Le rugby, un sport longtemps considéré comme une énigme par les historiens du sport, se distingue par sa concentration géographique particulière. Contrairement à d'autres sports collectifs majeurs, sa présence est principalement cantonnée dans le quart sud-ouest de la France métropolitaine. Cette singularité persistante a suscité l'intérêt de nombreux chercheurs, qu'ils soient historiens, géographes, sociologues ou anthropologues.

Terrain de Rugby
D'ailleurs, l’organisation par la France de la dernière Coupe du Monde en 2023 a donné l’occasion aux médias de multiplier les présentations ‘folkloriques’ de ce sport à nul autre pareil, en reprenant la saga du rugby occitan telle qu’elle avait été élaborée plusieurs décennies plus tôt. Afin de s’assurer de cette spécificité rugbystique, il est bon de confronter des cartes d’implantation des pratiques sportives dans les principales disciplines de sports collectifs.
La Géographie Singulière du Rugby Français
La géographie générale des sports peut se cartographier selon plusieurs variables, généralement sur une base départementale bien documentée statistiquement : nombre des licenciés (que ce soit selon des effectifs bruts ou rapportés à la population), nombre de clubs, ou plus particulièrement les clubs d’élite sensés fixer symboliquement l’attractivité collective de chaque discipline au travers de ses équipes vedettes. Mais quelle que soit la méthode retenue, à cette étape de notre recherche, il apparaît vite que la répartition des licenciés (ou des clubs indifféremment) suffit à spécifier la singularité du rugby. À l’évidence, le rugby, sport d’audience nationale, est de pratique régionale.
En confrontant les cartes de licenciés dans les principaux sports collectifs (football, rugby, basket, handball, volley), chacune d’elles peut bien dessiner des régions de plus forte pratique, mais aucune n’expose aussi brutalement que le rugby la concentration du jeu dans une zone privilégiée. Et ce phénomène est encore accentué si on inclut le rugby à XIII, frère cadet longtemps ennemi, mais qui a toujours ménagé des va-et-vient permanents avec son ainé. La concentration rugbystique de l’Aquitaine et du Midi toulousain est alors complétée par les treizistes du Languedoc méditerranéen (essentiellement l’Aude et les Pyrénées-Orientales) et un prolongement vers la Provence, en particulier dans le Vaucluse. La terre d’Ovalie est ainsi à peine agrandie par ce rattachement treiziste, mais encore densifiée sur ses marges orientales.
On aurait pu s’attendre à une redistribution en profondeur des places fortes rugbystiques sous l’impact de nouveaux investissements économiques. Et de fait, les milieux du rugby méridional, tout comme les spécialistes universitaires, ont craint, à l’époque, une véritable cassure entre le rugby professionnel naissant, et la masse des clubs de villages. En réalité, il n’en a rien été, et les cartes produites dans l’Atlas de l’INJEP publié en 2019, et s’appuyant sur les données statistiques de 2015, montrent de façon frappante la permanence de la singularité rugbystique à plus de 30 ans de distance, renforcée par le fait que la professionnalisation des clubs d’élite n’a en rien fait bouger cette géographie ni modifié en profondeur sa hiérarchie.

Carte de Rugby en France
Les Explications de cette Répartition Géographique
La géographie du rugby a donné lieu à plusieurs types d’explications : positivement en cherchant des facteurs favorables à cette implantation régionale particulière, ou négativement en essayant de montrer pourquoi le rugby ne s’est pas implanté dans le nord de la France. En toute logique, il faudrait également appréhender le caractère ‘régional’ du rugby à différentes échelles spatiales, et ne pas négliger les raisons avancées pour expliquer la ‘mondialisation inachevée’ du rugby international.
Sur le cas français, il est évidemment nécessaire de s’attarder sur ce faisceau de causalités diverses, et d’en mesurer l’insuffisance qui les rend peu convaincantes.
Les Facteurs Historiques et Culturels
L’appétence particulière de la France du Sud-Ouest pour le rugby serait due, pour certains, à des conjonctures historiques qui avaient préparé le terrain : ainsi d’une tradition ancienne du jeu de soule, sorte de ‘folk football’ en usage dans les villages et expression de rivalités communautaires. Dans le même sens, mais concentrée sur le temps court de l’avant-guerre de 14-18, la présence de la ‘barette’, version édulcorée du rugby, dans la palette de jeux collectifs proposée par les apôtres de l’école laïque et de ses patronages dans la région bordelaise.
De la barette scolaire, il est facile de glisser à la guerre des patronages, et de mettre en évidence la position de la hiérarchie catholique qui, assez rapidement, choisit le football contre le rugby pour des raisons qui tiendraient à la morale corporelle et à la nécessité de restreindre la promiscuité engendrée par certaines phases de jeu telles que la mêlée. Les conflits religieux au long de la Troisième République déteindraient sur les organisations sportives, l’USFSA républicaine et laïque qui préfère le rugby, et la fédération des patronages catholiques qui promeut le football, puis le basket-ball.
Autre conjoncture favorable, la présence active d’une élite britannique en Aquitaine, tant à Bordeaux qu’à Pau ou Biarritz, amenant avec elle une pratique assidue de sports bourgeois prestigieux tels que le tennis (la Villa Primrose à Bordeaux), le golf (à Pau) ou le rugby (en Angleterre, le rugby bourgeois et amateur se distingue très fortement du football ouvrier et professionnel). Toute cette série de facteurs favorables relève de l’analyse historique.
Dans une seconde phase historique, il s’agit alors d’expliquer pourquoi et comment cette greffe initiale a pris et a ‘bourgeonné’ dans tout le Sud-Ouest, à Toulouse, à Tarbes, à Perpignan, dans les campagnes audoises ou gersoises… Les raisons avancées se font alors plus anthropologiques : au-delà d’événements déclencheurs tels que la présence de prosélytes britanniques ou d’instituteurs laïcs, il convient de faire appel à un substrat culturel dans le Midi qui serait en phase avec la logique propre au jeu de rugby : celui-ci, en tant que ‘mode de vie’ exprimerait, mieux que d’autres supports, ‘l’âme’ collective du peuple d’Oc. Une mythologie s’élabore au fil du temps, qui justifie et essentialise cet accident historique.
Le Rôle du Radical-Socialisme
Par exemple la longue tradition radical-socialiste. Le radicalisme politique de la IIIe République joue un rôle moteur dans le Sud-Ouest entre les deux guerres. Mais cette relation entre choix sportif et préférences idéologiques n’est jamais menée au-delà d’une simple hypothèse hasardeuse, à base de ‘rugby-cassoulet’ et de banquet électoraux. Si on y regarde d’un peu plus près, les constats sont ambigus.
L'Hypothèse Géographique et les Politiques Fédérales
En évoquant une exclusive, Lacouture suggère de se tourner vers un autre type de phénomène, qui chercherait à montrer comment ‘le Nord’ se trouve handicapé dans les tentatives d’implantation du rugby pour des raisons non pas historiques ou anthropologiques, mais de type géographique. La démarche de Ravenel est particulièrement intéressante dans son systématisme géographique, et s’effectue en deux temps.
Dans un article de 2002 sur le particularisme du Sud-Ouest, il enregistre l’exception rugbystique qui échappe à la règle géographique des hiérarchies démographiques urbaines. Se fondant sur le constat que les sports collectifs professionnels se répartissent dans l’espace national selon la hiérarchie démographique des agglomérations, dans le fil du géographe du sport le britannique John Bale, plus le niveau urbain s’élève, plus nombreux et meilleurs sont les clubs . Concernant la région Sud-Ouest, Ravenel considère qu’elle suit le modèle général, sauf pour le rugby.
L’auteur est ainsi amené à comparer l’élite amateur du rugby aux élites professionnelles des autres sports. Il voit bien que la présence du rugby d’élite (la première division) dans de toutes petites villes n’est possible que par ce statut amateur maintenu jusqu’en 1995 (donc avec des budgets très limités), ainsi que par l’inflation de cette « élite » qui selon les années pouvait compter 60 ou 80 clubs assurant la pérennité du « rugby des villages ».
Deux ans plus tard, Ravenel se confronte à l’exercice inverse. Il ne s’agit plus de comprendre comment fonctionne l’exception rugbystique du Sud-Ouest, mais pourquoi la Normandie est hermétiquement fermée à l’ovale. Il teste ainsi l’hypothèse selon laquelle « la localisation très précoce du rugby dans le Sud-Ouest a empêché le développement des clubs et de la pratique en périphérie… Car ce sont bien des propriétés intrinsèques de l’espace géographique qui engendrent une structure et sa préservation. » Le handicap majeur qui décourage les « clubs du Nord » sont la longueur des déplacements en championnat du fait de leur situation excentrée.
L’article proposé ici tente de rassembler un certain nombre d’indices à l’appui d’une thèse de type sociologique mettant en scène un ‘jeu d’acteurs’ au sein des instances fédérales qui gèrent le rugby. Il ne s’agit que d’indices épars, dispersés sur plusieurs décennies, mais qui peuvent être considérés comme les linéaments d’une ‘politique institutionnelle’ obstinément poursuivie, à défaut d’être publiquement affichée. Cette piste des politiques fédérales concerne l’appareil de gestion administrative du rugby tel qu’il se manifeste à ces niveaux intermédiaires que sont les comités régionaux et certaines commissions spécialisées du niveau national.
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Aix-en-Provence et le Rugby : Une Histoire d'Engagement
C’est au tour d’Aix-en-Provence, sous-préfecture des Bouches-du-Rhône dans la région Provence Alpes Côte d’Azur, de rejoindre la « Mêlée ouverte Puissance 15 », pour vous conter de nouvelles histoires de rugby et vous faire découvrir des femmes et des hommes qui exercent ici leurs talents dans différents domaines d’activités.
Ville emblématique de ce beau pays de Provence, réputée pour ses calissons, Aix tire son nom du latin « aquae » qui signifie « eaux »… ce qui en fait, entre autres, une ville thermale. L’installation du Roi René, duc d’Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Sicile, au XVe siècle, marqua en son temps l’âge d’or de la cité, qui conservera dès lors, et à jamais, le titre de « Cité du Roy René ».
Située à 33 kilomètres de sa grande sœur Marseille, et parée de la montagne Sainte-Victoire qui fut la muse de Cézanne, Aix-en-Provence et ses 140.000 habitants est la chef de file de la CPA (Communauté du Pays d’Aix), entraînant dans son sillage 35 communes voisines, pour former un territoire de 342.000 habitants.
Sur un plan économique, Le tissu du Pays d’Aix se compose de grandes entreprises et d’un réseau dense de PME/PMI à forte valeur ajoutée, oeuvrant dans les secteurs de pointe, portés notamment par les 11 pôles de compétitivité et les nombreux clusters d’entreprises qui irriguent toute la région PACA.
Le Sporting Club Salonais et le Partenariat avec Provence Rugby
Gilles Hausser, président de l’École de Rugby Péli XV à Pélissanne depuis 2008, est désormais co-président du Sporting. Ce partenariat gagnant-gagnant entre les deux clubs de Provence, il le connait bien et le soutient fortement. Car le Sporting club salonais voit ainsi récompensé son ancrage local et sa crédibilité.
Il faut savoir que le club salonais est constitué d’environ 329 licenciés. Il est constitué de 6 équipes différentes : -16 Masculin à XV, -18 Féminin à X, Réserve promotion Honneur, Seniors Masculin à XV, Seniors Féminin à X et -19 Masculin à XV. Il faut y ajouter l’école de rugby qui est une référence en la matière.
Le club de Salon-de-Provence possède un palmarès assez riche : vice-champion de France de Promotion en 1930, montée en Fédérale 3 en 1968 puis en Fédérale 2 seulement 2 ans plus tard ou encore le titre de vice-champion de France Honneur en 2004. Le dernier titre marquant en date est celui de Champion de Provence en Promotion Honneur.
Un Système de Double Licence pour les Jeunes
Le rapprochement avec Provence Rugby était donc devenu une évidence au fil de l’histoire. C’est Jean-Bernard Chorlet qui est à l’origine de cette collaboration entre le club de Salon et celui de Provence Rugby. L’homme qui a pu goûter au niveau amateur à Salon, en tant qu’entraîneur des seniors, a pu également profiter du rugby au haut niveau en se consacrant à la formation des -15 ans de Provence Rugby.
C’est donc grâce à lui et grâce aussi à son expérience dans les deux clubs, que le partenariat s’est mis en place il y a environ 10 ans. « Jean-Bernard Chorlet a joué un rôle important dans l’entente des deux clubs , indique le co-président du Sporting. La coopération s’est mise en place au fil du temps, elle peut prendre la forme d’ateliers que peut organiser l’ancien entraîneur sportif du Provence Rugby, Michel Frachat. Ces ateliers font travailler les jeunes du club sur diverses activités, comme la libération et la vision du jeu ».
Quelques rencontres du groupe espoir du club de Provence Rugby peuvent aussi être délocalisées à Salon, de quoi réjouir d’anciens joueurs du club salonais passés à Provence Rugby, contents à l’idée de refouler leur pelouse d’origine. L’aide qu’apporte le club professionnel au club amateur est donc non négligeable en termes de partage de compétences et de savoir-faire.
Et puis, il y a les passerelles sportives : des joueurs salonais détectés sont envoyés en formation dans le club pro avec le rêve d’accéder un jour à l’équipe de Pro D2. Des joueurs qui ne perdent toutefois pas pied avec leur club d’origine. « On a instauré un principe de double licence, explique Gilles Hausser. Notamment pour les jeunes en catégorie de -16 ans, leur permettant de faire des matchs avec l’équipe de Provence Rugby mais de rester en même temps lié au club salonais. L’obtention de cette licence se base sur plusieurs critères, le jeune joueur doit être volontaire ainsi que ses parents, ensuite il devra effectuer un essai qui déterminera son niveau. On tient aussi à penser à la scolarité de l’élève. Cette double licence est conditionnée aux résultats scolaires ».
Car rien ne doit être laissé au hasard. « On ne veut pas précipiter l’entrée des jeunes vers le haut niveau, selon le co-président. Les formateurs et les dirigeants du club salonais leurs font comprendre la difficulté de la détection et son caractère très sélectif. On ne veut pas que les jeunes se brûlent les ailes ».
L'Évolution du Provence Rugby : De la Naissance à la Pro D2
Le Provence Rugby nait en 1970. Sa couleur, le Noir. On est en 1970, l´Aix Rugby Club vient de naître. 1983 : Le faux pas ! L’Aix Rugby Club redescend en Série Régionale Honneur. relever, ce couac va permettre au club de montrer son caractère.
1984 : Henry Roux est maintenant président de l´Aix Rugby Club. Après une seule année de purgatoire, le club retrouve l’échelon national.
1986 : Un nouvel entraîneur rejoint l’Aix Rugby Club : André Dupouy. Celui-ci va conduire le club sur la plus haute marche. Pour la première fois dans l´histoire du rugby, Aix-en-Provence inscrit son nom au palmarès des villes championnes de France de rugby.
2003/2004 : Le PARC est champion de France et accède à la Pro D2. Le rêve devient réalité.
En parallèle, les travaux du stade se poursuivent.
Tableau Récapitulatif des Moments Clés du Rugby à Aix-en-Provence
| Année | Événement |
|---|---|
| 1970 | Naissance de l'Aix Rugby Club (Provence Rugby) |
| 1983 | Relégation en Série Régionale Honneur |
| 1984 | Retour à l'échelon national |
| 1986 | Champion de France |
| 2003/2004 | Champion de France et accession à la Pro D2 |