Du Discobole de Myron à Le Mans 66 de James Mangold, le sport a, de tout temps, été une source d’inspiration inépuisable pour le monde artistique. Porteur de valeurs universelles (solidarité, coopération, surpassement de soi), le sport est aussi un vecteur important d’émotions à travers des moments, des instants mémorables ou des histoires extraordinaires. Le sport est en effet un spectacle et c’est sans surprise que le septième art y a puisé allègrement dès ses premiers instants.
En 2004, le scénariste Rawson Marshall Thurber choisit de baser le scénario de son prochain film sur un sport obscur, et toutefois connu par une grande majorité des lycéens : le dodgeball, ou plus communément appelé en français le ballon prisonnier ou la balle aux prisonniers. En 2003, lorsqu’il propose le pitch de son film à 20th Century Fox, Thurber est un jeune réalisateur, inexpérimenté et inconnu du grand public. Produit par 20th Century Fox, l'opus sort aux États-Unis le 18 juin 2004, sous le nom Dodgeball : A True Underdog Story. En France, son titre évolue en Même Pas Mal ! (Dodgeball) pour sa sortie le 22 septembre de la même année.
Dodgeball nous parle de la rivalité entre deux clubs de gym.
Synopsis : Un Combat entre David et Goliath
Peter LaFleur est le propriétaire d’un club de gym délabré, l’Average Joe’s qui a nombre de fidèles assez excentriques, mais qui sont proches de Peter. Mais l’endroit attire les convoitises de White Goodman, propriétaire de l’important Globo Gym et rival de Peter. Un jour, Kate Veach, experte dans une banque, annonce à Peter qu’il doit payer 50000 dollars pour sauver son club de la faillite dans les 30 prochains jours. Désespéré car ne possédant pas une telle somme, il cherche avec l’aide de ses clients une solution pour payer leur dette. Bref, le seul moyen pour Peter et se bande d’espérer garder le club et d’avoir 50 000 dollars entre les mains en un mois, ce sera de participer à un tournoi de dodgeball, de balle au prisonnier donc. Et les voilà embarqué dans l’aventure, avec ce que cela comporte d’entrainements, de coups bas, de blagues salaces, de blagues visuelles, de blagues qui font mal, et de matchs qui font mal aussi avec des balles lancées à pleine vitesse là où ça fait mal (dans les boules, dans la tête, où vous voulez).

Le film met donc en opposition deux équipes : les Goliath surentraînés d’un côté, les David amateurs avec deux mains gauches de l’autre. Et cette relation est posée par le récit dès les premiers plans du film.
Average’s Joe, tenu par… non, pas Joe, mais Peter, joué par Vince Vaughn, mais qui a ses réguliers. Mais le souci de ce club, en plus d’être un minuscule club pas franchement au top niveau équipement et tout le reste, c’est que Joe gère tout ça sans ambition. Un membre ne peut pas payer l’abonnement ? Tant pis, il payera quand il pourra. Face à eux, Globo Gym, géant dans le milieu, tenu par White Goodman, joué par l’hallucinant Ben Stiller, mégalomane qui a une image de lui quelque peu hmmm, gonflée dirons nous. Alors forcément, quand Average’s Joe va mal et que Globo Gym décide de racheter la boite, la rivalité entre les deux augmente. Encore plus quand Joe n’a que 30 jours pour payer 50 000 dollars, et encore plus quand la jeune femme s’occupant du dossier est une très charmante avocate qui fait craquer les deux.
Dodgeball: A True Underdog Story (1/5) Movie CLIP - Instructional Video (2004) HD
Des Personnages Hauts en Couleur
La première force de Dodgeball, ce sera ses personnages, principaux mais aussi secondaires. Et puis il y a son humour, parfois facile, parfois gras, parfois bon enfant aussi, avec des dialogues plutôt bien trouvés et souvent tordants, et ces gags visuels qui font mal (encore une fois, les clés à molettes). Rajoutez par dessus tout ça une bande son rock qui décoiffe la plupart du temps, et des matchs de Dodgeball finalement assez dynamiques et funs alors qu’il ne s’agît dans le fond que de balle au prisonniers, et vous avez là une comédie qui fait indéniablement passer un bon moment, à condition bien entendu de ne pas être facilement choquable face à la vulgarité de certains moments, ou la facilité d’autres moments. Car on ne va pas mentir, en étant une comédie pure et dure, Dodgeball est du coup également un film facile et prévisible.

On le voit dés l’ouverture qui nous présente nos deux personnages principaux. Ben Stiller joue un accro au sport, qui ne juge que par les apparences, se prend pour le beau gosse ultime auquel personne ne peut résister, et cela se voit dans ses paroles et dans ses actes, le tout avec un second degré constant. Le voir comparer la mocheté à une erreur générique ou une faiblesse comme pourrait l’être la… nécrophilie, voilà qui vous donne une bonne idée du personnage, qui s’électrocute les tétons lorsqu’il est tenté par un donut, ou utilise une pizza pour se mastu… vous voyez ! De l’autre côté, Peter paraît finalement être un personnage tout à fait banal, sans rêve, qui vit sa petite vie tranquillement, seul, avec son chien, son petit quotidien banal et sans histoire. Quelqu’un comme vous et moi, qui balance toutes ces factures et papiers administratifs dans une armoire sans rien classer et basta (oui, ça, c’est moi. Le jour où on me demandera un papier en particulier, je vais passer 30 ans à le trouver).
Les personnages sont construits et dépeints de telle manière qu’ils se démarquent tous les uns des autres et sont facilement reconnaissables pour le spectateur. Ce dernier ne connaît ainsi qu’une seule caractéristique de chaque personnage : le comportement, l’attitude ou le physique qui le pose comme un exclu. Que sait le spectateur de Steve le Pirate ? Il s’habille et parle comme un pirate… Sa famille, sa profession, même son vrai nom ne sont pas montrés à l’écran. La seule chose qui le définisse est son comportement inhabituel qui lui vaut les critiques et les moqueries. Sans présentation plus poussée de leur vie, chaque personnage devient une représentation générique d’un groupe exclu par la société. Steve pourrait ainsi être catalogué comme un marginal ou un "fou"; Gordon représente les personnages âgées; Justin, les jeunes efféminés; et Kate, les homosexuels.
Le Casting Principal :
- Ben Stiller : White Goodman
- Vince Vaughn : Peter La Fleur
- Christine Taylor : Kate Veatch
- Rip Torn : Patches O'Houlihan
Les Membres Excentriques d'Average Joe's :
Semblable à son propriétaire, le club sportif Average’s Joe est au bord de la faillite et n’accueille que des sportifs amateurs, loin des standards des grandes salles. Le nom même de la salle est un indicateur de cela. "Average" signifie en anglais la moyenne, tandis que Joe est le prénom commun par excellence aux États-Unis. Le club est donc la salle des Américains moyens. Et parmi eux, le récit se concentre sur cinq personnages excentriques.
- Steve le pirate, un client se prenant pour un… pirate et habillé comme tel, est incarné par Alan Tudyk, alors principalement connu pour sa participation à la série Firefly.
- Stephen Root campe lui le personnage de Gordon, un homme cinquantenaire marié à une femme plus jeune que lui et trouvée sur Internet.
- Dwight et Owen sont eux, respectivement, interprétés par Chris Williams et Joel David Moore.
- Enfin, le plus jeune de l’équipe, Justin, est incarné par Justin Long, dont les débuts cinématographiques datent de 2000 avec Galaxy Quest.
À noter que Thurber, le réalisateur, a écrit les personnages de White Goodmann, de Peter LaFleur et de Justin en ayant en tête, pour les incarner, respectivement les acteurs Ben Stiller, Vince Vaughn et Justin Long. Il n’est dès lors pas surprenant de constater que ces acteurs conviennent parfaitement à leur rôle.
Critique Sociale et Média Télévisuel
Si les premières minutes du film sont consacrées principalement à présenter quasiment tous les personnages, elles posent aussi un fil rouge qui est développé tout au long : la représentation du média télévisuel et des programmes qui y sont diffusés. La télévision est ainsi omniprésente dans le récit : cela peut être de manière très visuelle avec l’apparition de l’appareil à l’écran, mais aussi plus subtilement en montrant ce qui est actuellement diffusé sur les écrans de télévision invisibles, comme le tournoi de dodgeball. Dans ce dernier cas, les commentateurs et la présence de caméra permettent de lier ces passages à la télévision.
Sous ces airs de comédie loufoque centrée sur un sport méconnu, Même Pas Mal ! (Dodgeball) propose ainsi un discours et une critique acerbe du petit écran, et notamment la manière dont ce média a tendance à présenter une société occidentale idéalisée et trompeuse. White Goodman et son club de gym apparaissent donc à la télévision dans une publicité vantant les “plus mieux”, le meilleur de l’homme : des personnes musclées et parfois refaites chirurgicalement. Les membres d’Average’s Joe sont eux présentés dans le club de gym, où n'apparaissent ni caméras, ni télévision.
Les Caméos Surprenants
Et puis, il y a les caméos, intervenant tous tardivement, mais qui font tous plaisir à voir pour les connaisseurs. En effet, dés que le tournoi commence, le film enchaine les caméos. Lance Armstrong dans son propre rôle, c’est sympa, mais le reste, c’est mieux lorsque l’on voit en entraineur de l’équipe Allemande un David Hasselhoff qui motive son équipe avec une photo de lui-même, un Chuck Norris dans le jury qui a la classe (et qui grâce à un petit gag, clôt le film sans même être dans cette scène), ou encore en chancelier du jeu remettant la coupe, William Shatner, l’éternel capitaine Kirk de Star Trek !

Conclusion
On se doute bien entendu de l’issue de tout ça, des quelques rebondissements qui vont arriver. Mais qu’importe tant que l’on passe un bon moment non ? C’est le but d’une comédie après tout.