Laurent Tillie, figure emblématique du volley-ball français, a marqué l'histoire de ce sport tant par sa carrière de joueur que par son rôle de sélectionneur. Cet article explore son parcours, de ses succès avec l'équipe de France à ses nouvelles aventures au Japon.

Un Héritage Familial dans le Volley-Ball Français
En France, le volley est d'abord une affaire de famille. Ngapeth, Tillie, Patry, Clévenot, Grebennikov et Louati : la moitié de l'équipe olympique est composée aujourd'hui de « fils à papa », tous internationaux dans les années 80. Que ce soient Laurent Tillie - l'actuel sélectionneur -, Eric Ngapeth, Christophe Patry et Alain Clévenot avec les Bleus, Boris Grebennikov avec l'Union Soviétique ou Moutaa Louati (décédé le 7 mai 2010, à 52 ans) avec la Tunisie, tous ont légué bien plus que des gènes, une culture. Biberonnés sous le filet dès leur plus jeune âge, leur fils a grandi avec l'amour du jeu et celui de leur père, intrinsèquement mêlés. Qui, particulièrement fiers d'avoir été dépassés, ont ouvert avec plaisir la boîte à souvenirs.
Portraits de Famille
- Boris Grebennikov : 62 ans, 35 sélections avec l'URSS, élu meilleur entraîneur du Championnat de France 2011/2012
- Alain Clévenot : 64 ans, 35 sélections
- Eric Ngapeth : 62 ans, 220 sélections, entraîneur de Grand Nancy en Ligue B. Finaliste du Championnat d'Europe 1987, de la Ligue des champions 1990, quintuple champion de France en tant que joueur. Vainqueur Supercoupe d'Europe 2004, double champion de France en tant qu'entraîneur.
- Christophe Patry : 55 ans, 25 sélections.
- Laurent Tillie : 57 ans, 406 sélections. Sélectionneur de l'équipe de France. Octuple champion de France, vainqueur Coupe de la CEV 1981. Finaliste du Championnat d'Europe 1987 et médaillé de bronze en 1987, ex-capitaine de l'équipe de France en tant que joueur. Double vainqueur de la Ligue mondiale en 2015 et 2017, champion d'Europe en 2015, champion de France en 2005 en tant qu'entraîneur.
Ces figures paternelles ont transmis une passion et une culture du volley-ball à leurs enfants, les menant souvent vers une carrière internationale.

Laurent Tillie : Sélectionneur de l'Équipe de France
Laurent Tillie a été, de 2012 à 2021, le sélectionneur de l’équipe de France masculine de volley-ball, qu’il a menée à son premier titre olympique, à Tokyo. Après avoir pris en 2012 la succession de Philippe Blain, Laurent Tillie a donc décidé, comme l'a révélé L'Equipe, de quitter son poste. Il restera comme le meilleur sélectionneur de l'histoire du volley français avec à la clé un titre de champion d'Europe en 2015 et deux Ligues Mondiales en 2015 et 2017.
Opposés au Comité Olympique Russe, la Russie sous bannière neutre, en finale du tournoi olympique de volley, samedi à, 14h10, les Bleus sont d'ores et déjà assurés de repartir avec une médaille autour du cou. Dans l'histoire de l'équipe de France cette breloque, dont le métal sera argenté ou doré, est tout simplement historique, comme l'était sa qualification pour la phase finale du tournoi Tokyoïte. Quel que soit le résultat, cette équipe, ce groupe même, construit sur les cendres d'une qualification ratée pour Londres 2012, perdurera dans le temps. En l'espace de neuf ans, Tillie a lui posé des fondations solides, principalement techniques, et emmené une génération de joueurs dorée vers les sommets du volley mondial et les titres.
Cette finale olympique sera le dernier rendez-vous de l'ancien entraîneur de l'AS Cannes après neuf longues années de bons et loyaux services. Là aussi le timing peut faire rire : Laurent Tillie aurait dû rendre son tablier à la fin de l'été 2020, une fois son contrat terminé, et rester au Japon pour y coacher son nouveau club, les Panasonic Panthers. Le club basé à Osaka, l'un des plus prestigieux au pays et en Asie, avait convaincu l'ancien réceptionneur d'en prendre les commandes il y a un an et demi.
Consciente qu'il y aurait une certaine forme d'inachevé, surtout après le miracle du TQO où les Bleus sont passés tout proches de la correctionnelle, la Fédération française de volley avait rapidement travaillé pour conserver son sélectionneur une année de plus. Parce que Tokyo était en quelque sorte le dernier bal d'un collectif aussi fou, qu'excellent, mais surtout biberonné à l'olympisme par Tillie himself.
Tillie et son management 50-50 : Capable d'avaler des milliers de kilomètres en voiture pour aller voir ses joueurs, et parler volley, le toujours sélectionneur des Bleus a des méthodes de management très modernes et qui ne plaisent pas à tout le monde. Pour résumer le personnage, il préfère travailler des schémas tactiques ou compiler des statistiques, que gérer les à-côté de la vie de groupe. Avec ses hommes, il a parlé projet global, projet de jeu, JO, victoire, mais pas garderie.
L'ancien international français appuie son propos. Selon lui, le succès des Bleus c'est aussi une osmose d'ensemble entre un entraîneur doué et des joueurs aux mains d'or. "Il est très organisé sur la planification des plans de jeu, sur l'entraînement, sur la technique bien évidemment. Mais dans tout ce qui est équilibre de vie, recherche de liens de construction de cohésion, ses joueurs ont beaucoup d'autonomie. C'est presque un deal", ajoute-t-il. "Il leur dit : 'Moi je peux vous amener des solutions tactiques et techniques, mais dans la vie du groupe, c'est votre responsabilité.' J'ai cette impression-là. Alors ce n'est peut-être pas aussi tranché, j'exagère un peu, mais il y a de ça je pense."
Même le plus geek des coaches a dû se rendre à l'évidence, pour réussir aux Jeux, il vaut mieux être fou que réciter sa leçon par coeur.
Laurent Tillie: The Right Attitude
L'Aventure Japonaise
Parti en 2020 au Japon pour y entraîner le club d’Osaka Bluteon (ex-Panasonic Panthers), il a été nommé, à la fin du mois de novembre 2024, à la tête de la sélection nationale nippone, qui dispute les championnats du monde aux Philippines (12-28 septembre), et affronte la Turquie ce samedi.
Laurent Tillie a signé quatre ans avec la Fédération japonaise de volley-ball. Champion olympique avec la France aux JO de Tokyo en 2021, Laurent Tillie a été nommé, ce lundi, comme sélectionneur de l'équipe de volley-ball du Japon. Ce sera un grand défi pour tout le monde, et ce ne sera pas facile, mais avec le soutien de nos joueurs, staff et managers talentueux et expérimentés, un avenir radieux nous attend», a confié Laurent Tillie sur le site de la Fédération japonaise de volley-ball avec laquelle il a signé un contrat de quatre ans.
Et son principal objectif sera de mener le Japon sur le podium aux JO 2028 de Los Angeles, après l’élimination frustrante en quarts de finale contre l'Italie à Paris (3-2). «Je crois en la puissance, la force et l'expérience de l'équipe nationale japonaise, en ses valeurs et ses qualités (…).
Le défi que les dirigeants du club d’Osaka m’ont proposé de relever en 2019 était d’autant plus intéressant que le Japon est le pays qui a tout inventé dans le volley-ball moderne. Dans les années 1960, ce sport était dominé par des équipes puissantes comme l’URSS, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, la Pologne… Faute de grands gabarits, les Japonais ne pouvaient rivaliser. C’est pourquoi ils ont développé un jeu rapide passant souvent par les ailes, exploitant au mieux leurs qualités de vitesse, d’agilité, de précision et de coordination.

Bernardo Rezende : Le Nouveau Chapitre de l'Équipe de France
Il y aura un nouveau sélectionneur à la tête des Bleus après les JO de Tokyo. L’entraineur brésilien Bernardo Rezende démarre ce vendredi (19h), face à la Slovaquie, le championnat d’Europe, sa première compétition à la tête de l’équipe de France. Le début d’une nouvelle aventure pour lui et les tout frais champions olympiques français, couronnés il y a moins d’un mois à Tokyo. Le coach brésilien veut surtout faire briller sa nouvelle équipe dans trois ans à Paris 2024.
Bernardo Rezende (62 ans), plus connu dans le monde du volley sous le nom de Bernardinho, c’est d’abord un palmarès immense à en donner le tournis. Deux titres olympiques (2004 et 2016), trois couronnes mondiales (2002, 2006 et 2010) et huit Ligue mondiale. Le plus grand palmarès du volleyball, désormais sélectionneur de l'équipe de France, a déjà parfaitement été accepté par ses nouveaux joueurs, encore sur leur nuage olympique.
"Il est hyper humain, glisse Antoine Brizard, le passeur de l’équipe de France. Il a compris tout de suite qu’on avait besoin de vacances après notre titre. Il sait très bien que le calendrier est démentiel. Mais en même temps qu’il nous disait que c’était incroyable ce qu’on avait réalisé, il nous a surtout dit que le plus dur, c’était de recommencer."
Ses premiers mots, il les a livrés, il y a quelques jours seulement, à Belfort, où les Bleus ont effectué une partie de leur préparation, dans un français encore approximatif. Un effort apprécié par les joueurs. "Ok, il fait plein d’erreurs mais il met vraiment un point d’honneur à ne pas parler anglais ou italien, à demander les mots s’il ne connaît pas, ajoute Brizard. C’est un symbole de sa détermination et de l’importance qu’il attache au projet de Paris 2024."
Cette communication va de pair avec une rigueur et une éthique de travail qui a fait ses preuves durant seize ans avec l’équipe masculine du Brésil. "Pour lui, le travail passe au-dessus de tout", annonce le central Barthélémy Chinenyese.
"Il y a encore des petites choses à améliorer pour être encore plus fort," annonce le nouveau technicien des Bleus. "La créativité, l’esprit français et la culture du travail qu’on a au Brésil, j’espère que la combinaison va être positive" dit-il en pesant chaque mot pour bien se faire comprendre.

"Dès que l’arbitre, siffle, il met le bouton ON, c’est un autre personnage, c’est incroyable" rigole le Franco-brésilien et assistant coach Mauricio Paes.
"Déjà quand on était adversaire du Brésil, je me disais qu’il était possédé !, sourit Benjamin Toniutti, le capitaine des champions olympiques. Mais en fait, il est comme ça déjà à l’entrainement. Il a quelque chose en lui qui l’anime par rapport au volley. Il transmet beaucoup d’énergie à l’équipe. On a envie de bien faire."
Depuis longtemps, Bernardinho admire le "jeu à la française". Les France-Brésil comptent parmi ses plus belles batailles et victoires. Son fils Bruno, passeur emblématique du Brésil, est aussi le meilleur ami d’Earvin Ngapeth.