L'histoire du rugby à Béziers est riche et passionnante, marquée par des joueurs emblématiques qui ont contribué à la renommée du club. Des figures légendaires comme Félix Lacrampe à Charles Sika et Santiago Bottini, ces anciens joueurs ont laissé une empreinte indélébile sur l'ASBH (Association Sportive Béziers Hérault) et sur le monde du rugby en général.

Félix Lacrampe: Un Pionnier Biterrois
Félix Lacrampe, auréolé de son titre avec Lourdes contre Toulon, rejoignit le club Biterrois lors de la saison 1949-1950. Initialement venu pour intégrer un club de rugby à treize, les dirigeants de l'ASB CB (cheminots biterrois) le ramenèrent rapidement dans le giron quinziste. En échange, on lui promit le Café de la Comédie, un lieu qui devint rapidement le rendez-vous incontournable des amateurs de rugby à Béziers.
Dans le rôle de capitaine, il conduisit dès sa première saison l’équipe biterroise en finale de Coupe de France le 11 Juin 1950 à Toulouse aux Ponts Jumeaux. L’engouement était énorme autour du club biterrois. Sauclières devenait une citadelle inviolable.
Charles Sika et Santiago Bottini: Deux Parcours Internationaux
Rugbiterre continue sa saga des anciens joueurs de l’ASBH. Zoom aujourd’hui sur Charles Sika et Santiago Bottini. Après deux et une saison sous les couleurs rouge et bleu, ils sont partis en Juin 2008. Nous les avons retrouvés.
Charles Sika, après deux saisons à Béziers, a saisi l'opportunité de jouer au rugby professionnel en Europe. Il garde de bons souvenirs de son passage à Béziers, notamment son introduction dans le rugby professionnel en France et la gentillesse de ses coéquipiers.
Santiago Bottini est venu à Béziers après avoir joué les coupes du Monde -18 et -21. S.B. : Je suis venu à Béziers après avoir joué les coupes du Monde -18 et -21. Mon agent m’a proposé de venir jouer à Béziers.
Après son départ de Béziers, Charles Sika a joué à Castres en Top14, tandis que Santiago Bottini a évolué à Montpellier puis au rugby à 7 avant de revenir au rugby à 15.
C.S. : Je gardes pleins de souvenirs de Béziers : mon premier entraînement, mon introduction dans le rugby professionnel en France, des coéquipiers gentils, amicaux. J’ai deux chiennes, l’une s’appelle Bezie pour Béziers, et l’autre Murvi pour Murviel.
S.B. : Je me rappellerais toujours de Béziers : le fanatisme des supporteurs, mes premiers amis français… J’ai eu une petite amie aussi ici, Sophie.
Il y a toujours des nouveaux joueurs, que le club reste ou non en ProD2.
C.S. : Maintenant, je suis aux USA. J’ai fini mes études à l’université. J’ai réussi mon Master en Génie civil. Je travaille maintenant comme ingénieur structurel.
S.B. : Après une année à Béziers, j’ai joué à Montpellier. Puis on m’a proposé d’être à nouveau joueur professionnel de rugby à 7. J’ai donc joué pendant trois ans au rugby à 7. Maintenant, je rejoues au rugby à 15.
Morad Touizni: La Nouvelle Génération Biterroise
Morad Touizni, 29 ans, est un pur produit de l’école de rugby biterroise. Pas conservé par Béziers, il a signé au ROA, cette saison : "En fait, l’année du Covid a été une année blanche, mais je me suis quand même ensuite entraîné avec Agde quand il y avait encore Karne Kaufana, raconte le tout jeune papa de Aria, quatre mois. La Fédérale 2 était en sommeil.
Et Morad Touizni n’a pas été dépaysé en débarquant au stade Michel-Millet puisqu’il avait quasiment joué avec tous les anciens Biterrois : "Savoir que j’allais les retrouver a été une grande motivation, savoure le joueur. En plus, j’ai toujours été très proche d’Alexandre Mendes, c’est un ami.
À Agde, le trois-quart centre (ou ailier) a découvert un autre univers. "Parfois, le retour, c’est carrément la boîte de nuit dans le bus ! Cela soude vraiment l’équipe. Et j’ai vraiment été surpris par le niveau de ce championnat.
Désormais en Fédérale 1, le ROA va devoir élever encore son niveau pour tenir le coup dans un championnat un cran au dessus. Il est évident qu’il va se renforcer.
Avec peut-être d’autres anciens de Béziers… Mais en continuant à s’appuyer sur ce qui a fait sa force cette saison, un état d’esprit hors norme : "Il y a une solidarité énorme dans tout le groupe, que ce soit la Une ou la réserve, assure Morad. Il n’y a que des morts de faims ! Avec un très bon mélange entre joueurs expérimentés et jeunes.
L'Âge d'Or du Rugby Biterrois
Dans les années 1970-1980, le club de rugby biterrois est considéré par de nombreux de spécialistes comme la meilleure équipe de club du monde. De 1971 à 1984, le club a été sacré dix fois champion de France, a glané trois challenges « Yves du Manoir » et d’autres trophées dont une coupe d’Europe. Durant ces treize années, le club biterrois a « écrasé » la concurrence mais, à son apogée, il était quasiment invincible, c’était même son surnom.
Durant la période 1971-1978, le club a joué 94,08 % de matchs sans défaite, avec un score moyen de 30 à 7, a formé 17 internationaux. Il est resté invaincu durant quatre saisons, et cette domination a été encore plus forte à domicile puisqu’elle s’est étalée sur 11 ans et 9 mois !
À cette époque pour de nombreux spécialistes, l’ASB était plus forte que l’équipe de France et ce n’est pas le match amical de l’été 1971 qui va contredire cette opinion. En effet, l’équipe de Béziers a écrasé l’équipe de France 50 à 14.
En 1977, l’équipe de France réussit le « Grand Chelem » lors du tournoi des cinq nations, avec les 15 mêmes joueurs sans encaisser un seul essai. Ceci en adoptant la manière de jouer de Béziers sous l’égide Richard Astre à partir de la tournée de 1975 en Afrique du Sud.
Le modèle de jeu de Béziers a été adopté par l’équipe de France, mais également d’autres équipes internationales. La BBC est même venue « enquêter » sur « the Béziers Phénomène ». L’ancien numéro 9 de l’équipe d’Angleterre, alors commentateur, avait alors conseillé aux Anglais de s’inspirer de cette manière de jouer.
Tout commence en 1955 avec l’arrivée de Raymond Barthes en tant qu’entraineur. Il a apporté de la rigueur et de la discipline dans les séances d’entrainement et au cours du jeu. C’était un grand pédagogue qui avait la faculté d’allier autorité naturelle et sens de l’écoute, tout en responsabilisant ses joueurs dans le but de développer une meilleure cohésion de l’équipe.
Une fois les bases techniques acquises, les joueurs ont expérimenté un nouveau système de jeu qui a rapidement donné les résultats cités plus haut dans ce texte. Pierre Danos, illustre capitaine de l’ASB de cette époque, en explique le principe :« Raymond Barthes est partisan d’un rugby de mouvement. Entendons bien, rugby de mouvement ne voulant pas dire, rugby des lignes arrières ; nous pensons qu’étant possesseurs de la balle, il nous appartient de la faire circuler : soit devant, soit derrière, de façon à provoquer le trou, le surnombre des attaquants, soit à grouper le maximum de défenseurs dans un point déterminé du terrain, pour alerter alors nos lignes arrières.
Gagner le maximum de balles, ne donner immédiatement que de bonnes balles, travailler les autres pour les rendre utilisables ou pour mettre en position d’attaque favorable, soit dans les lignes arrières, soit la troisième ligne. Nous obéissions ainsi à deux règles :Essayer de grouper le maximum de joueurs adverses dans une action de jeu, pour pouvoir lancer une véritable attaque ;Utiliser au maximum la contre-attaque qui n’est dans le fond qu’une mise en application spontanée et fortuite du principe de base précédent ».
Barthez a donc construit les bases du futur « Grand Béziers » qui seront parachevées par un de ses anciens joueurs, Raoul Barrière, alias « le sorcier de Sauclières ». Ce surnom pour autant ne retranscrit pas fidèlement la réalité car il indique un côté mystique, et met en avant une domination inexplicable alors que l’outrageuse domination biterroise s’explique tout à fait rationnellement. C’est pour cela qu’il serait plus convenable de remplacer le vocable « sorcier » par celui de « professeur ».
Premièrement parce que c’est son métier, Raoul Barrière était « Professeur adjoint d’EPS » et deuxièmement par la méthode qu’il a mise en place à Béziers. Dans un premier temps, l’élève Barrière s’est inspiré de ce qui se faisait de mieux dans le rugby de l’époque, notamment par Lucien Mias.
C’est 1964 que Raoul Barrière met le pied à l’étrier en devenant l’entraîneur de l’équipe juniors. Il expérimente donc la fonction de « coach » et forme, en même temps, le groupe « parfait » qui deviendra champion en 1968 et dont neuf membres seront des joueurs internationaux séniors. Suite à ce succès, il est sollicité pour s’occuper de l’équipe première.
L’organisation gagnante du « Grand Béziers » est complétée par la présence d’un président de club remarquable, Jojo Mas. Cet entrepreneur biterrois aux « reins solides », humainement proche des joueurs, a eu le génie de laisser les pleins pouvoirs à Raoul Barrière. Tout en intervenant pour rapatrier trois futurs « cracks » internationaux : Richard Astre, Jack Cantoni et Alain Estève.
Raoul Barrière devait donc trouver un capitaine qui serait son relais sur le terrain. Plusieurs joueurs de l’époque avaient cette capacité mais le choix s’est arrêté sur Richard Astre. Celui-ci, « qui a toujours été capitaine depuis l’enfance » avait une autorité naturelle, non pas l’autorité d’un capitaine « fort en gueule » mais une autorité fine, intelligente, ouverte au dialogue, décuplée par le fait qu’il était un leader de jeu incontestable. De plus « Le Roi Richard » avait d’autres qualités, en plus d’avoir une vie rangée sans excès, il discutait avec Raoul Barrière et était initié à la recherche.
Très rapidement, il proposa de nouvelles réflexions et prit des initiatives avec l’aval de Raoul Barrière et des autres joueurs. Cette concertation est un élément central de la méthode biterroise. En effet, en 1968, le club n’échappa pas au refus d’une société autoritariste et une grève sera même décrétée au sein du club.
Raoul Barrière retourna la situation en créant un nouveau modèle relationnel. Mais, il se souvient encore de moments difficiles : « J’étais sans doute plus émotif qu’aujourd’hui. Si bien que, de son ton tranquille, il m’a été dit quelquefois dans le vestiaire : « Allez tu sors, Raoul. Laisse-nous. Cette équipe de jeunes devait donc se débrouiller sur le terrain, seule. Alors, il valait mieux qu’elle fasse ses comptes, ses prévisions, juste avant le match. Puis, il y avait une continuité sur le terrain. Tout en sachant que depuis le banc de touche, je pouvais encore les aider… Nous étions en pleine contestation sociale. Il était normal que, pôle du groupe, je leur lâche un peu la bride. Ce fut toujours ma règle : laisser les gars s’exprimer, même s’ils disent des âneries.
Par exemple en 1969, à sa prise de fonction de l’équipe première, le choix du capitanat devant être votée, et souhaitant désigner Richard Astre, il demanda à chaque joueur de composer l‘équipe titulaire. Il savait que Richard Astre, en raison de ses qualités de joueur, serait choisi par l’ensemble de l’équipe, puis expliquant les critères de choix du capitanat dans la stratégie du jeu, cela permettait de désigner celui qu’il avait déjà choisi. Toutes les décisions étaient prises par le vote à bulletin secret. L’équipe votait à chaque match pour la composition d’équipe mais aussi pour toutes décisions importantes. Ce concept fut une vraie force puisque les joueurs sont passés de leur rôle classique de simples exécutants à une place de décisionnaires.
Nombreux sont ceux qui pensent que le jeu de l’A.S B. est né en même temps que l’équipe junior championne en 1968, mais cela n’est pas tout à fait exact. En effet, si les principes de Raymond Barthes et Lucien Mias avaient déjà été intégrés, le style biterrois est né un peu après. En effet, lors des deux premières saisons en première division, la jeune équipe biterroise a découvert le haut niveau et devant les difficultés rencontrées, « […] les joueurs ont ressenti le souci commun de réfléchir sur leurs succès et leurs revers ».
Raoul Barrière a ensuite encouragé cette volonté en organisant des séances d’autocritique qui permettaient d’améliorer et de créer petit à petit son propre jeu. En effet, lors du premier entrainement de la semaine, ¾ d’heure étaient consacrés à l’analyse de la rencontre précédente et chaque joueur faisait son autocritique, ainsi que celle de ses partenaires. Même si quelquefois l’échange était vif, le groupe ressortait toujours soudé après cet exercice. Cela permettait à chaque joueur de mieux connaître les représentations de ses partenaires, leur envie de gagner et plus précisément leur envie de gagner collectivement.
Avant les années 70, lors des mêlées, on pouvait taper directement en touche en dehors de ses vingt-deux mètres et répéter cette opération pour gagner petit à petit du terrain. Une nouvelle règle vient abroger l’ancienne et change la manière d’appréhender le rugby qui se transforme en « un jeu de passes » d’une autre dimension. En France, l’adaptation à cette règle se réalisa ainsi : les avants devaient gagner le ballon et les trois-quarts devaient aller marquer eu usant d’un jeu de passes. Il y avait donc deux types de joueurs dans la même équipe : les attaquants et les défenseurs.
Raoul Barrière a réfléchi et a renversé ce paradigme rugbystique en décidant que les avants seraient les premiers attaquants et les trois quarts seraient, comme le reste de l’équipe, des conservateurs qui attaqueraient dans un second temps. Le but étant de surpren...