Le club de handball Amiens Espoir Saint-Maurice est une entité sportive dont l'histoire est marquée par des défis et des moments de résilience. Cet article explore les trajectoires de joueurs et les enjeux auxquels sont confrontés les jeunes talents issus de quartiers populaires.
L'histoire de Pierre Slidja, ancien espoir du football français, illustre les difficultés rencontrées par certains jeunes talents. À vingt-deux ans, après avoir joué 40 matches de L2 et compté six sélections en équipes de France jeunes, Slidja se retrouve à la case départ. Il évolue désormais en tant qu'amateur avec son club de l'Amiens AC (N3) et traîne un statut d'ex-grand espoir.

Localisation d'Amiens en France.
Un Talent Brut Confronté aux Réalités du Monde Professionnel
«Ça m'a affecté parce que Pierre nous renvoie à notre propre responsabilité, lâche Patrice Descamps, le directeur du centre de formation de l'Amiens SC, où l'attaquant a évolué de douze à dix-huit ans. Son histoire, c'est celle d'un gamin, avec une maman exemplaire mais seule, qui se retrouve confronté à un monde du foot dur où il faut des repères, des codes qu'il n'a pas. Pierre soulève une problématique plus large : comment on fait, avec des gamins "déstructurés", souvent très vite influençables, en difficulté scolaire, pour leur donner des codes et les faire entrer dans ce monde pro ? Je me souviens quand il est sorti du centre, c'était encore un gros bébé...»
Slidja semble alors apprivoiser ce monde pro qu'il ne connaît pas. Son formateur David Le Frapper, devenu entraîneur de l'équipe première, sait comment gérer le cas du jeune homme : «Il a besoin d'un rapport de confiance avec son référent. Tu ne vas pas le recadrer devant tout le monde parce que tu sais que face à ce rapport d'autorité direct, il a du mal. Avec Pierre, il fallait jouer le rôle de papa, de grand frère, d'ami. En formation, ça va. En pros, c'est plus difficile.»
Les Difficultés d'Adaptation et les Erreurs de Parcours
Le regard de l'adulte est perçu avec défiance. Les jugements aussi. Slidja a gardé ses habitudes de quartier. Les potes, nombreux, les dîners - nocturnes - et le foot, ensuite : «Il n'était pas prêt à assumer les exigences du foot, explique Faruk Hadzibegic, qui a succédé à Le Frapper en janvier 2016. Une fois, il s'est livré un peu. Il n'a pas eu une enfance facile. On est convenu que j'irais manger chez lui à Amiens. Il m'a mis deux râteaux.» Pierre Slidja va poser d'autres lapins. L'attaquant, parallèlement à des visites de police régulières au centre d'entraînement pour ses défauts de permis, s'absente des séances. Pendant des jours parfois. Des allers-retours à Amiens.
L'attaquant ne verbalise pas son mal-être et ce rapport viscéral au quartier, seul lieu où il se sent bien. «C'était un petit super gentil, humble, mais on sentait qu'il avait perdu toute confiance avec les gens du club, se souvient Sekou Baradji, le milieu de VA. Une fois, je suis allé le voir pour lui dire :"À vingt ans, on a tous des amis, on est tous attachés à notre quartier, mais tu ne peux arriver avec sept ou huit personnes comme ça."» Le lien avec ses potes d'Amiens-Nord est maintenu. Celui avec le football pro ne tient plus qu'à un fil.

Convoqué pour le tournoi de Toulon avec les Bleuets à l'été 2016, il ne s'y rend pas, sans prévenir. Après seulement deux jours à Clermont (L2), son prêt est annulé. «Trop loin des exigences du monde pro», nous a fait savoir l'entraîneur d'alors, Corinne Diacre. Fin août, Niort tente le pari : «On était convaincus de pouvoir l'aider, se rappelle Karim Fradin, président des Chamois. On a tout tenté, on a été le chercher pour l'entraînement, on lui a fait voir un thérapeute. Il pouvait écouter un ou deux jours. Et après, ça repartait... Il était déconnecté de son métier.» De longues absences qu'il justifie par des «problèmes familiaux». Une procédure de licenciement est lancée dès novembre 2016. Le monde pro s'éloigne.
Le musculeux corps de Slidja est alourdi par les kilos quand il débarque à Belfort (N) début 2017. Cinq matches et un schéma qui se reproduit : «Je n'ai pas été plus malin que les autres, sourit Maurice Goldman, l'entraîneur de Belfort à l'époque. C'est un écorché vif par rapport à l'autorité. Je n'avais jamais vu un gamin avec autant de talent qui aboutit à un tel gâchis.» Qui se prolonge à Wasquehal (N3) l'an dernier.
Slidja retrouve la Picardie cet été. Dans un cadre qu'il maîtrise et un club des quartiers nord d'Amiens. «Je lui ai proposé d'entrer dans un processus où il reprend un peu de plaisir et où on prend soin de lui», explique son entraîneur à l'Amiens AC (N3), Azouz Hamdane. Les premières semaines sont porteuses d'espoirs : «C'est un gamin irréprochable dans l'attitude. On sent qu'il a besoin d'être entouré de gens de confiance. On lui offre ce cadre ici.» Sans jugement, sans attentes immédiates surtout. Retrouver ses racines. Pour peut-être retrouver des ailes, un jour.