La soule, ancêtre du rugby, au Moyen Âge, passionnait la jeunesse et soulevait l'enthousiasme des foules. La violence de ce jeu en faisait un simulacre de guerres villageoises. Cet article explore les origines, les règles et l'évolution de ce jeu traditionnel français.
Origines et Étymologie
Les origines de la soule sont obscures et la documentation écrite n'en livre des traces sûres qu'à la fin du douzième siècle, en dépit de quelques allusions antérieures. La Chronique de Lambert d'Ardres parle d'un vaste terrain sur lequel les rustres (rustici domines) se rassemblent, afin de boire et de jouer à la soule.
Des étymologies, des plus sérieuses aux plus fantaisistes, ont été proposées pour ce terme de soûle ou choule. On a évoqué le terme islandais sull (la mêlée), solea (la sandale), en songeant à l'expression souler au pié, fréquente dans les sources. En tenant compte du caractère périodique du jeu, on a pensé au verbe solere (avoir l'habitude). D'autres, par référence au lieu où se déroule le jeu, ont mis en avant la division des terres en soles. La plupart des folkloristes, à l'exception d'A. Van Gennep, ont mis la soule en relation avec le soleil, parfois par le biais du celtique heaul ou sul. Contentons-nous de prendre acte de cette diversité étymologique, mais gardons-nous d'en tirer argument, même ténu.

Soule à la bourde
La Soule : Un Jeu Populaire et Violent
Un exemple parmi d'autres témoigne de la violence de ce jeu populaire médiéval, ancêtre des sports collectifs modernes et qui, largement pratiqué jusqu'en 1789, s'éteignit doucement par la suite (1).
La soule, aussi connue sous le nom de choule ou chôle, était un jeu traditionnel français qui était pratiqué majoritairement dans le Nord-Ouest durant le Moyen-Âge. Ce sport est considéré être à l'origine des jeux de balle tels que le handball, le footbal ou encore le rugby.
CARÊME-PRENANT 1380 : des gens du Vexin normand affrontent des habitants de Lyons-la-Forêt, dans une partie de soule, devant la porte de l'abbaye Notre-Dame de Mortemer. La lettre de rémission qui nous a conservé le souvenir de la rencontre dit qu'elle est annuelle, " de si longtemps qu'il n'est mémoire de contraire ". Un certain Guillemin Ybert tente de s'emparer de la soûle (le " ballon "), défendue avec acharnement par un valet du capitaine du château de Lyons. Deux ou trois coups de pied au ventre l'écartent sans ménagement. Le geste a eu des témoins et le ton monte. Entre les deux groupes, les insultes fusent. Excédé, un écuyer, Pierre le Sauvage, frappe Ybert d'un coup de bâton à la tête. Un peu de sang, mais le jeu continue jusqu'à son terme. Quelques jours plus tard, Ybert passe de vie à trépas.
La seule différence entre la soule et ces jeux modernes est qu'il n'existe qu'un seul but (appelé mare ou lieu-dit) et que le nombre de joueurs n'est pas défini. Par exemple, les matchs opposaient les hommes valides de deux villages ou les hommes mariés contre les hommes célibataires. Cependant, ce jeu a vu son déclin arriver avec l'ère moderne à cause de son manque d'organisation et de règles bien définies.
Dans les Tontons flingueurs, on commenterait : «Il faut r’connaître que c’est plutôt un jeu d’hommes.» En France, il en est fait mention pour les premières fois à la fin des années 1100. Soule, soulette pour désigner le ballon selon sa taille, soule ou chéole pour baptiser le jeu selon sa région : le 1er mars 1735, le Mercure de France esquisse l’histoire du jeu mais s’avoue impuissant à retracer ses origines historico-géographiques : «Nous n’avons pû prendre autre chose sur la sole, sinon que c’étoit un morceau de bois rond et plat, de la figure d’un petit palet, qu’un homme des plus forts mettait en l’air, et que le plus agile des Contendans attrapait et gagnait par ce moyen tout ce qui avoit été consigné dans l’année entre les mains d’un honnête homme de la Paroisse.»
Le Mercure rapporte aussi une information intéressante : «Une Ordonnance du Roy Charles V, qui est de l’an 1369. met ce jeu dans le rang de ceux qui sont défendus, comme ne servant en aucune manière à dresser la Jeunesse pour la guerre.»
Règles et Objectifs
Toutes ont un même but, aux sens figuré comme propre : gagner la soule (bille de bois, vessie de porc remplie de quoi que ce soit qui puisse la faire vaguement ressembler à un ballon) en la faisant parvenir à un endroit prédéfini, lieu-dit, place, mare, église, arbre, etc. dans un joyeux (ou pas), et plutôt violent, bordel.
La règle, c’est qu’il n’y en a pas ou à peine. Le port d’armes est quand même prohibé, quoique certaines variantes se pratiquent avec une crosse et qu’on peut toujours compter sur le génie humain pour transformer quelque objet qu’il soit en instrument de sévices.

Soule civilisée
La Soule et le Rugby Moderne
Les études les plus poussées démontrent que l'ancêtre du rugby serait la soule, un sport pratiqué en France au Moyen-Âge. Au moment d’évoquer les racines du rugby, ils plaident plutôt pour une lente évolution de la soule, un jeu né au Moyen Age qui consiste à porter dans le camp adverse une pelote de chiffon.
Pour la Dépêche du 22 février 1932, la soule est incontestablement l’ancêtre du rugby. «Pratiquée au temps de Duguesclin et peut-être même bien avant, elle a donc un droit d’antériorité évident. Mais, suivant un processus maintes fois constaté, l’invention française a dû traverser nos frontières et nous revenir affublée d’un nom étranger pour conquérir droit de cité chez nous.»
Le journal fait œuvre de pédagogie : «L’étymologie du mot soule est à la fois très simple et très curieuse. Elle vient du mot «seaul» qui veut dire soleil. L’élément essentiel du jeu est, en effet, un ballon de cuir rempli de son que l’on jette en l’air : la forme ronde est celle du soleil. En la jetant en l’air, elle acquiert, un symbole : elle est censée rencontrer le soleil et devient une émanation de celui-ci. Dès lors, c’est la promesse du soleil que vont se disputer les camps en présence. Si nous en croyons les linguistes, il faut donc voir en ce jeu comme un dernier vestige du culte, que les Celtes rendaient à l’astre du jour. Cette conception païenne remonte donc très haut. Cependant, on constate la disparition progressive de ce jeu puisque vers 1880, il n’était plus pratiqué que dans quelques communes du Morbihan, alors qu’il connaissait, soixante ans auparavant une grande vogue. Et, chose curieuse, cette décadence coïncide à peu près avec le moment où football et rugby britanniques vont apparaître en France.»
La soule était d’une immense violence, décrit le journal. Le rugby a exorcisé cette sauvagerie : «Il lui appartenait de faire revivre, en, d’autres points du pays, ces querelles en champ clos qui, en laissant un trop libre cours aux instincts sauvages, rappellent un peu trop qu’éternellement l’homme est un loup pour l’homme.»
Renaissance et Modernisation
Plus récemment, on voit revenir la soule dans des jeux traditionnels dans certaines régions de France telles que les Hauts de France ou la Normandie. Certains scouts ramènent également ce jeu à la mode qu'ils nomment sioul.
Suite de l’histoire. Au XIXe siècle, la violence et les aspect régionalistes de la soule ont conduit à son interdiction. Mais pas à sa disparition puisqu’elle a survécu sous des formes plus discrètes voire carrément clandestines, notamment dans ses berceaux historiques de Bretagne, de Normandie ou de Picardie. Pratiquée dans une version soft dans les rassemblements scouts, la soule, souvent appelée sioule, connaît une renaissance version sport en Normandie. Ses promoteurs veulent en faire un véritable sport codifié et non violent et divisé entre «grande choule», sans crosse, et «choule à la crosse », avec. Une dizaine d’équipes disputent un championnat et un forum y est consacré. Il existe de confidentielles variantes locales.
La Soule Aujourd'hui
Depuis des décennies, la tradition de la choule (ou soule) se perpétue à Tricot, une commune entre Roye et Compiègne, dans l’Oise. Comme tous les lundis de Pâques, les villageois ont organisé une nouvelle rencontre de ce jeu médiéval, ancêtre des sports modernes que sont le foot et le rugby, raconte Le Parisien.
A Tricot, la rencontre oppose annuellement les hommes mariés aux célibataires, selon des règles très succinctes. Il faut traverser la rue principale pour amener le « choulet », une sorte de ballon, dans le camp adverse et l’envoyer au-dessus d’une maison identifiée. Tous les coups, ou presque, sont permis.
Cette année encore, ce sont les hommes mariés qui ont remporté le trophée devant un millier de spectateurs, des curieux qui avaient fait le déplacement de toute la Picardie. Les combats ont été rudes mais tout s’est bien passé.
| Caractéristique | Soule | Rugby |
|---|---|---|
| Origine | Moyen Âge en France | Angleterre, XIXe siècle |
| Règles | Peu définies, violence acceptée | Codifiées et strictes |
| Objectif | Porter la soule à un lieu désigné | Marquer plus de points que l'adversaire |
| Équipement | Soule (vessie de porc, bille de bois) | Ballon ovale en cuir, protections |