Le rôle et les responsabilités d'une femme agent de football

Le monde du football, traditionnellement masculin, voit de plus en plus de femmes s'imposer dans des rôles clés, notamment celui d'agent de joueurs. Ces professionnelles, souvent confrontées à des défis spécifiques, jouent un rôle essentiel dans la carrière des joueurs et le développement du football, en particulier féminin.

Jennifer Mendelewitsch : une pionnière du métier

À bientôt 39 ans, Jennifer Mendelewitsch occupe la fonction d’agent depuis près de 20 ans. « J’ai passé la licence en 2003 », précise-t-elle. Fille de Patrick Mendelewitsch, un ancien agent de joueur, elle a toujours baigné dans le milieu du ballon rond. « Mon père m’a transmis l’amour du foot, même si je ne pensais pas y travailler. Je me voyais plutôt avocate. »

Si le début de sa carrière coïncide avec la fin de celle de son père, Jennifer Mendelewitsch, indépendante, ne prend pas sa suite à proprement parler. « Ce n’était pas une passation comme on peut le voir dans certaines entreprises, explique-t-elle. Pendant deux ou trois ans, j’ai dû avoir un job alimentaire à côté. Les premières années sont difficiles dans le métier d’agent, il y a énormément de frais.

Très tôt, elle se lance sur le marché des jeunes joueurs à fort potentiel. « C’était un peu regardé de haut de la part des autres agents, à cette époque. Mais c’est le moment où les clubs européens ont commencé à se pencher dessus et à intégrer de plus en plus de jeunes dans leur équipe. » Elle a alors commencé à travailler avec des clubs comme Manchester City ou le Red Bull Salzbourg.

Durant ce dernier mois du mercato, Jennifer Mendelewitsch nous fait découvrir le métier d’agent. « La mauvaise réputation des agents est-elle justifiée ? En grande partie oui. Il faut scinder le problème en deux : il y a les agents officiels et ceux qui ne le sont pas. Parmi les agents officiels, comme dans toute profession, il y a ceux qui font bien leur travail et d’autres qui ne le font pas bien. Il n’y a pas une part plus importante de bons ou de mauvais dans le football que dans n’importe quel autre corps de métier. Le problème, on va le trouver chez ceux qui n’ont pas le droit d’exercer. Aujourd’hui, tout le monde essaye, d’une façon ou d’une autre, de s’immiscer dans des transferts ou de gérer des carrières de joueurs. Ça va du journaliste sportif au consultant, du personnel périphérique de clubs à l’organisateur de soirées. Chacun, à son niveau, essaye de mettre un pied dans le football et de faire des affaires. Ce sont ces gens-là, qui n’ont aucune légitimité ni aucune compétence pour le faire, qui vont ternir l’image des professionnels dont c’est le métier. Comme ils n’ont pas le droit d’exercer, ils vont tout faire en sous-marin, de façon non-officielle.

On entre dans un système d’opacité totale et celui qui va se faire avoir à la fin, c’est le joueur. Il ne sera peut-être pas content de son contrat ou des flux financiers anormaux seront repérés. Ensuite, ça créera une polémique qui deviendra publique et c’est toute la profession, au sens large, qui sera ternie. Il y a des agents qui font mal leur boulot, il y a des intermédiaires qui ne devraient pas être là. Mais tous ces gens ne pourraient pas travailler sans la complicité des clubs et la volonté des joueurs.

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Sonia Souid : briser les barrières et faire évoluer le football

Le football, surtout féminin, doit plusieurs grandes avancées à l’agent qui a obtenu sa licence FFF il y a quinze ans. Notamment le premier transfert payant d’une joueuse en France, la nomination des premières entraîneures (Helena Costa puis Corinne Diacre) à la tête d’équipes masculines professionnelles (Clermont en Ligue 2), la signature du premier joueur Émirati en Ligue 1 (Hamdan Al Kamali à Lyon).Son histoire, ses débuts professionnels, sa vie de maman et ses combats, Sonia Souid a décidé de les aborder sans mâcher ses mots dans un livre intitulé « Touche pas à mon QI. Une femme agent de joueurs, et alors ? Comment le sexisme gangrène le foot français ? ».

Un témoignage poignant sur le sexisme dans le football

« Ce qui m’a motivée à écrire ? Essayer de faire bouger les lignes parce que malheureusement, très peu de femmes exercent mon métier. C’est un cri du cœur, je l’ai écrit avec mes tripes et il est très personnel », confie la native de Clermont depuis Madrid où elle est installée en famille.

« Le monde du football est ultra-concurrentiel et surtout masculin. En tant que pionnière, j’ai la responsabilité de laisser une trace de ce combat d’une femme qui n’avait rien pour elle et qui partait avec de sacrés handicaps pour réussir dans ce monde », ajoute-t-elle. « Si on ne laisse pas ce genre de témoignage, on ne fera pas évoluer les choses dans le bon sens. »

« Après quinze ans, je me sens enfin considérée. Il a fallu que je réussisse à faire des choses que même personne n’a faites avant. » Sa plume est aiguisée, le nom des chapitres claque. « Et si j’avais un cerveau » fait directement référence à son physique et à son passé de Miss Auvergne (2003) puis de mannequin cabine. Un passé qu’on lui a rabâché et qui lui a collé à la peau, éclipsant parfois l’essentiel : son professionnalisme.

« Cette licence d’agent m’a habillée, elle m’a donné une certaine légitimité. Je suis devenue intéressante et plus qu’un corps à ce moment. C’est très difficile de se faire une place dans ce monde, personne ne se fait de cadeau. Forcément, quand on est une femme, ancienne miss et que la seule chose qu’on peut trouver sur vous, c’est votre passé, on part avec des handicaps. Après quinze ans, je me sens enfin considérée. Il a fallu que je fasse mes preuves, que je réussisse à faire des choses que même personne n’a faites avant », concède-t-elle avant de revenir sur l’événement qui l’a « vraiment tuée ». Celui qui l’a mise en lumière malgré elle.

Une soirée en enfer chez Le Graët

Sonia Souid est invitée un soir de 2014 chez Noël Le Graët, alors président de la Fédération française de football, pour une « réunion de travail » qui devait se dérouler en compagnie de Brigitte Henriques, ancienne joueuse de l’ASJ Soyaux chargée du développement du foot féminin en France.

Brigitte Henriques n’a semble-t-il jamais été invitée et le président de la FFF aurait eu un comportement plus qu’inapproprié avec Sonia Souid. « Avachi sur son canapé, les jambes écartées, débraillé, il se caresse. Aucun son ne parvient à sortir de ma bouche, je reste interdite, les yeux écarquillés comme si je venais de me réveiller brutalement d’un doux rêve qui dure depuis des mois. Encore aujourd’hui, je serais incapable de dire s’il touchait son sexe ou juste son bas-ventre », écrit-elle dans son livre où sa relation avec l’ancien président occupe une place conséquente et où elle s’adresse directement à lui.

« Cette humiliation a été terrible », rembobine-t-elle. « J’étais plus que légitime à lui proposer des idées pour aider au développement du football féminin. Le fait qu’il me piège dans son appartement en prétextant la confidentialité et qu’il me dise qu’il était tout à fait à même de concrétiser mes idées mais que pour ça, il fallait qu’on se rapproche… Il ne voyait plus mon cerveau, il n’existait pas pour lui. La seule chose, c’était ce corps à se mettre sous la dent comme une gourmandise. »

« ça a été terrible parce qu’il m’a fait douter de moi-même, de ma place dans ce monde-là et il a failli réussir à mettre un point final à ma carrière. Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix il faut dénoncer. Il faut mettre un gros coup de pied dans la fourmilière pour être entendues, pour être respectées et pour être considérées comme professionnelles. »

À la naissance de son deuxième enfant, elle décide de tout raconter alors que le président de la FFF est déjà dans l’œil du cyclone. « Quand on a l’impression de se battre pour une juste cause… J’étais prête à prendre ce risque quitte à perdre ma licence », explique-t-elle.

« Je veux pouvoir me regarder dans un miroir et me dire qu’à mon échelle j’ai fait ce qu’il fallait pour essayer de faire bouger les choses et offrir un monde meilleur à ma fille, mon fils, ma petite sœur… Malgré les difficultés. Quand on s’attaque à l’ancien président de la Fédération Française de Football ou qu’on dénonce le comportement inapproprié du nouveau président de la FFF, on s’expose. Mais j’assume. J’ai décidé de défoncer les portes pour montrer la voie. Il y a 15 ans, quand j’ai obtenu ma licence, on était moins de 5 % de femmes à exercer ce métier et c’est toujours pareil. »

Un engagement sans faille malgré les obstacles

Malgré cela, Sonia Souid reste aimantée par son métier. « Renoncer n’est pas dans ma nature. Je suis aussi très bien entourée et j’ai des clientes et clients qui m’ont donné la responsabilité de gérer au mieux leur carrière. Heureusement, je n’ai pas rencontré que des personnes malveillantes. Il y a aussi des hommes qui m’ont donné ma chance, de l’énergie et une raison de me battre. »

Elle cite Jean-Michel Aulas. « On ne rend pas assez hommage à ce monsieur. Ce qu’il a fait pour le football féminin et pour la place de la femme dans le monde du football est énorme », étaye-t-elle, espérant que d’autres s’engagent.

La définition du métier d'agent selon Sonia Souid

Sonia Souid a sa propre définition du métier d’agent. « Il est aussi important qu’un président, un directeur sportif ou un joueur. L’agent est celui qui va négocier le meilleur contrat possible. C’est celui qui va aussi aider les clubs à vendre leurs joueurs au meilleur prix. C’est également un ‘chasseur de têtes’, le prolongement de la cellule de recrutement. Je représente Amandine Henry (milieu de l’Équipe de France) depuis 13 ans. Quand on a débuté notre collaboration, elle avait 22 ans. J’ai l’impression d’avoir connu une chenille qui s’est transformée en un merveilleux papillon. À 35 ans, elle joue au Mexique et il y a aussi toute sa reconversion à anticiper et à préparer. »

Elle jongle parfois avec les fuseaux horaires. « Il faut être passionnée pour bien faire ce métier très exigeant. On n’a pas de week-end, ni de soirée. On est vraiment LA personne disponible 24 heures sur 24 pour ses clients.

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