durer 2, 3 semaines, où vous êtes 24 heures sur 24 avec la même personne… Dans certains autres binômes, ça peut devenir pesant, on les voit se parler de moins en moins, ça devient un peu tendu. Nous, on se supporte bien, nous ressentons une certaine osmose. On peut passer trois semaines dans la même chambre d'hôtel, on sait qu'on ne va pas se taper dessus. En dehors du hand, ça n'a pas vraiment eu d'effet. Partager cette carrière d'arbitre n'a eu aucune incidence sur notre vie privée ou notre relation.
Un des secrets de notre réussite réside peut-être dans le fait que nous nous connaissons par cœur, nous avons notre propre communication, nous avons cette complémentarité et des automatismes propres aux jumeaux. Ce qu’il manque parfois est la connaissance de l’autre. Nous en parlions un peu avant, mais c’est vrai que nous sommes un binôme depuis le plus jeune âge, et pas seulement pour arbitrer du hand. Cette carrière, toute seule, ce n’est pas sûr que nous l’aurions fait. Cela demande beaucoup de sacrifices, il y a énormément de déplacements, parfois pour plusieurs semaines loin de la maison et le fait d’être avec sa sœur jumelle est un plus indéniable pour bien le vivre.
Comment vous organisez-vous avant un match ? Quand on arrive dans un gymnase, on fait toujours la même chose. On se change, on s'échauffe, toujours de la même façon. Certains collègues, eux, sont plus superstitieux, ils ont besoin de toujours écouter la même musique dans le vestiaire, d'avoir des réflexes porte-bonheur. Y compris au niveau international. Ça peut être un désavantage parce que le jour où tu ne peux pas respecter ta routine, ça peut te déstabiliser. Côté logistique, nous connaissons les destinations environ un mois à l'avance au niveau français, et 15 jours avant en Coupe d'Europe. En France, quand nous avons notre désignation, c'est à nous de nous organiser pour le transport. On privilégie le train ou l'avion. Nous prenons tout en charge et nous faisons rembourser les frais par la fédération.
Une passion avant tout
L'arbitrage n'est pas votre seule activité. L'arbitrage est un hobby. On est obligées de travailler à côté (Charlotte travaille à la caisse de retraites du Sud-Ouest, Julie est programmatrice informatique, NDLR). Il n'y a pas d'arbitres professionnels pour le moment en hand, cela occupe tous nos congés ! Selon le calendrier, et en fonction de l'importance des compétitions, l'arbitrage nous prend 60 à 80 jours sur l'année. Lorsque les autres prennent trois semaines de vacances, nous on prend un jour par semaine, pour aller arbitrer. Sans compter l'entraînement et tout ce qui relève de l'administratif, de l'analyse de nos matches... À part ça, notre quotidien, c'est celui de tout le monde, on se lève le matin et on va bosser ! Sauf que le soir, quand on rentre, on s'entraîne : endurance, sprint, récupération… Il est vrai que la fatigue s'accumule. On doit être performantes à tous les niveaux. Professionnel et sportif. À tout mener de front, on a parfois des petites baisses physiques, surtout pendant les compétitions internationales. C'est compliqué, nous avons du mal à suivre ! Si on rentre tard, on a besoin de plusieurs jours de récupération, et on sait qu'on ne peut pas se permettre de ne pas s'entraîner. Notre temps libre nous sert surtout à récupérer et à décompresser. On essaye aussi de passer du temps en famille, ou de voir des amis, d'aménager des petites bulles hors travail et hors handball. Il le faut pour conserver un équilibre mental et psychologique. Un restau entre amis, un café, des choses très simples, mais qui sont importantes quand on a cet emploi du temps.
Ce choix nous a permis de vivre des émotions uniques. Participer à des Jeux Olympiques, arbitrer des finales de Ligue des Champions, de Championnats d’Europe ou du Monde. C’est indescriptible. On a vécu des choses et rencontré des personnes formidables. L’arbitrage pour nous représente la continuité du jeu, de notre amour pour notre sport. L’arbitre n’est pas uniquement là pour sanctionner, quelle que soit la discipline. Mais avant tout pour aider les joueurs à s’exprimer du mieux possible et dans les meilleures conditions. D’ailleurs, si l’on compare au plaisir qu’on éprouvait en tant que joueuses, c’est un peu différent. Nous sommes en quelque sorte des spectatrices privilégiées, car chaque action se déroule à seulement quelques mètres de nous. Il y a d’ailleurs parfois des moments où l’on va partager quelque chose avec les joueurs sans passer par la parole, par exemple après une belle action avec un petit clin d’œil ou juste un regard. Ces échanges durent tout au long du match et ne sont pas seulement pour signaler les fautes.
En tant qu'arbitres, notre meilleur souvenir, ce sont les JO de Londres en 2012. Participer à ces Jeux était pour nous un rêve éveillé. On ne s'est jamais fixé d'objectif, même quand on a commencé à arbitrer au niveau international. Nous ne nous sommes jamais dit « ce serait bien si on faisait les JO ». Peut-être aussi parce que cela relevait de l'inaccessible. Notre objectif, c'est de continuer à prendre du plaisir aussi longtemps que possible. Le jour où ce ne sera plus le cas, où cette petite flamme disparaîtra, on arrêtera. La qualité de l'arbitrage en pâtirait. Il y a tant de choses, de voyages qu'on n'aurait pas pu vivre si on n'avait pas été arbitres… On a visité la Chine, Singapour, le Brésil, on est parfois sollicitées pour arbitrer aux Antilles ou à La Réunion… Ce sont des voyages extraordinaires, même si le niveau de compétition n'est pas toujours élevé. Nous avons rencontré des gens extraordinaires. Nous avons l'objectif de maintenir un niveau de performance élevé, de progresser tant que c'est possible, de ne pas nous reposer sur nos lauriers. L'objectif sportif, voilà.
L’arbitre est toujours la personne la plus décriée d’un match, disait Stéphanie Frappart, première femme à arbitrer un match de Ligue 1. En tout cas, étant donné qu’elles n’ont pas de statut pro, elles se doivent de jongler entre obligations professionnelles et sportives. « En fait, on consomme tous les jours de congé dont on dispose pour couvrir les déplacements et participer aux différentes compétitions pour lesquelles on est sélectionnées. Du coup, il reste peu de jours de repos à s’accorder en dehors du hand. D’autant que désormais les rencontres de LNH se déroulent le mercredi ou le jeudi. Mais c’est vrai aussi que les désignations se font de manière intelligente pas trop loin puisqu’il y a pas mal de clubs dans le Sud. » Quoi qu’il en soit, sur une année complète, « si on arrive à avoir une semaine de vacances, c’est un grand maximum ».
Il n'empêche, ce Mondial en France représente la cerise sur le gâteau pour les deux sœurs qui œuvrent, dans un premier temps, sur Rouen, où se déroule la poule C (elles ont arbitré leur premier match, lundi, avec Croatie - Biélorussie). Reste à savoir si elles vont « franchir » ce premier tour. Charlotte Bonaventura l’espère : « Bien sûr, on va être scrutées dans nos performances pour cette première mais on espère bien se qualifier ». Avec peut-être comme seul regret de ne pas pouvoir arbitrer la France, lors des tours suivants, puisque le règlement ne l’autorise pas.
La critique des performances arbitrales est un mal qui a tendance à écorner l’image de certains sports et surtout qui stigmatise de façon très négative la fonction d’arbitre. C’est un mal qu’il faut essayer de guérir dès le plus jeune âge. Entre tous les acteurs du jeu, il y a un point commun, c’est l’amour de notre sport.
Les Sœurs Bonaventura et l'Égalité des Sexes dans l'Arbitrage
Comme dans la vie courante, il y a quelques barrières lorsqu’on est une femme et qu’on va notamment arbitrer des hommes. Des petites remarques en arrivant au stade quand des personnes nous disent que le match des filles n’est pas dans ce stade par exemple, où nous appeler le binôme féminin au lieu de nous appeler par nos noms. Des péripéties qui nous montrent que nous ne sommes « que des femmes » aux yeux de certains, nous avons plusieurs. Mais nous préférons garder les choses positives. Il faut avoir à l’esprit que chez certains c’est tout simplement culturel, et c’est compliqué de les changer. En regardant aujourd’hui notre parcours, nous avons arbitré de beaux matchs, avec certains qui étaient symboliques, car nous avons été les premières femmes à arbitrer sur un championnat du monde masculin par exemple. C’est beau, mais nous ne nous sommes jamais dit que nous pouvions montrer la voie, être des précurseuses, pour le statut des femmes dans l’arbitrage.
La paire sans doute la plus connue du handball français. Les sœurs jumelles Julie et Charlotte Bonaventura arbitrent depuis une décennie au plus haut niveau les filles et les garçons. Et le sexe leur est égal. Elles affirment l'une après l'autre qu'elles n'ont «pas de préférence». «Ce qui compte pour nous, c'est de prendre du plaisir sur le terrain», estime Charlotte.
«On peut très bien s'ennuyer sur un match de garçons, poursuit Julie. On est comme des spectateurs, nous aussi, on peut s'ennuyer quand il n'y a pas de rythme, d'envie… En tout cas, nous, on n'est pas comme nos collègues masculins qui rechignent à faire des matchs de filles.» Dans l'élite masculine française, les Bonaventura se sont fait une place. Les suspicions autour de leurs compétences se sont dissipées.
Julie : «Les filles ne minaudent pas avec nous…»«On arbitre même plus les garçons que les filles», note Julie. Et à les entendre, elles n'ont pas besoin d'en faire davantage auprès des hommes pour se faire respecter. «On garde la même ligne de conduite, on ne change pas notre façon d'arbitrer parce qu'on a des hommes en face, explique Julie. Ainsi, on n'est pas plus autoritaires avec les garçons. Les joueurs et les joueuses sont récalcitrants à trop d'autorité. On privilégie la communication à trop de fermeté et trop de coups de sifflet.»
Les jumelles ne nient pas que les hommes ont parfois tendance à tomber dans un jeu de séduction. «Même si on fait de l'arbitrage, ça reste des rapports humains hommes-femmes, justifie Charlotte. Un clin d'œil, un joli sourire, c'est de la communication tout ça.» «Les femmes font exactement pareils avec nos collègues masculins, embraie Julie.
Mathilde Martineau et Léa Pierron font partie de cette bande. Celle qui a décidé de se muer, le temps d’un match, en médiateur du jeu, qui fera respecter le règlement et assurera la protection des joueurs. « Nous avons été joueuses toutes les deux, à Joué ou Chambray. Puis c’est Stéphanie Lefevre qui m’a fait connaître et aimer l’arbitrage, raconte Mathilde. Notre entente avec Léa existait déjà, mais elle est devenue une évidence et une complémentarité quand nous avons un sifflet à la main. » Toutes les deux étudiantes en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), les deux jeunes femmes de 19 ans officient chaque week-end sur les terrains de la ligue du centre, jusqu’aux niveaux de Nationale 2 féminine ou de Prénationale masculine. « Mais nous espérons progresser encore, pour siffler de nouvelles équipes et aller le plus loin possible », souligne Léa, pour qui les jumelles Bonaventura, arbitres internationales, sont un modèle de réussite dans le handball.
« Arbitrer nous a apporté énormément de choses, comme de belles rencontres, l’obligation de prendre sur soi ou de se remettre en question. Mais aussi le respect et la confiance », reconnaissent-elles.« On doit s’affirmer dès le début du match » Pour le moment, Léa et Mathilde vont à Châteauroux ou à Bléré couvrir des matchs de Nationale 2 féminine. « Quand on siffle des filles, ça va. Par contre, face à des joueurs plus âgés, c’est plus compliqué, reconnaît Mathilde. Certains essaient de prendre le dessus, dans leur façon de parler ou même par les expressions de leur visage. On doit s’affirmer dès le début du match. » Alors, juste pression sur l’arbitre ? Ou un peu de sexisme ? Car si on accorde plus facilement aux garçons le bénéfice du doute, deux jeunes filles se doivent immédiatement de faire leurs preuves. « Je ne sais pas vraiment ce qui se dit, je n’écoute plus car ça pourrait me faire sortir de mon match, concède Mathilde. Mais en général, ça se passe bien car ils finissent par nous connaître. » Les deux jeunes femmes espèrent continuer à évoluer dans leur façon d’arbitrer, mais surtout ensemble malgré des études qui pourraient les éloigner. « Nous cherchons à ne pas avoir d’influence sur le cours de la partie et à permettre aux joueurs de réaliser la meilleure prestation possible. Finalement un bon match pour nous, c’est quand on ne voit pas les arbitres », conclut Léa.
En tout cas, étant donné qu’elles n’ont pas de statut pro, elles se doivent de jongler entre obligations professionnelles et sportives. « En fait, on consomme tous les jours de congé dont on dispose pour couvrir les déplacements et participer aux différentes compétitions pour lesquelles on est sélectionnées. Du coup, il reste peu de jours de repos à s’accorder en dehors du hand. D’autant que désormais les rencontres de LNH se déroulent le mercredi ou le jeudi. Mais c’est vrai aussi que les désignations se font de manière intelligente pas trop loin puisqu’il y a pas mal de clubs dans le Sud. » Quoi qu’il en soit, sur une année complète, « si on arrive à avoir une semaine de vacances, c’est un grand maximum ».
Les Mondiaux 2021 en Égypte
Combien de matches avez-vous arbitré pendant ce Mondial ? Nous avons été désignées sur un total de huit matches : trois sur le tour préliminaire, quatre au tour principal et un quart de finale. Après le huitième de finale masculin sifflé en 2017, ce quart de finale Qatar - Suède était une première pour vous à ce niveau. Avez-vous ressenti une forme de pression supplémentaire ? On l’a pris comme un match de plus à arbitrer, un match qui s’est ajouté à ceux des tours préliminaire et principal. Nous prenons beaucoup de recul sur les matches.
Quels étaient les thèmes évoqués lors du séminaire organisé par l’IHF en amont du Mondial ? Avant de nous rendre en Égypte, nous avions suivi trois séminaires en ligne au cours du mois de décembre, notamment sur le jeu passif et les sanctions. Pouvez-vous en détailler les contours ? Le principe est de maintenir la même ligne de sanctions notamment pour les fautes qui méritent 2 minutes directes plutôt que des cartons jaunes qui ne servent très souvent à rien. Un travail spécifique avec la commission des entraineurs a été effectué notamment sur ce que l’on appelle les « Hollywood action ».
Regrettez-vous d’avoir sifflé uniquement dans la salle principale du Caire ? La répartition des binômes, c’est de la géopolitique ! Elle tient compte de la configuration de la compétition, des équipes engagées et des groupes. Il y avait quatre groupes : Alexandrie, New Capital, Le Caire et la Ville du 06 octobre. Nous avons eu de la chance de siffler toujours dans la même salle du Caire car c’était plutôt pénible d’effectuer 01h30 de voiture pour se rendre sur les autres sites. Les arbitres étaient placés dans une bulle avec les équipes. En quoi était-ce différent des compétitions précédentes ? Oui habituellement, tout est beaucoup plus cloisonné. C’était franchement sympa de croiser les entraîneurs et les joueurs en dehors de la tension matches. Nous avons ainsi pu discuter et revenir parfois sur des situations de match.
Vous étiez l’unique paire féminine désignée sur ce Mondial. Est-ce une fierté particulière de représenter le corps arbitral féminin ? Nous n’avons pas cette prétention : on ne représente que nous-mêmes et l’arbitrage français. Vous êtes sœurs jumelles et exposées médiatiquement au travers des compétitions. Comment se concrétise cette notoriété ? Pendant le Mondial, de nombreux bénévoles nous sollicitaient pour réaliser des selfies. Ils attendaient leur tour en nous disant « vous êtes des stars en Égypte ». On ne se prend pas au sérieux et cela nous fait bien sourire. Lundi passé, à 06h du matin à Roissy, une fonctionnaire des Douanes nous a sollicitées aussi pour une photo en nous indiquant : « vous êtes les sœurs Bonaventura. J’ai joué au handball, je vous connais. » Donc oui, cela nous arrive fréquemment d’être reconnues et c’est sympathique.
Allez-vous siffler sur les prochains TQO ? Et sur les J.O. ? L’an passé, avant le report des J.O. de Tokyo, nous étions désignées sur le TQO féminin en Hongrie. À date, nous ne savons pas si l’IHF va maintenir les désignations car certains binômes, en raison des contraintes sanitaires, ne pourront pas voyager. Si la pandémie perturbe aussi le bon déroulé des championnats professionnels, il est fait peu de cas de la situation économique des arbitres… Cette absence de rentrées d’argent, entre mars et septembre, a touché tout le monde. Connaissez-vous votre planning des prochaines semaines, notamment pour les coupes d’Europe ? C’est clairement un gros casse-tête pour l’EHF, notamment pour la Ligue des Champions. Les désignations interviennent à une semaine - 10 jours, avant les matches. C’est un délai très court pour s’organiser. Sur les championnats de France, nous disposons de trois semaines de visibilité.
Après la finale mondiale qui a vu le sacre des Pays-Bas face à l'Espagne (30-29), dimanche, les arbitres françaises Charlotte et Julie Bonaventura sont revenues sur leur prestation lors de ce match. Et ont notamment éclairci la dernière action qui a tant fait parler. C'était leur deuxième finale mondiale après 2015 et elles s'en souviendront. Charlotte et Julie Bonaventura, le binôme d'arbitres françaises, ont été mis à l'honneur dimanche en officiant lors de la finale du Championnat du monde, qui a sacré un autre Français, Emmanuel Mayonnade. Mais les deux arbitres ont beaucoup fait parler d'elles sur une dernière action que les Espagnols (les médias notamment) ont vite qualifiée de « vol ».
Soutenues par le responsable de l'arbitrage, un Espagnol « Au moment de la prise de décision, nous avons zéro doute, affirment-elles dans un entretien donné à la fédération française de hand. Au moment du contre, la balle n'avait pas entièrement franchi la surface de but. » Une règle que beaucoup méconnaissaient jusqu'à dimanche. Dans les faits, et après plusieurs ralentis observés, cela se joue au centimètre. Mais puisque la vidéo n'est pas utilisée lors des Mondiaux, c'est le jugement des arbitres qui a prévalu.
La suite est logique. « Cela s'est déroulé dans les 30 dernières secondes, donc cela a entraîné un carton rouge et un jet de 7 m », car considéré comme un acte d'antijeu, comme le stipule la règle. D'ailleurs, notent les jumelles, « les arbitres de réserve, positionnés dans l'axe, ont aussi vu la même chose. Ils nous l'ont confirmé après le match. » Comme le responsable de l'arbitrage de la fédération internationale, Ramon Gallego, qui est... espagnol, et qui a justifié cette décision dès dimanche soir dans une interview.
En conclusion, l'histoire des sœurs jumelles Bonaventura est un témoignage de passion, de persévérance et de succès dans le monde de l'arbitrage de handball. Leur parcours unique et leur dévouement à ce sport en font des figures inspirantes pour les jeunes arbitres et les passionnés de handball du monde entier.